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Full text of "Histoire de la Laponie, : sa description, l'origine, les moeurs, la maniere de vivre de ses habitans, leur religion, leur magie, & les choses rares du païs. Avec plusieurs additions & augmentations fort curieuses, qui jusques-icy n'ont pas esté imprimées."

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Mn (Êtrtrr j$roït^n 



i 

I 



HISTOIRE 

DE 

LA LAPONIE, 

SA DESCRIPTION, 

L'ORIGINE> LES MOEURS. 

La MANIERE DE VIVRE DE SES HABITANS, 

leur Religion, leur Magie, & les chofes rares duPaïs. 

i^vK flujtem Additions & Augmentations fort curieujès, 
qui jufques-icy n'ont pas efté imprimées. 

Traduites du Latin de Monfieur Scheffer. 

y*r Z.J». A. L. Géographe ordinaire de faMojtfii. 




A P A R I S. 

Chez la Veuve Olivier de Vare nnes, au Pàlak; 

dans la Salle royale , au Vafè d'or, ^ 

U. DC, LXXVIIL 
b^-vec Prmle^e du Roy, 




A MONSEIGNEUR 

LE BARON 

CHARLES BONDE> 

CONSEILLER DE LA CHANCELLERIE 
& Envoyé Extraordinaire de Sa Majçfté 
Suedoife en France. 




E p I T R e: 



<vne des ^Im grandes Provinces 
qui dépendent de la Suéde. Cette 
Htfioire qui a ejlé premièrement 
écrite en hatin , & ensuite tra- 
duite en Alemany & en Anglois, 
paroit aujourdhuy en François 
Jom 'Votre Nom avec des aug- 
mentations conÇiderahles. fay 
cri MONSEIGNEFR , que 
je ne pouvois choifir vn autre 
■ Prote^eur que Vous , puis que 
Vous Joutenez, en France depuis 
plu fleurs années,avectantdhon^ 



E p I T R e: 
neur& ia^robation lesinterefls 

de la Couronne de Suedcy & que 
"VOUS eFtes d<vneMaijon qui a 
foj^edéles principales Charges de 
ceRojaume-là, Si ^ous agréez, 
le prefent que je 'vous fais,/ ejj) ère 
que la réputation de ce Livre en 
fera augmentée. Votre aprohation 
feuk MONSEIGNEVR, 
pouroit luy attirer te flime de tous 
les honnejles gens , puijque cha- 
cun efl perjuadé de la connoif 
fance parfaite que vous avez 



E P I T R E. 



des belles lettres, du difcemement 
que 'VOUS fçavez. faire des bon- 
nes chojes y &que rien ne fçau- 
roit echa^er aux grandes & ad- 
mirables lumières de votre ef^rit 
MaisMONSEIGNEFRja 
bien-Jean ce de mon jexe ne me 
permet ^ as de ni étendre davan- 
tage jur les louanges qui vous 
Jont deues , & d\ailleurs votre 
mérite efl connu de tout le monde: 
je me contenteray de vous Juj}- 
^lier tres-humblement de prendre 



E P I T R E. 

cetteHifloire en ^otre froteSl^ion, 
'& de croire que je fuis a^vec^n 
profond reS^eâly 



Voftre tres.humble&: très: 
obeïffànte fervanre , Jeanne 
Cailloue' de Varennes. 



mmwm^mmëmm 

PREFACE. 

L n'y a pas long- temps que cette 
Hiftoire paroît en Latin, & pour en 
faire connoiftre la bonté, il fuffiroit 
dédire quauffi-toft qu'elle a cftémifc 
au jour on Ta traduite en Alemand, 
& en Anglois : mais on peut aflurer 
que cette Traduaion Françoife cft beaucoup plus 
ample que celles qui ont efté faites jufques à cette 
heure , ayant efté augmentée d'un grand nom- 
bre d'Additions confiderables & curicufes , que 
Ton pourra voir à la fin du Livre. Elle a même 
efté corrigée fort foigneufement^ tant pour la carte. 
Scies figures, qoc pour tous les autres endroits oii 
il y avoit des fautes notables» Et nous en avons 
l'obligation à une perfonne dont le mérite n'eft 
pas moins connu des Etrangers qu'admiré de ceux 
qui ont le bon - heur de l'approcher, Monfieur 
Scheflfer qui eft un homme de grande érudition , & 
confiderable par quantité d'ouvrages qu'il a donnez 
auPubhc, eft l'Auteur de cette Hiftoire. Apres qu'il 
eut receu un commandement exprès de travailler 
fur ce fujet^ le Comte de la Gardie grand Chan* 

cclicr 




PREFACE, 
ccîicr de Suéde , luy promit de luy faire avoir tout 
ce qui fcroit ncceffairc pour achever un ouvrage 
auffi curieux que celui-là. Il y a bien de l'apparence 
qu'ayant eu un fecours aufli puiffant , il s'eft fervi 
de tous les moyens qu'il a cru cftre propres pour 
découvrir la vérité , ce qu'il a fait avec beaucoup 
de foin & dcxaftitude , n ayant rien avancé fans 
de bonnes preuves. Il a rapporté tres-fidelemcne 
ce que les bons Auteurs tant Latins que Suédois 
ont écrit des Lapons: On lui a communiqué d'cx- 
cellens mémoires. Il a fouillé dans les Archives du 
Royaume de Suéde , & a tiré des ades publics Se 
authentiques tout ce qui pouvoit fervir à fon fujet. 
Il a eu plufieurs conférences avec des Lapons: Il 
s'eft entretenu non feulement avec leurs Prcftrcs qui 
font leurs Directeurs fpiîituels, mais aufli avec leurs 
Préfets ou Intendans qui eftoient prepofez pour les 
gouverner. Enfin il a pris la peine de vifiter les 
cabinets des Gurieux „ de deflîner lui-même les 
figures, & de faire un amas de tout ce quM a pù 
trouver de rare , affn de reprefeutcr toutes chofes 
cxaélement, & d'en écrire avec plus de certitude. 
Par la peine qu'il a prife on peut voir qu il a parlé 
des Lapons, tout autrement que ceux qui nous^ 
en ont donné des Relations qui aprochent plus de 
la Fable que de THiftoire , parce qu ils ont eu de 
faux mémoires, ou qu'ils ont ajouté foy au rappore 
de quelques Voyageurs mal informez ou trop cré- 
dules. On ne verra point dans cette Hiftoire des 



préface: 

Armées rangées en bataille , des fieges de Villes; 
ni cette fine politique dont toutes les autres font 
remplies; la faim, le froid, la folitude, & la guerre 
contre les beftes fauvages font les ennemis qui exer- 
cent la force & radrtffe de ces peuples: Néanmoins 
parmi la barbarie de cetre Nation, & au milieu des 
ténèbres qui régnent dans la Laponie , on ne laifle 
pas d^entrevoir quelques traits admirables d'huma- 
nité, & plufieurs rayons brillants de lumière , on 
apprendra des chofes rares , enfin on verra dans 
cette Hiftoire des fingularitez fi extraordinaires, 
qu*il fera difficile de ne pas s*imaginer que Monfieur 
SchefFer ne nous ait plùtoft donné une defcription 
d'un nouveau monde, qu'une relation d'une partie 
de noftre Continent. ' 



TABLE 

Des Chapitres contenus en ce Liyre. 



Chapitre j. 

Chap. ij. 
Chap. iij. 

Chap. iv. 
Chap. V. 

Chap. vj. 
Chap. vij. 
Chap. viij. 

Chap. ix. 

Chap. X. 

Chap. xj. 

Chap. xij. 
Chap. xiij. 
Chap. xiv. 
Chap. XV. 
Chap. XV j. 
Chap. xvij. 
Chap. xviij. 



D'^Ayf ^T""'^'^ & de cdny de fcs 
De la fituation de la Lapome. P^è^ ^' 

Dh climat , er de la nature du Pais de la La^ 
ponie, ^ 
Divijîon de la Laponie, 

De la manière dont font faits les Laitons, leur Z'. 

turd , & du caraélere de leur efhrit. 
De l'Origine des Lapons. 

De la première Religion des Lapons. Z' 
De la féconde Heltpon des Lapons qm efl la Chré- 
tienne. 

De quelques refles du Paganifme qui font encore 

p^rmi les Lapons. 
Les Dieux Pajens des Lapons, & les honneurs 

qu ils leur rendent, 

Des fecrets magiques, de la Mane des l2 
pons. ^ 

T>e la République des Lapons. 
De la luftice parmi les Lapons des Tributs 
T>es Foires qui fe tiennent parmi les Lapons. 
De la Langue, 0* du difcours des Lapons. 
Des Demeures des Lapons, 
Des Habits des Lapons. 
De la Nourriture des Lapons. 

ê ij 



119. 

1^0, 

iSi. 





TABLE. 

Chap; xîx. 'De la Chajfe des Lapons. lejl 

Chap. T^es Armes ^ des autres femhlahles chofes dont les 

Lapons fe fervent pour la Cha^e. 210. 

Chap. XX j. Des Arts Mechamques des Lapons, zjr. 

Chap. XXI j. Des occupations des Femmes Laponnes. 2jp. 

Chap. xxiij. Des occupations communes À l'un & ï autre fcxt 
parmi les Lapons. z^6. 

Chap. xxiv. Du Loifir çir des divertijfemens des Lapons, 2/4. 

Chap. XXV. Des Fiançailles des Noces des Lapons. z/p, 

Chap. XX vj. De la NaiJJance ^ de t Educat ion des Enfans. 

Chap. xxvij. Des Maladies des Lapons^ de leur mort de leurs 
funérailles, t-S/ 

Chap. xxviij. Des Rennes, ^ 2^7. 

Chap. xxix. Des Animaux fauvages a o^uatre pieds qui fe trou- 
vent dans la Laponie, ^10, 

Chap. XXX. Des Oifeaux , des Poifons , des autres ani- 
maux, d^5* 

Chap. xxxj. Des Arbres & des Plantes. 353^ 

Chap. xxxij. Des Métaux de la Laponie, 33S. 

Chap. xxxiij. Des Pierres, des Pierreries ^ des Perles. 5^/. 

Chap. xxxiv. Des ëaux & des Fleuves, 

Chap. XXXV. Des Terres 0* des Montages de U Laponie,^ 3/f . 




PRIVILEGE DU ROY. 

ouïs par la grâce de Dieu Roy de France & de Navarre: 
A nos amcz & féaux Confeillers les Gens tenans nos Cours 
de Parlement , Maiftres des Requeftes ordinaires de no'ftre 
Hoftel, Baillifs, Sénéchaux, Prevofts, leurs Lieur-enans, 
& tous autres nos Jufticiers ôc Officiers qu*il appartiendra. Salut, 
Nôtre amé Olivier de Varennes Marchand Libraire de notre bonne 
Ville de Paris, Nous a tres-humblement fait remontrer qu'il luy a efté 
mis entre les mains un manufcrit intitulé NouveMe Relation de la 
Zaponie , contenant vue defcription exaïle du Pais , leurs mœurs , &c. 
laquelle il defîreroic imprimer & donner au Public s*il en avoir nos 
Lettres de permiffion fur ce neceiïaires. A c es C au s e s, délirant 
favorablement traiter ledit Expofant, Nous luy avons permis & per- 
mettons par ces prefentes d'imprimer ledit Manufcrit en tels volumes 
marges , caraderes & autant de fois que bon luy fembîera , les ven- 
dre ôc débiter par tous les lieux de nôtre obeïfTance pendant le temps 
de dix années entières & confecutives , à compter du jour que cha- 
que volume fera achevé d'imprimer la première fois en vertu des pr<e- 
fentes. Pendant lequel temps faifons très- ex pre (Tes defFenfes à toutes 
perfonnes de quelque qualité & condition qu'elles foient, d'imprimer, 
faire imprimer, vendre ôc diftribuer ledit Livre fous quelque prétexte 
que ce foit fans le confentement de PExpofant , ou de ceux qui auront 
droit de luy, ny d'en faire des Extraits ou Abrégez fous peine de trois 
lîiil livres d'amande confifcation des Exemplaires contrefait!; , dé- 
pens, dommages & interefts , a condition qu'il fera mis deux Exem- 
plaires dtidir Livre dans nôtre Bibliothèque publique, vn en celle de 
nôtre Chafteau du Louvre, & vn en celle de. nôtre très cher & féal 
le fieur Daligre Chevalier Chancelier de France, avant de l'expofer 
en vente , à peine de nullité des prefentes . Du contenu auquel vous 
mandons faire joiiir ledit Expofant ou ceux qui auront droit de luy, 
pleinement ôc paifiblement , fans foufFrir qu'il leur foit donné aucun 
trouble ou empefchement. Voulons qu'en mettant au commence- 
ment ou à la fin de chaque Exemplaire dudit Livre un Extrait des 
fj^^^^t'^s , elles foient tenues pour deuëment fignifiées, & que foy foit 
ajourée aux copies d'icelles collationnées par l\m de nos amez 6c 
féaux Confeillers ôc Secrétaires comme â l'Original ; Et en cas de 



GonrravCDtion aufdites prefcntes Nous nous en retenons la connoif- 
fance & à notre Confeiî. Mandons au premier nôtre Huiffier ou Ser- 
gent fur ce requis faire pour l'exécution des prefèntes tous exploits, 
iaifies ôc autres ades necelTaires fans demander autre permiiïîon, non! 
^obftant Clameur de Haro, Chartres Normandes, &: autres Lettres à 
ce contraires. Car tel eft nôtre plaifir. Donne' à Verfailles Je 
vingt cinquième jour d'Avril, Tan de Grâce mil fix cens foixante- 
quinze. Et de nôtre Règne le trente-deuxième. Par le Roy en fon 
Confeil. D'ALE^fCE^ ^ 

l^egiflréfpir le Livre de la Communauté des Libraires & Imprimeurs de Taris 
le 16. Obiobre 167s. fuivant L' Arrefi du Parlement du 8. Avril 16 j^, & celuy 
dfi Confeil Privé du JRçy du 17, Février 166 ç. * 

Signé, THIERRY Syndic. 

Achevé d'imprimer pour la première fois le cinquième jour de Mars 1^78. 



ERRATA. 



'Page j. Kimi 4^. io. lifez. 41. 50. Piala 41. 40. 60. i;. li/eZ6S, r/; 
Guvalfund Iife^ HuvaJfund. Sergen 31. 10. 69. 30. lifei, 69, 5. 

Vardhus 32. o. lifei^ 51 . o. Par tout 4)h il 7 a Taraftie & Taraftes, lifeK. Ta vaftie 
& Tavaftes. Page 13. afrés la ligne 20. ajoutez^ Kicdkajerf. Page 44. ligne 29. 
Aofalc, hfe^ Aofala. Page 131. ligne pentiUieme ïndric , lifez^ Iftrie. Page 35 ^, 
i'gfje premiert VellicoSi lif ex. felïUcs, 



HISTOIRB 



HISTOIRE 

DE LA 

L A P O N I E 



CHAPITRE PREMIER. 
nom de la Lapome ^ ^ de celm de Je$ Peuples» 

N apelle la Laponie, Lapie, èc les Lapons 
Lopcs , Lapes , ou Leupes. Les Lopes 
fauvages n ont ni pain ni Tel , ni aucune 
des ehofesqui réveillent l'apetit. Zieglerus 
croit que la Laponie a été nommée Lapie 
par les Alemans. Les peuples de cette région , dit-il, 
ont auffi peu de jugement que d adrefle, & en Alemand 
le mot de Lape, ou de Lapon fignifie un homme qui fait 
& dit toutes chofes mal à propos. Cela ne peut rien 
prouver. Les Alemans n ont connu la Laponie que 
long-tems après les Finons, les Suédois, & les Mofcovitcs. 

A 




t Histoire 

Les plus anciennes Hiftoires d'Alemagne ne parlent crï 
aucune manière de laLaponie,& la fignification du mot 
de Lape pour direftupide & mal adroit n'efi: point par- 
ticulière à la langue Alemande. Par toute la Mofcovie 
& toute la Ruffie on apelle les peuples de la Laponie, 
Lapes, ou Lapons. Et comme la langue des habitans de 
Mofcovie & de Ruflie n a rien de commun avec les au- 
tres langues de l'Europe, il n eft pas vrai-femblable que 
les Mofcovites & les Rufliens aient pris des Alemans le 
mot de Lapon ôc de Lapie. L'Alemagne eft trop éloi- 
gnée de la Ruflie ôc de la Mofcovie 5 & elle n a point eu 
de commerce avec les peuples de ces contrées. Les 
Lapons ne font pas d ailleurs fi mal-adroits qu'on le veut 
perfuader. Us cultivent les Arts. Ils font des ouvrages à 
leguille^ & portent des habits de leur façon , brodez 
* Un Gentil- j'^^. ^ d'arecnt. * Ainfi il n'y a euere d'aparence que 

nomme î>uc- o ' i xr* 1 • /* 

doisdcbeau- le niot de Lapon vienne de laper 6c de Kmlaper, qui ii- 
rkncc'crok gnifieut cu Suédois pièce, comme fi on vouloir dire que 
rsuponsnc Ics Lapons portent des habits tout rompus. 11 n'y a pas, 
font bordez ^ (emble, non plus lieu de croire qu'ils aient eftc apel- 

c]ue de traKs ' 1 1 • r -C 

d'ctaim. lez Leupes , & Lopes , dun mot Suédois qui lignine 
courir. Les Lapons ne courent pas. Ils fe lancent lèule- 
ment, & avec des fouliez propres à aler fur la glace , 
ils y gliflent d'une viteffe fort grande. Sans m'arréter da- 
vantage à combatre ces opinions je croi que la Laponie 
n'a point été apellee de la forte à caufe qu'elle eft la der- 
nière contrée de la Scandinavie , & à l'extrémité du golfe 
Botnique -, mais à caufe qu elle eft habitée par les Lapes 
dont le nom dans la langue desFinons veut dire chafledu 
pais & pouflejufqu'aux régions les plus reculées. Les Lapes, 
ou Lapons ont enefet été contrains de quiter la Finonie 
d'où ils tirent leur origine , & pour cela les Finons , les 



D E L A L A P 0 N I E.' 3 
Suédois, les Mofcovites , & enfin les Alezans les ont 
nommez Lapons , de leur païs , Laponie. Mais entre- eux 
les Lapons apellent leur région Samienladati, Ils ne fou- 
frent pas quon les nomme Lapons, qui eft un nom nou- 
veau éc injurieux. Il femble nouveau , parce que les Grecs, 
les Latins , ôc les Ecrivains du païs qui font mention des 
Finons ne difent rien du nom de Laponie , ni de celui 
de Lapon. Saio qui vivoit Tan de Jesus^Christ Dannemaî 
icxc. ell le premier qui a parlé de la Laponie ôc des ^* ^ 
Lapons, & même la Laponie n*a été connue fous ce nom 
que long^tems depuis par les Nations de l'Europe. 



CHAPITRE IL 

la fituaîion de la Laponie. 

TO U T ce grand païs que nous apellons aujour- 
d'hui Laponie, eft ce qu'on nommoit autrefois 
Scritfinnie, & Biarmie. Cette Laponie commence à la 
Jamptie, l'Angermanie. Elle enferme l'une l'autre 
Botnie. Elle fe termine à la frontière de la Carelie, & 
de la Finnonie , comprend ce qu'il y a de terre du 
côté du Septentrion jufques à l'Océan , à la Mer blan- 
che, ôc au Lac Ladoga. Les Finons maritimes qui font 
une partie des Lapons tiennent les côtes de la mer vers 
le Septentrion, ôc vers l'Orient. Au de-là du foixante Pierre ciau- 
ôc treizième degré d élévation du Pôle il n'y a point ïlon ''dc'^îa 
de terre habitable. Ce n eft plus que la Mer glaciale. Norvège. 
Norkap fort peu éloigné du Chafteau de Wahardus 
eft le plus feptentrionnal de tous les caps. Je ne 
parle pomt ici de la Laponie qui va le long de la mer^» 



4 Histoire 

mais de celle qui relevé du Roi de Suéde. La Laponic 
Suedoife s étend fi loin, qu'elle eft prefque aufli grande 

f^l^s'de'rcdpl que le refte de la Suéde. On donne à cette Laponie 

sucdc"^^ p'"^ ^^^^ lieues d'Alemagne, de long, & quatre-vingts 
dix de large. Sa fituation à l'égard du Pôle eft depuis 
le foixante & quatrième degré de latitude leptentrionale 
jufques au foixante ôc onzième j elle eft renfermée dans 
vingt- fept méridiens de Longitude, ouiin peu plus. 
La Laponie qui eft fujette au Roi de Suéde fè divife 

^dTfcri^^^^^^^^ en Orientale ôc Occidentale. A l'Orient elle touche 
d'£fpagnc blanc, ôc au Nord elle enferme plufieurs Provin- 

ces dont on ne fait pas letenduë. Elle tient à une par- 
tie de la Norvège, du côté de fOccident où elle regar- 
de riflande, & de l'autre côté de la Norvège elle eft fi- 
tuée entre la Suéde & la Finlande. Je raporte ici la table 
de la Latitude ôc de la Longitude des principales places 

N?u«nmr' de cette Laponie fur les obfervations qu*on en fît en 
M. D. c. 



DELA L AP O NI E. 



5 



Longitude. Latitude, 



'Degre:^^, Minute^, DegreZ- Minutes. 



Uma 


38 


0 


65 


1 l 


Pua 


40 


0 


66 


I 4 


Lula 


40 


3 0 


66 


3 0 


Torna 


42, 


2'7 


67 




Kimi 


42' 


2 0 


67 


I 


Lappijaerr 


41 


3 3 


70 


9 


Antoware 


44 


4 


70 


z 6 


1 ■••1 

Tenokiile 


46 


0 


70 


50 


rorianeer 


44 


z 


71 


4i 


1-ingen 


37 




70 


30 


Troènes 


32. 


30 


70 


2^5 


Jb^enes 


33 


3$ 


70 


0 


Titilare 


37 


55 


69 


40 


Piala 


41 


40 


' 60 


15 


Siguar 


38 


35 


^ 68 


59 


Tinguvar 


38 


0 


69 


40 


Rounula 


39 


30 


69 


47 


Koutokrine 


42- 


0 


69 


17 


vvaranger 


45 


0 


7^ 


3 5 


Lanzord 


4J 


3 5 


71 


i6 


Guvaiïùnd 


41 


40 


71 


I z 


Skrifoe 


38 


50 


71 


18 


Trumfe 


35 


S 2' 


70 


55 


Andac^s 


32^ 


0 


70 


30 


Sergen 


32- 


1 0 


69 


30 


Wardhus 


32' 


0 


71 


55 


Norkaap 


45 


30 


72. 


30 



A iij 



Histoire 



CHAPIT.RE III. 

T)îi Climat & de la nature du Fais 
de la Laponie. 

T A Laponie eft fi proche du Pôle que l'Efté le Soleil 
liTrcdcspaïs ft ^ ne S y couche pas, & que iHyver il ny paroïc 
scptcmr. p^jj^j. Thorifon. Les Lapons ont en Hyver trois mois 
de nuit, & autant de j our en Erté. Si lair eft ferein au fore 
de TEfte, ils voyentleSoleil^aufli bien durant la nuit que 
durant le jour -, ôc l'Hiver ils ont une nuit continuelle. 
H<|fbcftcnius Un Auteur affure que le Soleil au folftice d'Efté de- 
meure feulement quarante jours fans fe coucher , ^ 
que la nuit, il paroît trois heures couvert d'un nuage 
qui lui ôte beaucoup ^e fa lumière. Ce fentiment ne 
détruit point ce qu'on a avance en gênerai, de toute la 
Laponie. Une partie de ce païs étant plus proche du 
Pôle , & l'autre plus éloignée , l'une plus à l'Orient , 
6c l'autre plus à l'Occident, on ne peut dire tout à fait 
la même chofe de toutes fes contrées. 

Les Lapons pendant la nuit continuelle où ils fe trou- 
vent l'Hiver , connoiffent chaque jour les aproches du 
j«nMagnus g^i^ji rendent cette nuit plus éclairée. Ils ont un 
crépufcule le matin, & l'autre le foir. Ces crépufcules 
font clairs , & de peu de durée. Ils reffemblent à la lu- 
mière de la Lune qui dans la Laponie eft d'autant plus 
brillante que le Soleil y eft plus caché , parce qu'étant 
fort haute, elle répand fa clarté fur toutes fortes de cho- 

PierrcCîaudi. 

fes ôc les rend vifibles. Si bien qu'à la referve d'un petis 



delaLaponie 7 

tfpace de tems on fait en Laponie au clair de !a Lune 
ce qui fe fait aux autres païs à ia faveur de la lumière du 
Soleil. On s'afTemble^ on pêche-, ôc on vient à bouc 
des autres affaires qu on eft oblige de terminer hors 
du logis ; Et même tandis qu'il n'y a point de Lune les 
Lapons ne laifTent pas de travailler. L'air ferain dont 
ils jouilTent fouvent, la clarté des étoilles, & la blancheur s 
de la nége qui porte & répand fort loin la lumière des 
Aftres ; tout cela favori(e leur commerce dans les 
fondions de la vie. 

Le Ciel eft d'ordinaire ferain en Laponie -, lair net & 
fain , à caufe qu il y eft agité par de fort grans vents j 
mais cet air fe change avec tant de promptitude que 
cela furprent. Les vents y régnent avec violence, ôc 
font prefque continuels. Il y en a un, fur tout, qui fe 
levé de la mer, & qui au coeur de TEfté forme des nuées 
fî groffes, ôc fi obfcures qu elles empêchent de voir loin. 
Ce vent eft caufe que l'Hyver il tombe une fi prodi- 
gieufe quantité de nége que quand on en eft fiirpris à la 
campagne on ne peut fe garantir qu en fe jettant par 
terre, fe couvrant de quelque manteau, & fè laiffant 
acabler de la nége jufqu a ce que le mauvais tems foit 
pafTé. Enfîiitc, on fort promptement de delfous la nége 
dont on eft chargé , 6c on fe fauve à la plus proche 
cabanne. 

La plus grande force des vens fe fent fur le haut des 
montagnes. Ils enlèvent tout ce qu'ils y rencontrent, 
& l'emportent très loin. Les Lapons qui voient au fort 
de l'orage les montagnes couvertes d'épaiffes nuées, s'i- 
maginent que ces nuées entraînent avec elles ce qui k 
peut détacher de de{rus les montagnes 3 ôc ils attribuent 
aux nuées ce qu'on doit attribuer à Tefort des vents ôc 



» Histoire 

de la tempefte qui pouffe les nuées. Pour fe dérober à 
la violence des vents, ôc de l'orage ils fe jettent dans des 
cavernes & dans le creux des rochers avec tous les ani- 
maux dont ils fe fervent j 6c ils y demeurent jufques à 
ce que la tempefte foit apaifée, de le vent abaiffé. 
oiaus Ma- pluïes lont ïsctcs , ou fréquentes en Laponie félon 

gnusi.i.c.i. les années plus, ou moms pluvieufes. Il y pleut rarement 
au cœur de l'Efté. L'Hiver, il y a tant de nége que la 
terre en eft couverte , ôc alors on voïage plus aifémenc 
qu'aux autres Saifons. Le païs eft uni à caufe des 
néges i ôc on marche vite fur la nége foulée. En effet 
deux beftes de trait y tirent , & avancent plus que dix 
chevaux de harnois en pleine campagne. 

On trouve dans la Laponie, de hautes montagnes ou 

Pierre ciaudi ji y ^ perpétuellement de la nége (ans que le Soleil la 
puiffe fondre j mais aux autres endroits du païs elle fond 
tous les ans. Il fc forme quelquefois en Laponie de fi 
épais brouillards qu'ils incommodent la veuë, ôc obfcur- 
ciffent tellement l'air que les voiageurs ne s'entrevoiant 
pas fur les chemins fe heurtent les uns contre les au* 
très. 

Le froid qu'on (bufre l'Hiver en Laponie eft très- 
grand, ôc il ny a que les naturels du païs qui lepuiffent 
luporter. Il prend ôc arrête toutes chofes. Les fleuves 
même les plus rapides font fi fort gelez que la glace en 
eft épaiffe d'une, de deux, ôc quelquefois de trois cou- 
dées. Les lacs y font pris de la gelée ôc les mers fi gla- 
cées, que les lacs ôc les mers portent aifëment des char- 
ges tres-pefàntes. 

La chaleur de TÊfté n*eft guère moins exceffive en 
Laponie , que le froid y eft violent. Car encore que les 
xaions du Soleil y foient foibles à caufe qu'ils ne don- 
nent 



DE L A L A P O N lE. ^ 

hem pas à plomb fur la terre, ils perdent néanmoins ce 
qu'ils ont de foible dés que le Soleil entre dans le Cenc 
de l'EcrevilTe. Alors la chaleur de fes raions s augmente 
& continue quelques mois, fans que la fraicheur de la 
nuit la puifle modérer. Ce qui la tempère, font les va- 
peurs de la mer voifine , <k les néges qui demeurent 
tout ÏELlé dans des foffes aux endroits où il y a de 
l'ombre, ôc fur le fommet des hautes montagnes. 

^ Les Lapons n ont ni de Printems , ni d'Automne. 
L efpace qui eft entre le froid de l'Hiver &c les chaleurs 
de l'Efté dure trop peu de jours. Et ce feroit une cho- 
fe furprenance de voir la campagne verte, ou quinze 
jours auparavant tout étoit couvert de glace ôc de neVe. 
Olaus Pctri raconte qu étant arrivé le vingt-quatriémê 
de Juin de Tan m. d, cvi. à Torna , il aperceut quen 
un certain lieu les arbres poufToient de petits boutons 
& que la pointe des herbes commençoit à fortir de 
terre. Que quinze jours après comme il fut retourné 
au même endroit , les herbes & les feuilles des arbres 
ctoient aufli grandes qu'elles le dévoient être, ce qui 
rétonna tellement qu'il eut eu de la peine à le croire fi 
un autre lui eut dit. 

La terre de laLaponie n eft ni grafre,ni maigre, mais 
pleine de pierres ôc de rochers, de forte que le grain n y 
peut venir. Le terroir en plufieurs lieux eft fi humide 
ôc fi mou qu'il s afaiffe fous le pié à caufe de Tincroiable 
quantité de marais & de ruiffeaux. Aufli il ne s y trou- 
ve prefque poinc d'endroit ou l'on puiffe commodément 
labourer, quand même pn voudroit emploier pour cela 
tout le foin poffible , ôc faire toute la dépenfe imad- 
nable. ^ b 

Olaus Pétri dit le contraire de la Laplande meridio: 

B 



jo Histoire 

nale, parce qu^elIe eft dans la même partie de la Zone, 
ôc dans le même climat que la Botnie. Qu^elle a le 
même air , ôc qu'encore qu'on n'y laboure point , elle 
peut aulïi-bien que la Botnie Occidentale raporter du 
gram abondamment. Cette raifon ne perfuade rien. 
La feule température de lair , fans les bonnes qualitez 
de la terre , ne fufit pas pour produire du grain. 

La Laponie a des pâturages qui engraiffent fort pron- 
tement le bétail. Elle produit de petits arbres qui naif- 
fent fans avoir efté plantez , des herbes très bonnes à 
manger, 6c d autres de diferente efpece qui ont un verd 
le plus beau du monde. 

Au pie des montagnes qui feparent la Norvège de la 
Laponie , on trouve de valles Ôc de profondes forefts , 
où le5 arbres font affez éloignez les uns des autres , où 
il y a des lacs ôc des marais. 
oiaasMa- La Laponic eft pleine de rochers ôc de montagnes. 
PiTrcciaudi Celles qu'on apelle Dofrines font la feparation de la 
c^xô. Norvège d'avec la Suéde. Leur hauteur eft eTroiable , 
ôc les vents régnent (ùr leur fommet avec tant de vio- 
lence, que ks arbres ny peuvent prendre racine. 
jcanTorneus Au bas dcs côtcaux de la Laponie il y a des valées 
fort charmantes qu arrofent un nombre prefque infini 
de fontaines tres-belles , 6c de ruilTeaux tres-agreables 
qui fe déchargent dans les rivières, dans les lacs, ôc de 
là, dans le golfe de Botnie. 

La Laponie a encore l'Hiver ôc l'Efté une prodigieufe 
multitude de bêtes fauvages , une fi grande quantité 
d'oifeaux ôc de poiffbns , que la plû-part des Habitans 
ne fe' nourriffent que de cela. Elle eft enfin fi abon- 
dante en gibier ôc en venaifon que les Lapons fe peu- 
vent aifément paffer de toute autre viande , ôc faire 



D E L A L A P 0 N I E. ït 

frafic âe gibier 6c de venaifon , avec les Nations voi- 
iînes. 



CHAPITRE IV. 
T>i'viJion de la Laponie. 

TOUTES les Laponies fe divifenc en Laponic 
Danoife , Mofcovite Suedoife. La Danoife 
s étend le long de l'Océan & s apelle Finmarke. La 
Mofcovite occupe tout le païs qui cil entre le Château 
de VVârdhus jurques à lembouchure de la Mer blanche. 
Elle fe nomme en Suédois Trienne , en Lapon Pihinic, 
en Mofcovite Terfchana Voloch. La Suedoife dont je 
parle ici particulièrement à laquelle on a donné le nom 
de Lapmarke, ou de Laponie Méridionale , eft divifëe 
en fîx parties dont chacune s apelle Marck , c'cïl à dire 
Terre, ou Prefedure. Les noms de cesMarcks font j 
Aunguer Manland Lapmarky 
Uma Lapmark, 
Pitha Lapmark, 
Lula Lapmark, 
Torna Lapmark, 
Kiemi Lapmark. 
Ces Marcks prennent chacune leur nom du Fleuve vucxôhmï 
qui les arrofe. La Marker d'Angermanland a l'Anger- <3cfcription 
manie avec la Jemptie au Midi, la Marker d*Uma au 
Nord. L*Uma eft entre l'Angermanland vers le Midi^, 
la MarKer de Pita touche du côté du Nord à la fron-. 
tiere de Lula. Ces trois Marxers font ies plus Occide%; 

J5ij 



u Histoire 

taies. L une de leurs Parties qui eft davantage à TOc- 
cident va jufques au fommec des montagnes qui fepa- 
rent la Suéde de la Norvège, & leur autre partie du côté 
de l'Orient s étend jufques à la Botnie Occidentale. La 
Markcr deTorna qui eft dans la contrée Septentrionale 
de la Laponie , prend depuis lextremité du golfe de 
Botnie jufques à la mer Boréale , ôc jufques au lieu que 
les Mariniers apellent Nord-cap. La Marker de Kiemi 
qui fe joint à celle de Torna, va du Septentrion en fe 
courbant vers l'Orient. Par un de fes cotez elle eft au 
Midi proche de la Botnie Orientale. De ce même côté- 
là lors qu on- tire à fOrient elle eft auprès de la Cajane 
& de la Carelie -, & elle eft bornée vers le Nord par la 
Laponie Mofcovite. 

Hormis la Marker d'Angermanland qui na qu'un 
Biar qu on apelle Jojalha, toutes les autres Markers ont 
Dlufieurs parties que les Suédois nomment Biars ,cc{i à 
dire cantons , pais , ou contrées. La Marker d'Uma 
Lapmafk en a quatre. 

Uma, 

Lai, ou Raanbi, 

Granbi, 

Vapfteen. 

La Marker de Lula Lapmark, fept^ 
Graotreskbi , 
Arfuvejefrbi, 
Lochetebi, 
Arrieplogfbi , 
Wificrfbi, 
Norruerterbi,' 



DE LA LAPONIE. 



La Marker de Lula Lapmark, cinq, 
Jocmoch, 
Sochioch, 
Torpenjaur, 
Zerkiflochc, 
Rautomjaun 

La Marker de Tornea Lapmark, huit, 
Tingâwaara, 
Sieggewaera, 
Sondewara, 
Ronolabi, 
Pellejerf, 
Kancekiemo , 
Awio\{^ara, 
Tenouthfejochki. 

La Marker de Kiemilapmark , huit auffi j 
Enarabij , 
Sanbeaobij, 
Kiemikila, 
Koulajert, 
Manfialka, 
Saodenkila, 
Kitilabi. 



Ces fîxMarkers nont que trente-trois Biars. Chaque 
Biar contient plufieurs feux , ou plufieurs familles que 
les Suédois apellent Rckar. Chaque Rekar a pour fe 
nourrir , lui & fes troupeaux unç certaine étendue dq 

B iij 



Histoire 

terre où il fc rencontre des bois, des lacs, des ruîfTeauî; 

ôc qui n eft fermée ni de foflcz, ni de murailles. Il y a 
ordinairement en chaque Biar autant de Rekars que de 
gens qui vivent de leurs rentes j cinquante-trois au païs 
d'Arlalha, & plus ou moins dans les autres ^ félon que 
ces contrées font grandes , ou petites. Les Rekars ont 
chacun leur nom particulier. Je ne les raporte point ici, 
cela feroit ennuieux ôc fuperflu. 



CHAPITRE V. 

SD^ la manière dont font faits les Lapons \ de leur 
naturel p ^ du caraBere de leur ej^rit* 

TES Lapons font les plus petits hommes du Sep- 
defcription |^ ^ tcntrion , grans ordmairement de trois coudées, 
coYh^''^ ^ quelquefois plus petits. Cette taille leur vient du 
froid , ôc de la qualité de leurs alimens. Leurs viandes 

oiausPctri. font pcu nourriffantcs. La chaleur naturelle de leur 
eftomac étant combatuë par la violence du froid , & 
toute ocupée à s*en défendre \ la codtion des chofès 
qu'ils mangent ne fe fait pas bien , &ils ne croiffenc 
pas comme ils devroient. 

Les Lapons font laids & courbez , mais les Laponnes 

^lli^cn n ont pas à beaucoup prés tant de laideur. Elles ont les 
cheveux noirs , & fur le vifage un certain rouge naturel 
meflé de blanc, qui produit un elFet affez agréable. Si 
les hommes paroifTent diformcs, il (emble que cela leur 
vienne en partie de ce qu ils n ont nul foin de nettéier, 
ni de reparer le tort que leur fait le froid violant qu ils 
fouffrent , ôc la fiimée dont les cabannes où ils paflènt 



DE LA LAPONIE. ïj 
les jours & les nuits foin remplies. Ils ont le vifao-e 
pâle, ba/ané, le corps noir 6c comme roux ; k plupart 
fort maigres 5 ôc il eft tres-rare de voir un Lapon bien 
gras. Le froid les deffeche, de les rend difpos. Ils ont 
la tête groffe, le front grand, large, les yeux bleus, en- 
foncez , chailieux , le nez court', plat , le vifage large, 
les joues abatues , le menton long, les cheveux courts, 
droits, durs, la barbe claire, courte, la couleur des che- 
veux ôc de la barbe fort noire , contre ce qui arrive or- 
dinairement à tous les autres Peuples du Septentrion. 
Les Lapons ont leftomac large , le ventre petit , les 
cuifTes & les piez menus > ce qui les rend très propres à 
courir. Ils font forts , vigoureux , ôc leur force furpaffe 
celle des autres hommes. Ils plient fans peine des arcs 
cjue le Norvégien le plus robufte ne fauroit plier jufques 
à la moitié. Leur exercice ordinaire eft de courir , de 
rimper fur les rochers, & de monter fur les plus hautes 
ranches des arbres. 
Les Lapons font fiiperftitieux , lâches ôc craintifs. Ils 
fuient dés qu ils aperçoivent quelque bâtiment fur mer^ 
ou la trace du pié d'un étranger. Auffi on ne fe fert pas 
aujourd'hui de Lapons dans les armées • ôc lors que les 
autres Païs qui dépendent de la Suéde fourniffent aux 
Suédois certain nombre de troupes , la Laponie n en 
donne point. Elle n'a même auparavant jamais fourni 
un feul homme à pas un des Rois de Suéde. Les Ke- 
gîtres publics , Se les rôles où le nom des foldars 
eft écrit le prouvent affez. Ainfi il n eft pas vrai que 
Guftave Adolphe ait eu des Regimens de Lapons dans 
(on Armée. Les Lapons ne fauroient vivre hors de leur 
pais, ôc dés qu'ils s'en éloignent ils tombent malades. 
Ils ne peuvent foufrir un air plus doux que celui du lieu 



16 Histoire 

de leur naiffance. Le Tel , le pain, & les viandes cuîtës 
dont nous ufons , nuifTent autant à leur eftomac , que 
leurs poifTons léchez de leur chair crue nuiroient à nôtre 
fanté. Il n eft jamais venu de Lapon en Alemagne, 
quelque apointement qu on lui ait promis pour l'y re- 
tenir, qui n'ait préféré le féjour de fon païs à celui de 
TAlemagne , ôc qui dans la penfée de ne plus retourner 
en Laponie , ne foit mort auffi-tôt. Stenon le cadet 
Prince de Suéde envoia à Frédéric Duc d'Holftein fîx 

wAnimaïqui ^Rcnncs avcc un Lapon & une Lapone mariez enfemble. 

fczi'^nccïf. Ces deux perfonncs fe voiant hors de leur païs, ôc affu- 
jeties à une puiffance étrangère fans efperance de revoir 
un jour la Laponie , ôc de vivre à leur manière , mou-;; 
rurent dans peu de tems eux ôc leurs Rennes. 

Zieglerus femble détruire ce que j ai dit de la lâcheté 
des Lapons. Il raconte que ces Peuples font demeurez 
long-tems libres. Qiuls ont refîfté aux armes de la 
Norvège & de la Suéde. Et que fous le règne de Molce 
leur Roi, ils n ont pu être dontez par Heraud aux beaux 
cheveux qui étoit Souverain de Norvège, ôc un conqué- 
rant illuftre. Cela ne prouve ni la valeur de Moite, ni 
celle des Lapons. Snorron de qui on a pris ce qu on 
avance en faveur de ce Prince ne parle point de la bra- 
voure de Moite, mais de fes tours de Magie. 

Les Lapons font extrêmement foubçonneux , mais 
. , ces foubçons marquent leur crainte ôc leur foibleffe. 

Vcxonmsl. 3 ^ ^ y n -ni 

4. de ladcf- ils les portent mêmes a nuire tous mam a leurs ennemis 
sucdcc. & à en pourfiiivre la perte par les fecrets de leur magie. 
Un Lapon aiant fait depuis long-tems d'inutiles éforts 
pour en perdre un autre , le trouva un jour qu'il dor- 
moic fous une groffe pierre , &: il fit tant par la force de 
fes fortileges qu'il la rompit ôc Ten écrafa. 

Les 



DE LA L A P 0 K I E. 17 
les Lapons font fort colères & fort brntau^r. On ne 
les peut apaifer lors qu'on les irrite. Les femmes prin^ 
cipalement s'emportent jufques à l'excez. Elles s e1an. 
cent fur le premier qui les fâche , le frapent loutra- 
gent ôc fe ménagent fi peu dans leurs emportcmens 
qu elles laiffent voir des chofes que la pudeur du fexe 
veut que Ion cache. 

Les Lapons trompent ôc mentent. Ils font fort 
adroits dans le commerce. Ils fourbent avec plaifir & 
fe moquent avec joie de ceux qu'ils atrapent. Ils font 
mcdifans ôc ne fçauroient être enfemble qu'ils ne par- 
lent mal d'autrui, fur tout des Nations, étrangères qu'ils 
traitent avec mépris , leurs donnant des noms injurieux. 
Les Lapons aiment à amaffer du bien. Cependant ils 
font oififs , ôc fi acoûtumez à ne rien faire qu'ils ne la^ 
bourent , ni ne fement , de forte que leur païs demeure 
en friche. Ils ne veulent pas même prendre foin de 
leurs troupeaux , ôc toutes les fois qu'ils: travaillent il 
faut que la necelTité les y contraigne : Ils ne chaffent 
Se ne pèchent jamais que quand ils n'ont plus de vivres. 
Cette parcffe eft caufe du peu de charité qu'ils ont pour 
leurs parens vieux ou malades. Ils les méprifent alors, 
& les abandonnent. Ils aiment mieux de bonne heure 
s emparer de leurs biens que d'attendre leur fucceffion, 
ôc ils s'ennuient de travailler pour nourrir des perfonnes 
•dont ils ne reçoivent aucune commodité. 

Les Lapons ont un furieux panchant à l'amour , ôc 
cela vient en partie , de ce que les hommes ^ les fem- 
mes, les garçons avec les filles demeurent jour & nuit 
dans une même cabane. Ils ne fe mettent pas d'ailleurs 
fort en peine de modérer leur paffion à l'égard des fem- 
îîiese Et en toute la Laponie il n y a que les habitans. 

C 



18 H I S T O I RE 

de Torna qui vivent avec plus de retenue & d'honnê- 
teté. Ils ont compaffion de leurs parens qui font pau- 
vres ou malades. Ils les aiment. Ils prennent femme , 

paffent leur vie dans le mariage avec honneur. 

Si les Lapons ont de méchantes qualitcz ils en ont 
de bonnes aulTi. Ils abhorrent le vol , ôc dans la Lapo- 
nie chacun joiiit de fon bien fort en repos. Les Mar- 
chands y couvrent feulement leurs marchandifes de 
quelques bannes pour les garentir de la nége , & ils les 
laiffent ainfi au milieu des chams fans fe mettre en pei- 
ne de rien. 

Les Lapons font charitables envers les pauvres de 
leur païs. Ils les logent dans leurs cabanes , & les nour- 
ri^^ent fouvent cinq ou fîx mois. Ils les afhftent avec 
tant de zele que fi un Lape qui na pas le moien d'avoir 
des Rennes va prier un riche de lui en prêter trois ou 
quatre & même davantage , ce riche les lui refufetres- 
rarement. Les Lapons font bien-faifans auffi envers 
les étrangers ôc les voiageurs. Ils les reçoivent avec de 
grans témoignages de bonne volonté , ôc leurs fournif- 
fent les vivres ôc les rafraichiffemens neceffaires. Du 
refte , les Lapons ne font pas polis en comparaifon des 
autres Peuples des païs Septentrionnaux. Ils fe font eux- 
mêmes leurs habits , leurs fouliez , leurs meubles , & 
toutes les chofes dont ils ont befoin à la pèche , à la 
chalfe , & à la maifon. 




J 



1,1. R^Q, 




î)B L A Lapon ie 



CHAPITRE VI. 

Z)^ l origine des Lapons, 



LES Lapons tirent vraifemblablement leur origine 
des Finnons , ou Finlandois. Les Lapons §'appel- 
lent en leur langue Sabmi , ou Samc , les tinlandois en 
la leur Smmi^ & ces deux mots ne diferent que dans 
la manière de les prononcer. La langue des Lapons & celle 
des Finlandois conviennent auffi en ce qu'elles ont une 
quantité de mots prefque femblables. 

Mots Finlandois. Mots Lapons. 
Dieu, Jumala, Jubmal^ 
le Feu, T«/i, Toile, 
Une Montagne, VV^orh VFara. 

Les Finlandois font robuftes & ramaffez de même 
que les Lapons. Ils ont les cheveux noirs , le vifage 
large , l'air afreux , & les Lapons leurs reffemblent. Les 
Lapons & les Finlandois s'habillent prefque les uns 
comme les autres. Cela fe voit par le portrait d'un Fin- 
landois quieft dans. TEglifè de Storekir en TOflrobot- 
pie , où il y a un tableau qui reprefente lafTaffinat que 
commirent les Finlandois en la perfonne de TEvêque 
Henri. Quand on comparera Thabit de ce Finlandois 
avec celui qu on a delliné au Chapitre dix-feptiéme de 
cette Hiftoire on ,n y trouvera nule diference. 

Les Lapons & les Finlandois ont le même efprit & 

C ij 



ïo Histoire 

les mêmes inclinations. Les Finlandois mènent une vie 
fëneance , les Lapons font la même chofe ; car ils ne 
travaillent point que la necefficé ne les y contraigne. 
Les tinlandois ne quittent jamais la refolution qu'ils 
ont prife ^ les Lapons en ulent de même fur tout lorP 
' qu'ils ont éré choquez. Les Finlandois font adonnez 
à la Magie , ôc il n'y a rien de fi commun que cela par- 
mi les Lapons. Ce qui prouve enfin que les Lapons 
tirent leur origine des Finlandois, eft que tout ce que 
Tacite e'crit des anciens Finlandois (è remarque aujour- 
d'hui parmi les Lapons. Les Finlandois , dit -il, n'ont 
ni armes , ni chevaux , ni Dieux domeftiques. L'herbe 
leur fèrt en partie de nourriture , la terre , de lit , ôc les 
peaux, d'habillemens. Leur efperance eft dans leurs fle'- 
chcs qu'ils garniffent d'os. La chafle nourrit les hom- 
mes. Les femmes les y acompagnent ôc emportent la 
moitié de ce qu on prend. La plûpart de ces chofes fe 
pratiquent aujourd'hui parmi les Lapons. 

La Peinture que Saxo donne des anciens Finlandois 
perfùade aufïi qu'il veut faire le portrait des Lapons. 
Les Finlandois Ibnt les derniers Peuples du Septentrion. 
Ils nocupcnt prefque aucune portion de terre qu'on 
puiffe labourer ou habiter commodément. Ils fe fer- 
vent de javelots fort pointus , ôc il n'y a point de Na- 
tion plus - adroite à les lancer. Ils combatent avec des 
flèches grandes ôc larges. Ils s'adonnent à toutes fortes 
de fortileges 5 ils entendent bien la chaffe ôc n'ont nule 
habitation qui (bit fixe , car ils demeurent où ils ont ar- 
rêté quelque bête. On voit par cette defcription que 
l'efpnt ôc les mœurs des anciens Finlandois font fi fem- 
blables aux mœurs ôc à l'efprit des Lapons , qu'on ne 
peut prefque douter que ce ne foit la même Nation 



DELALAPONIE tt 
& que les Lapons ne tirent leur origine des Finlandois, 
ou Finnons. 

On pourroic demander comment il eft poflible de 
croire que les Lapons foient fortis des Finlandois, puif- 
que les Lapons ne font point guerriers, ôc que les Fin- 
landois le font , que les Lapons font maigres , ôc les 
Finlandois gros & gras On répond que toutes ces di- 
ferences ne peuvent détruire ce qu'on a avancé de l'o- 
rigine des Lapons. La nourriture change les qualitez 
du corps. Les Finlandois mangent force chofes qui 
les font devenir gras ; Ôc ces chofes ne fe trouvent point 
en Laponie. Les Finlandois n'ont pas d ailleurs un fort 
grand panchant pour la guerre , ils fe cachent au con- 
traire quand on leur veut faire prendre parti , ôc s'ils 
font foldats c eft par force ôc acaufe de la bonne difci- 
pline quon leur fait exactement garder. Mais pour- 
quoi apporter tant de raifons, afin d'établir que les La- 
pons viennent des Finnons ; puifque les Lapons mêmes 
qui font fur ce point les plus croiables , avouent qu'ils 
tirent leur origine de ces Peuples. Ils affurent qu'ils 
décendent d'un certain Micfchogiefche , ôc qu'ils ont 
apris de leurs Ancêtres , qu'il vint de la Finlande dans 
la Laponie • 

Andres Andrefonius a depuis quelques années ra- 
porté la même chofe -, quoi que le nom du Capitaine 
ne foit pas le même dans (a. relation ; Cet Andres qui 
étoit tous les jours avec les Lapons mérite qu'on lui ajoû- 
te foi. Il dit que les Lapons tombent d'acord qu'ils ont été 
tirez de la Finlande , ôc amenez dans les régions qu'ils 
occupent par un nommé Thins Kogreh : mais la vérité 
eft qu'ils ont été chafTez de leur païs par les gens de 
leur païs même , qui fous la conduite d'un Capitaine 

C iij 



ti Histoire 

nommé Maiias Kurk , les bâtirent , les pillèrent", Se Ici 
obligèrent de pafTer dans des lieux deferts & prefque 
inhabitables. 

Olaus Pétri Kiurenius pere de M. Plantin dit prefque 
la même chofe -, ôc il elîà propos de rapporter ici (es 
propres paroles. Quelques familles de la t inlande for- 
tirent des Paroifles de Birkala ôc de Rango, traverferenc 
la forefl de Taraftie , 6c avancèrent jufques aux côtes 
de la MerdeTOUrobothnie. Elles s'établirent où font à 
prefent Nerpis & Muftafara , en des lieux qui n'avoienc 
jamais été habitez 5 elles n étoient là chargées d'aucun 
tribut , lors que les Finlandois en étoient accablez 
en leur propre pais. Comme elles joiiiflbient d'un grand 
repos , elles acquirent en peu de tems beaucoup de ri- 
chefles , ôc amaflerent une grande quantité de Mar- 
chandifes qu elles portoient vendre tous les ans à leur 
païs. Elles commencèrent dés-lors à paroître plus que 
les autres Finlandois, ôc on les diftinguoit par la richcP 
fc de leurs habits , leurs viandes étoient plus délicates , 
leur vie plus delicieufe , leurs revenus meilleurs, & leurs 
meubles plus précieux ; de forte qu*il fut facile de fe 
perfuader qu'elles joiiifToient d'un grand bonheur. 

Les Tarafthes , de la Province defquels ces familles 
étoient fortis , ne peurent voir ce bonheur (ans chagrin, 
ôc ne le pouvant foufFrir , ils choifirent pour Capitaine 
un des plus confiderables d entre- eux appellé Matthias 
(il veut parler de Kurk) à qui ils donnèrent la condui- 
te de leur entreprife. Ce Commandant fuivi d'un grand 
nombre de Tarafthes , fe jetta couragcufement dans les 
maifons de ces familles , enleva tout ce qu'il y pût ren- 
contrer , les chaflà ôc poullà jufques aux rivières de Kimi 
ôc de Torna. Ces Tarafthes , quelques années aprés^ 



D E L A L A P O N I E 
aiant apris que ces familles vivoienc à leur aifè furie 
bord de ces rivières , les attaquèrent encore ôc les trai- 
tèrent avec tant de rigueur , qu ils les contraignirent 
de fe retirer dans les deferts , où elles font à prefent , 
fans leur permettre d amener avec elles ni troupeaux ni 
bête de fomme. 

^Les Lapons tiennent cela pour vrai & difent quon a 
vu dans des lettres Patentes fort anciennes le nom d un 
Capitaine appelle Kurk , mais on ne peut prouver que 
ce nom foit fort ancien , puifque la Nobleffe n a jamais 
ufë de ces Surnoms quilui étoient entièrement incon- 
nus. D ailleurs Matias Kurk n'a vécu que beaucoup de 
temsfipres letablifTement de la Religion Chrétienne dans 
la Finnonie.Car comment auroitJl pû erre appelle Mat^ 
thias? puifque ce nom ne fe trouve pas une feule fois 
parmi les noms Païens , dont il eft parlé dans les an- 
ciens Hiftoriens, & dans les Ades Publics. On ne peut 
croire auffi que les Lapons foient venus fi tard dans les 
régions qu'ils occupent à prefent • ôc il faudroit au 
moins accorder que ces païs n'avoient point encore été 
habitez avant leur arrivée. Cependant ceft une vérité, 
que les Biarmes & les Skridfinnsy étoient avant la naif- 
fance du Chriftianifme 5 ôc le feul nom des Lapons fait 
affez connoître qu'ils y font venus après ces Peuples, & 
qu ils font fortis de la Finnonie, étant une Colonie de 
tinlandois. On aflèure même que les Finnons étoient 
dans ces païs du tems de Héraut aux beaux cheveux ou 
Har£ager Roi de Norvège ôc de fon fils Erric Blodoexe; 
que celui-ci fe mit fur Mer 6c fit voile vers le Septen- 
trion jufqu'à la Findmarke , & de là jufqu a la Biar- 
mie , où il li>?ra combat aux Biarmes, dont il rem- 
porta la victoire avec , un gran butin. Si en partant 



34 Histoire 

de la Norvège il tira par mer vers le Septentrîorï J 
pour venir en la Findmarke , il faloic neceffaire- 
ment que cette Findmarke fût prés de la Norvège , de 
telle (orte qu'elle fût plus Septentrionale , & fur la côte 
de la Mer , c eft à dire , que ce fût la même Findmarke 
qui en porte aujourd'hui le nom. Et parce que cette 
Province avoit alors fes Habitans, quon appelloit Fin- 
nons comme le nom de la région le prouve aflez , on 
n'a aucun fondement de croire qu elle ait été première- 
ment occupée par les Lapons , repouffez ôc chafTez 
de la Bothnie Auftrale par ce Matthias Kurk. Ils 
n ont pas même tiré leur nom de Lapes , de ce qu'ils 
furent alors chalTez j on les nommoit déjà ainfi du tems 
de Saxo -, ôc on ne me perfuadera pas facilement , que 
cette entreprife de Matthias Kurk ait été plus ancienne. 

11 faut donc chercher d'autres commencemens de 
ce paffage des Lapons ôc voir de la manière dont ils 
changèrent de païs afin de prouver clairement pourquoi 
ils ont été appeliez Lapons. Je crois que les Finnons 
n ont pas pafTé une feule fois en la Laponie , cela fe 
connoît par le nom de leur Chef, qui n eft pas toû- 
jours le même , puifque les uns l'appellent Tins Kogre , 
ôc les autres Miefchogiefche, 

Il femble que leur premier Scieur plus ancien change- 
ment de païs a été celui , qui a donné naiffance aux 
Biarmes ou Biarmiens , ôc duquel ils ont pris leur ori- 
gine. Car je croi que les Ancêtres des Biarmes étoient 
Finnois ^ parce qu'ils ont eu des Dieux , qui portoienc 
des noms de la langue- de Finnonie j que leur efprit Se 
leurs moeurs ont été entièrement femblables aux mœurs 
6c à Tefprit des anciens Finnons ; ôc que tous les étran- 
gers les ont nommé SkridHnns ^ c'eft à dire Finlandois^. 

a cauie 



DE r A L APONIEà ts 
â cauCc que le nom de Biarmcs leur ctoit inconnu , ce 
qui a fait quils les ont apellé Skriidfinns , au lieu de les 
nommer Biarmes. Us ont à la vérité receu des Finlan- 
dois le nom de Biarmes , parce qu'ils s*ctoient retirez 
en des lieux montagneux j le mot de Biarmie étant ce 
femble formé du mot Varama , qui en langage Finno- 
nois fignifie un païs de montagnes. Mais fur ce que 
les étrangers avoient entendu dire , que ces Peuples 
glifToient fur la ncge avec des femelles de bois 5 & que 
les Suédois & leurs voifins( qui leur avoient dit cela de 
ces Finlandois Biarmiens) apelloient cette manière dal- 
ler fiir la négQjtt-Shxiida; au lieu de les nommer Biar- 
mes ce mot leur étant inconnu ; ils les ont apellez 
Skriidfinns. Et parce que les Finnons & les Biarmes 
n'ont eu qu une même origine , il eft arrivé de là, qu îîs 
ont fouvent obeï aux mêmes Rois 5 ce qui fe voit en la 
perfonne de Cufon , qui au tems du Roi Holter corn- 
mandoit en laFinnonie & en la Biarmie. 

Nous ne pouvons facilement découvrir la caufe de ce 
premier charigement ; fi nous ne le voulons attribuer à 
la crainte quils eurent des Suédois, dont le Roi Agnus 
porta la guerre dans la Finlande , combatit Frofte Roi 
des Finnons i fit le dégaft par toute la Province ^ & m 
enleva un très- gran butin. 

Parlons de leur fécond changement de païs. Je pcnfe 
qu'il arriva lors que les Rufles commencèrent à porter 
leurs armes, & à étendre leur empire jufques au lac La- 
doga. La plû part abandonnèrent alors leur païs , & fe 
retirèrent en Laponie, épouvantez des cruautez que les 
Ruffes ont de tout tems exercées fur les Peuples qu»ils 
ont^aflujettis. Ce qui me porte à croire cela 3 eft que 
iesRufles donnent aux Lapes le nom de Kajennes, par- 

D 



16 Histoire 

ce quaiant eu la guerre avec les Peuples de la Kajanie ils 
fçavenc que ces Peuples font pafTez de ce païs en Lapo- 
nie. Les Ruffes n'ont pu apprendre cette chofe que par 
ce moien, eux qui ne Içavent rien de THiftoire des au- 
tres Nations j ôc qui même n'écrivent rien de ce qu'ils 
font. 

On peut encore conclure de - là , que ce change, 
ment elt arrivé environ le fixiéme fiecle après la naif- 
fance dejEsus^CHRisT, lors que les RufTes com- 
mencèrent à étendre les bornes de leur empire. Et ce 
font peut-être les mêmes Peuples , qui étant fortis des 
Finlandois ont été apellez par les Suédois , par les Da- 
nois, & les Norvégiens 5 Fmns Sïœjinns^ ou FieldfinnsslQ 
nom de Biarmes commençant à n'être plus en ulage , à 
caufè que ces Finns ou Fmlandois les furpaffoient en 
nombre. Ce changement de nom commença principa- 
lement après la mort de Heraud Harfager Roi de Nor- 
vège , qui après être arrivé par mer à la f indmarke , ôc 
venu vers le Septentrion julques à la Biarmie, eau fa de 
grandes pertes aux Biarmes , pilla tout leur païs , ôc fît 
prefque main bafle fur tous. Les Finnons qui habitent 
ces contrées n'eurent alors aucun mal , cependant les 
Biarmes furent très mal-traiûez , ôc prefque tous tuez , 
de forte que vrai-femblablement ne pouvant fe relever 
de cette perte , les Finnons en devinrent plus - puiffans, 
ôc le nom des Biarmes fe perdit peu à peu. 

Voila les changcmens de païs que ces Peuples firent 
avant quon les eut apellé Lapes , car auparavant on né 
dit point qu'il y eut des Lapes , ôc on ne fait mention 
que des Finlandois ^ des Scritofinns , ôc des Biarmes. 
Mais dans la fuitte du tems on parle des Lapons j ôç 
parce qu Adam de Bremen , qui floriflbiit vers Tan de 



DE L A L A P 0 N I E. î7 
Jesus< Christ m. lxxvii. nen a rien die , & que 
Saxo.en a fait mention , qui vivoic vers Tan m ce. Il 
eft probable que ce troifiéme changement de païs eft 
arrive en cet intervalle de tems , après lequel on com- 
mença à leur donner le nom de Lapons. 

Si quelqu'un veut prendre le loin d'examiner les 
Hiftoires arrivées dans cet efpace de tems j il aura bien 
de la peine à trouver le motif, qui obligea les Finnons 
a changer de païs 5 fî ce n eft la guerre que le Roi Er- 
ric ordinairement apellé le Saint fit en la Finlande, qu il 
fendit Tributaire du Roiaume de Suéde , & qu'il éclaira 
des lumières de la Religion Chrétienne. Cette guerre 
arriva l'an m. c. l. 6c fût aparemment caufe que la plu- 
part des Finlandois quiterent pour la troifiéme fois leur 
païs natal , Se fe retirèrent en Laponie. Car ils fe voi- 
oient aflujetis à une domination étrangère Ôc contrains 
d'embraffer une Religion , pour laquelle ils avoient eu 
jufqu alors d autant- plus daverfion , qu'ils l'avoient re- 
connue contraire à la Religion de leurs Ancêtres. Ces 
chofes leur paroiflànt extrêmement infuportables , il n'y 
a pas lieu de s'étonner > que quelqu uns d'entre eux 
aient cherché le moien de s'en exemter. Il n'eft pas 
non plus difEcile de découvrir la raifon que les autres 
eurent de les nommer Lapons ; parce que ceux qui s'é- 
toient faits Chrétiens , ôc qui s etoient foûmis aux Sué- 
dois , tenoient pour Deferteurs , ceux que la crainte de 
la valeur Suedoife , Ôc Taverfion de la Religion Chré- 
tienne avoient chaffé de leur patrie. Et d'ailleurs le Roi 
aiant au même tems fait publier un edit, par lequel tous 
ceux, qui refuferent de quiter le Paganifme furent ban- 
nis. Ce n eft pas fans raifon quils furent apcllez Lapes 
ou Lapons. 



îg Histoire 

Voila ma penfce touchant lorigine des Lapons , Sc 
la manière dont ils ont changé de païs, jufqu a leur éta- 
bhflement en Laponie 5 II y a de Içavans hommes qui 
croient que les Lapons font venus des Tattares , mais 
ce n eft pas mon opinion. On ne voit point que les 
Tattares forent venus au Septentrion. Ils font acoûtu- 
mez à vc^îer , & leur vie eft toute guerrière , ils ne vi- 
vent ôc ne fixbfiftent en effet que de ce qu ils atrapent. 
Au contraire la vie des Lapons eft une vie de Bergers & 
de Chaffeurs , oppofée à la guerre. Tout le foin ôc tout 
k plaifir des Tattares eft d'avoir un gran nombre de 
bons chevaux , dont ils fe fervent pour faire des voiages 
& pour (è nourrir 5 les Lapons font fort- éloignez de cet- 
te façon de vivre -, ils ont fi peu de connoiflance des 
chevaux, que dans leur langue ils n'ont pas même de mot 
quifignifieun cheval. Les langues enfin de ces deux Na- 
tions font très -différentes. Et quoi que quelques-uns 
aient écrit , que la langue des Lapons ne vient point de 
celle des Finnons , il ne faut pas ajouter foi à ce qu'ils 
difent là-deffus , parce que des perfonnes tres-favantes 
& tres-confommées dans la langue des Finnons & des 
Lapons affurent le contraire. Car encore qu il fè trouve 
dans le langage des Lapons, des mots qui nont nul ra- 
port avec celui des Finnons , il ne s'enfuit pas neceffai- 
rement que ces deux langues foient tout à fait différen- 
tes , parce que cela peut venir , non pas de la diverfité 
des langues , mais de la longueur des années, qui apor- 
te beaucoup de changement dans le langage; Comme 
on trouve un gran nombre de vieux mots Suédois , qui 
n ont point de raport avec ceux d'aujourd'hui , qui ne 
laiffent pourtant pas d être de vrais mots Suédois , & ne 
font point une langue différente. 



DE LA LAPONIE. 
^ Ce qu'on ajoute encore pour prouver que les Lapons 
û ont point tiré leur origine des Finnonsi que ceux-ci 
ont toujours eu une prodigieufe averfion des Lapons , 
eft une preuve d autant plus foible & moins recevable' 
que les caufes de cette averfion font connues de tout le 
monde, & qu elles nejfont nullement fondées fur la di- 
verfité des deux Nations. On doit raifonner de la mê^ 
me manière , fur ce que les Finnons labourent & cul- 
tivent leurs terres , bâcilfent des maifons arrêtées , & 
font d autres femblables chofes inconnues aux Lapons ; 
^ Car ceux-ci dévoient s'accommoder à la nature des ter. 
tes quils tiennent , & ils fe font vus obligez d'oublier 
ce qui ne devoir plus être en ufage parmi eux. 

Au refte ceux qui font fortis les derniers de la Finno- 
nie, ont ce me femble établi leur première demeure tout 
au fond de la foreft de la Taraftie, au milieu de laquel- 
le on voit un petit lac de figure ronde , formé par quel- 
ques levées de terre tout au tour, comme fi elles avoienc 
été travaillez de la main des hommes ^ Ce lac eft apellé par 
les Habitans du lieu Lapia Kajano, c*eftà dire la fonçai- 
ne des Lapons ; ce qui eft une marque qu'ils y ont au- 
rrefois demeuré. Il eft vrai-femblable auffi que la di- 
fette qu'ils y fouf&irent, & que le voifinage des Finnons 
qui étendirent peu à peu leurs frontières jufques à la 
Taraftie , qui n avoir jamais été cultivée , & qui jufqucs 
alors étoit demeurée deferte , les contraignirent de Ce 
retirer, de s approcher davantage du golphe de Bothnie, 
afind7 vivre dans une entière luretc , & d y avoir abon- 
damment les chofes qui feroient necelTaires à la vie. La 
plupart des Lapons ont demeuré en ce lieu plus d'un 
fiecle , & jufques au règne de Magnus Ladulaos, ceft 
à dire jufqucs à l'an mcclxxii. Ce Roi fe volant trop 



30 Histoire 

foiblc pour domter les Lapons , qui joiiiflbicnt encore 
de leur liberté , ôc qui ne dépendoienc de perfonne -, 
promit de donner une authorité aWoluë fur ces Peuples 
à ceux de fes fujets , qui les aflujetiroient à la couronne 
de Suéde. Les Birkarles animez de cette efperance al- 
lèrent trouver les Lapons , & après les avoir amufez plu- 
fieurs jours , ils les prirent à l'improvifte, en tuèrent un 
gran nombre , ôc fournirent les autres jufques aux mers 
du Nord ôc du Sud. Ils obtinrent incontinent des lettres 
du Roi , par lefquelks il leur lailToit l'entière autorité 
avec tous les tributs qui (è lèveront fur les Lapons /qui 
demeuroient alors fur les frontières de la Bothnie. 

On voit qu'il efl: dit clairement , que les Lapons de- 
meuroient encore au tems du Roi Magnus Ladulaos le 
long du golphe de Bothnie, ôc que cela s'accorde avec 
ce qui a été dit auparavant , que les Birkarles leurs cau- 
ferenc de grandes pertes ; qu'ils les poulTerent plus loin, 
ôc que les Lapons abandonnèrent les terres qu'ils oc- 
cupoient aux environs du golphe de Bothnie. Quoi 
qu'on ait alTeuré ci-defTus , qu avant que les Lapons 
euffenc été mal-traitez par les Birkarles , ils avoient été 
déjà attaquez par les Tarafthes , qui les chaffant du 
golphe de Bothnie , les pouffèrent plus loin. Si on veut 
toutefois examiner foigneufèment le tems de cette ac- 
tion , on trouvera peut-être qu'elle eft bien plus récen- 
te 5 & qu'au moins on ne la peut raporter qu'au tems 
de la naiffance de J E s u s - C H R I s T. 

Olaus Pétri raporte ainfi iHiftoire. J ai parlé d'un 
cerrain Matthias Capitaine des Finnons , quand ils 
vainquirent les Lapes , ôc les pouffèrent jufques aux 
plus éloignées folitudes du Septentrion. Quelques uns 
affurent quilïtoit de la très -noble famille des Kurks 



DE LA La P O N IE. 3, 
en la Finlande, & qu'il ne cefTa de harceler les Lapes' 
julqua ce qu ils eufTenc promis de lui paicr tribut tous 
les ans. On dit qu'ennuyé d'un fi long-tems Se fi fi 
dieux voiage , il commença à faire des échanges avec 
quelques Habitans de Birkarla, qui eftune Paroifli de 
Ja Taraftie , & que leur donnant authorité fur les La- 
pons quil s étoit afllijetis , & le tribut annuel qu'ils lui 
paioient ; il reçeut pour cela quelques petits païs dans 
Ja Fmiande. Il s'enfuivit de là , & c'eft une chofe tres- 
vraie que les Lapes ont paie tous les ans depuis aux 
Birkarles le même tribut ; & qu'il n'étoit permis qu'à 
ces Birkarles de trafiquer avec eux. On voit encore 
des hommes fort âgez , qui affeurent avoir vû les trai- 
tez des Kurfces , gardez par Jehan Nilfon à Erfnss en 
a l aroiflè de Lula. Toutes ces cho£-s font d'une tel- 
le manière, qu'elles ne fembknt pas être arrivées en 
un ficcle fi proche de la naiflànce de J e s u s-C h r i s t, 
comme Oiaus Pétri le veut, ni qu'on les puiffe croire 
plus récentes que le règne du Roi Magnus Ladulaos ; 
Si ce n'eft que nous formions ce jugement , qu'il les 
faut ainfi accorder avec le mémoire de Buraeus , que 
les Tawaftes d'Olaus Pétri font ceux que Bursus apelle 
Birkarles ; puifque les Birkarles font les Habitans de la 
Tawailie , qu'ils éleurent Kurk pour leur Capitaine , & 
que fous fa conduite & par fes ordres ils chafferent les 
Lapons de toute la Bothnie Orientale & fe les rendi- 
rent tributaires. 

Pour ce qui eft des Lettres qui en furent expédiées , 
ce n etoit pas tant les lettres de Kurk , que celles du Roi 
Magnus Ladulaos , en vertu defquelles il avoit accordé 
aux Birkarles k tribut que ks Upons étbient tenus de 
paier j avçp ce privilège particulier d'exercer tous feuls 



si Histoire 

le commerce avec les mêmes Lapons. Car qui pou- 
roit croire que Kurk , quoique Commandant gênerai 
de ce Peuple qui Tavoic ëleu , eut pu de fon chef s atri- 
buer Tauthorité fur les Lapons , en exiger un tribut an- 
nuel , & le tranfporter par un traité aux Birkarles > Puif 
que , ou les Tawaftes ne dépendoient d'aucun Souve- 
rain , & ainfi toute la conquefte leur apartenoit comme 
ils fè 1 ctoient acquis ^ ou ils étoient fous l'Empire d un 
Roi , ôc cela e'tant aucun autre ne pouvoit donner ce 
qui lui appartenoit de droit . Que fi les Birkarles don- 
nèrent à Kurk des Métairies & d'autres chofcs ftmbla- 
bles , il y a aparcnce que ce n'a pas tant été , pour ac- 
quérir de lui y par la force d'un traité , le droit de lever 
le tribut fur les Lapons , que pour le gratifier ôc le re- 
compenfer des peines qu'il avoir prifts dans cette guerre. 

Quoi qu'il en foit , tant de Kurk que des Taraftcs ^ 
ceci au moins eft tres-afluré, que la Nation des Lapons 
nei\ point (ortie des RufTes , ni des Tattares , mais des 
fculs f innons, qu elle a été chàfféc de fa Patrie , & qu'- 
aiant cbangéjulqu'à deux fois de demeure , elle eft en- 
fin venu habiter les terres qu elle cultive à prefènt. Que 
fbn dernier changement de païs lui a fait donner le nom 
de Lapons , & que ce nom a été pareillement donné à 
la Nation qu*on apelloit auparavant Finlandoife , parce 
que les Suédois l'ont ainfi nommée , qui en ont tenu 
K)us leur domination la plus grande partie. Que cela 
enfin eft arrivé , après que les Suédois eurent apris , par 
la propre bouche des Finnons , que ces Peuples fugitifs 
Se chaffez n avoient pas voulu embraflèr la Religion 
Chrétienne , & qu'ils avoient été pour ce fiijet con- 
traints d'aller chercher une nouvelle demeure j ôc parce 
^pc les Finnons , à caufe de cela ^ les apelloient La- 

pons;, 



D E L A L A P O NIE . 35 
ipons , les Suédois leur ont ^uffi donné le même nom^ 
s& ce nom eft de-là venu à k connoiffance des Danois^ 
Ainfi la coutume Ta enfin emporté , d apeller Lapons 
les Nations qui occupent toutes les terres qui font en- 
tre le golphe de Bothnie ôc k Mer du Septentrion ; Ôc 
iur tout depuis que ce pais eft tombé fous lempire des 
Suédois > qui l'ont nommé Lapie ou Laponie ; excepté 
h petite partie qui eft fur les côtes de la Norvège , ôc 
qui retient encore fon ancien nom de Finnonie, ôc une 
autre qui eft vers la Mer bknche , que les Mofcovites 
apellent Cajanie ; quoi qu'ils en nomment les Peuples> 
Lopes , aiant apris ce nom des Finnons leurs voifins. 



CHAPITRE VIL 
ÏÏ)e la première Religion des Lapons. 

AV A N T que d embraffer le Chriftianifme , le§ 
Lapons étoient Païens , Ôc leur Religion n etoic 
pas beaucoup différente de celle des Finnons 5 mais on 
ne peut bien fçavoir qu elle etoit la Religion des Fin- 
nons , parce qu'on ne trouve aucun titre qui nous don- 
ne la connoiffance des antiquitez de cette Nation, il 
faut donc chercher des conjeaures parmi les anciens 
Biarmes Ôc les SJcriidfinns. 

Les Hiftoires de S. Olaus Roi de Norvège , ôc de 
Herrod,nous aprennent que le Dieu des Biarmes fe 
nommoit Jnmala , ou JomaU. Ce mot eft bien diffe- 
lent de celui , dont les Ecrivains de ces Hiftoires fe fer- 
vent pour fignifier le nom de Dieu , puifqu'ils le pro- 

E 



34 Histoire 

pofent comme un mot particulier aux Biarmes , & que 
même ils ne le connoiffent pas : Et parce que ces HiC 
toriens etoienc , ou Goths , ou natifs de Norvège , ou 
Iflandois , il faut necefTaircmenc que ce mot n'aie poinc 
été de l'ancien langage des Goths , mais de quelque au* 
tre Nation. Que fi on recherche quelle ell cette Na- 
tion , on trouvera que c'efl: la Finlandoife , ou Finno- 
noife , parmi laquelle le mot de lumaU encore à 
prefent en ufagc , ^fignifie Dieu. Ainfi on ne peut 
douter que ce mot Jumda , n ait été porté de Finnonie 
en Biarmie, & qu'il n'ait été confervé parmi les Lapons; 
puifqu'ils font fortis de la Finnonie , qu'ils ont été mê- 
lez avec les Biarmes , ôc n'ont fait avec eux qu'une Na- 
tion. 

Les Lapons ont encore adoré pour Dieu , celui que 
les Suédois apellent Thor-^ cela fe prouve non feulement 
parce qu'ils révèrent un certain Torus , mais encore par- 
ce que Turrijas , le Dieu des batailles 5c des vidoires , 
qui eft celui qu'on nomme Torus ^ étoit au nombre des 
Dieux qui étoient adorez par les anciens Finnons , & , 
particulièrement les Taraftes. Cela paroift d'autant- 
plus vrai , que les Finlandois ont eu un Roi très -ancien 
nommé Tonus y qui fut un des Ancêtres du Roi Nori, 
duquel on croit que la Norige , c'efl: à dire la Norvège, 
a pris fon nom , & qu'elle a été apelléc Nori-Rige ^ com- 
me qui diroit le Roiaume de Nori. 

C'étoit une chofe fort ordinaire aux anciens Rois de 
prendre les noms de leurs Dieux ; d'où vient que nous 
trouvons parmi les anciens Grecs plufieurs Jupiters , Se 
plufieurs Neptunes. Le Roi Torrus en a donc ainfi 
usé prenant le nom de l'ancien Torrus ou Turrus , que 
les Finnons adoroient comme un Dieu. Et de la me- 



D E L A L A P O N T E. 35 
me forte que ce Dieu Thurris , Tor , ou Toms , a été ré- 
véré des Finnons, il l'a été des Lapons qui ont apns des 
Finnons la manière de lui rendre un culte divin. 

Outre ces Dieux les Lapons ont auflî adore le Soleil; 
Ce qut me porte à le croire, efl qu'ils metentà prefenc 
cet Allre au rang de leursDicux ; car étant un efpa«- 
ce de tems confïderable pendant une nuit prefque con- 
tinuelle , & Tentant un froid tres-rigoureux ^ il eil fort 
vrai-femblable quils ont été portez à adorer le Soleil , 
qui eft le pere de la lunniere. Les Lapons ont vrai^fem- 
blablement encore eu d autres Dieux , puifque les Fin- 
landois & les Peuples de la Carelie ont adoré le Dieu 
Rongotbcus qui confervele Segle^.Pellonpcko qui con» 
ferve l'Orge Wieracannos quia foin des Aveines, Egres, 
qui a foin des Herbes potagères , des Pois , des Raves , 
du Lin , Se du Chanvre. Uko & fa femme Roune , qui 
prefidoient aux Saifons ^ Kskre qui defendoit les trou- 
peaux contre les bêtesjHyfe quieommandoit aux Loups ôc 
auxOurs3Nyrcke,quifavorifoiElaehafredesErcureuils,& 
Hyttavanes celle des Lièvres. Je ne doute point que 
les Lapons n aient adoré quelques- uns de ces Dieu^, ôc 
fcir tout ceux dont l'allîftanee leur fembloit neceffaire ^ 
pour lavancemenc de leurs affaires , comme font les 
Dieux qui favorifent la chaffejôc ceux qui défendent les 
brebis, des bêtes fauvages. 

On ne peut rien dire de certain du cult^ dont les La- 
pons adoroient ces Dieux y Ce qu^il y a de confiant eft 
que Jumala étoit reprefenté fous la figure d'un homme, 
âffis fur une efpece d'Autel , une couronne fiir la tête ^ 
ornée de douze pierres preeieufes , avec un colier d or 
de trois cent marcs au cou. Quelques-uns racontent 

au lieu d'un colier d'or, Jumala avoir autour du cou 

E i|. • 



36 Histoire 

un Ruban d'où pendoic une efpece de Médaille d*or 
gravée , & couverte de pierreries. Quoi qu'il en foie , il 
cLl feur que Jumala ctoic adoré (ous la figure d'un hom- 
me , avec une couronne de pierres precieu^es fur la tê- 
te j & en cela Jumala rcfcmbloit fort à Thoron le Dieu 
des Suédois , qui étoit rcprefenté auffi comme un hom- 
me afTis , une couronne de douze pierres precieufes fur 
la tête , avec des étoilles , ce qui me porte à croire que 
les Biarmiens , & les Lapons après eux , ont adoré un 
même Dieu fous diferens noms , ou qu'ils ont confon- 
du enfemble deux divinitez. Ils ont apeîlé lumala leur 
fouverain Dieu , dont ils avoient eu quelque connoiC 
(ânce , en partie par les lumières de la raifon , en partie 
par le bruit commun , ôc fur le récit de leurs Ancêtres; 
êc depuis que le nom de Torus fut devenu célèbre , ils 
nommèrent le même Dieu Torus , ou plutôt ils attri- 
buèrent le mot de Torus à leur Jumala. Je tire cette 
conclufion de ce que les Lapons donnent à prefent à 
leur Torus, ce qu*ils ont de toux tcms accordé à leur 
Jumala , lauthorité ôc l'empire fur les plus petits Dieux, 
Se particulièrement (ur les mauvais & les mal-faifans ; 
fur lair , les foudres ôcles tonneres,{ur la vie & la mort, 
ôc les autres cho£ès de cette nature. 

Voila ce qui regarde la figure de Jumala : Mais il 
n*eftpas certain dequoi il étoit fait , je penft toute fois 
qu'il étoit de Bois , puifque Charles voulant couper le 
Ruban où étoit attachée la Médaille qui lui pendoit au 
cou 3 il déchargea un fi gran coup , qu'il lui abatit la 
tête , ôc dans THiftoire de Herrodi , on voit que l'or , 
ôc tout ce qui étoit de précieux fut enlevé du remple 
de Jumala & que la figure du Dieu ôc tous les orne- 
mens facrez furent brûlez réduits, en cendre: Ainfî 



DE L A L A P O H î E. 57 
ilfaloic que ce Dieu fut de bois. Lor dont il parle dans 
quelques livres qui font mention de ce Dieu : c eft de 
lor que les Biarmes mettoient par honneur, comme un jj^if^oire 
présent facré , en la plus grande quantité qui leur etoit 
Çoflîble , dans le fein de leur Dieu Jumala 5 qui avoir 
lùr fes genoux une taffe d'or , fi pefante & fi grande , 
que quatre hommes auroicnt eu de la peine à boire la 
liqueur qu'elle auroit tenue. 

Olaus raconte que cette taflè étoit d'argent , & qu*. 
elle étoit remplie de pièces de même métal -, ce qui 
ùit croire que Tor que les Lapons avoient étoit mon- 
îioyé -, que cet or avant le tems d'Olaus avoit été per- 
du avec la taffe d'or : de forte que les Biarmes n en 
ayant pu encore recouvrer , pour remettre les chofes 
dans leur premier éclat , avoient ité çpntrains de faire à 
leur Dieu une taffe d'argent. 

Les Biarmiens n'adoroient pas par tout le Dieu Jti- 
inala^ mais en de certains lieux feulement , ôc peut-êcre 
qu'il ni en avoir qu'un feul , au milieu des plus épaiffes 
forefts , apartenant au Roi Harcker. On avoit bâti l'Hiftoire 
dans ces forefts une efpece de temple , oû les Peuples 
les plus éloignez auffi bien que les plus proches venoient 
rendre à ce Dieu leurs adorations. Cette efpece de tem- 
pie étoit entouré feulement de quelque forte de haye§. 
- Le moi Hoff ^ dont on s'eft fervi , eft proprement cela, 
& fignifie encore aujourd'hui un lieu entouré de tous 
cotez , ouvert toute fois par un endroit. Le Dieu Ju- 
mala étoit en cette efpece de temple ^ dans une foreft , i'HifW 
où il y avoit une haye fort haute , fermée d une porte , 
pour en défendre l'entrée à ceux , à qui il n'écoit pas 
permis d'aprocher du Dieu. Voila ce que quelqucsHif- 
toriens diicnt de Jumala ^ ôc .du çulte dont les Biar- 
miens rhonnoroient. E iij 



B8 



Histoire 



CHAPITRE VIII. 

De la féconde Religion des Lapons > qui 
ejl la Chrétienne. 

LES Lapons difcnt qu'ils n*onc été inftruits des 
myfteres de la Religion Chrétienne , que depuis 
le dernier fîecle , auquel on alla prefcher l'Evangile. 
Mais il eft difîcile de les croire là-defTus ; car il ell con- 
fiant qu'auparavant ils connoilToienc la Religion Chré- 
tienne j & que quelques-uns d'entre eux l'avoient mê- 
me embraffée du temsde Zieglerus , qui a vécu au com- 
mencement du fiecle pafle. Cet Auteur qui remar- 
que que les Lapons embrafToient la Religion Chrétien- 
ne en conrideracion feulement des Rois qui leur corn- 
mandoient de fe faire Chrétiens , prouve que le nom 
de Jésus- Christ, & fa dodrine y croient connus, non 
feulement du tems de Chrillierne , & au fiecle paffé , 
mais encore fous les autres Rois fes predecefTeurs : qu- 
ainn , lors qu'il écrivoit , cette Religion étoit fort an- 
cienne parmi les Lapons , & connue depuis plufieurs 
fiecles. En efFet , qui pouroit croire que tant de Rois - 
Chrétiens ne fe feroient jamais mis en peine de faire 
prefcher l'Evangile à ces Peuples , ôc qu'aiant beaucoup 
travaillé pour les domter, ils lesaurôient lailTé vivre fans 
les inftruire de la foi. Puifque nous avons au contraire 
les Lettres d'Erric de Pomeranie , Roi de Dannemark, 
de Norvège , 3c de Suéde , par lefquelles il avertit le 
Chapitre de l'Eglife d'Upfal , d'envoier des Prêtres en 



D E L A L A P 0 N I 3 9 

laponie. Qu^e peut-on répondre à ceci ? qu'ils avoicnt 
pour voifins les Birkarles , les Finnons ou les Suédois, 
cjui depuis long-tems avoient été faits Chrétiens ; avec 
lefquels ils trafiquoient , ôc leur paioienc même tribut 
dés le tems du Roi Magnus Ladulaos , qui florifToit il y 
a plus de quatre fiecles. Ainfi par la converfation de 
ces Birkarles ils avoient quelque connoifTance du nom 
Chrétien , ôc on ne peut fbûtenir qu'ils n ont embrafle 
^u au fiecle pafTé la Religion Chrétienne, 

Je crois au contraire que dés lè tems du Roi Ma- 
gnus Ladulaos , il y a eu quelques Lapons Chrétiens , 
ou qui faifoient mine de l'être. Car alors la Laponie fut 
conquife, & faite une des Provinces du Roiaume de Sué- 
de, ôc on ne peut douter que les Suédois n'aient porté 
la connoifTance de la Religion Chrétienne dans ce païs, 
au même tems qu'ils y établiflbient leur Empire. Que fi 
nôtre conjecture fe trouve vraie , que les Lapons foienc 
fortis de la Finnonie a caufe des guerres d'Erric le faint 
qui y avoit introduit la Religion Chrétienne - ils auroicnt 
donc dés lors entendu parler dejEsus CHRisT, ôc 
de la Religion des Chrétiens ; quoi qu ils l'euflent mé^ 
prifëe ^ ne leufTent pas voulu recevoir. Aians d'autre 
part toujours eu les Finnons pour voifins, on ne fe laif. 
fera jamais perfuader que les Finnons aient été tant de 
fiecles fi proche des Lapons , fans leur avoir jamais rien 
dit de JesuS'Chr isT , ni de fa dodrine. 

Ceci me femble bien plus confiant , que les Lapons 
ont eu la connoiifance de Jésus, Chr ist dés le tems 
d'Erric le faint, c'efl: à dire qu'il y a plus de cinq fiecles^ 
quoi qu'ils aient toujours rejetté la pieté & la dodrine 
des Chrétiens , tandis qu'ils ont été en liberté , ôc qu'ils 
n'ont dépendu de perfonne. Mais après avoir été réduits 



40 Histoire 

fous la puiffance des Suédois , ils ont cmbrafle la Relî- 
gion Chrétienne, ou de leur propre mouvement, ou par 
2iegicras. complaifancc pour leurs Rois , ou par quelque autre 
raifon de politique. 

Ceci étant arrivé fous le règne du Roi Magnus Ladu- 
laos, qui vivoit en Tannée m. ce lxxvii. après la naiC 
fance du Sauveur; il paroît que c eft vers ce tems - là qu'- 
on doit raporter les commencemens de la Religion 
Chrétienne parmi les Lapons. 

Voila la première ehofc: voions en fécond lieu com- 
ment ils obfèrvoient les chofes que commande cette Re-^ 
2ie<^icrus ligion. On dit quils ne témoignoient pas un gran zc^ 
^ le ni beaucoup d'ardeur pour la Religion Chrétienne , 

comme fi ils leufTent crû meilleure que celle de leurs 
Ancêtres j ôc qu elle eut été abfolument nece^^aire pour 
le falur. Mais auffi qu'ils ne la rejettoienr pas ouverte» 
ment, & quils la recevoient en apareiice la confiderant 
comme un bon moien de gagner les bonnes grâces da 
Roi 3 & de détourner les malheurs , donc ils auroient été 
menacez ; s'ils euffent fait garoître une opiniâtre refi- 
ftance. C'cft pour cette raifon qu ils faifaient venir le 
Prêtre Chrétien , qu'ils celebroient en fa prefence leurs 
mariages , qu'ils portoient leurs enfans à l'Eglife , & a- 
voient le foin de les faire baptizer. La prédication de la pa- 
role de Dieu, ôc Tinftruaion fur les principaux Mifteres 
de la Religion étoient entièrement inconnus aux La- 
pons. Ce qui fe reconnoît en ce que les Prélats avoient 
négligé de faire inftruire ces Peuples , & s'ils fe fuffent 
bien aequitez de leur devoir , Erric de Pomeranie n'eut 
pas été oblige de les avertir par lettres d'envoier des 
Prêtres en Laponie. Les anciennes notices des Diocc- 
fes ac des Peuples qui leurs étoient affe^ez prouvent la 

même 



DE L A L A P 0 K I E. 41 
même choie ; car on n'y trouve point le Diocefe de la 
Laponie , ni le nom d'aucune Eglifè , ni en gênerai les 
noms des Lapons , qui apartiennenc à quelque Diocefè 
que ce foir. 

Il ell: bien vrai qu'Olaus Magnus tâche de détruire 
tout ceci , ôcks autres chofes que Zieglerus a dires de la i-^^ 
Religion Chrétienne , négligée en la Laponie 5 il eft ^^^f'' 
toute- fois contraint d avouer lui même, que les Peuples 
Septentrionnaux les plus éloignez , n ont point encore 
été depuis tant de fiecles entièrement apellez à la Foi 
Catholique, ceft à dire qu^ils n'ont pas entendu la pré- 
dication de l'Evangile. C'eii pourquoi il efpere qu*-* ^^^^ ^ 
aiant entendu prêcher la parole de Dieu , ils ne diffère- ^^m^'imt 
ront pas d'encrer en la communion des Fidèles, 

Voila quel étoit Tetac de la R.eHgion Chrétienne par^ 
miles Lapons jurquau règne de Guftave , laquelle ne 
difFeroit prefque de la païenne , que de nom , ôc que 
par quelques cérémonies extérieures , dont les Lapons 
lè fervoient p©ur conferver en quelque façon le nom de 
Chrétiens. Damien de Go'és a donc eu bien fujet de ft 
plaindre de ce qu'il n'y avoir aucune connoiffance de 
Dieu, ni de Jesus>.Christ dans la Laponie , Et tout 
ce que nous venons' de dire fait affez connoïtre quelle 
eftime nous devons faire , & en quel lens nous devons 
prendre ce qu'Olaus Magnus a avancé. Qu'une grande ^''"^ ^''^ 
partie des Lapons , a été perfuadée par les exhortations 
des Prêtres Cathol iques , qui ont eu le fùccez qu'on en 
pouvoir attendre, ôc ont de plus en plus fait efperer qu'- 
un jour tous les Lapons embrafferont la Foi Catholi- 
que. 

Après que le Roi Guftave fut monté fur le Thrônc ^ 
çomme on çavailla avec plus de foin à cultiver la Reli- 



4z Histoire 

gion par tout le refte du Roiaume, on prit auffi la mê- 
me peine dans toutes les Provinces des Lapons. Une 
ehofe favorifa fort cette entreprife , ce fut que les La- 
pons aianc toujours paie le tribut aux Birkarles plûtoft 
qu'aux Rois , les Rois ne s'en étoient pas pour cette rai- 
Ion mis en peine. Guftave commença à les ramener 
fous fa conduite, Se à les remettre en la difpofition des 
Rois: Et on fit alors un Statut , quils convienderoicnc 
lefctijtion^* d'un certain tems de Tannée , qui fut l'hiver , d un 
dzusazdco lieu affigné, où ils s'afTembleroient en forme d'Hordes^ 
pour paier le tribut aux Officiers du Roi ; Que les Prê- 
tres s*y rendroient pour baptizer leurs enfans , pour leur 
expofer les Articles de la Foi , les inftruire touchant les 
autres exercices de la Religion Chrétienne , afin de les 
examiner Tannée fuivante , ôc les interroger fur ce qu ils 
leur auroient enfeigné en la précédente , ôc leur faire 
rendre comte de la manière dont ils vivent dans le 
Chriftianifme. 

Il ell confiant que cette Ordonnance fut faite fous le 
règne de Guftave, parce que les Rois fes Predeceffeurs 
ne tiroient aucun tribut des Lapons ^ & ainfi ils ne s' af 
fembloiciit pas en confideration des tributs qu'ils dé- 
voient paier , & on ne leur avoir ordonné aucune affem- 
blée. Olaus même ne dit rien aprochant de cela , ce 
qu'd n'auroit pas toutefois obmis , fi la coûtume en eue 
été retenue ^ au contraire il avoîie qu'ils étoient éloignez 
d.e plus de deux cent milles d'Italie , des Eglifes des 
^'"^ Chrétiens, 5c que cette grande diftance étoit caufe ; qu'- 
ils n y pouvoient venir que fort rarement. Ceux toute- 
fois qui de leur bon gré s'étoient faits Chrétiens don- 
noient des marques d'une très grande obeïfTance , vifi- 
îans une ou deux fois Tannée les Eglifes , où étoienç, 



DE L A L A P O N lE. '4^ 
les fons baptifmaux. lis mctroient leurs enfans qûi é- 
toienc à la mammclle , dans une efpece de corbeille, les 
chargeoienc fur leurs épaules, & les aportoientpour être 
baprifez. Il ne fe faifoît donc en ces rems-là aucune 
aflcmblée chez les Lapons ; il n> avoir aucun Prêtre , 
qui les allât rrouver, ôc leurs enfans n croient point bap- 
rifez chez eux , mais dans les plus proches Eglifes des 
Suédois.^ Que s'ils ne venoient pas de leur propre mou- 
vement à ces Eglifes , Ôc qu ils ny aportaffent pas volontai- 
rement leurs enfans , il n y avoir perfonne qui les en 
reprit. On peut connoître ceci par des Lettres de Guf Donnée» à 
tave premier, qui fe plaignit de ce qu'il y en avoir plu- ilf^. îe 
fleurs parmi les Lapons , qui navoient pas encore vou- "^ '^'J*^^^^-? 
lu fe faire baptifer. La caufe venoit de ce que les La- 
pons s'éroient imaginez , qu^ les perfonnes avancées en 
âge mouroient en peu de tems, au feptiéme ou au hui- 
tième jour après s'être fait baptifer. 

Mais depuis , ôc au tems de Guftave , lorfque les Of- 
ficiers du Roi aloient en Laponie,,poury faire la recepte 
des droits , les Prêtres les y aeompagnoient 5 ils bapti- 
foient les enfans, ôc lesinflruifoient en la Religion Chré- 
tienne. On ne fe contentoit pas de leur faire une fim- 
ple prédication , mais on les obligeoit de l'entendre, de 
retenir, de raporrer ce qu'ils avoient entendu, d'en ren- 
dre raifon , ôc de faire connoître le profit qu'ils avoiens 
fait. Ce fut donc en ce tems - là qulls commencèrent: 
à écouter attentivement la parole de Dieu , ôc à s'apli- 
quer ferieufement à la pratique des avions d'une pieté 
vraiement Chrétienne. Ce n a donc pas été fans fujeî 
que quelques-uns, après cette refiexion , ont affuré que 
l*Evangile n ayoit été annoncé aux Lapons qu au fiecle 
pafle , ôc qu ils navoient jamais auparavant entendu 



'44 Histoire 

parler de leur falut. Piiifque ce fut en ce tems-là qu'- 
on commença à leur envoier des Prêtres pour les in- 
ftruire , ainfi que nous le voions dans les Lettres du Roi 
î-'a» I/;?. Gulhve, qui donne cette Commiflîonà M. Michelavec 
ordre aux Lapons de le bien écouter ^ pour parvenir à 
la connoifTance du vrai Dieu, du Baptême , & de la Re- 
ligion Chrétienne : Et je crois qu'il fut le premier des 
Prêtres qu'on y envoia depuis les changemens arrivez 
en Suéde fur le fait de la Religion. 

Cela fut encore mieux exécuté les années fuivantes l 
fous les règnes de Charles , de Gullave Adolphe, ôc de 
Chriftine; car on établit des Eglifes & des Ecoles pour 
André Bd- la prcmicrc fois en la Laponie. Charles IX. fut le pre- 
dc?cripdln niicr qui prit le foin de faire bâtir des Eglifes en cha- 
i« uiucdf. que contrée , ôc de mettre en chacune de ces Eelifes 
dci Hiftoirc des Prêtres entretenus a les propres dépens 5 ôc on com- 
Ec«icf. c. s- j^çj^ç^ fuj. 1^ de fon règne à bâtir deux Eglifes en la 
Laponie de Torna, aux frais du même Roi, Tune en l'an 
MD C. apelléc Tenotekts ^ ôc l'autre trois ans après fous le 
nom de lukasj^rf. 

Cet exemple fut fuivi par la Reine Chriftine, qui(fi- 
tôt qu'on eut découvert en ces quartiers -là une mine 
d'argent ) donna (es Lettres Patentes , environ l'an 
M D c X L. pour la conftrudion de quatre autres Egli- 
fes à Alwitzjerf, Arieplog, Silbojoch, ôc NafafielL 

Depuis ce rems -là il y a toujours eu des Eglifes de 
Chrétiens dans k Laponie même , ôc il s*en trouve au- 
jourd'hui une dans la Laponie d'Aongermannie , qu'on 
apelle j^ofalc ; il y en a une dans la Laponie d'Uma qui 
fe nomme LykfaU : On en a bâti quatre dans la Lapo- 
nie de Pitha , Graatra^sk , Arvitzierfs , Storafwavyks, 
& Arieplogs. Il y en avoic une cinquiérne apellée Sil- 



Jehan 
Torojcus. 



DE LA LaPONIE. 4, 
bojochs , qui a étc depuis quelques années brûlée & 
entièrement détruite par les Danois. Il y en avoit une 
que* apelloit Jochmocli dans la Laponic de Lula, une 
autre qu on nommoit Nafriloclu; mais il n'y a pas bien 
long tems que le feu s'y prit parhazard, & la confuma- 
On en comte trois en la Laponic de Torna , Jucko- 
cWierh Journala, &Enotaches: &une dans laLaponie 
de Kimi , qui porte le nom d'Enare. Toutes ces Egli- 
les fans comter Silbojochs & Nafrilochts , font enco-' 
K a prcfent en for% boa état , & fort fréquentées par 

les Lapons. Rhcenenr» 

L^^ois de Suéde ont bâti ces Eglifes: Charles IX. ^'^^^f'"'" 
a été le premier qui y a fkit emploier les deniers publics^ i,k„ 
Se même les fiens propres. Il n'y a eu que la feule E- 'T"''?""' 
glife du païs de Rounala, dans la Marke de Torna , fi- 
tuec' entre les montagnes , qui feparent la Suéde de la 
Norvège 5 II n'y a eu , dis- je que cette Eglife qui ait été 
batie aux dépens de trois frères Lapons , qui dcmeu- 
roient en cet endroit , & qui étoient tous allez riches 
pour cela. Ces trois hommes de bien voiant qu'on 
batifloit des Eglifes par toute la Laponie , animez du 
zele d'augmenter la Religion , entreprirent d'en bâtir 
aufli uiie à leurs frais dans ce même païs. Leur pieté 
parut d'autant plus grande , Ôc.merita plus de louange • 
qu il leur falut aller au delà des montagnes de la Norvè- 
ge , & en faire apporter avec leurs Rennes , par un 
chemin très- long & tres-difEcile , tout le bois neceffai- 
xe pour l'édifice. Ils achepterent depuis , de leur propre 
argent une cloche pour la même Eglilè. 

Ces Eglifes font fort fimples , mais fort pro- 
pres. Leurs matériaux font des pieds d'arbres, dont on 
le iert ordinairement en Suéde pour bâtir des maifons. 

F iij 



46 HISTOIRE 
On y a conftruit tout auprès de petits bâtimens , afin* 
d'y mettre des cloches , avec des chambres , pour de- 
meurer des Prêcres, pour mettre à couvert la multitude 
du Peuple qui vient de fort loin , de pour le délafler en 
hiver auprès du feu qu'on y fait. 

Les Ecoles ont été premièrement établies en Lapo- 
îiie par le Roi Guftave Adolphe, en la ville de Pitha, 
avant Tan 19 de ce fiecle. Nicolas d'André Curé de cet- 
te ville le remercie de cette faveur en lui dédiant fon 
^-ituel ; Il lui adrefTe ce livre , afin que tous les Ordres 
de la Suéde coanoilTent avec toute la terre , où la Reli- 
gion Chrétienne eft reçue , les grandes boutez que fa 
Majefté a fait paroître pour les Lapons , aufli bien 
que pour les autres Peuples , qui font fous fa puilTance. 
Comme quoi, par une magnificence toute roialc , elle 
a inftitué une Ecole, &ya fait affembler les enfans des 
Lapons , pour y être inftruis en la Religion ^ 5c aux let- 
tres. 

Le principal motif qui porta Gulîave Adolphe à éta- 
©lâus Pctti. blir cette Ecole , fut qu il remarqua , que les Prédica- 
teurs étrangers ^ c'eft à dire ceux qui prefchoient en 
langue Suedoife , ne faifoient aucun fruit parmi les La- 
pons 5 qui jufques alors n avoient point eu d^autres Pré- 
dicateurs. Que les enfans des Lapons qui, par l'Ordon- 
nance de Charles fon pere , avoient été envoiez à Up- 
fal , y mouroient pour la plu- part, ne pouvant s'accom- 
moder à un païs fi contraire à leur air natal , Se à leur 
manière de vivre. Que ceux qui s'étaient acoûtumez à 
une vie plus douce & plus heureufe qu'en Laponie , re- 
fufoient d y retourner , ou fi-toft qu'ils y étoient de re- 
tour, ils mouroient à caufe du changement d'air yôcdc 
nourriture» 



D E L A L A P 0 K I E. 47 
Cette Ecole de Pitha fut donc la première de toute 
la Laponic , tant pour la pieté, que pour les lettres. Le 
Curé eut la conduite de cette Ecole ^ le Roi Guftave 
Adolphe lui donna la Commiffion de traduire de Sué- 
dois en Lapon , tous les livres qu'il jugeroit les plus uti- 
les & les plus neceflàires à la jeunefle , pour être bien 
inftruite en la Religion Chrétienne. Les Lapons n*a- 
voient auparavant jamais appris ni à lire ni à écrire ^ & on 
n avoir jamais fait de livres en leur langue. 

Ce fut donc en cette conjoncture, que I*oncommen« 
ça à écrire qu|lque chofe en la langue des Lapons 5 ôc 
le premier ouvrage a été, ce me femble,le livre de l'Al- 
phabet , tel qu'on a coutume de le donner aujc petits 
cnfans, avec les principaux articles de la Religion Chré- 
tienne, comme les Commandemens de Dieu, le Sym^ 
bole des Apoftres , TOraifon Dominicale , ôc quelques- 
autres femblables, compilez ôc reveus par le même Ni- 
colas d'André. Il a donné auffi le premier au public le 
Rituel en langue Laponne: Le petit livre des Cantiques, 
la manière de célébrer la Meffe , de prier , ôc de chan- 
ter 

Imprimé à 

Voila les premiers livres qui ont été imprimez en la ciez 
langue des Lapons , afin que cette Nation pût s'en fer- fj'"'" 
vir , pour apprendre les principes de la Religion Chré- 
tienne. Ils furent fuivis de quelques-uns donnez au pu- 
blic par d'autres Auteurs -, le livre qu'on apelle Manuel, 
eft de ce nomble , traduit de Suédois en la langue des 
Lapons , par Jehan Torn^us Pafteur ôc Prévoit de Tor- 
na. Ce livre contient les Pfeaiimes de David , les Pro- 
verbes de Salomon , l'Ecclefiafte , l'Ecclefiaftique , le ^oîntl' 
Catechifme de Luther, les (acrez Cantiques , les Evan- radefcn>: 
giles ôc les Epîtres avec les prières folemnelles , l'Hif 



Histoire 

toirc de la Paffion de Jesus-Christ, la deftruftion de 
Ja ville de ]erufalem, le Rituel , & toutes fortes de prie- 

La rroifiéme cliofe digne de remarque , eft que k 
Roi Guftave Adolphe donna un fonds , tant pour la 
nourriture des enfans , pour les vêcemens ôc toutes les 
autres chofes qui leurferoient neceflaires , que pour les 
gages fort gros des Maîtres , qui en dévoient avoir le 
foinj afin que les Lapons envoiaffent plus volontiers, ôc 
"é en plus facilement leurs enfans. à cette Ecole. 
£kprcfacc. Nation des Lapons étant donc fortement aidée 

de ce fecours , commença à penfer plus îerieufement à 
la P.eligion Chrétienne , ôc s'y apliqua avec d'autant 
plus de foin , qu elle n en apprenoit plus les mifteresen 
une langue étrangère , mais en fa propre langue. Ceux 
qui lesinftruifoient auparavant , n'aiant aucune con- 
noiffance de la langue des Lapons , leur parloient en 
Baa^as Sucdols , quc cc Pcuplc ne pouvoit prefque pas con^ 
hy%^T\f prendre , ne fichant que fa langue maternelle : Que 
oiau.Pctri_ s'il rctcnoic par coeur quelque chofe , il ne fçavoit ce 
?aÎ' fignifioient les paroles qu'il avoit aprifes. Le 

Prêtre etoit quelque fois en la chaire , de après qu'il 
Samuel avoit parlé , Tlnterprete , qui étoic en une place plus 
balTe , expliquoit , le mieux qu4l lui étoit poffible en la 
langue des Lapons , ce que le Prêtre venoit de dire ea 
Suédois. Mais ces livres leur procuroient cet avantage^ 
qu'ils commençoient à comprendre la fignification des 
paroles de leurs prières , ôc que ceux qui étoient char- 
gez de les inrtruire , ne le faifoient plus en Suédois ; 
mais en la propre langue du païs. 

La chofe pafTafi avant, quil s'en eft trouvé queP 
ques-uns parmi cette jeunelTc des Laporis, qui ont tel- 
^. " ~ - ^ kmens 



. D E L A L A P O N I -4^ 

lement profité dans les fcienccs , & icns h connoiflTan , • " . 
et de la Religion Chrcnenne, qu aiant été transferez de ' 
cette Ecole, à l'Univerfité d'Upfal , & après y avok 
parfaitement apris les Ans libéraux, &lesMifteres de 
notre Foi , ils ont été jugez capables dïnftruire leurs 
Compatriotes en leur propre langue. Olaus Pétri en 
nomme trois qui furent ainfi élevez ; & qui lors qu'ils 
curent cte peu a peu acoûtumez à un autre air & en, 
tretenus en cette Univerfité , furent après leurs études 
trouvez fi capables, qu'on les fit Prêtres. Ils ont été 
les trois premiers, qui ont été envoiez chacun dans une 
Marke particulière , qui ont prefché aux Lapons en leur 
langue & leur ont dignement adminiftré les Sacremens. 
ce tut donc alors , que les Lapons devinrent par le Bap. 
terne & la Prédication de TEvangile, enfans de l'Esli- 
le, & quils connurent Jesus-Christ. 

Voila jufques oû font allez les premiers foins de Gufta 
ve Adolphe , pour l'avancement de la Religion Chré- 

cZZ ^T' ^" ^Tr'' ^'^'""^^ les%ommen. 

cemens de toutes chofes rencontrent d'ordinaire bieiî 
des obftacles , il s en trouva aufE ï la Prédication de l'E- 
vangile. On confideroit avant toute autre chofè qu'on 
trouveroit de tres-grandes dificultez , & qu'on aîiroit 
bien de la peine a faire fubfifter cette Ecole hors de la 
Laponie comme elle étoit , &ày faire venir la ieunef- 

Ion 5^ "î"' Monfieur Skytte Ba. 

ron de DuderhofF, & Sénateur du Roiaume , d'aller 
ouver pour la féconde fois le Roi Guftave Adolphe & 
Lr.?'"' P"^"Picitauons, qui lui ont acquis une 
Z T 'Trf'> q"'^* tout de nouveau 

2«e cette Ecole feroit confervée^maisen telle forte qu- 
Slk leroïc dans la Laponie , dans la Marke d'Uma , L 



Nicolas 
d'Andis 



50 Histoire 

prés de TEglife de Lyksala, donc elle a pris le nom d'E- 
cole de Lyîcsa. Le Roi le jugeant ainfi neceffaire ôc a- 
vancageux , afin que les jeunes enfans des Lapons refpu 
raflenc toujours leur air natal , qu'ils ne fuflent point 
contrains de changer leurs alimens ordinaires , ôc ne 
s ennuïaflent point de mener une vie , à laquelle ils n e- 
toient nulemenc acoùtumez. 

Cette féconde Ecole des Lapons fut établie & con- 
firmée par les Lettres Patentes de S. M. Suedoife en 
Tannée mdcxxxii. obtenues parles foins de Monfieur 
le Baron de DuderhofF. Quoi que ce gran Monarque 
fut en Allemagne , engagé dans une grande guerre , il 
ne diminua toutefois rien des foins qu'il prenoic de la 
Laponie , ôc d'y maintenir la pieté Chrétienne. Voici 
les Lettres Patentes de Guftave. 
^ . ^ T O U S Guftave Adolphe par la o-race de Dieu Roi 

Baazius en 1 . \ - a i ii 

fonHiftoirc. JL ^ dcs Sucdois, des Cjots, ÔC des Wandales &c. Dé- 
clarons , Quoi que nôtre tres-aimé Pere , ôc de pieufo 
mémoire , Charles IX. ci-devant Roi de Suéde, Ce foie 
apliqué comme nous le faifons à prefent, après être, par 
la Providence de Dieu^ monté fur le Trône Roial 3 quoi, 
dis-je, que nous nous foions apliquez à procurer, que 
nos fujets, qui demeurent dans les Provinces les plus 
éloignées du Septentrion , apelez ordinairement La- 
pons 5 inftruis aux lettres, ôcaux Arts libéraux , ôc très- 
bien informez del'afiFaire de leur falut j les dificultez tou- 
tefois furvenuës en nos tems , par les tumultes de la 
guerre, auroient aporté du trouble, ôc empêché lepro- 
grez des Arts libéraux , ôc rompu nôtre pieux deflèin. 
De peur néanmoins que nôtre bonne intention ne de- 
meure (ans effet. Nous ordonnons ôc conftituons nôtre 
fîdele Sénateur , 6c du Roiaume de Suéde , Gouverneur. 



DELALAPON lÉ. 5, 
gênerai de Livonie , d'ingrie, & de Carelie , nôtre amc 
le tres-illuftre Seigneur Jean Skytte , franc Baron de 
Diiderhoft Diredeur de l'Ecole des Lapons, qui fera é. 
tabhe a Uma , comme il s'eft lui-même offert de con- 
duire cette affaire , & d'en avancer avec la bencdidlion 
de Dieu le fuecez. Cette diredion de ladite Ecole fera 
a perpétuité dans la Famille des Skyttes. Et afin que 
tant le Précepteur que les Ecoliers de cette Ecole aient 
quelque tonds afTuré pour vivre : Nous donnons à ladi- 
te hcole toute la fomme provenante des Décimes , que 
Jes Paroiffiens d'Uma mettent tous les ans dans le gre- 
nier , après que la fouftraaioii ordinaire defdites Déci- 
mes aura été faite : & feront tant lefdites Décimes de 
grams , que les autres donations , Icfquelles le ci-deffus 
nomme Jean Skytte pourra à cet effet acquérir par fa di- 
ligence & fon induftrie , en fa pleine dilpofition , pour 
être cmploiées au profit & à l'entretien de ladite Ecole, 
lelon qu'il fera par lui jugé neceffaire. Nous refervans 
toutefois , à la, Couronne^ & à nos SuccefTeurs le fouve- 
ram règlement, & lentiere difpofition de ce qui ferane- 
ceOaire de faire à l'avenir. En confirmation de ce que 
deflus, nous foufcrivons de nôtre main , & y faifons ap- 
poler le Seel Roial. Donne' au vieux Stetin en Po- 
meranie , le vingtième du mois de Juin , l'an de Jésus- 

^HRISTM DC XXXI. \ 

Ces Lettres qui ctablifTent une nouvelle Ecole en 
Laponie , & particulièrement en la Laponie d'Uma, prou- 
vent affcz qu'il n'y en avoit point encore dans tout le 
pais , puis qu'il s'agit ici d y en établir. Cette Ecole a 
ceci de particulier au deffusde l'ancienne Ecole de Pitlia 
àors de la Laponie ; qu'on lui affigne non feulement un 
* ^«eui-^ mais encore un Diredeur, qui eft Sénateur 



5z Histoire 

Roiaume i & qu ainfi elle eft confirmée par une autoriJ 
té majeure. En {ècond lieu que Ton ne fè contente pas 
de régler les gages & les revenus des Maîtres ôc des E- 
coliersj mais on affigne encore un fonds affuré, qui font 
les Décimes d'Uma , d où ces gages ôc ces penfions fe- 
ront prifes. Mais comme on prevoioit que ce fonds 
ne pourroit pas encore luf&e , on accorda à Monfieur 
Skytte l'entière difpofition de tous les autres fonds, qu'il 
recouvreroit par d'autres voies pour cet effet. 

La pieté de ce Seigneur envers Dieu,& fon zele pour 
les bonnes Lettres firent qu'il ne defifta point , ôc il ap- 
pliqua tellement fes foins , qu il fit enfin la fbmme de 
cinq mille thalers , c efl à dire plus de trois millej écus 
d une once , ou trois mille richedales , en partie de fon 
propre bien , en partie de la libéralité de fes amis. Il 
prefenta cette fomme à la Reine Chriftine , pour être 
emploiée aux travaux de la mine de cuivre , à condition 
que l'Ecole d'Uma en receveroit tous les ans pour l'inte- 
reft les revenus , qui avoient coutume d'être paiez à la 
Couronne, par quelques Métairies de la même Paroifle. 
La Reine ne différa point d'accorder cela par des Let- 
tres Patentes, données deux ans après , ôc expédiées par 
les Tuteurs du Roiaume. Voici ces Lettres. 

NOUS Chriftine , par la Grâce de Dieu éleiie Rei- 
ne ôc PrincefTe héritière des Suédois, des Goths,& 
des Wandales, grande PrincefTe de Finlande , Princefïè 
d'Eftonie ôc de Carelie , Dame d'Ingrie : Déclarons , 
comme autre-fois tres-haut ôc tres-puifTant Roi de Sué- 
de , nôtre très -aimé Pere , porté par un amour fingu- 
lier de la pieté , ôc par une affedion religieufe d'aug- 
menter TEglifè de Dieu, ôc fur tout de faire que les Na- 
tions barbares, qui vivent fur les frontières les plus éloi^ 



DELA La PO NIE 55 
gnées du Septentrion , foienc converties ôc ammene^es à la 
pkine connoifTance de Dieu , & au Chriftianifme , au- 
roit ordonne l'inftitution d une Ecole de Lapons en h 
Marke d*Uma , & auroit conftituc Dircdeur de cette 
affaire, nôtre fidèle Sénateur & du Roiaume de Suéde 
Prefident du Jugement Roial établi en la Gotliie de Tu' 
nccopie, Chancdierdel'Univerfitéd Upfal, & Legifla- 
teur de la Finïande citerieure, nôtre amé& illuftre Sei- 
gneur Jean Skytte, franc Baron de Duderhoff, Seigneur 
de Groencic, Stroemfrum, Skytteholm , Chevalier 
a la chaîne d or; après la more duquel, il auroit acordé 
a les héritiers le droit ôc lauthorité de la diredion de 
ladite Ecole, ôc pour lentretien des fondions de la mé-^ 
me Ecole 3 il auroit par fa clémence ajoute les Décimas 
du grenier d»Uma, qui font deues tous les ans à la Cou- 
ronne. A ces càvses , par la teneur ôc force de ces pre- 
fcntes Lettres , non feulement nous confirmons cette 
conftitution falutaire de nôtre ditPerepieufemeot décé- 
dé; mais nous faifons encore en même tems fçavoir, 
que le fufdit très- illuftre Seigneur Jean Skytte à aporté 
au profit de l'Ecole des Lapons une fomme d'argent ,a- 
mafsé de fes deniers , & de la donation faite par quel- 
ques autres dcvotes perfonnes, de la valeur de cinq mil- 
les thalers de la monnoie d argent , qu'il a comtce en- 
tière à la compagnie des Cuivres : Nous, requérant trcs- 
humblement , que ladite fomme nous fut refervée, ôc à 
la Couronne en cette Compagnie , ôc que nous , pour 
la rente annuelle de cet argent , fur le pied de huit paia- 
bles pour cent, donnions à ladite Ecole des Lapons 
lufufruit des Métairies de la Norlande , en forte que 
les Fermiers d'icelles paient à ladite Ecole leurs contri- 
butions j Ce -que nous approuvons donnans pour hipo- 

G iij 



54 Histoire 

theque d ufufruic dcfdites Métairies à nous apartcnantes 
à la Couronne ^ fituécs en ladite ParoilTe d'Uma , ôc 
la Weltbothnie , fçavoir de 

Roebœk douze fermes -| 
de St^kfioe deux -^^ 
de Klabbiler trois 
de Baggaboelet deux 
de Kuddis deux 
de Brœneland deux 

Ces Fermes paieront tous les ans à l'Ecole des La- 
pons les taxes ordinaires & extraordinaires, qui leur ont 
été jufques à prefent impofées par les mains des Fermiers^ 
èc ce inceflàment ôc pendant tout le tems que nous re- 
^ tiendrons par devers nous ladite fomme de cinq mille 

thaUrs confignées entre les mains de ladite compagnie, 
jufques à ce qu elle ait été rcllituée par nous à TEco- 
le des Lapons. Pour ces caufcs, nous deffcndons a tous 
nos OfEciers , & à tous ceux à qui il apartiendra d oter 
la fufdite hipotheque à ladite Ecole , avant que lefdits 
deniers lui aient été reftituez ^ni de faire , ou permettre 
quM foit fait aucun tort ou préjudice à la fufdite Ecole, 
contre la teneur de ce prefent Edit. En cofifîrmation 
de cet Aéie , nos Tuteurs refpedivement ôc Adminîf. 
Baa/iuscn ^^^^^^^^ du Roiaumc , l'ont figné de leur main , 6c ont 
r.nmion. fait appofer le Seel Roial à l'Edit. Donne' à Sthokolm 
le cinquième Novembre mil fix cent trente- quatre. Voi- 
ci les noms de ces Adminiftrateurs. Gabriel Oxenftierna 
Guftavi F. R. Drotfetus. Jacobus de la Gardie R. Ar- 
chimaréchal. Charles Caroli Gyidenhielm R. Admiralj. 
Pierre Baner en la place du R. Chailceliej. Gabriel 
Oxenflicrna R, Threforicr. 



delaLaponie. 55 

C eft de cette Ecole dont on a déjà tiré quantité^ de 
gens d elpnt , qui inftruifent à prefent de plus en plus la 
même Nation des Lapons , & leur aprennenc à vivre 
Chrétiennement. Car ils y eft toujours depuis ce tems 
la trouve un gran nombre de jeunes gens du Païs de 
on a eu gran foin de les élever en la pieté : Ce qui à 
été reconnu dans l'examen qu on en fit en la même an ^» 
née mil fix cent trente quatre. Ecd^ct-t 

On y fit premièrement chanter tous ces enfans en- 
femble les Pfeaumes de David traduits en Suédois , com^ 
me on les chante depuis plufieurs années dans les Eo-IiJ 
fes du Païs. Ils les chantèrent fort bien , & enfuite^ils 
récitèrent tous l'un après l'autre ce livre de TAlphabet 
qui contient non feulement les Elemens des Lettres ' 
mais encore les parties du Catechifme , l'Oraifon Do' 
minicale , le Symbole des Apôtres , les dix Commende» 
mens avec les paroles de l'inftitution du Baptême , ôc 
du tres-faint Sacrement ; la benedidion de la table & 
les adions de grâces avec les prières du matin ôc du foir. 
Tous les enfans leurent ce livre félon la manière établie' 
dans les autres Ecoles du Païs 5 Ceux qui avoient le 
plus d'efprit , récitèrent diftindement par cœur ôc fans 
hefiter les queftions du petit Catechifme , ils leurent les 
Evangiles des Dimanches & des Fêtes traduis en Sué- 
dois, les Examinateurs furent enfin furpris de voir que 
de la jeuneffe barbare eut fi bien apris , & en fi peu de 
tems, les fondemens de la Foi , que des enfans fort a- 
vancez dans les Lettres ont bien de la peineà aprendre a 
dans un plus long efpace de tems. 

Cette Ecole de Likfa , ou plûtoft de Likfala, eft fré- 
quentée par un nombre confiderable de jeunes Lapons, 
qui ne font pas tout à fait incapables des Lettres ^ On 



56 HISTOIRE 
voit qu'on prend beaucoup de peine à les cultiver , & 
que Ton a gran foin de leur aprcndrc ce qui eft necef- 
faire pour vivre en bon Chrétien. On peut enfin remar- 
quer avec quelle ardeur les Pères & les Mères de ces enfans 
les envoient à l'école de Likfala , ôc faire cette reflexion 
que la Religion Chrétienne a prefentement une autre 
face en Laponie, qu'elle n avait autrefois ^ parce que les 
Rois ont pris plus de foin d'y faire bâtir des Eglifes, d'y 
cublir des Ecoles , & de donner aux Lapons des livres, 
des Maîtres , ôc des Prêtres pour les inftruire. Ces Prê- 
^Samuel très ôc ces Maîtres parlent Lapon. La Marke d'Uma a 
defc'rJoD une Eglife , une Ecole , & un Prêtre Lapon, qui inftruit 
ïoiâusPc. tous les ans les familles les plus éloignées. La Laponic 
eiiNiurcBius picha a trois Prêtres Lapons , qui demeurent en trois 
lieux diferens, où ils font entretenus par le Roi ; de tel- 
le forte que les Lapons de ce canton , étant fort proche 
de leurs Paftcurs , ils peuvent les venir trouver plufieurs 
fois Tannée. 11 n'y a qu'un Prêtre Lapon dans toute la 
Laponie de Luhla , qui a bien de la peine, à caufe que 
les Habitans font fort éloignez les uns des autres , ôc 
qui eft contraint de fatiguer beaucoup , pour fe bien a- 
quiter de fon devoir. Les deux autres Laponies de Tor- 
na ôc de Kimi ^ qui font plus grandes que toutes les au- 
tres , ont chacune un Prêtre Lapon , ôc un Prêtre Suédois, 
qui vont dans le païs une fois l'an , au tenis des Foires^ 
qui fe tiennent au mois de Février , où étant arivez , ils 
baptifent les enfans , ôc inftruifent le Peuple des Mifte- 
^ les de la Religion Chrétienne. 

Cela fait conoître avec combien d aplication les Prê- 
tres travaillent à cnfeigner les Lapons : Ces Prêtres ont 
pour leur peine des gages afFurez , ôc fufifàns pour en- 
srercnir toute leur maifon. On leur diftribuë le tiers de 



DE L A L A P O N lE. '57 
toutes les Rennes , que les Lapons étoicnt obliges de 
donner à la Couronne , & le tiers de toutes les autres Iw 
Décimes , qui font ou une paire de fouliers , ou un Re- 
nard blanc, ou la moitié de quelque Brochet 

Les Lapons aiment , honorent, & eftiment leurs Prê- samuei 
très les^apellant Herfd, c eft à dire Seigneurs • Lorfque 
très Prêtres les viennent voir , ils vont bien loin au de- ^^^''^^"j^s 
vant d eux , pour les prendre fur leurs Rennes j ils les "ét^staT 
mènent dans leurs Cabanes préparées pour les recevoir ^'''^ 
avec de petites branAes de bouleau jettées par terre, & 
couvertes de peaux de Rennes. Tous les Lapons de 
la famille y accourent, & après les avoir faliiez avec un 
profond refped , ils leur difent , SadUr^uc tulema^ La^ 
pinmaa , c eft à dire , nous avons beaucoup de joie de 
vôtre arrivée en Laponie. La table des Lapons eft un ais 
pofé à terre , ils ont pour fervice du poifTon lec , de la chair 
de Rennes deffechée , des langues rôties , ôc des os 
chaufFez au feu , qu'ils caftent , & dont ils tirent la moel- 
le. Ils mangent ces viandes fans pain ni fel , mais les 
Prédicateurs aportent avec eux du pain , du fel , & du 
vin ( car la bierre à caufe du froid n y eft point en ufage) 
ôc les Lapes leur prefentent de leau pour boire dans oîausPcm 
des taftcs faices d'écorce. 

Les Lapons gardent religieufement les Dimanches Se 
les Fêtes , &c ils ne s engagent à aucun travail pénible 
dans le tems qu'ils fçavent qu'on leur doit venir pref- 
cher la parole de Dieu. Quelques-uns commencent Xom..,: 
des le Samedi à quitter le travail , ils font auftî repofer 
leurs troupeaux , ôc leurs autres bêtes de monture - il 
s en trouve même de fi fcrupuleux , qu'ils ne veuleni: i 
pas traire ces jours là , laiflànt aller leurs Rennes ça ^ 
§c la par ks chams , fans les faire travailler 

H 



5g Histoire 

Ils entendent fort actencivemenc la Prédication , & 
toïftiiw. chantent les Pfeaumes avec les autres : Les Lapons de 
Torna chantent avec tant d'ardeur , qu'il y a parmi eux 
de l'émulation à qui chantera le mieux. 

Ils font gran état des Sacremens quils reçoivent avec 
beaucoup de vénération , fur tout le Sacrement de Bap- 
tême; de forte que les femmes, dix ou douze jours après 
leurs couches entreprencnt de longs voiages, au travers 
Sâmnei dc forc hautes montagnes , le long des lacs , & au mi- 
ahecnc. it ^j^^ épaiffcs forécs , pour'porter leurs enfans au 

Prêtre afin qu'il les baptife. Ils le communient avec 
Samuel un profond refped , & avant que de fe prefenter à la 
Rhccn. Communion ils vont confeffer leurs péchez, ôc en rece- 

Tornacus. • i» l r t • 

voir labiolution. 

Tornxus. négligent pas les autres exercices de la pieté 

Chrétienne 5 car ils ne jurent point , ils ne donnent au- 
cunes malediûions , 6c ne profèrent aucuns blafphemes; 
Ils font charitables envers les pauvres, ils converfent les 

Rheen. «ns avcc Ics auttcs avec beaucoup de civilité fe rendant 
vifites , ôc ils s'entretiennent par de grans témoignages 
d amitié, particulièrement s'ils font d'un même païs, ou 
d une même famille , ou s'ils font aliez. Ils s'aquitenc 
d'autant mieux de ces devoirs de charité , qu'ils font 
parfaitement inflruits de ce que la P^cligion Chrétienne 
demande. 

Comme ils obfervent exadcment toutes ces chofes 
par un principe de (bumiffion aux commendemens de 
la Religion Chrétienne-, Ils brifent& jettent leurs Tam- 
bours, mettent en pièce ôc brûlent les Idoles, les troncs 
d'arbres &c les pierres qu'ils avoient tenus pour des Dieux. 
C'eft ainfi que fe gouverna un Lapon nommé Pierre, 
qui demeuroit dans un canton de la Lapmarke de Tor- 



delaLaponie. 5, 

na , & qui avoit eutre-fois adoré l'Idole de Seita» Il 
arriva une mortalité fur Tes Rennes , dont la plû- part 
moururent en peu de tcms. Cet accident l'obligea de 
recourir a fonSeitan, & de le prier de vouloir détourner 
ce malheur; mais fcs prières furent inutiles, & fes Ren- 
nés mouroient comme auparavant. Il fe mit enfin avec 
toute la famille en chemin , & porta une grande quan. 
ttre de bois fec au lieu,oùla figure deSeitan étoit pofée 
Il jette autour de l'Idole des rameaux v€rds deSapin dont' 
on tire la Refinc , il lui offre des facrifices , des peaux 
des cornes , & des crânes de Rennes , il fe profternê 
avec tous ceux de fa maifon, il implore inftanment le fe- 
cours de Seitan , & le prie de lui faire connoître par 
quelque figne qu'il eft vraiment Dieu. N aiant donc re- 
marque aucun %ne, quoi qu'il l'eut prié avec grande 
tervcur tout le long du jour , il fe levé avec tous les fiens 
jette du bois fec lur l'Idole , & après y avoir mis le feu,' 
Il brûla le Seitan de tout ce canton. Le Peuple du voifi- 
nage le voulant mettre à mort , ^ caufe de cela , il l'a- 
paifa par cette Réponfe : Pour quoi ne voulez vous pas 
permettre que ce Dieu tire lui-même de moi ven<reancc> 
Ce Lapon devint dés- lors fi confiant & fi ferme dans la 
Religion Chrétienne , que , quand les autres le mena- 
çoient de le perdre par leur fortileges , il chantoit avec 
grande confiance , pour rendre leurs éforts inutiles , le 
Simbole des Apôtres, l'Oraifon Dominicale , & autres 
iernblables prières. Il brûloit ce pendant tous les Scitans 
c^u il pouvoit rencontrer ; & il envoia enfin fon fils aîné 
a hnareby, avec ordre de de'truire toutes les Idoles qu'il 
y trouveroit. Ce Fils qu'on apelloit Wvollaba fut pour 
ce kijet contramt de s'enfuir en Norvège, craignant les 
embûches que ceux de Tnare lui dreffoienr. 

H ij 



60 Histoire 

Comme celui-ci avoic abatu le Seitan, un Lapon de 
Tenobie nommé Clemnec brifa aufli fon Tambour • ce 
Tornxus. q^*i| n*avoic jufques alors jamais voulu faire à la prière 
du Prêtre , qui l'avoic fouvenc follicicé de lui remettre 
entre les mams. Sa mere étant tombée dans une mala- 
die fort dangereufe, il s'éforçady aporter quelque remè- 
de par le moien de fon Tambour - mais après quelle fut 
morte nonobilant tous fcs éforts, le déplaifir quil en 
eut lui fit mettre fon Tambour en mille pièces ; con- 
feffant qu'il voioit bien par expérience que le Tambour 
ne fervoit de rien. 

Ce que nous avons dit fait affez connoître que les 
Lapons embralTenc à prefcnt volontiers la Religion 
Chrétienne , qu elle eft parmi eux beaucoup mieux cul- 
tivée , ôc bien plus exactement obfervée , qu^aux fiecles 
palfcz. 



CHAPITRE IX. 

De quelcjues rejlesdu V aganifme , qui font 
encore parn^i Us Lapons- 

EN C O Pv E que les Rois & les Prêtres n'aient épar- 
gné ni peine , ni foins , ni confeils, pour détruire 
la (uperllition dans l'efprit des Lapons, il y en a encore 
Rifccrcn fa quelques rcftes , dont l'extirpation demande un gran 
cjetcripiion^ crav^il *, car quoi que les Lapons fouhaitent ardanmenc 
chap. T^^' de palfer pour bons Chrétiens , qu'ils tâchent de per- 
pinrccuiidi fqader qu'ils croient en Dieu , qu'ils aient foin de faire 
^rNoYvcge. baptifer leurs enfans , qu ils viennent tous les ans plus 



DE LA L A PON I E. éi 
id une fois à l'Eglife , qu ils y entendent attentivement 
la Prédication, & y reçoivent avec dévotion le tres-fainc 
Sacrement de l'Autel. L'atachemcnt toute-fois qu ils 
ont aux erreurs de leurs Ancêtres , ôc Tidolatrie ou ils 
font encore engagez , donnent quelque fujet de croire 
qu'ils font plus Chrétiens en aparence qu'en eifet 5 II eft 
vrai que ce feroit leur faire injuttice , que de juger ainfi 
de tous , puifque l'expérience fait voir le contraire. ^ie 

Cette grande difficulté que les Lapes ont de quitter 
leurs fuperftitions, vient de ce que les Prêtres n avoient 
pas affez de foin de bien inftruire cette Nation , ôc que 
fous prétexte de fînftruire , ils tâchoient d en tirer quel- 
ques tributs. Les Lapes qui n étoient pas bien riches, 
nepeurent foufrir patianmcnt qu'on les reduifit, par des 
exadions , à une plus grande pauvreté. 

Les Lapons ne fe font Catholiques quavec peine, ^^"'"''^ 
parce qu'ils font fort éloignez de leurs Eglifesj maison 
en a bâti , dont ils font plus prés , & où on peut aller 
fans faire une fi grande étendue de chemin , qu'aupara- 
vant: ainfi on efpere qu'ils fe convertiront plus aifémenr. 
les Lapons n embraffent qu avec peine la Religion Ca- 
tholique , parce qu'ils font fort fuperftitieux : Leur fu- 
perftition vient de ce qu'ils demeurent dans un païs af- 
freux , au milieu des forets , parmi les bêtes fiuvages , iTcef 
elle vient aufli de ce qu'ils vivent chacun à part , avec 
leur famille, fans commerce , & éloignez des autres , 
fouvent de plufieuts lieux; Enfin comme ils mènent une 
vie de ChaflTeurs , cette vie a je ne fçais quel panchant 
à la fuperftition , & au commerce avec le Démon. 

Ce qui leur donne encore beaucoup d'amour pour les 
fuperftitions , eft qu'ils les confiderent comme l'hérita- 
ge qui leur a été hïffé par leurs Ancêtres j dont ils ont 

H iij 



(33 Histoire 

conçeii une fi haute eftime , qu'il leur eft impoffible âe 
les croire avoir été fi dépourveus de jugenrient , que de 
ne pas avoir fceu ce qu'ils dévoient tenir pour Dieu. 
Ainfi ils penfent quils' ne doivent pas quitter la con- 
duite de leurs Ancêtres , pour ne les point accufer taci- 
tement d'impiété ôc d'ignorance-, ccft pour quoi, quand 
on leur parle de renoncer à leur erreur , ils difent que 
KUc'l leurs Ancêtres ont vécu de la forte , & qu'ils les doivent 
imiter. Ainfi il eft refté parmi les Lapons beaucoup de 
fuperftitions , 3c d'idolâtrie qu on n a pas pû détruire en 
fi peu de tems. 

Nous pouvons raportcr à deux principaux chefs, tout 
ce qui refte de fuperftitieux parmi les Lapons. Les pre- 
mières chofes font celles qui viennent des Païens & des 
Gentils: Les fécondes ce font des effets de la magie. Ils 
obfervent les tems & les Saifons , ^ établiffent deux for- 
tes de jours, dont ils apellent les uns jours blancs, ôc 
les autres jours noirs. Us mettent principalement au 
nom.bre des jours noirs , les Fêtes de fainte Catherine, 
de faint Clément , ôc de faint Marc. Cette imagination 
fait qu ils n entreprennent aucune affaire d'importance 
samaci jours - là , qu'cntrc autres chofes ils s'abftiennent 
de chalfer. Ils difent que s'ils alloient ces jours - là à la 
chaffe , leurs arcs & leurs flèches fe romproient dés 
qu'ils voudroient tirer, & qu'ils ne prendroieut rien de 
toute l*année. Ils tiennest par la même raifon le pre- 
mier jour des Fêtes de Noël pour mal- heureux. Ces Fê- 
tes-là les chefs de familles ne fortent que rarement de 
leurs cabanes , pour aller à l'Eglife , fe contentant d'y 
envoier feulement leurs enfans avec leurs Domeftiques. 
Us s'excufent fur la crainte qu'ils ont d'être mal-traitez 
par wne multitude de Spectres , ou de Dieux , qu»iU s% 



DE L A L AP O N ï E. 63 
înaginent courir par l'air les Fèces de Nod.ôc être obli^ 
gez de les apaifer par des facrifîces. Jc^pcnfe que cet- 
te fuperllition eft venue , de ce qu'ils ont mal pris ce 
qu ils avoient autre-fois entendu dire aux Prêtres , qu'au 
jour de la naiffance de J e s u s-Christ , les Anges 
deoendirent du Ciel , ôc qu'en les voiant , fefprit des 
Palteurs fut faifi de fraieur. 

Ils font des réflexions fuperftitieufcs fur le premier ait!; 
animal quils rencontrent en fortant du logis j ôc de 
cette rencontre , ils tirent un bon ou mauvais augure 
pour le refte de la journée. Ils ne permettent point à 
une femme de fortir de la cabane par la même porte 
quefon mari eft forci ce jour - là pour aller à la chaf! 
fe , ce qui paffe pour un crime , ôc comme fi la chafTe 
devoir tres-mal reuffir à cet homme , fi fa femme mar- 
choit fur (es pas. Ils ne vont point à l'Eglife & n en- ^'^"'^ 
tendent point la Prédication avec l'efpritqu lis devroient, ic Iw ^ 
mais ieulement par crainte. Ils n ajoutent pas beaucoup ^ 
de foi a quelques Articles de la Religion Chrétienne, & 
entre autres à la rcunion des ames avec leurs corps , qui 
le fera au jour du jugement dernier. Ils ne croient pas 
tort m à la Refuredion des morts, ni à l'immortalité de 
1 ame ; car ils font fi grofliers que de croire les ames des 
hommes ôc des bêtes de même efpece , qu'elles c^fTenc 
detre de la même manière , ôc la plû-part ne peuvent 
loufFrir , qu'on s eforce de leur perfuader qu'il y a une 
autre vie après la prefente. Le zele qu'un certain Prêtre 
de la Lapmarke de Torna apellé George , ôc Lapon de 
naillance , avoir fait paroître combatant cette erreur 
lui mlpira de déclarer à l'article de la mort, qu'il vouloir 
être enterré dans TEglife de Rounala , en la fepulture '«tu^'" 
des Lapons fes compatriotes 5 afin que ceux qui vivoienc 



64 Histoire 

encore; demeuraffent fermes dans la croiance de la Rc- 
fureftion , qu'ils reffufciteroient tous avec lui au dernier 
jour , comme il leur avoit fi fouvent prcfché. Us ne 
laiffent pas toute-fois de croire , qu il refte quelque cho- 
fe de rhomme après fa mort 5 quoiqu'ils ne iachent pas 
Ôc qu ils ne puiflent pas dire precifément ce que c eft. 

Les Lapons donnent au vrai Dieu, ôc à Jesus-Christ 
fon Fils, pour compagnons , des Dieux imaginaires; & 
ils leur rendent à tous le même culte, ôcles mêmes hon- 
neurs. Les Lapons de Pitha &de Luhla ont deux Dieux, 
Samuel Tbor OU Thordoen, Storjmkare , ôc le Soleil qui font leurs 
RhccTL;. grans Dieux. Damien Goës affure qu'ils adorent le 
Feu , ôc les Statues de pierre -, mais ces Statues ne font 
que les images de Storjmkare , ôc'k Feu celle du Soleil. 
Car c eft un^e fauffeté que les Lapons aient pris le Feu 
Chapiuc 7- pour un Dieu , perfonne n'en a de connoiffince. Jean 
Tornsus die bien que quelques Dodeurs de nôtre E- 
crlife ont écrit , que les Lapons imitateurs de tous les Peu- 
ples de l'Orient adoroient^ le Feu ; mais il ajoûte qu a- 
présune exade recherche qu'il en a faite, il n'a pû trouJ 
deudiyma. y^^. aucune marque que cela aie été. Peucerus dit que 
non p. zoi. Lapons adorent auffi des troncs de bois -, mais ce font 
les pièces de bois dont ils font les Idoles de leur Thor, 
Thoron , ou Thordoen. Les Lapons ( au moins ceux 
dePitha ôc de Lula) n'ont que ces trois Dieux, TW, ou 
Thordoen, Stoijunk^re , ôc le Soleil; car on tient que ceux 
Ss"aa?'' de Torna ôc de Kimi n en ont aucune connoiffance, ôc 
^.^.^^^1^^^^^^^^^^. StorjmUre mais quau lieu de ces 
trois Dieux , ils en ont un , qu'ils tiennent pour l^PJ!^- 
cipal ôc l'c fouverain , ôc qu ils le nomment , aufli bien 
que tous les autres petits Dieux , defquels chacun a une 
Idole en fa famille , fur le bord des lacs , du nom com^ 



DE LA L APokiE: 6S: 
mun de Scires. Quoi que (le mot de Seita fignifiant en 
gênerai chez les Lapons toute forte de Divinitez ) on 
puifTecroire^que les i apons de Torna ôc de Kimi aient 
révéré, fous le nom de ce gran Scita, qui eft comme le 
chef des autres , le Dieu que les Lapons de Luhla apel- 
lent Tiermes ou Auke , c eft à dire le Tonnant ou TA- 
yeul, nommé par les autres Lapons Thorus, quils ado- 
rent âulTi , fous le nom des petits Seites , le Dieu que les 
Lapons de Luhla apellent Stoorjunkare: en forte que la 
diverfité qu'on remarque chez eux , eft plû-toft des 
noms que des Divinitez , Ôc qu'elle ne vient que de ce 
que les Lapons de Torna aiment mieux fe fervir du nom 
gênerai, ôc que ceux de Luhla fe fervent plus volontiers 
du nom particulier ; que ceux-là apellent indifFerem^ 
ment tous leurs Dieux ( les grans Ôc les petits ) du nom 
'de Seites , ôc que les Lapons de Luhla nomment les plus 
grans Dieux Tiermes ou Auke, êc leurs plus petits 
Dieux Stoorjunkare. 

Outre ces principaux Dieux, les Lapons de Pitha, de 
Luhla ôc leurs voifins ont d'autres Dieux moins confide- 
Tables, aufli bien que les Lapons de Torna, comme nous 
l'avons vu ; quoi que ceux- ci donnent à leurs petits Dieux 
le même nom qu^ils donnent aux pbs grans. îl faut ex- 
cepter de cette règle générale un certain Seite , autre- 
fois fort célèbre , pofé au milieu de la Marke de Torna j.h^^ 
apellépar lesHabitans Wirku-Accha, c eft à dire la vielle '^^^"^'^^ 
de Livonie , qui n'avoit aucune forme humaine , étant 
un fimple tronc d'arbre, comme tous les autres fimula- 
cres. Tous les Lapons du voifinage l'ont adoré , ôc lui 
ont depuis un fort long tems offert des facrifices , juf- 
.qu'àce que les Birkarles de Torna, aufquels i! étoit' per- 
mis de trafiquer avec eux , l'euffent abbatu. Et quoi qu'ik 

I 



66 HISTOIRE 
! euflent non feulement jette par terre , mais encore 
porté (on Idole fort loin de là , il fut toute-fois peu de 
tems après trouvé , & remis en fa première place , ou il 
efl: à prefent tout pourri. Je crois que c'ell le même 

cbap.i?. j^pç Olaus Pétri Niurenius dit quil étoit pofé furie 
haut dun arbre coupé , & qu'il avoit un vifage d'hom- 
me y mais il le nomme mal Virefaka, au lieu de wirku 
ou wiru-Accha , &c le donne aux Lapons de Kimi , au 
lieu de le donner à ceux de Torna, qui ne reveroient que 
celui-ci, fous un nom particulier , qui efl: à prêtent dé- 
truit , & dont on ne fe fouvient plus. 

Les autres petits Dieux ont les mêmes noms que les 
grans; & quoi que Tornœus ait oublié de dire quels font 
ces petits Dieux , ôc pourquoi les Lapons de Torna les 
ont anciennement adoré , ôc les révèrent encore à pre- 
fent ; on en peut toute-fois tirer des conjeâures de ce 
qu'on a écrit du culte de ces petits Dieux , chez les au- 
tres Lapons, ils révèrent donc fous quelque nom que 
ce foit , les Mânes , c*efl: à dire les ames qui font forties 
des corps des hommes , puis qu'ils croient qu après la 

Samuel mort il demeure quelqiie chofe. Ils craignent fort ces 

Pc^ic'rusdc aines , & les croient mal faifantes , jufqua ce qu elles 

ladivinat [q[çj^^ reutrécs dans d'autres corps. 

r Anonyme Lcs Lapotts out outtc ces Mânes des Spectres & des 
Démons , qu'ils croient rôder autour des rochers & des 
montagnes , fur les riviers & fur les lacs , aufquels ils 
rendent quelque forte d'honneurs divins^ comme les Ro- 
mains faifoient à leurs Faunes, à leurs Pans , à leurs Dieux 
des bois , & à leurs Tritons. 

Il y a encore une troifiéme efpece de bons Se de mau- 
vais Génies , qu'ils nomment la troupe des Julhius , à 
caufe qu'ils s'imaginent que ces efprits courrent en graa 



DE LA L AP O N lE. 67 
tîombre par lair , principalement au tems des Fêtes de ^^^^ 
la naifTancc de Je sus-Chris t. Ces Fêtes s apellenc ^^ccn. 
en leur langue Juhlj ce nom leur aiant été donné, àcauft J^^"'***"*^ 
qu'il fignifïoit parmi les Anciens , la nouvelle annc'e. ^ * 

Voila quels font la plû-part des faux Dieux , que les 
Lapes croient encore à prefent pouvoir adorer (ans cri- 
me avec le vraiDieu, ôc fon fiIsjEsus* Chr ist. 



CHAPITRE X. 

Les Dieux Pakns des Lapons ^ ^ les honneurs 
qtiïls leur rendent^ 

TT ES Lapons révèrent trois Dieux , qu'ils croient 
i ^ plus grans que les autres. Le premier eft apelle en 
buedois Thor ou Thordoen , c*eft à dire Thorm ou le Tonnerre, 
Les Lapons lui donnent en leur langue le nom de Tier- 
mes , ce mot fignifiant parmi eux , tout ce qui fait 
quelque bruit efFroiable : de ijgrte que fi on fait refle- 
xion fur la force du mot , ce Dieu Tiermes fera celui 
mêm e que les Latins ont nommé Jupiter le Tonant, " 
le Dieu qui tone, & pareillement le même que le Dieu 
Tarami ou Tarani. Cela eft d autant plus véritable que [on^UpfaV^ 
les Lapons (è fervent du mot de Tiermes, pour fignifier 
le bruit des Tonneres , qu'ils croient être animez par ^fmuei 
une vertu Imguliere ^ qui elt au Ciel , & qui cxtite Je bruit 
de ces Tonneres. Les Lapons donnent encore à ce Dieu 
le nom d'Aijeke, qui en leur langue fignifie Ayeul, Bif^ 
aycul & Trifayeul. Ils l'ont fans doute youlu nommer 

- - - - I ij 



€% Histoire 

ainfi comme les Latins donnent à Jupiter le furnom de 
Pct^e , ôc les Suédois celui de Gubba , voulant en quel- 
<|ue façon dire , le bon Pere, nôtre bon Ayeul, ou nô- 
tre bon Bifayeul ; lequel quand il tonne eft Tiermes , 
Se d'un mot tout (emblable chez les Scythes , Tarami , 
c eft à dire en Suédois Toro ou Toron. 

Les Lapes adorent ce Dieu Aijeke , à caufe du bruit 
des tonneres , & de la violence des foudres nommez 

l'heen Ticrmes. Ils l'adorent auffi, parce qu'il a un pouvoir ab- 
folu fur la vie ôc fur la mort des hommes , fur leur fan- 
té ôc leurs maladies. Ils lui attribuent encore lautorité 
fur les Démons mal-faifans, qui demeurent fur le haut 
des rochers, des montagnes, 6c dans les lacs. Ils croient 
que ce Dieu arrête ces Démons mal-faifàns , qu'il les 
châtie ôclcs foudroie parfois, de les fait mourir , croianc 
que c'eft le principal emploi & l'effet du tonnere • com- 
me les anciens Latins penfoient que Jupiter lançoit les 
'foudres fur les méchans ôc fur tous les autres criminels. 
Ils donnent pour cela un Arc à ce Dieu Thoron ou 

Rhcen. Thiermes, qu'ils s'imaginent être l'Iris ou l'Arc en Ciel, 
afin qu'il puifTe tirer (es flèches , bleffer 5c tuer tous les 
mauvais Démons , quirfie cherchent que l'occafion de 
nuire. Et ils apellentenleur langue cette Iris jiijekedauge, 
ce qui fignifie l'Arc de T Ayeul, c eft à dire fArcdu Dieu 
bon ôc bien-fiifant , qui les conferve comme fes enfans 
& qui les defFend contre finfulte de ces mauvais Dé- 
mons, ils Ce font imaginez que ce Dieu avoit auffi un 
marteau, qu'ils nomment -^^i;cfet*a;^c/y?W4 , dont il fra- 
pe fur le cou des Démons , ôc leur en ecrafe la tête. 

Les Lapons fe croient donc obligez de rendre plus 
d'honneur à ce Dieu fiermes, qu'à tous les aurres, par- 
xe qu'ils fe font perfuadez que c'eft lui qui donne la vie 



DE LA L AP ON I E. 69 
aux hommes , qui leur conferve la fanté , & qu'ils nè 
peuvent mourir , s'il ne le permet. Qifils croient que 
cdl lui qui chaffe les Démons , qui les empêche de 
prendre aucune bête ni aucun oifeauàlachafle, ni aucun 
poi^Ton à la pcfche : que fi ces Démons leur font quel- 
<iue tort , que ce Dieu les condamne au fuplice qu'ils 
méritent. 

^ Le fécond de leurs principaux Dieux s apelle Storjun- 
kare. Quoi que ce nom loit pris de la langue de Nor- 
vège, les Lapons ne laiffent pas de s'en fervir , & de le szmnd 
donner à leurs Dieux. Les Peuples de la Norvège nom- n^m^hap. 
ment lunkare les gouverneurs de leurs Provinces. 11 y a 
toutefois aparence que ce mot n'a été en ufage parmi 
eux que fort tard , & feulement depuis que quelques- 
nins ont été réduits fous la domination fouveraine de k 
Nbrvege. 

Ils apellent encore ce Dieu Stourra-fajje , c'eft à dire 
faint ôc grand ^ comme on le peut connoîcre par la chan- 
fon qu'ils chantent 5 quand ils lui offrent des facrifices. 
Ils fe font perfuadez que c'eft un Dieu , qui meriîe d'au- 
cant plus de vénération , qu'il eft comme le Lieutenant 
de leur Dieu Aijeke ou Tiermes , & comme un Com- 
mandant de la part du Roi , mais plus gran que les au- 
tres Commandans. 

La raifon, qui porte les Lapons à rendre tant d'ado- 
rations à Storjunkare, eft qu'ils s'imaginent que la plu- 
part des biens ne font accordez aux hommes que par 
fon miniftere. Ils tiennent que tous les animaux & les 
bêtes fauvages , comme les Ours , les Loups , les Rc- samaeî 
. nards , les Loutres, les Rennes , les Poiffons &c les Oi- 
- féaux font en fa difpofition , ôc fous fon empire Qujil 
.'cft bien vrai qu'Aijeke ou îiermes gouverne les Dieux 

I iij 



70 Histoire 

les Dcmotis Se les hommes; mais que Storjunkare , m 
qualité de Vicaire de ce Dieu, a la conduite de tous les 
animaux , ôc des bêccs fauvagcs , que c eft lui qui fait 
qu'on les prend heureufemenc à la charte , ôc qu'on ne 
les fçauroic prendre fans fa permiflion , & (ans fa faveur. 
Et puis que tous les animaux apartiennent à Storjunka- 
re , donc les Lapons fe oourrifTenc & fe font des habits, 
qui ne voit la necefTué à laquelle ils fe font engagez de 
le fervir ? 

Jehan Tornceus dit que les Lapons tiennent pour une 
choft tres-affurée , que le Dieu Stoorjunkare a fouvenc 
apparu à ceux qui pefchoienc , &à ceux qui croient à la 
chaffc aux oifeaux , fous la figure d'un homme de très- 
belle taille , vétu de noir , ôc portant des habits tous 
femblables à ceux que les Gentils-hommes ont coutu- 
me de porter parmi eux: tenant à fa main un moufquecj 
avec cette feule diference,que fes pieds étoicnt comme 
ceux des oifeaux. Que toutes les fois qu'ils 1 ont aper- 
çu , ou tout debout fur le rivage , ou dans le bateau, 
leur pefcheaété tres-heureufej qu'ilaplufieurs fois, avec 
fbn moufquet tiré en volant , tué des oifeaux , de qu'il 
les a diftribuezàceux qui fe font trouvez prcfens à cette 
àdlion. Les Lapons raportent aufli que ce Dieu fe fît 

f)our la première fois connoître à d'autres , qu'à ceux de 
eur nation , en cette manière. Un Gouverneur envoie 
de la part du Roi partant fur une montagne , où l'on 
voit (jue Storjunkare fait fà demeure , le Lapon qui lui 
fervoit de guide , s'arrêta tout court, ficha le manche de 
fa hache dans la nége gelée , puis il tourna cette hache 
en rond , lui déclarant qu'il faifoit cela en l'honneur du 
Dieu , qui avoir en ce lieu fà demeure , & en confidc- 
ration de tous les bien-faits donc il çombloit les hommes. 



DE LA LAPONIE. 7î 
Toutes ces chofes s accordent fort bien avec les pré- 
cédentes : les unes ôc les autres faifant Stoorjunkarc 
maître des bêtes fauvages , des oifeaux & des poiffons; 
& que les Lapons ne les prennent que par fi faveur^ Il 
ne faut point former de difficulté fur ce qu'il n'efl par- 
lé que d'une montagne , où ce Dieu habite ; car peut- 
être que ce Gouverneur ne paffa que fur celle-là , & qu*^ 
ainfi !e guide Lapon n etoit nullement obligé de parler 
des autres. Les Lapons peuvent aulTi avoir donné à ce 
Dieu un nom;, pris des qualitez & de la figure de fon ha- 
bit , de fon office & de fes fondions , particuliercmenc 
ceux des Laponies les plus proches de la Norvège , & 
fiir tout de Luhla. Mais parce qu'il n a pas apparu dans 
les Laponies de Torna ôc de Kimi fous les mêmes ha- 
hits , & de la même manière , il s*efl: pu faire que les 
Peuples de ces Provinces ne l'ont pas adoré fous ce mê- 
me nom, mais feulement fous le nom gênerai de Seitan^ 
dont ils rccevoient tous les avantages ôc toutes les com- 
modicez de la chaffe des bêtes ôc des oifeaux , ôc de la 
pefche. 

Voila donc les deux principaux Dieux des Lapons ; 
dont l'un qu'ils nomment TW, gouverne les hommes, 
Tautre qui ett Sroorjunkare, conduit les bêtes ; celui-là 
a le pouvoir fur la vie , celui - ci fur la nourriture ôc les 
autres chofes neceffaires pour la confèrver. 

Je viens au troifiéme Dieu , qui leur efl commun avec 
prefque toutes les autres Nations païennes v ils lui don- 
nent le nom de Baivve, qui fignifie le Soleil. 

Ils fhonnorent premièrement pendant tout le cours 
de l*Efté qu'ils le voient toujours , parce qu'il leur a ren- 
du la lumière en diffipant les ténèbres où ils étoient j & 
qu'il leur apporte la chaleur en chaffant le froid , ôc ils 



•jt H I s T O IRE 

le remercient de ces deux faveurs. Ils 1 adorent auffi ^ par- 
ce qu'ils le croient l'Auteur de toutes les productions.^ 
Us ont cette penfée , que le Soleil a un foin tout parti.-, 
culier des Rennes , qu'il les conferve par fa chaleui , qu'il 
fait que leurs petits profitent à veuë d'œil , qu'ils croifr 
fent & deviennent forts. Et à caufe qu'ils s'imaginent 
recevoir du Soleil toutes ces faveurs, & qu'ils tirent leur 
principale nourriture de leurs troupeaux de Rennes ^ ils 
fe croient obligez de rendre à cet Ail:re des honneurs 
divins. 

Au refte ils révèrent tellement ces Dieux , qu'ils leur! 
rendent à chacun feparement un culte (ingulrer , qui 
confifte en ces trois chofes ; ils ont des lieux afPeâez r& 
confacrez à ce culte , ils leur érigent dans ces lieux de^ 
figures particulières , 6c leur offrent des facrifices difte-i 
rens • , 

Le lieu ou les Lapons adorent le Dieu Thoron ou 
Tiermes , eft ordinairement derrière leurs cabanes. Ce 
heu en eit diftant d'environ un trait de flèche. Us dref 
Samuel fent en cet endroit une efpece de plancher ou de grande 
table faite avec des ais , loûtenuë fur des pieds , & éle- 
vée de terre de fept ou huit pieds , & ils pofent fur cet- 
te table les figures de leur Dieu. Cette table relfemblc 
en quelque façon à un Autel j tout autour ils mettent 
des branches de bouleau & de pin , qui marquent l'ef- 
pace & la grandeur de cette forte de Temple-, & ils or- 
nent ôc bordent également de branches des mêmes ar^ 
bres l'allée qui conduit de la cabane à ce lieu facré. 

Jehan Torn^us dit prefque les mêmes chofes du Sei- 
the des Lapons deTorna & de Kimf, ils pofent ce Dieu 
dans de petits bois proche des lacs des marais, & ils 
font en forte que le lieu foit toujours couvert de belle 

herbe 



DE L A L A PONÎE 75 
herbe verte. Ce Dieu eft pendant tout l'Eftc charge' de 
rameaux verds, aulTi bien que tout le lieu où il cil ■ & 
en Hiver il eft paré de rameaux de Sapins à R.efine, mis 
en petites pièces ; ôc fi-toft qu'ils commencent à le fe- 
cher & a perdre leur verdure , on les ofte,& on en met 
dautres traichement coupez. On auroit (ujet de con- 
clure de ces paroles que ce Seithe n eft pas un Dieu dif- 
terent de 1 horon 5 puis qu'on ne voit aucune diverfité 
que dans le nom , fi ce n'cft que Tornius ne parle ^ 
point de cette table , & qu'on aime mieux appliquer ce 
qui dit au DieuStoorjunkare, parce qu'on le place prez 
des lacs & des marais , comme au lieu le plus ordinaire 
de leur demeure. Quoi que je croie que ces Lapons de 
Torna ne mettoient pas leurs Seiches feulement près des 
lacs mais encore en d'autres lieux , qu'ainfi ils ont ré- 
vère deux divinitezfous un même nom, &que Tornxus 
ne s'eft pas beaucoup mis en peine de faire le vrai dif- 
cernement de toutes ces choies. 

Cet Auteur nous aprend que le Temple confacrc à 
Thoron ou Tiermes lèrvoit auffi au Soleil ; qu'on ne 
ladoroit point en d'autres lieux , & qu'on ofFroit à lun 
& a 1 autre des facrifices fur la même table: Ce qui me 
donne fujet de croire , que ce n'étoient pas deux difFe- 
rentes divinitez, mais un même Dieu, que la diftinélion 
netoit pas en la chofe, mais feulement dans le nom, que 
le même Dieu étoit apellé Tiermes ou Jijtke , quand on 
Imvoquoit pour la confervation de la vie, & pour fc 
garder des infultes des Démons -, & qu'on le nommoit 
JSatvve, quand on lui demandoit de la lumière & de la 
froid ^ qui peut dcffendre le corps contre h 

Le lieu où ils révèrent leur Stoorjunkare eft bien dif- 

K 



74- Histoire 

^' samuT' firent ; car chaque famille a le fien. Ccft ou quelque 
Rhcca. rocher , quelque bord de marais , ou quelque caverne 
des montagnes , & ibuvent des plus inacceflibles. Ec 
parce qu ils croient que ce Dieu fait en ces lieux-là fa 
demeure , ils s'eftimcnt obligez de Vy adorer. 

Ils ont pris ôc prennent encore les Spedres , qui pa- 
roiiTent quelquefois la nuit fur ces rochers, fur ces mon- 
tagnes, & le long de ces marais , pour une forte preu- 
ve que Stoorjunkare y a établi fa demeure. Ces appari- 
tions font comme une marque qu'il eft là prefent ôc 
qujil aime ces lieux. C'eft pourquoi ils les confiderent 
comme facrez , & les ont en plus grande vénération. Que 
fi c'eft une montagne ou un rocher , ils l'apellent du 
Samuel tiom particulier Papvvarra, ccft à dire la fainte monta- 
RhccD. ^^^^ ^ ne croient pas qu on puiffe rendre en un autre 
îieu un culte plus affuré ôc plus agréable à ce Dieu. Ils 
ont encore coûtume de marquer avec certaines bornes, 
les limites de ces lieux confacrez à leur Stoorjunkare , 
afin que chacun puiffe facilement connoître ju(qu*où s e- 
tend la fainteté du lieu ; de peur aufli que quelqu'un ne 
le profane fans y penfer , & qu'il ne foit puni de ce Dieu 
pour avoir violé ce lieu facré , ôc manqué au devoir de 
la Pvcligion. 

Ces endroits font donc fpecialement dédiez au culte 
de Stoorjunkare -, ôc parce que chaque famille engagée 
en cette fuperftition , a le fien en fon particulier , il eft 
facile de conclure , qu'il y en a un très- gran nombre 
dans toute la Laponie. Samuel Rheen en comte jufqua 
trente dans le feul territoire de Luhla , dont voici les 
noms. 

Le premier , au bord du fleuve Waikijaifr à une demi 
lieuë ou environ de l Eglife des Lapons apellée Jochmochs. 



D E L A L A P O N I E. 7j 
Le fécond , fur le mont Piaednackuvari , à un peu 
plus d'une demie liciie de la même tglife. 

Le troiCéme , dans une certaine Ifle de la rivière de 
Porkijaur, à une lieue & demie de-là- 

Le quatrième, fur le haut d'une haute montagne, 
qu'ils apellent Ackiakikuvari, ceft à dire , la montagne 
du pere ou de Thoron , près de Porkijaur, à cmq lieues 
au deffus de Jochmock. 

Le cinquième , auprès du marais de Skalkatr^sk, à 
huit lieues du même lieu. 

Le fixiéme, à la cheute d eau de MuskoumokKe, qui 
eft à unze lieues du même endroit. 

Le feptiéme, fur le fommet dune très -haute monta- 
gne nommée Sxierphi. 

Le huitième, fur le haut de la montagne de TiacKeli. 
Le neuvième, fur le mont Haoraoaosf 
Ledixieme,fur la cime delà tres-haute montagne de 
Kafla, auprès d'un petit lac,apellc Sabbut. 

L'onzième , fur une montagne , à une demie lieue de 
Wallauvari. 

Le douzième, fiir le haut dune montagne , d une ef- 
froiable hauteur , qu on nomme Darrawaori , à deux 
lieues du heu dont nous venons de parler. 

Le treizième, auprès deKiedkiewari. 

Le quatorzième, en un lieu qu'ils apellent ordinaire- 
ment Nobhel^ auprès du lac de wirrijaur. 

Le quinzième, fur le bord du lac de Kaskajaur. 

Le feizième,fur le mont d'Enudda, vers la Norvège, 

Le dix. feptiéme , fur le mont Rarto , vers le même 
païs. 

Le dix -huitième , dans flfle du lac de Luhîatr^sk ; 
qu ils apellent Hiertshulos. 

K ij 



76 Histoire 

Le dix- neuvième, fur une trcs-hauce montagne, vers 

la Norvège , apeliée SKipoiwe. 

Le vingtième, furie bord du lac Sajivo. 
Le vingc&uniém«, à Olla Paffi, qui ellun tres-graa 
golphe du lac apellé Scoor^LuhlatrœsK. 
Le vingc-deuxiéme, prés du lac Lugga. 
Le vmgc troifième , fur la montagne de Kicrkovari. 
Le vingt. quatrième, fur le mont de Kaurom-Jaurbij. 
Le vmgt- cinquième, a la cheutc d'eau deSao. 
Le vingt- fixième , fur le haut d une montagne fort è- 
levèe , nommée Kaitziki^. 

Le vingt-feptiéme, près du lac Ryggtr^sK. 
Le vingt-huitième , fur le mont de Piouki.' 
Le vingt- neuvième, dans l'iHe du lac Vuaikejaur a: 
pellèe Lusbyshulos. ' * 

Le trentiémai, fur une montagne nommée Vuarieluth 
près du fleuve Juleo. 

Ce ne font pas encore la tous les lieux facrez de ce 
territoire : car il y en a bien davantage , dont on n a point 
de connoiffance i parce que ceux qui font adonnez à cet- 
te idolâtrie, les cachent tant quils peuvent , crai^rnant 
d erre foupçonnez de cette impieté, ôc d'en être cliatiez 
comme ils le méritent. Le nombre en cft encore bien 
plus gran dans tout le refte de la Laponie; ce qui eftde 
loy affez croiable , pour ne nous pas obliger d'en faire 
un long dénombrement , qui ne pourroit qu ennuier le 
Leèleur. 

Du refte les Lapons ont une extrême vénération pour 
tous ces lieux , tant pour ceux qui font dédiez à Tho- 
ron Se au Soleil , que pour les heux confacrez à Stoor- 
junkare. 

On peut reconnoîcrece refpea par cette circonftan- 



DB LA L A PON I E. jj 
ce , qu lis chafTent les femmes de ces lieux. Ils rie leur . , 
permettent pas d en aprocher , ni d'aller derrière la ca- 
bane vers le lieu dédié à Thorus; ni aux filles à marier , 
*e mettre le pied dans le territoire de Stoorjunkare. Que 
«iJs en trouve quelques-unes qui contreviennent à cme 

euT.Z'' ''IT'Vl ^'^"'^.l" Lapons croient qu- 
elles feront mdubitablement accablées de miferes , que 
ic Démon leur oftera la vie. ^ 

Ils femblent n'avoir point d'autres raifons d'éloigner 
les femmes de ces lieux . finon qu'ils croient que les 
perlonnes de ce fexe ne font pas affez netes , fur tout au 
tons quelles ont leur maladie ordinaire. Je le conclus 

îenrl T f "^n'" ''P''^^'^'^^ > ^ue cette def- 
fcnce efl pour les filles a marier , puis qu'on les juge ca- 
pables du mariage , dés qu'elles commencent à être fu 
letes a ces maladies. Et parce qu'on ne peut rien dcter- 
mmer touchant cette forte de maladie , qu'on ne peur 
m marquer, ni connoître precifémcnt le tems auquel 
chaque fille a ces maladies ordinaires, ils ont chaflH de 
CCS lieux facrez tout le fexe indifféremment, de peur que 
Iinconfideration d'une perfonne fouillée, ne mit leurs 
Dieux en colère. 

Ce qui eft raporté par Damien Goës appuie fort nô- 
tre conjedure , que les Lapons eftiment, que les De 
mons ne peuvent foufftir les purgations des femmes : car 
après qu li a fait voir , que les Lapons arrêtent par leur 
Art^ magique , les vaiffeaux au milieu de leur courfe il 
ajoure que le fang que jettent les filles durant leur mois. 
& doHt on frotte le tillac & les bancs des vaifïèaux, em- 
pèche que les Lapons par leurs enchantemens , n'arrê- 
tent les vaiffeaux dans le fort de leur courfe. 

Les Lapons révèrent leurs Dieux fous la reprefenta- 

K iij 



Pierre Claudi 
cnfadefcnp 
tioa de la 
Norvège. 



Samuel 
Rheen. 



iamnel 
Khccp. 



M S5. 
laas nom. 



7g Histoire 

tion de certaines figures. La figure de Toron ou Tier- 

mes eft toujours de bois ; & c eft pour cette raifon qu'- 
ils le nomment Muora-Jubmd , ce qui fignifie en leur 
langue, le Dieu de bois. Et parce qu ils ont des Dieux 
de bois en la Laponie de Torna , aufli bien qu'aux au- 
tres Laponies , il y a aparence qu'ils y adorent vraiment 
le DieuTiermes , quoi qu'ils lui donnent le nom de Sei- 
tes. Le bois de bouleau eft celui dont ils fe fervent , 
pour faire les Idoles de ce Dieu Thorus. 

Ils donnent à cette Idole une forme grofliere ôc mal- 
faite , de forte toutefois que le fommet lemble reprefen- 
ter la tête d un homme. Ils font la tête de cette Idole 
avec la racine du bouleau , ôc le refte du corps avecilc 
tronc du même arbre. Ils n'ont pas grande peine à ac 
commoder ainfi cette figure, & à lui donner quelque 
forme de tête 5 caries bouleaux qui croifTent dans les 
païs marécageux , ont la plus bafle partie de leur racine 
faite en forme de boule , dont fortcnt les autres petites 
racines , & s'étendent de tous cotez. 

Afin donc que l'on fâche que c'eft l'Idole de Thoron^ 
ils lui mettent à la main droite un marteau , qui eft fa 
marque particulière , & qui le diftingue des autres Ido- 
les. Ils lui fichent encore en la tête , un clou d'acier, 
ou de fer, auquel ils attachent un petit morceau de cail- 
lou , afin que ce Thor puifTe faire du feu , quand il lui 
plaira. Quoi que les premiers Lapons aient vrai fembla- 
blement ajouté ces chofes comme le Symbole du feu , 
qu'ils ont adoré avec le Soleil, fous l'Idole de Thoron. 
En voici Hmage delTinée coçime elle fe trouve àprtfent 
parmi ces Peuples, 



delaLaponie. 



Seconde Fi 



igure' 



Quoi que les Lapons donnent d ordinaire cette for- 
me à leur Thor, il s en trouve toute- fois quelques-uns, 
& particulièrement en laLaponie de Torna , qui n'ado - 
rent qu'une fimple pièce de bois : car leurs Seitans ne 
font que des fouches,qui tiennent encore à la terre, ou 
des troncs d'arbres , qu'on y a plantez. 

Ils n'ont aucune Image du Soleil , foit parce qu'il eft 
de lui même vifible , foit à caufe que la plus fecretc 
Icience de leurs Myfteres facrez n'en fait qu'une divini- 
té avec Thoron, 

Pour ce qui eft de la figure de Stoorjunkare, elle eft samnd 
de pierre, & c'eft des Idoles de ce Dieu dont parlent les 
Auteurs , quand ils difentque les Idoles des Lapons font 
de grandes pferres, dans des forets, dans des deferts, ou Te/'''"" 
jur des montagnes, qui font des lieux conlacrezàStoor- f'""^'^^'^' 

hjnl^nfa Jacques 



Zicgleiu». 



junkare 

Ces pierres Côm brutes , & ils n'emploient ni l'art ni ^"""^i 
le travail pour les former, mais ils les pofent ,& en font 
les Statues de ce Dieu , telles qu'ils les ont trouvées entre 
les Rocliers , ou fiir les montagnes , ou fur le bord des 
rivières , ou proche des marais. 

Ils admirent donc cette figure de pierre, comme faite 
non parlehazard, ni par la Nature, maispar l'ordrepar- 
ticulier de Stoorjunkare ; afin qu'elle lui foit dédiée & 
que fous cette figure de pierre i! foit adoré. Ils dwt- 
nent a cette pierre le nom de Kied Kit JubmaL c'eft à 
dire Dieu de pierre. 

On trouve toutefois des Seites qui ont une forme hu- 
maine. Ces. Seitcs font rangez par ordre dans une feule 



10 Histoire 

Iflc, fîtuéc au milieu de la Catarade de Darra où Tor- 
natraesk jette de fa fource une rivière. Ce premier Scitc 
eft de la hauteur dun gran homme, qui en a quatre au- 
tres plus petits , pofez auprès de lui , & ils ont tous 
une efpece de Chapeau fur la tête. Et parce qu'on ne 
peut aprocher de cette Ifle fans s'expofer à de tres-gran$ 
dangers , à caufe de la prodigieufe force du courant des 
eaux , qui tombent en cet endroit \ Les Lapons pour cela 
fe font abftenus de vifiter ce lieu ^ de iorte qu*on ne 
peut fçavoir certainement fi ces Seites (ont encore ado- 
rez, quel eft Thonneur qu'on leur rend , ôc comme quoi 
on a pù porter ces pierres en ces endroits. 

Ils ne fe contentent pas de faire un particulier Seite, 
mais ils en mettent encore d'autres fuccellivcment au- 
près de lui 5 félon qu'ils en rencontrent un plus petit ou 
Samuel P'^^ nombre. Us donnent au premier & au plus 
Rhccn, confiderable le nom de Stoorjunkare ^ & ils le révèrent 
fous cette qualité. Ils apellent le fécond A^c , c eft à di- 
re , fa femme. Ils nomment le troifiéme Ion fils ou fa 
fille , & tous les autres fes ferviteurs ou fesfervantes. Us 
tâchent d'imiter en ceci, cequife pratique dans le com- 
merce de la vie humaine ^ comme ils ont remarqué que 
les Gouverneurs envoiez parle Roi,avoient une femme, 
des enfans , &: des ferviteurs : croiant d'autre part que 
leur Stoorjunkare n'étoit pas de moindre condition (car 
ils le font le Lieutenant de Thoron , ôc le Vicaire de 
Dieu ) ils lui donnent pour ce fujet cette belle famille 
& ce gran train. Voici la Statue de Stoorjunkare , telle 
qu'on la voit aujourd'hui. 




t 



r>E L A L A PO nie; 

Troifiéme Figure, 



Samuel 
Rhcyi. 



Je viens aux facrifîces & aux honneurs, que les La- 
pons rendent à leurs Dieux. Il n'y a que les hommes 
qui foient admis a offrir des facrifîces . à l'exclufion des 
femmes , aufquelles il eft auffi expreffement défendu de 
lacrifier que d'entrer dans les endroits confacrcz à leur 
Dieu. Ils n'offrent jamais de facrifîces à Thoron, au So- 
Jeil, ou a Stoorjunkare , qu'ils n'aient auparavant recon- 
nu h la vi^ime qu'ils lui deftincnt , lui fera agréable 
Ils font cette recherche par le moicn d'un inftrument 
qu'ils nomment Jr4««w, prefque tout fcmblable au Tara- 
bout des Anciens, auquel pour ce fujet on donne ordi- 
nairement le nom de Tambour des Lapons Aiant 
donc attache la Vidlime derrière la cabane, ils tirent 
un poil du deffous du cou de cette bête, qu'ils attachent 
a un des anneaux du Tambour , dont ils veulent fefer- , „ 
vir. Un de la compagnie frappe fur ce Tambour & ^-^-«^ 
cependant les hommes & les femmes mêlant leurs voix 
chantent ainfi : O vous perc Dieu Thoron voulez vous 
a prcfent agréer ma Vidime, que je dcfire immoler en 
votre honneur? Que fi le paquet d'anneaux , à l'un def- 
quels on avoit attaché un poil de la Vidlime & qui c- 
toit auparavant immobile, fc remue en même tems qu'- 
on frappe fur le Tambour , & s'il fe va rcpofer fiir la fi- 
gure de Thoron , ils prennent ceci pour une preuve cer- 
tamc , que le facrifîce de cette Vidtimc fera fort agréa- 
ble a ce Dieu : fi au contraire ce paquet d'anneaux de- 
meure toujours fixe fans changer de place , nonobflant 
1 agitation du Tambour; ils offrent la même Vidimea 
5toorjunKare 5 ils bâtent pour la féconde fois le Tarn- 



isi, Histoire 

bour, & chantent tous enfen)blc en cette façon. Quel 
eft vôtre fentiment ô Dieu gran Ôc ûint , acceptez vous la 
Vi6l:ime que nous fouhaitons vous {àcrifier> Ils profèrent 
même en chantant le nom de la montagne , où ils ont 
refolu de faire le facrifice. Si le paquet d'anneaux chan- 
geant peu a peu de place , va fc pofer fur l'endroit du 
Tambour , où l'image de StoorjunKare eft delTinée , ils 
croient que ce Dieu y confent. Que fi ce paquet ne fe 
remué pas plus que la première fois , ils s adrefTent au 
Soleil ôc tâchent avec les mêmes cérémonies de fçavoir, 
s'il veut que cette Vidimc luy foit immolée. Ce que je 
viens de [dire du Tambour, a dcja été rapporté par Peu- 
de h iîviai- ccrus; Il eft vrai qu'il raconte autrement la chofe j qu'il 
tien ?. que le Tambour eft d'airain 5 qu'au lieu de lanneau 

il parle dune grenouille de metail lufpenduë en l'air, & 
qui fe jette fur la figure de la bête, que le Dieu veut lui 
être immolée 5 mais cette différence ne vient que de ce 
qu'on ne lui a pas bien raconté comme la chofe fe paffe, 
ou de ce qu'il ne l'a pas bien comprife. 

Pour ce qui regarde les Vidimes de leurs facrifices ; 
Lapoii^ae' ce font ordmairement des Rennes , quelque-fois auffi 
aaiOance. J'autrcs animaux , comme des Chats , ou des Chiens , ou 
des Poules , ou des agneaux, & particulièrement dans la 
Lapmarke de Luhla. Il ne faut pas objeder qu'on ne 
nourrit point de ces animaux dans toute la Laponie, car 
samaa ils Ics achcptcnt , & les font venir de Norvège, 
chapi^ri'i. Les Lapons choififfent particulièrement l'Automne 
pour offrir folemnellement ces facrifices à leurs Dieux; 
à caufe que l'Hiver s'approche, aulfi bien que cette Ion- 
crue nuit, pendant laquelle plus qu'en aucun autre tems 
ils croient que le fecours divin leur eft necciTairc. 
Ils renouvellent auffi tous les ans en la même faifon 



DE L A L AP O NIE. 8î 
Timage de Toron , aux facrifices qu'ils lui ofFrcnt, ils lui 
font une nouvelle Statue , quatorze jours avant la faine syuùKM 
Michel j Et ils égorgent auprès de cette Idole de bois un 
Renne 5 ils en lèparent les os , la chair , & les affem- 
blent ; ils frottent en fuite l'image du Dieu avec la graiC 
fe ôc le fang du Renne, ce qui tient lieu de couleur- & 
ils enterrent au même lieu tout le Renne avec fes os. 

Voila la dédicace de Hdole de Thoron , quils ont 
coutume de faire tous les ans. Quoi qu outre cette Idole, 
ilsfoiene obligez de lui en ériger une autre , à chaque 
fois qu'ils lui immolent un Renne. Ils placent donc tou- 
tes ces Images les unes proche les autres fur la Table qui ^'^""^^ 
€ft dans le lieu facré derrière la cabane : puis ils égor- 
gent la Viftime, & font le facrifice. 

Ils y gardent cet ordre -, premièrement ils attachent 
derrière leur cabane la Vidime, qu'ils ont par le moien 
du Tambour reconnue être agréable à leur Dieu Tho- 
ron; & c eft la plu-part clu t^tîîs un Renne mafle qu'ils 
immolent , en lui perçant le cœur avcc^ la pointe dun 
couteau , & reçoivent dans un vaifTeau , le fang le plus 
proche du coeur , pour en frorter auffi-toft l'Idole de 
Thoron. Aiant en fuite place l'Idole, ils ien aprochent, 
&lui frottent avec gran refpedl: la tête ôc le dos, du fang îcm t: 
du Renne; ils lui eh tracent fur Teftomac des lignes en ^^«««««î 
forme de croix, & ils l'adorent. Ils arrangent derrière 
la figure de Thor le bois ôc les plus grans os de la te» 
te du Renne immolé. Ils mettent devant la même Ima» 
ge une efpece déboîte, faite d'écorce de bouleau, plei- 
ne de petits morceaux de chair , pris de toutes les par- 
ties du corps de ce Renne, avec de la graiffe fondue par 
deflus : Pour ce qui eft du relie des chairs de la Viéli- 
me , ils l'emploient aux ufages de leur maifon. Voila 

L ij 



84 Histoire 

cercmonies que les Lapons obfcrvcnt , quand ils ficriJ 

fient au Dieu Thoron. 

Mais fi la Vi6lime doit ctreofFerte à Scoorjunkarc, la- 
quelle ert auffi pour l'ordinaire un Renne malle , ils lui paC 
lent premièrement un filet rouge au travers de 1 oreille 
droite ; ils lattachent derrière la cabane, au même en- 
droit où ils ont coutume d'attacher la Viâime de Tho- 
ron , puis ils Timmolent de la même manière, gardant 
aulTi le fang le plus proche du cœur. Celui qui a fait le 
facrifice prend en fuite les bois de la Victime avec les 
os de la tête ôc du cou, les ongleç & les pieds ; & il por- 
te tout cela fur la montagne dédiée au Stoorjunkarc,ea 
rhonneur duquel cette Victime a été immolée. Si-toft 
que le Lapon eft arrivé en ce lieu , ôc qu il approche de 
la pierre rncrée , il fc découvre avec gran refped , il s'in- 
cline fort profondement , il fléchit les genoux , ôc lui 
rend tous les honneurs polTibles; puis il frotte cette pier- 
re avec le (ang qu'il a apporte , ôc avec une partie de 
la graiffe du même animal 5 il met derrière l'Idole les 
bois , attachant à la droite la partie dont cet animal 
multiplie fon efpece, & à la corne gauche, un filet rou- 

. gc paflTé au tray^ers d un morceau d etain , avec une peti- 

te pièce d'argent. 

Les Lapons de Torna s affemblent autour de leurs 

Tornacus. Scitcs à cettains tems , ôc principalement aux jours de 
Fêtes , ou quand il leur eft arrivé quelque grand mal- 
heur , ôc qu'ils ont été affligez de quelque perte con- 
fiderable. Us fe prefèntent là couverts de leurs plus 
beaux habits -, ils s approchent de l'Idole , lui font leurs 
prières, ôc l'adorent. Ils lui portent auffi toutes fortes de 
Vi(5times, & ce qui fe trouve de meilleur dans leurs Ren- 
nes , comme les chairs 6c la graiffe , la peau même , le 



DELALAPONIE. 
twis & les ongles , dont on voie encore à prefent de 
grans tas, aux lieux oû l'on adoroit autrefois ces Seitcs 
* On voit icj prefque le même culte rendu aux Seites qu- 
on rendou a Stoorjunkare j d'où il paroift que le D^eu 
des Lapons de Torna eft le même f que celui des La- 
pons de Luhla & de Pitha, & qu'il nyz entre eux rien 
ae différent que le nom. 

On trouve par- fois autour de ces Idoles de pierre ua 
. gran nombre de bois de Rennes , qu'on y en com- 
te en ces endroits plus de mille . & tellement arrangez 
ies uns lur les autres , que ces lieux en font renferi^ez 
comme dune haye ; Icfquels les Lapons apellent Tior. 
fmig^rdt c eft a dire faire ou la place entourée de cor- 
nes. Celui qui a la charge d'apporter ces bois , & de 
les mettre de rang & de bout,a coûtume de fufpendre 
devant elles une branche de bouleau courbée en forme 
de cercle ; & d y attacher un petit morceau de chair de 
chaque partie du corps de la Vidime immolée. Cette 
cérémonie a jetté quelques-uns , qui n'ont pas connoif- 
lance de ces chofes , ou qui n'en comprennent pas le 
lujet , dans cette erreur de croire , que les Lapons ado- 
roient & tenoient pour leurs Dieux les bois des Ren- 
nés. Les grans amas qu'on en voit en plufieuts endroits 
ont apuic cette croiancc , dont je laiffe le jugement à 
ceux qui voudront fe reffouvenir . que ce font les bois 
ûes Viétimes , que les Lapons ofFroient à leurs Seites ■ 
car lis leur prefcntoient non feulement la chair & les os 
du Renne , mais encore les bois & les ongles • & ce 
?cur u%r "'^ animaux étoit emploie' à 

Outre cet ordre qu'ils gardent ordinairement dans les 
lacntices , dont ils honnorent leur Stoorjunkare , ils s'y 

L iij 



t6 HISTOIRE 
prennent encore de e^s deux manières. Ils tuent la Vie- 
Samuel tiïï^c auprès de l'idole; , ils en font cuire la chair , ^ en 
Rhccn. font un feftin , où ils convient leurs amis $ qu'ils nom- ^ 
mène le fettin de Stoorjunkare : ils y mangent la chair 
de la tête ôc du cou de la Vi6):imc, & laiflent fur la pla- 
ce la peau étendue , qui y demeure fouvent plufieurs an- 
nées. Cela ne fe pratique pas indifFeremment fur tou* 
tes les montagnes confacrées à Stoorjunkare , mais feu- 
lement fur quelques-unes en particulier, où ce Dieu 
veut être révère & adoré de cette manière. 

Ils fàcrifient encore de cette forte , quand à caufe de 
lexcefEve hauteur de la montagne, ils ne peuvent mon- 
ter avec la Victime jufqu au lieu où il faudroit aller , ils 
prennent une pierre trempée dans le fang du Renne im- 
molé en rhonneurde Stoorjunkare, & la jettent vers le 
fommet de la montagne , où ils croient que le Dieu fait 
Ùl demeure , ôc s'acquittent ainfi de ce devoir de Reli- 
gion. 

Et comme ils ont coutume ( outre ce facrifîce de Vic- 
times ) d'honnorer tous les ans le Dieu Thoron par de 
nouvelles Idoles j ils font aulTi de femblables honneurs à 
Stoorjunkare, avec de nouvelles branches de bouleau ou 
de pin , qu'ils arrangent fous la pierre confacrée. Cette 
cérémonie fe fait deux fois l'année j en Eflé lors qu'ils y 
mettent des branches de bouleau , & en Hy ver quand 
ils changent ces branches , & qu'ils en mettent de pin. 

Ils prennent l'occafion de cette cérémonie , pour dé- 
couvrir les fentimens de leur Dieu 5 s'il a de l'amour & 
quelque volonté pour eux, ou s'il a de laverfion : Car 
h dans le tems qu'ils mettent ces branches , ils trouvent 
Ja pierre légère ôc facile à lever, ils efperent que le Dieu 
les favorifera ^ mais quand ils fentent cette pierre pefan- 



1 DE LA L A P O NII. gf 

te Ils craignent que Je Dieu ne foit en colère , & qu'il 
ne leur fafle du rn.l Ceft ce qui les oblige de pr^ve. 
n.r fa fureur, & de l'apaifer par un vœu quis fonf fuJîe 
cliamp, de lui immoler quelques Vidimls. Ceft en ce 
fens quai faut prendre les paroles de Pcucerus, qui dit «"«a.vi^, 
que Jes Lapons étant fur le point d'aller à la chafTe , ou 
de faire la pcfche , confultent leurs Dieux , faifant quel- 
ques conjurations , & les changeant de place • Que fi 
leurs Dieux fe laiffent facilement remuer, ils tcmoigii^nt 
par la , que 1 entreprife leur eft agréable , & ils en pro- 
mettent le fuccez 5 que s'ils ne fè Jailfent remuer qu'a- 
vec peine , ils ne leur font rien efpercr âe bon ; que 
s'ils demeurent immobiles fans foulFrir qu'on les change 
de place , ils donnent à connoître par cette refiftance 
qu Ils (e tiennent offence2,& qu'ils font en colère, * 

Lors que les Lapons facrifient au Soleil , ils ne lui I^JIf' 
offrent point de Rennes malles , ni qui foient vieux , mais 
«Icj Rennes jeunes & femelles. 

On y obferve prefque toutes les mêmes cérémonies 
que j'ay expofees , excepte' qu'ils palTent un filet blanc 
au travers de 1 oreille droite du Renne , pour marquer 
que c eft une Vidime confacrée au Soleil ; au lieu que 
lefalet eft rouge , quand elle doit être offerte à Stoor- 
junkare. En lecond lieu , ils ne prennent pas , comme 
aux autres facrifices , une branche de bouleau , mais de 
bois de faulc,pour faire le cercle, qui eft de la grandeur 
des cerceaux , dont on relie les demi tonnes de bicre 
Ils attachent à ce cerceau de petits morceaux de chair 
pris de chacune des parties du corps de la Vidime • ils 
Jes pendent derrière leur cabane , {[irune efpece de ta- 
ble, & au même lieu, où ils offrent des facrifices à Tho- 
ion, & far cette table ils rangent en forme de cercle les 



le mefine. 



Samuel 



li Histoire 

principaux os de la Victime Voila les cérémonies quo 
les Lapons gardent aux facrifices qu'ils font au Soleil. 

Outre ces trois Dieux, ils en ont d'autres plus petits, 
comme les Mânes des defFunts, & la troupe ou ralTem- 
blée des Juhles. 

Ils ne donnent point de nom particulier aux Manes; 
mais ils apellent feulement les Morts en gênerai Sittc. 
Ils n érigent point de figures en leur honneur , comme 
ils font à Thoron & à Stoorjunkare^ &ils fe contentent 
de leur offrir de certains facrifices. Ils s appliquent a- 
lors particulièrement à découvrir la volonté du Mort,fe 
fervant du Tambour , afin d aprendre s'il veut qu'on 
lui offre cette Victime : ils frappent le Tambour chan- 
tant en même rems , Maine ^uerro lahmike Shtc ^ c eft à 
Rhccn. dire , q^^elle forte de jfacrlfice defre^ "vous , o Manes} L'an- 
neau aiant marqué la Vidime agréable , ils lui palTent au 
le M. s. travers de l'oreille droite un filet de laine de couleur noi- 
re^ qu'ils lui attachent aux cornes. Cette Victime étant 
ainfi confacrée , ils vont ainfi l'immoler -, mangeant {à 
chair, ne refervant qu'une petite partie du cceur, (Scunc 
autre du poumon , qu'ils divifent encore chacune en 
trois 5 au travers defquelles ils paffent de petites bro- 
ches de bois, qu'ils trempent dans le fang de la bête, & 
qu'ils mettent dans une efpece de corbeille, faite com- 
me un traineau de Laponie. Ils enterrent cette efpece 
de corbeille, & tous les os décharnez, affemblez & mis 
dans un panier fait exprez. Les Lapons qui font enco- 
rc attachez aux fuperftitions de leurs Ancêtres, obier- 
vent ces cérémonies , quand ils veulent apaifer les Mâ- 
nes. 

Je viens à 1 affembléc des Juhles , qu ils apellent Juk 
lafolket 5 ils ne confacrent à ces Juhles aucune Image n^. 

aucuii'? 



D E L A L A P O N I E. 
aucune Statuë , non plus qu'aux Mânes. Le lieu dclH 

d un tra t de flèche , derrière Ja cabane. Le culte fe 

Whes k ? T' "^""^^"^ Fête des 

Julhes. ]ls jeunnent donc premièrement la veille de 

dcTa cC'ff " - ^ 

de la chair; ils feparcnt quelque morceau des autre. îli 

n^ens qu ils prennent; ils^ardlnt foigneufem nt c 
ceau , & font la même clfofe le jour de la fS auqu Ï 
^Is n épargnent rien pour faire g ande cherc Ik ZT 
petit coffre dccorce'de bouleau^ fait cn^lJ^cViC 
leau avec fes voiles & fes rames , où ils jettent ce! ZT 
morceaux apre's les avoir bien confervcz p J dan d u' 
jours & fur lefquels ils répandent un peu d^gr fffe pT 
^r"g- I'^ pendent enfuire L vaifff u S-' 
re la cabane , a un arbre qui en eft éloigné d'un jet de 
flèche, pour la troupe o^u multitude des Juhks ^ nui 
courrent en l'airpar les forets & par les mintagn^s^ 

te I'a manière de cul- 

te & de facnfices , qui confilfoient en de certaines 1 

t e^n. 1. P"" ' ^"«^ Religion Chré- 

.enne leur avoir été aportée de fort loin , pa? des Chré 

nens venus vrai.fex.blab!ement fur desn vles^ Q^^^^^^^ 
Chrétiens leur avoient anciennement infpiré de- 



M 



Histoire 

ncration pour le Chœur des Anges , qui aporta k nou- 
velle de la NailTance dejEsus^CHRisTj delà ils ont 
pris depuis roccafion de s'imaginer cette troupe de Juh- 
les. 

Voila ce que nous avions à dire de l'idolâtrie des La- 
pons , ôc du culte de leurs divinitez , qui perfevere en- 
core à prefent parmi eux ; non pas à la vérité dans l'ef- 
prit de tous univerfellement y mais d'un nombre fort 
confiderable, comme on le reconnoît tous les jours par 
l'expérience. 



CHAPITRE XI. 

7) es fecrets magiques , £5* de la Magie 
des Lapons» 

Jacques y ES Hiftoriensaffeurent que les Lapons font de tres- 
D^iiSs JLj habiles & de tres-dangereux Enchanteurs -, fi bien 
initruirs dans la Magie, qu'au gran étonnement de tout 
le monde, ils arrêtent les navires au milieu de leur cour- 
Picech.di Te -, & qiul n'y a jamais eu , & qu'il n'y point encore a 
des lapans preR^nt de Magiciens plus malfaifans que les Lapons, 
de Norvège. AutcuTs qui portcnt ce témoignage des Lapons , 

n'ont pas d'autres fentimens des Biarmes leurs Aricêtresi 
ce qui ne nous permet plus de douter , que ce n eft pas 
une Nation différente, 
oi.us Ma- Les Biarmiens fçavoient parfaitement bien enforce- 
1er les hommes 5 ils leur oftoient la liberté d'agir , leur 
faifoient perdre lefprit , & lesportoient fouventàfe dct- 
faire. Saxo raporce un exemple de la Magic des Biar- 



DE LA L AP ONIE. çï 
miens ; qu en une rencontre ils changèrent les armes 
par leur art, Ôc qu aiant rempli l'air de nuages épais, ils 
firent fondre tout le ciel en pluye. 

Quoi que les Lapons d'aprefent n'exercent pas ni fi 
fréquemment ni fi publiquement la Magie , leurs An- 
cêtres aiant été plus adonnez à ces fuperltitions, dont la 
plu part des Lapons daujourdhui font exempts, ôc quoi 
que le païs foit purgé de ces fortileges , depuis que le A.drésa» 
Roi de Suéde a deffendu fous de fâcheufes peines de fe , 
lervir d'enchantemens 5 il y a néanmoins encore parmi 
eux un gran nombre qui sy attache ôc qui s y étudie. 

Que fi quelquun en recherche les caufes , c eft que ' 
chacun des Lapons fe perfuade , que la Magie lui eft l^'^.'<^^'^f' 
indifpenfablementnecelTaire, pour éviter les embûches 
ôc l'infulte de fes ennemis. 

Ce principe produit deux eiFets, le premier qu ils ont Tom^u,: 
des Maures , qui leur font leçon de cet art , les en in- 
ftruifent, ôc les y rendent très habiles : Et les Pères ne 
font aucune difficulté d envoier leurs enfans à lecole de ï*««<=cM 
ces Maîtres, pour y aprendre la Magie. Ceft à ce fuiec 
que Sturlefonius raporte THiftoire d une certaine fille 
nommée Gunilde, que fon Pere Odzor Huide, qui de! 
meuroit dans la Halogaland , envoia à Motle Roi de 
Fmmarke , c'ell à dire , de la Finlaponie de Norveee 
pour y être inftruite , ôc y aprendre les Arts de la Fin! 
nome 5 il raconte au même endroit plus au long les ar- 
tifices magiques de deux autres Finnons. Les parens 
lont fort (ouvent eux mêmes les Maîtres de leurs enfans 
quils exercent , s'en font aflifter, ôc les riennent prefens 
toutes les fois qu'ils pratiquent ce deteftable commerce. 
Les jeunes Lapons deviennent donc de cette manière 
fçavans en cet Art. Mais comme ils ne font pas tous d un 

M ij 



9z Histoire 

même naturel , ôc qu'ils n ont pas une égale force d'ef- 
prit , ils n'y proficent pas également -, les uns y deve- 

ic mcfmc nanc trcs-habiles à cauîc de leur difpofition naturelle -, 
les autres demeurant toujours ignorans , & tout à fait 
incapables d'exercer cet Art, quoi qu'on leur en ait fait 
bien des leçons. 

La féconde cliofe eft , que les Pères donnent à leurs 

TorQTus. enfans , ôc leur font palfcr en forme d'héritage , les efprits 
malins , qui étoient attachez à leur fervice j afin qu ils 
puifTent furmonter les Démons des autres familles, qui 
leur font ennemies. Il eft donc confiant que des famil- 
les C£)utes entières ont leurs Démons certains , ôc diffe- 
rens des Démons des autres familles , ôc la plû-part du 
tems contraires 3c oppofcz les uns aux autres : Et non 
feulement les familles , mais encore chaque Lapon en 
fon particulier a fes Démons familiers ôc domeftiqucs , 

oiausPcdi. ^^^^y ^^^^ > ^^^'^ ' ^ parfois davantage j un 

Nmrcnius. pour Ic défendre contre les entreprifes du Démon de 
fon ennemi , un autre Démon pour faire tout le mal 
qui lui vient en la penfée , ôc un iroifiéme enfin pour 
nuire ôc ne jamais trouver de refiftance. 

Quelques Lapons gagnent les Démons par leur tra- 
vail, d autres les engagent dans leur intereft par les priè- 
res ôc foUicitations ; d'autres les reçoivent fans recher- 
che , dés leur bas âge , ôc fçavent naturellement l'Arc 
i.innTor- niaeique. Le Diable aiant une parfaite connoiffance de 
ceux , qui leronc plus propres a le lervir dans ce mmil- 
tere , les jette dés leur enfance dans une certaine mala- 
die , durant laquelle il leur reprefentc des Images , ôc 
leur procure des vifions , par lefquelles ils apprennent 
('autant que leur âge le peut permettre) ce qui apartienc 
à cet Arc. Ceux qui tombent pour la féconde fois dans 



delaLaponie o, 
cette maladie , ont bien plus de vifions qu'en la prece 
dente.&apprennent avec ces lumières bien mieurS; 
n^ag,que que la première fo,s. Que s il leur a rive dl- 
ver pour la troifiéme fois cette ^adie { ce q^l f^ 

évident de perdre la vie ) toutes les vifions diaboliques 
f ur font en cette occafion montrées à découvert don 

faits dans la Mag.e. Ces derniers y font fi fçavans qu'- 

ment les chofes les plus éloignées 5 & le Diable sefttel- 
kment rendu maître de leur efprit, quils voient cescho- 
les , fou qu'ils les veuillent ou ne les veuillent pas voir 
Torna^us qui affeure cela, rapporte une expérience qu'il 
en a fa,te dans la perfonne d'un Lapon qui eft encoiî en 
V e , & qu, lu, remettant entre les mains fon Tambour 
(après que Torn^usfè futplufieurs fois plaint de ce qu'il 
ne le lui apportoit pas ) déclara avec bien de la trif- 

II ne laifTerou pas de voir dorénavant toutes les chofes 
quilavoK vûes jufqu'à cette heure. Et pour preuve dé 

arrivïà T *"' ' ^" «^^^il > ^om ce qui étoit 

arrive a Torn^us fur la route , venant en Laponie. Ce 
l^apon le plaignoit en même tems de ce qu'il étoit fore 
en peme , & ne fçavoit comme il en devoit dans la fui- 

III y.?" ' reprefentoient toutes ces 
CDo es quoi quil y apporta les dernières répugnances. 

b!e nn'nn P^""^ ^«"«^ regardeces Arts"^, ,1 fem- 
ble qu on en peut faire comme deux claiTes . fondées 
lur les divers mftrumcns , dont les Lapons fe fervent 
pour exercer la Magie, la première renfermant les cho. 
les qu, demandent lufage du Tambour; la féconde. cel- 



«mm 



Jckaa Tor- 
nçus en (on 
petit livre de 
la Laponie , 
& en fa defc. 
de La Suéde. 



Ohus Pctri. 



Samuel 
Rhecn. 



de la divlna. 
page 1^7» 



^4 Histoire 

les qui fe font dans les nœuds , les javelots , les impre- 
cations , 6c les autres chofes femblables. 

Nous parlerons premièrement du Tambour ^ parce 
qu'il eft particulier aux Lapons, qui le nomment ordi- 
nairement Kannus, ôc quelque-fois ^obdd6 , & à caule 
de fa figure nous lapellons Tambour Laponiquc , ou 
Tambour magique , parce qu'ils s'en fervent pour les 
(uperftitions de leur Magie, 

Ils font ce Tambour d'un gran tronc d'arbre qu»ils 
creufent , il doit être de bois de Pin , de Sapin , ou de 
Bouleau -, mais il faut choifir un arbre de Bouleau , qui 
croirt dans un certain endroit , qui fe tourne en (uiyant 
diredement le circuit du Soleil , ôc qui n'aille pas d'une 
manière contraire à la courfe de cet Aftre. Peucerus s'eft 
donc trompé, croiant que ce Tambour fut d'airain. On 
dit qu'un arbre fe tourne fiiivant le circuit du Soleil , 
quand la fouche a toutes fes plus petites branches telle-; 
ment courbées, que toutes ces courbures prenant dés le 
bas montent &c s'élèvent jufqu au plus haut, en telle for- 
te que de la droite elles fe panchent vers la gauche. Et 
ceft peut-être de ce mouvement qu'ils jugent que ce 
Bouleau eft agréable au Soleil. Ce bois eft d'une feule 
pièce , fçavoir d'une partie du tronc de l'arbre fendue , 
ôc tellement creufée au milieu , que ce qui eft plat en 
fait la partie fuperieure , fur laquelle on étend la peau , 
ôc ce qui eft convexe en fait la plus baffe partie , & la 
poignée dont on le tient. Parce qu'ils ont coutume de 
fkçonner ainfi cette partie , qu'après y avoir fait deux trous 
fort longs , ce qui fe trouve de bois entre ces deux ou- 
vertures peut fervir de poignée. Ce qui refte fur les co- 
tez & qui tient en forme de cercle la peau bandée, n elt 
pas parfaitement rond , mais d'une figure qui reffemble 




^ II j ,. ^ ^ ^ ^ P O MIE. 95 

a celle de 1 ovale , dont le diamètre n'a guère plus de 
demi aune, & quelque-fois moins. On les compareaux 
Sukors ou Tymbales de cavalerie des Suédois , qui font To,.«.: 
oute-foisplus ronds &plus creux,& ces Tambours plus 
longs & plus plas , & la peau n'y eft pas attachée avec 

des crochets de fer , mais avec des petits clous de bois; ' 

..quoi que nous en ayons vû fans ces petits clous , la peau 

étant arrêtée par une couture faite avec des filets de nerf 

de Rennes. 

C'eft de ce Tambour donc Olaus Magnus veut par- ' î ch^p..,; 
icr , quand il lui donne improprement le nom d'enclu 
- me: ce mot a trompé le Peintre , qui ne l'entendant pas 
a pris fujet de peindre au commencement de ce chapi- 
tre, ,e ne fça.s quelle enclume, avec une couleuvre def- 
us , & d y ajouter une grenoiiille qui faute , & un mar- 
teau de Forgeron : ce qui ell tout à fait contraire à la 
ftgure , & a 1 ufage de ce Tambour. Les Lapons ne fe 
lervoient jamais d'enclume , mais de Tambour, auquel 
Olaus a donne le nom denclume, à caufe que l'on frap- 
pe deffus avec un inftrument , qui reffemble fort à un 
marteau. 

La peau ou membrane étant étendue fur le corps du 
Tambour, les Lapons y de/Tinent avec de la couleur 
rouge faite d'ecorce de bois d'Aune, broyée & bouillie 
is tirent premièrement vers le lieu du Tambour une' 
igne ou deux droites, qui paifent au travers ; & placent 
lurla plus haute de ces lignes les Dieux pour lefquels ils 
ont p.us de vénération , comme Ihoron avec fes fervi- 
teurs , & Sroorjunkare avec les fiens. Ils tirent encore 
une autre ligne plus bas , & paralelle à la première- 
mais qui ne va que jufquau milieu du Tambour. L'i- 
mage de J E s u s .Christ, & quelques- uns de (es 



ii 



Tornarus. 
Samuel 
Rhecn. 



J 



96 Histoire 

Apôtres font tracez deffus. Tout ce qui eft dépeit\t au 

deflus de ces lignes doit lignifier la Lune, les Etoilles,& 
les Oyfeaux. ils deflinent au deffous un Soleil , com- 
me au milieu des autres Planettes , fur lequel ils mettent 
le paquet d anneaux d'airain, quand ils veulent battre le 
Tambour. Us reprefèntenc enfin delTous ce Soleil tou- 
tes les chofes terreftres , & diverfes fortes d'animaux , 
comme des Ours, des Loups, des Rennes, des Loutres, 
des Renards , des Serpens , des Marais , des Lacs , des 
Fleuves, & autres chofes femblables. Voila comme Sa- 
muel Rheen a fait la defcription du Tambour , duquel 
il a aulfi donné cette peinture. 

Quatrième Figure, r 

Explication des marques fur le Tambour J. 

■ aThoï , h fon ferviteur , c Stoorjunkarc ,d [on fcrvi- 
teur , e les Oyfeaux , / les Etoilles , ^ Je s u s- C h r i s T, 
h les Apôtres , i un Ours , k un Loup , / un Renne , m 
un Boeuf, n le Soleil , o un Lac , p un Renard , q un Ef 
cureiiil , r un Serpent. 

Sur le Tambour B. 

a Dieu lePere , %fus , c le faint Efprit , d faint Je- 
han , e la mort fâcheufe ,/une Chèvre , g un Efcureiail , 
h le Ciel,i le Soleil ,/ im Loup, w le Poiffon Si\k,n le 
Bufle fauvage,o l'Amitié avec les Rennes ftuvages,/? A- 
nundus Ecrici ( à qui le Tambour apartenoit ) tue un 
Loup , q les Dons , r un Loutre , s l'Amitié des autres 
Lapons, t un Cigne, la marque pour reconnoîtrc en 



i 



D E L A L A P O N I E: 9, 
quel état font les autres , & fi la maladie fe peut guérir 
X un Ours ,j un Porc, /3 un PoilTon , y celui qui porte 
1 ame en enfer. '■ 

Au relie je remarque que tous les Tambours n'ont 
pas les mêmes figures ^ car )'en ay trois dans mon cabi- 
net peints de différente manière, defquels vous en voiez 
un ious la lettre B , que jay ajoûté au premier. Jehan 
Torn^us donne une defcription du Tambour, fort peu 
différente de cellc-cy, que j'ay crû être obligé de rapor^ 
ter. Toutes les figures font feparées par chacunes re, 
gions , delquelles il y en a trois principales. 

La première fignifie la Norlande, & plufieurs Provin: 
ces de la Suéde , elle eft placée fur la partie méridionale 
du Tambour, diftinguée des autres par une certaine li- 
gne ; & elle renferme principalement la plus proche de 
toutes les villes , où les Lapons ont coûtume d'exercer 
fous les ans le commerce -, par exemple , fur les Tam- 
bours qui ont été faits à Torna ou à Kimi , la ville de 
Torna eff dépeinte avec fon'Eglife, fon Prêtre, le Gou- 
verneur des Lapons , & tous les autres avec lefquels ils 
doivent traitter d'affaires. Le chemin y eft auffi marqué 
qui conduit de Torna chez eux ; fur lequel ils voient 
quand le Prêtre , le Gouverneur , ou quelque autre les 
doit aller trouver, & auffi tout ce qui fc paffe fur la rou- 
te. La Norvège eft peinte fur la partie fcptentrionale 
avec toutes les chofcs qu'elle enferme. La Laponie eft 
repreienrée au milieu de ces deux Régions , & elle oc- 
cupe la p us grande partie du Tambour , où font deffi- 
nees les diverles bêtes qui fe voient chez les Lapons. Il 
y a des troupeaux entiers de Rennes fauvages, des Ours 
des Renards, des Loups , & toutes les autres bêtes fau- 
vages , pour fignifiet fi on les peut trouver , & èn quel 

N 



9S Histoire^ 

endioic, où il faut chercher le Renne, s'il eft perdu -, fi 
les petits de leurs Rennes viveront ^ fi la pefche avec le 
fiiec iera heureufe -, fi le malade recouvrera la fanté ou non-, 
fi la femme enceinte accouchera heureufemenr ; fi la 
mort emportera celui-cy ou celui Jâ,de telle ou de telle 
façon ; ôc toutes les autres chofes qu'ils ont la curiofité 
de fçavoir. 

Je ne fçais pas bien la caufe pour laquelle ces Tam- 
bours font fi differens ; fi ce n'eft comme je l'ay aprife, 
qu il y en a qui fervent plus à la Magic, ôc qui font pro- 
pres à faire plus de mal que les autres. Cela me fait naî- 
tre cette penfée , qu'on ajoute quelques Images à ces 
Tambours , qu on en ofte ôc qu on en change entière- 
ment quelques-unes , félon la diverfité des ouvrages, 
âufqucls on les deftine. 

Et pour une plus fecile intelligence, en voici deux defli- 
nez, quej'ay recouvrez du cabinet de l'illuftrilfime Chan- 
celier du Roiaume. 



Cinquième Figure, 

Vd marque des Oyfeaux , b les Renards noirs , c le 
Dieu Tiuur, d le Dieu Thoor, e le marteau de Thoron, 
/Scoorjunkare,^ l'Idole de bois, h le ferviteur, i une E- 
toille , k un Bœuf, / un Bouc , w une Etoille , n la Lune, 
ok Soleil,/; une Etoille, q le même, r un Loup, /No- 
rias Fiord. I. c. 



DE LA L APONIE^. 99 

Sixième Figure. 

L'une & l'autre rcprefentent également bien la face 
de devant & celle de derrière : Ils ont tous deux les fi- 
gnes & leur explication , comme on me Ta apportée & 
laquelle a été mile defTous le Tambour B. 

La face antérieure du Tambour. 

La bonté de cet illuftriffime Comte ne m'a pas fcu- 
Jement fourni ces deux TambouTs , mais encore le troi- 
lieme maïquéàla lettre £, d'une fi extraordinaire gran- 
deur , que je ne crois pas qu'on en ait jamais trouvé 
autre.part un fcmblable . auquel j'ajoûtc ce quatrième 
marquç.a la lettre F ; dont Monfieur le Baron Henry 
Hemmmg Colonel d'un Régiment m'a fait prefent . & 
Il m a ete apporté de fa part. 

Deux choies font neceffaires pour fe fcrvir de cesTam- 
bours , la marque & le marteau ; la marque afin qu'el- 
e montre la chofe dcfirée fur ces figures peintes du 1 am- 
bour 5 le marteau pour frapper defTus. J'apélle marque 
ou indice le paquet d'anneaux d'airain 5 car ils prennent 
pour cet effet un gran anneau d'airain, auquel ils ont coû- 
lume d en attacher d'autres plus petits , qui font tous 
cnlcmble une forme de paquet. Quoi qu'ils n'aient pas 
toujours cette même figure ; car une de ces marques eft 
taite d un cuivre fort épais , & de la grandeur d'une Ri- 
Chedale, avec un trou quarré dans le milieu , &de peti- 
tes chames dairam qui pendent au lieu d'anneaux, & fc 
rejoignent en rond. L'autre eft un anneau de laiton 
auquel une petite lame de cuivre ronde eft lulpenduë 

N ij 



loo Histoire 

par des chaînes fort menues. J en ay vu une faite d'os , 
dont la figure écoit femblable à la lettre greque A, avec 
des anneaux attachez , & quelques-unes d'autre façon. 
J'ay mis la figure des miennes lous les Tambours J d>cB 
ôc je les ay marqué de la lettre G. 

Mais parce que l'on fe fert en cette affaire plus fre^ 
quemment d anneaux , & même des plus fimples ( 6c 
que les Tambours du Chancelier de Suéde n ont point 
d'autres marques ) TAuteur du Manufcrit (àns^nom , que 
j ay tant de fois cité , les apelle fimplement anneaux, 

Olaus Magnus les nomme ferpens ou crapaux d'ai- 
rain ; non pas parce que ces anneaux foienc des crapaux 
ou des ferpens eftedlifs , ni qu'ils en aient la figure -, mais 
à caufe qu'ils reprefentent les crapaux &les ferpens, qui 
font des bêtes fort aimées du Diable, & dont il a coû^ 
tume d'emploier les Images , pour faire ce qu'on lui de- 
div7nat.on' mande. Peucerus leur a donné le nom de grenoUillc, 
page ^8^- parce qu'il y a peu de différence entre cet animal ôc le 
oiaus Pétri, cfapau. Les Lapons les apellent Jrpa : Ces marques 
Torn^us. Çr^j^^ coutcs d airain , il s'en trouve de cuivre , de 
fer, de laiton , d'argent , ôc d'autre métal. 

On donne le nom de marteau à l'inflrument dont ils 
ont coutume de battre ce Tambour, Les exemples que 
ouus Ma- j'ay raportcz des Auteurs prouvent ce nom , où il ell 
jcTan Tor- l'cmarqué que les Lapons follicitcnt leurs Génies fami- 
liers, frappant avec un maillet fur une membrane. Ce 
n'efl pas un marteau de Forgeron , comme le defïïna- 
tcur des Images du livre d'Olaus Magaus femble s'être 
imaginé mais un inftrumenr particulier ainfi nomme 
par les Lapons , fait du bois d'un Renne , en telle forte 
que les deux bouts des dernières branches aianc la figu- 
re d une fourche, paroifTent comme un fer de marteau. 



DE LA L APOKîE. loi 
êc le rcfte du bois puifTe fervir de manche. J ay mis la 
vraie figure de cet inftrumenc fous celles des Tambours 
^ B. marqué à la lettre If. 

Les Lapons frappent avec ce petit marteau fur le Tam- 
bour, non pas tant pour faire un bruit confiderable, com- 
me pour faire par ce batement remuer lanneau mis fur 
la peau , afin qu'après avoir parcouru toutes les Images 
qui y font dcflinées , il puiffe montrer ce qu'il faut con- 
noître. Voila comme le Tambour des Lapons , qui 
payent tribut aux Suédois , eft fait. 

Les Finlapes qui font près de la Norvège , ôc fous k 
domination du Roi de Dannemark, fe fervent d un Ta;m- 
bour différent de ceux que nous venons de propofer , 
comme il paroît par le deffein que le fçavant Ôîaus Wor* , 
mius en a donné au public. Quoi que je croie que cette 
diverfité ne vient pas de ce que ces Peuples ayent d au- 
tres Tambours que les Lapons j mais de ce que celui de 
Wormius eft d'un autre genre, ôc fait pour d'autres ufa- 
ges. Et afin qu on ne puiffe pas inutilement fouhaiter 
de fçavoir comme quoi il le dépeint, en voici la defcrip- 
tion qu'il en donne. 

Le Tambour des Lapons par lequel ils exercent leur 
Magie , & recherchent la connoiffance de plufieurs cho- 
fes3 frappant deffus par mefurej eft d'un bois fait en ova- 
le ôc courbé de la longueur d'un pied, ôc de dix pouces 
de largeur ; fur lequel il y a fix trous, avec une poignée 
dont on le peut commodément tenir de la main gauche, 
tandis que l'on frappe deffus avec la droite. Il y a une 
membrane par deffus attachée avec des cordes de nerfs, 
chargée de diuerfes figures très - mal -faites , peintes ça 
êc là avec du fang ou de la couleur rouge. On met def- 
fus un morceau d airain en forme de lozange , un peu 

N iij 



lot Histoire 

convexe , de la grandeur de deux pouces de diamètre , 
chargé à fes angles ôc au milieu, d une petite chained ai- 
rain. L mftrument duquel on frappe fur le Tambour a 
fix pouces de long-, il eft de la groflèur du petit doit, ôc 
il reprefente la lettre T des Latms. 

Âurefte les Lapons fe fervent de ce Tambour à quan- 
tité de chofes, ôc ils en font beaucoup ( a ce qu ils s'mia- 
ginent ) par fon moien ; c eft la cauî'e pour laquelle ils 
Samuel l'ont cn gi'ande vénération , le gardant & le tenant toû- 
jours enrerme ôc enveloppe avec le marteau & la mar- 
que , dans une peau d'anneau. Mon livre dit la même 
chofe -, je trouve toute fois dans un autre livre le mot 
de Loomskin , qui ne fîgnifie pas la peau d un agneau , 
mais celle d'un certain Oyfeau qui eft toujours lur les 
eaux , & qu'on nomme en ces païs là Loom, 

Les l apons croient auflî que ce Tambour eftunccho- 
fe facrée , & qui apartient à la Religion • c eft pourquoi 
ils ne permettent a aucune fille à marier de le toucher, 
samnd Et même quand il le faut transférer d'un lieu en un au- 
Khecn, jj.^ ^ portent le dernier après toutes les autres cho- 
fes , & après que toutes lesperfonnes du logis font par- 
ties , & ce tranfport fe fait par les foins & Tous la con- 
duite du mary & jamais de la femme. Ils ont coutume 
en cet occafion de prendre un chemin tout extraordi- 
naire , fort différent & éloigné des chemins communs , 
par lequel on ne palTe jamais. Ils craignent que fi trois 
jours après que le Tambour a été tranlporté, quelqu'un 
& particulièrement une femme ou une fille à marier vien- 
nent à paffer fortuitement par le même chemin, elles ne 
meurent fur le champ , ou qu'il ne leur arrive quelque 
gran malheur » ce qu ils alTurent être plufieurs fois arri- 
vé. 



DE LA L A P ON I E. 103 

Mais toutefois, parce qu'il peut nonobflant cela ar- 
river qu une femme loic par neceflîté obligée d aller par 
ce même chemin 5 le Diable devient alors plus doux ôc 
Je loufFre.pourveu néanmoins qu'elle offre un anneau de 
iauon, qui doit être emploie à lufage de ce Tambour 
pour preuve de fon fervice ôc de fes foûmiffions. 

Mais parce qu ils s'imaginent venir à bout d un gran 
nombre d'affaires , à la faveur de ce Tambour , voions 
quelles font ces affaires, Ôc quelles cérémonies ils obfer- 
venc pour les expédier. Olaus Pétri les raporte à trois 
chefs , la chaffe , les facrifîces , ôc la connoiffance de 
tout ce qui fe paffe aux païs les plus éloignez. Samuel 
Rheen en touche quatre autres 5 la première pour dé- 
couvrir ce qui fe paffe aux autres païs,ri éloignez quils 
pmffent erre • la féconde pour fçavoir le bon ou le mau- 
vais fuccez des affaires qu ils ont entreprifes ; la troijfîé- 
me pour guérir les maladies; la quatrième pour connoî- 
trc quels facrifîces 6c quelles Victimes font plus agréa- 
bles à chacun de leurs Dieux. La manière donc ils font 
cette recherche n eft pas toujours la même. 

La première chofe toute-fois qu ils ont coutume d^ob- 
ferver dans toutes ces fortes de cérémonies , c eft de fai- 
re bien bander le parchemin , prefentanc au feu la par- oiaus 
ne fuperieure du Tambour , qu'ils tiennent un peu éle- 
vée. Alors le Lapon frappe deffus en rond autour de la 
marque , il frappe d'abord fort doucement jufqu a ce 
que cette marque commence à treffaillir, & à fe remuer-, 
ôc à mefurc quelle s'éloigne davantage du lieu ou elle 
avoit été mife au commencement , & qu elle s'aproche 
de l'un des cotez , il frappe plus fore Ôc de plus en plus 
jufqu'à ce qu'elle fe foit arrêtée fur l'endroit, dont ils ont 
formé le deffein de deviner quelque chofe. Ils obfer- 



loï Histoire 

vent encore de ne fe tenir jamais debout quand ils frap- 
pent fur le Tambour , mais à genoux , tous les affiftans 
fe mettant auffi en la même pofture. 

Touchant ce qui concerne les chofes pour lerquellos 
on bat ce Tambour , nous avons déjà traitté de la der- 
nière, il ne refte plus qu'à parler des autres , dont la pre- 
mière eftde déclarer ce qui fe paffedansles pais les plus 
gnusLvr^V éloignez. Ceux qui veulent fçavoir en quel état lont 
chapmc 16. i^^j.^ ^j^is leurs ennemis, qui demeurent à cinq cens 
lieiics de là,ôc ce qu'ils y font, n'ont qua aller trouver 
quelque Lapon , ou quelque Finlape de Norvège habi- 
le en cet Art , ôc lui promettre de lui donner un habit 
de toille , ou de l'argent , & ce Lapon leur découvre tout 
TJu%^oZ ce qu'ils défirent. Pierre Claudi raporte la même chofe 
' qu'il confirme par un exemple arrivé en la ville de Berg, 
une des plus marchandes de la Norvège ^ & ce qu il ra- 
porte fe trouve écrit fur le livre public , où l'on enregïtre 
les affaires des Marchands d'Allemagne. 

Un Finlape de Norvège vint ttouver un certain Jehan 
Delling commilTionaire d un Marchand Allemand : ce 
commiCfionaire qui étoit établi à Berg, pria le Finlapon 
de lui dire s'il pouvoir , ce que fon maître faifoit alors 
en Allemagne : le Finlapon lui promit de le lui dire, ôc 
il commença auffi-toft à crier comme s'il eut été yvre, 
& à treffaillir de ioyc , puis aiant couru une ou deux fois 
en rond , il tomba par terre ôc y demeura quelque tems, 
de même que s'il eut été mort , il fe leva en fuite com- 
me s'il fut venu de reffufciter , ôc il lui raconta ce que 
fon maître faifoit alors. On écrivit à l'inftant le tout fur 
le livre public des Marchands, & après on reconnût que 
les chofes étoient arrivées de la manière que le Finlape 
les avoit dites. 



DE LA LAPOKIE ioj 
Un Lapon qui eft encore en vie, raconta à Jean Tor- 
naîus , par ordre & fort exadremenc , toui ce quil lui é- 
toic arrive fur la route, au premier voiaee qu'il lit en La 
ponie ; & quoique Torna^us trouvât qu'il declaroit net, 
tement comme touts'étoit paflré,il le nia toute- fois con- 
Itament , témoignant que tout ce que ce Lapon difoit , 
netoit que raenfonges, de peur qu'il ne tirât quelque vai. 
ne gloire de ce que le Diable lui avoit revele^ces chofes. 
& qu a l'avenir il ne lui ajoutât point de foi. 

Les Auteurs ne conviennent pas touchant la manière 
dont les Lapons recherchent la connoiffance des chofes 
éloignées. Olaus Magnus la décrit en cette forte Le 
Lapon fe renferme avec fa femme & un feul homme pour 
compagnon dans fa chambre ; il donneavec un marteau 
un certain nombre de coups fur une grenouille , ou fur 
un lerpent d airain , pofez fur une enclume , & recitant 
quelques vers entre fes dents , il le retourne tantoft fur 
un cote,tantoll fur l'autre; puis tombant au même mo. 
ment par terre , il y eft ravi en extafc , & il y demeure 
quelque peu de tems comme mort. Son compagnon 
prend cependant foigneufement garde, qu'aucune cho- 
ie vivante , m mouche ni moucheron , ni aucun autre 
ne le touche. Son efprit emporté par la vertu de ces 
vers , aiant pour guide le Démon , raporte des païs ex- 
tremement éloignez quelques marques ( comme un an- 
neau ou un couteau ) pour preuve qu'il s'eft acquitc de 
ia commilSon ; & fe relevant auffitoft , il montre à fon 
condufteur ces mêmes marques, & lui déclare toutes les 
circonftances de l'affaire. Pierre Claudi raporre en ces 
termes, la manière dont les Lapons découvrent les cho- 
ies e oignees : Le Lapon fe jette par terre , & devient 
kmblableaun homme mort, aiant du relie la face toute 

O 



106 HISTOIRE 
plombée. 11 demeure l'cfpace d'une heure ou deux en 
cet écac , félon que le pais , donc il veut aprendre quel- 
que chofe , eft plus ou moins éloigné ^ & il peut, s'il fc 
réveille , raconter tout ce qui fe palTe en ce lieu là , ce 
qu'on y fait , & ce donc on vouloit avoir la connoifTan- 
ce. Cet Auceur ne dic rien, ni du Tambour , ni du chant, 
ni des compagnons , ni des fignes de fon voiage , & de 
l'affaire qu'il a faite. Il faut à ce fujet obfcrver que lun 
raporteceschofes,& l'autre celles-là ^ chacuns'atrachanc 
à ce qu'il croie écrc plus digne de remarque , fans pré- 
tendre rejettcr ce que l'autre a dic. Pour ce qui eft du 
Tambour, toucesles chofcs que nous en avons dites juf- 
quàprefenc, ne permectenc pas de doucer qu'il eft en u- 
lage chez les Lapoiis. 

11 na feulement que ceci de particulier, qu on le fait 
oiaus Pctri autrement quand on le deftineàcet uiâge de deviner les 
chofes éloignées , que les autres Tambours ordinaires , 
aiant par deffous une poignée en forme de croix , qui 
partage ce côté comme en quatre parties , que tient 
d'une main , celui qui fait lesenchantemens. On voit ce- 
la dans le Tambour dont M. le Baron Flemming Colo- 
nel d un Régiment d'Infanterie ma fait perfenc , voici 
la figure de ce Tambour. 

Le derrière du même Tambour. 

Septième Figure, 

Les Lapons ont encore la coutume d'attacher & de pen- 
dre au Tambourles ongles & les os des diverfes bêtes qu'- 
ils ont prifes. Quand les Lapons veulent apprendre ce 
qui fe palTe dans les païs étrangers , un d'entre eux bac 




i 



DE LA L A P O N I E. 107 
k Tambour de cette manière : Il met ddîus, à l'endroic 
ou l'Image du Soleil eft deffinée , quantité d'anneaux de 
laiton attachez enfemble avec une chaine de même mé- 
tal : il frappe de telle forte fur ce Tambour avec un mar- 
teau fourchu ,& fait d'un os, que cesanneauxfe remuent. 
11 chante en même tems d une voix fort difiinâe une 
charifon que les Lapons apellent Jouke j ôc tous ceux de 
leur Nation qui s'y trouvent prefens , tant les femmes 
que les hommes , y ajoutent chacun leurs chanfons ; 
aufquelles ils donnent le nom de Duvra ; les hommes 
prennent un ton plus haut , ôc les femmes un ton plus 
bas. Les paroles qu'ils profèrent font fi diftindles, qu. 
elles expriment le nom du lieu , dont ils défirent fça- 
voir quelque chofe. 

Apres avoir quelque tems frappé fur le Tambour , il 



nom. 



le met en quelque façon fur fa tête , & il tombe auffi- ^"a: 
toft par terre , comme s'il étoit endormi , ou tombé en ^'""Ciaudi 
quelque défaillance d'efprit j femblable à un homme 
mort, dont lame auroit abandonné le corps 5 parce qu'- 
on n y trouve plus ni mouvement, ni fentimcnt, ni pouls, 
m aucune autre marque de vie. Cela a donné occafion 
a quelques-uns de croire & d'affurer , que lame de cet 
homme fortoit efFedivement de fon corps , ôc qu étant 
conduite par le Démon , elle alloit aux païs éloignez , 
dont on vouloit fçavoir des nouvelles , ôc qu a fon re- 
tour elle aportoit quelques fignes , pour preuves qu elle 
avoit fait le voiage. Mais cette créance eft une rêve- 
rie ridicule. Cet homme demeure donc tombé par ter- 
re en cet état , parce que le mauvais Génie a eu affez de 
îorce , pour en empefcher tellement les fondions ordi- ^IZf'^ 
naires , qu il femble ou endormi ou comme tombé en 
jyncope. 11 fouffre pendant ce tems-là de telle forte que 

Oij 



Simael 



le M. s; 
fans noM. 



los Histoire 

la Tueur lui fore fouvenc du vifàge , & de toutes les au- 
tres parties du corps. Voici la pofture où il fe trouve 
après fa cheute. 

Tous les hommes & tou- 
tes les femmes, qui font 
1^ prefèns à cette adion , 
N (ont obligez de chanter 
co toujours leurs chanfons, 
6c de continuer jufqu'à 
ce que celui qui a batu 
le Tambour foit revenu 
de fon fommcil : pour 
lui rafraîchir la mémoire 
de ce qu il defire obte- 
nir ou fçavoir: ôc de peur 
qu'il n'oublie l'affaire 
pour laquelle on l'envoie. 
Que s'ils defiftent de 
chanter , cet homme 
meurt & n'en revient ja- 
mais; ce même malheur 
lui arrive , fi quelqu'un 
de la compagnie effaie 
de le réveiller en le tou- 
chant de la main ou du 
pied , tandis qu'il eft en 
cet état : Et c'eft peut- 
être pour la même raifon 
que les afliftans ont gran 
foin de chaffer d'autour 
de lui toutes les mou- 
ches, ôc toute autre for,. 




DE LA L AP ON lE. 109 
te de bêtes & qu'ils ne fouifrent pas qu'on le couclie 
en taçon quelconque. Peucerus dic qu'il ell neceffaire 
quil y au toujours là quelqu'un pour garder ce corps 
lans amej que fi on l'abandonne fans le garder, le Dia- 
ble l'emporte incontinent, ce qui n'eft pas vrai , mais 
Il arrive eulemcnt , fi quelque animal le touche , qu'il . 
ne réveille jamais. ^ ° 

Toutes ces cérémonies aiant été ainfi en affez peu de 
tems obfervees , le Lapon qui a battu le Tambour fe 
«éveille, femble avoir recouvré la vie & les efprits, & 
11 commence dés lors à répondre à ceux qui linterro- 
gent a raporter tout ce qu'il a apris par le moien de fon 
Tambour, & à déclarer quel eft l'état des cliofes, & la face 
des affaires dans les pais les plus éloignez. Peucerus écrit 
quiI fc réveille au bout de ving. quatre heures ; mais il 
n y a point de tems alTuré , car cela arrive quelquefois 
& quelque-fois plus tard, félon que le chemin 
quil lui a fallu faire , étoic ou plus long ou pte court 
Ces vingt-quatre heures font feulement le plus long ef- 
pace de tems , qui lui foit neceffaire , pour apprendre 
ce que l'on defire, & pour répondre aux demandes qu'- 
on lui fait fur les nouvelles des pais fituez dans la plus °' 
grande diftance , quand même elle feroit de quelques 
centaines de lieues. Enfin pour ofler toute forte de dou- 
te de la venté des chofes qu'il raconte 5 il aporte du pais 
la marque qu'on lui avoit demandée , comme un cou- 
teau , un foulier , un anneau , ou quelque autre chofe 
que celui qui le paie reconnoîc ; pour confirmation de 
ce qu h dit , & pour preuve qu'il s'efl bien acquité de 
Ion ambaffade. Voila Je premier ufage de leur Tam- 
bour , & le principal & le plus gran fervice qu'ils en re- 
tirent ^ 



no Histoire 

Le fécond ufage de leur Tambour arrive , quand ils 
défirent fçavoir 1 événement des affaires j fi leur chafTe 
fera heureufe-, fice qu'ils ont entrepris aura tout le fuc- 
cez qu'ils fouhairent. Car ils croient pouvoir appren- 
dre toutes ces chofes à la faveur du Tambour , fur le- 
quel ils appliquent les anneaux , à lendroit où l'Image 
du Soleil eft de^^lnée , puis ils frappent dcifus chantant 
en même tems une chanfon. Que ii le paquet d an- 
neaux (e remue, & va de la gauche à la droite , imitant 
le cours du Soleil ^ ils en tirent un augure que tout ira 
bien, qu'ils feront heureux , que la peribnne malade re- 
couvrera la fanté j que leur maifon s'augmentera 3 que 
leur famille deviendera puiffante par un gran nombre 
d'enfans, & tres-riche par la multiplication de leurs trou- 
peaux. Que s*il va au contraire de la droite à la gauche, 
contre le cours du Soleil, ils en predifcnt des adverfitez, 
des maladies , ôc toute forte de malheurs. La raifon de 
cette conjedure eft afTez claire. Car ils croient que le 
Soleil eft l'Auteur de l'augmentation de toutes chofes i 
ainfi quand les anneaux , qui font la fondion des mar- 
ques , fuivent fon cours , ils femblent prefager des ac- 
croiffemens qui leur cauferont bien de la joie , puis qu'ils 
fuivent les veftiges de l'Aftre , qui eft la fource de ce 
qu'il y a de plus rejouiffant. 

Ils fe fervent de cette manière de deviner dans toutes 
leurs affaires , qui font un peu de confequencc , com- 
me quand il faut entreprendre quelque voiage , aller à 
lachafTe , changer de demeure , ou faire quelque autre 
chofe femblable. 

Quand ils fe fervent du Tambour pour aprcndre quel 
ordre ils doivent garder à la chafTci ils s'appliquent par- 
ticulièrement à reconnoître de quel coté l'anneau fe tour. 



DE LA La PO NIE. iri 
ne 5 va vers l'Orient ou vers l'Occident , vers le Mi- 
di ou vers le Septentrion , ou vers quelqu'une des lignes 

ie lorte de bere ,1 fe repofe. Le devin & le chaffeur ti- 
rent de- la leurmlbudlion, pour voir de quel côté ils doi- 
vent aller ce jour, la, & aucls animaux ou quels poilTons . 
quels oifeaux ou quelles têtes fauvages ils doivent pour- 
luivre , s ils veulent que leur chaflè foit heurcufe 

Letroifiémeufage du Tambour, regarde les maladies. 
tt II y en a de deux fortes ; car fi- tort qu'ils fe voient 
accablez d'une maladie, ils en recherchent premièrement 
la caufe i ainC celui qui frappe fur le Tambour connoît 
Il c le cil arrivée par quelque caufe naturelle , ou par 
quelque fort Ils y appliquent le remède, tâchant de de- 
viner par quel genre de facrifice quelqu'un de leurs Dieux 
s apaiiera , & particulièrement quelque Stoorjunkare 
ans le bon plaifir duquel ils ne croient pas que le ma- 
ade puiffe recouvrer la lamé. Il faut en fuite que le ma- 
iade promette d'olFriràun certain Stoorjunkare pofé fur 
un rocher , quelque animal pourvi<aime, comme un 
Rerine, ou un Taureau , ou un Bouc, ou un Bélier ou 
quelque autre chofc , ce qui ne fe fait pas au choix du 
malade , mais par l'ordre exprès , & le commandement 
de celui quiabatu le Tambour, qui montre ce qu'ilfaut 
taire & on le doit promptement exécuter ; parce que 
c elt lui qui devine avec fon Tambour , celui des Dieux 
qu on doitapaifcrparle facrifice, quelle vidime on doit 
choil.r car elles ne leur font pas toutes indifféremment 
agréables ; & la même ne leur plaît pas toûjours en tout 
tems , & en toute occafion ; c eft ce qui donne à cet 
homme Je droit de commander , & il faut que le mala- 
de le loumette a ce qu'il ordonne. 



Samue! 
Rhecn. 



SatMMel 



Ut Histoire 

Voici la méthode qu ils obfcrvcnt ordinairement en 
Rhccn. ^gjfe rencontre. Le malade doit premièrement donner 
à celui qui bat le Tambour , un anneau de laiton , & 
un autre d'argent, de les lui lier tous deux au bras droit, 
qui lui doivent après demeurer comme la recompenfe 
de fon travail $ ôc il les attache , après qu'il a fait , au 
pacquet des autres anneaux, dont il s'eft auparavant fer- 
vi toutes les fois qu'il a batu le Tambour. Il frappe aufli- 
tort deffus , ajoûtant une petite chanfon fokmnelle , Se 
tous les hommes ôc toutes les femmes qui fe trouvent pre- 
fens chantent pareillement la leur, ceux^à dune voix plus 
haute ôc forte, ôc celles- ci d'une voix plus foible & plus 
baffe. Cet homme reconnoît enfin , par le mouvement 
par la fituation ôc par larreft des anneaux fur la peau de 
fon Tambour , les chofcs dont nous venons de parler. 
Ce font là les ufages ôc les fervices les plus ordinaires du 
Tambour. 

Il en refte encore un lors qu'ils s'en fervent pour fai- 
lh«a! re leurs fortileges , ôc pour caufer aux autres la perte de 
la fanté ou de la vie. Cet ufage nVft pas fort commun 
ni.frequenc parmi eux , dont la plu- part font perfuadez 
quil ny a que celui-là feul parmi eux de deffendu , parce 
qu'il ne fert qu à faire du mal , ^ que tous les autres 
ufages font permis , puis qu'ils ne font aucun domma- 
ge 3 ôc ils feroient maris d'être mis au nombre de ceux 
qui ne fe fervent du Tambour que pour nuire. 

Et quoi qu'ils n'aient pas tous receu cet ufage, il s en 
trouve toute-fois quelques-uns qui ne s'en fervent que 
trop fouvent. Jehan Tornaeus remarque qu en Tannée 
MDGLXXi. un tres-gran nombre de Lapons de Kimi 
furent trouvez faifis de ces Tambours, fi grans ôc fi lar- 
ges , qu'on fut contraint de les brûler fur le lieu , parce 

que 



„^ Î>E L A L A P o N I e; ui 

que loti ne pouvoic les emporter. Il ajoûte en Cuicc 
J exemple d un de ces Lapons âgé de quatre- vinfrts ans 
qui confelToK ingénument avoir en fa jcunefTe apris là 
Magie de fon pere. Et qu en l'année m. dc. lxx. pour 
une feule paire de manches, il avoir par (es enchantc- 
mens , fait neier un Païfan de Kimi , dans une cheutc 
deau. Il lut condamne à la mort ; mais comme on le 
conduifoit de la taponie en la plus prochaine ville de 
Bothnie, enehainc& aflis fur fon traîneau, quoi qu'il fut 
en parfaite fanté & fort vigoureux , il fe fit lui-même en 
un inftant mourir par fes iortileges ; félon ce qu'il avoir 
prédit , qu'il mouroit plutôt que de paffer par la main 
du Boureau. 

Les Auteurs qui ont parlé des autres ufages du Tarn- 
bour, ne difent rien, ni des cérémonies, ni des paroles ni 
des poftures, ni des fignes dont les Lapons fe fervent'en 
celm-ci. Je crois que ce Peuple tien t toutes ces chofes 
extrêmement cachées , & qu'il n'efl pas poflible de s'en 
inlormer, m de les apprendre fans être fortement fou p- 
çonne de Magie , & paflèr pour impie. 

Nous avons allez parlé des particularitez du Tambour 
des Lapes: paffonsaux tours d'adreffe, qui fe pratiqucnz 
parmi eux par de certains inftrumens. Le premier qui fe 
prclente , eft un cordon avec quelques nœuds, dont ils 
le fervent pour faire lever les vents fur la Mer ; qui eft 
une des chofes qu'ils ont retenues des fuperftitions delà 
gentihte. Ils vendent en quelque façon les vents, & les 
oftrent aux Marchands qui font retenus fur leurs côtes 
par la tempefte , & par des vents contraires. Aiant en- 
tre eux convenu du prix, & l'afant touché, ils leur don, 
nent en échange unecouroie nouée de trois nœuds ma- 
giques : avec cette condition que fï-toft qu'ils ont ds'^ 



114 Histoire 

noué le premier noeud , un vent favorable sVleve très 
doux & tres-agreable 5 qu'après avoir dénoué le fécond 
nœud, le venc devient plus fort -, & aufTi-toft qu'ils ont 
dénoué le troifiéme , ils fouffrent des tempeftesfiimpe- 
tueufes qu'il ne leur eft pas pofTible de voir au delà de 
la proiie , pour s'empefcher de brifer contre les éciieils; 
qu'ils ne peuvent fe tenir fur le tillac pour amener les 
voiles j ni demeurer à la pouppc , pour y emploier tou^ 
tes leurs forces , afin de conduire le gouvernail. Olaus 
Magnus écrit tout cela des Finlandois , que Zieglerus 
attribue aux Lapons , ôc dont Samuel Rheen & Jehan 
Torn^us, Ecrivains fort recens, ne difent rien du tout: 
il femble même que les Lapons ne puilTent exécuter cela, 
étant fuuez au milieu des terres , Se n aprochant jamais 
de la Mer. . 

C'eft pourquoi tout ce qui regarde cet art de taire 
lever les vens fur la Mer, apartient plus aux Finlapes de 
la Norvège , dont chacun a plus d autrorité , & comme 
un plein pouvoir fur le vent qui regnoir au moment de 
fa naiffance ^ celui-ci (ur ce vent , & cet autre fur celui- 
là-, en telle forte qu il femble que cette vertu diabolique 
ait quelque liaifon avec leur nativité , & qu elle en ait 
emprunté toute fa force. Us gardent les mêmes mefu- 
res que nous venons de remarquer , fi celui qui achepte 
le vent, défait le premier nœud de la cprdelete , ou du 
ruban noué, il reçoit un vent dune force médiocre-, fi- 
tort qu il a défait le fécond noeud, le vent devient plus 
violent, mais il ne l'emporte pas contre fa volonté ^ que 
s'il vient à délier le troifiéme , la violence va jufqu'au 
naufrage , & à la perte du vaiffeau &c des hommes. 

Je viens à la troifiéme chofe,qui confifte en de petits 
dards magiques, faits de plomb, fort cours, n aiant que 



DE LA La PON I E. lïS 
a longueur d'un doigr. Ils lancent ces dards vers les lieux 
les plus éloignez contre les ennemis, dont ils veulent le 
vangcr. Ils leur envoient par ce fortiiege des maladies 
fi dangereufes , & des douleurs fi cuifantes, qu'ils meu- 
rent dans 1 efpace de trois jours, ne pouvant fuporter k 
violence de la douleur que leur caufe un cancer, qui k 
forme auffi-tol}, ou à la cuifTe , ou au bras de ce mal- 
heureux Je crains fort que Zieglerus , qui raporte ces 
çiioies, & Olaus Magnus qui les a alTurément puifées de 
lui , ne le foient extrêmement trompez , & que la def- 
cription de ces flèches de plomb , qu'ils ont donne' de 
bonne foi , ne foit très fauffe. Car il ne fe trouve per- 
ionne qui en ait la moindre connoiffance ; il n'y en a 
rien, n. dans le livre de Samuel Kheen, ni dans tous les 
autres Auteurs : On n'en a même jamais entendu par- 
ier par le bruit commun , qui ne manque pas de rapor- 
tcr ces fortes de chofes : Et puis quelle neceffité y avoit- 
il que ces flèches fufRnt de plomb ? Je crois pour moy 
que le mot de Skcn, dont les Lapons fe fervem aujour- 
d hui pour exprimer ce genre de fortiiege . a jetté Zie- 
glerus dans 1 erreur. Car le Peuple qui voit qu'un hom- 
me, ou un autre animal, qui avoit auparavant toutes les 
marques d'une parfaite fanté , & étoit très vigoureux 
tombe tout a coup tellement abattu de maladie , qu'il 
perd les forces , & que fouvent même il meure fifr le 
cmmp. le Peuple dis-je attribue cela à la Magie, & don- 
ne le nom de Skon, c'eft à dire dard, au fortige, dont 
Il troit que cet homme a été frappé. Et parce que Zie- 
glerus avoit entendu parler de ce Skon, il en a pris fu- 
jet de s imaginer des dards magiques , & de croire qu'. 

etoient de plomb ; mais cela eft inconnu à nos Auteurs, 
& ils croient que.ce fortiiege fefait parun autre artifice. 



ii6 Histoire 

Pierre Claudiapelle ce que le magicien laifle aller, 
& il du qu'il reffemble à une mouche , que c' elt le Dé- 
mon , & qu'entre les Finnons de Norvège, les plus ha- 
biles en ccc art gardent plufieurs de ct% gans , ,&c<\\xv\s 
en envoient tous les jours quelques-uns. Il raporteun 
notable exemple de ceci arrive de fon tems à un hom- 
me qui vivoit encore dans rHelieland-, aiam un jour en- 
trepns d'dler à la chafTe des Ours, furies montagnes de 
Norvège , & étant arrivé par hazard à une caverne tous 
un rocher , il y trouva une figure grofficrement faite , 
qui étoit l ldole de quelque tinnon. La bourle magi- 
que de ce Finnon , laquelle ils nomment GaneskA , c- 
toit toute droitecontre la figure, Vaiant ouverte il la trou- 
va pleine de mouches bleues, qui marchoient, &etoient 
Ifs gans de ce Finnon , c'eftàdire les efprits , donc il le 
fert pour fes maléfices , & qu'il envoie tous les jours 
Cet Auteur donne affez à connoître que par ce gan , il 
n'entend point autre chofe que ce qui eft emploie par 
les Finnons pour faire perdre aux autres la fante & la vie, 
puis qu'il ajoute incontinent, que le Finnon ne peut 
vivre en paix , s'il n'envoie tous les jours un c elt a 
dire une mouche ou un Démon , qu'il fait lortir de ta 
Ganeske ou Ganhiid , c'eft à dire de fa bourfe de cmr, 
où il les garde. Que s'il n'y a point d'homnie en par- 
ticulier, à qui il veuille nuire , il envoie alors fon ganluv 
les vents , pour les faire agir de toutes leurs forces , iur 
les hommes , ou fur les troupeaux , ou fur les bêtes lau- 
vâges , & faire tout le mal qui leur eft poflible. Il en- 
voie quelque-fois [on gan fur les montagnes voihnes, ou 
il fend par fon moiendes rochers d'une prodigieufegran- 
deur. l e Magicien lance d'ordinaire Ion gan pour des 
caules fort légères contre les hommes , qu'il faitpenr. 



D E L A L A P O N I £. xir 
Ûn voie par ces paroles, que ce gan fait beaucoup de 
<lommagc aux hommes & aux troupeaux , & que c'eft à 
ce deflTcin qu'on l'envoie , afin qu'on ne doute nulle- 
ment , que c'eft la même chofe que ce que Zieglerus 
apelle un dard , puis qu'il parle de le lancer comme on 
fait un dard , & que le mot de Skma exprime parmi 
ces Peuples cette adion. 

Voila le troifiémc chef'de leur Arc magique , qu'ils 
exercent non feulement contre les autres hommes, mais 
encore les uns contre les autres , & même contre ceux 
qui font aulh fçavans qu'eux en cet art. Cet Auteur en 
raporte un exemple arrivé de fon tcms. Un certain Fin- 
non, pour être extrcmemcnt habile en Arc magique é- 
toit nommé Asbiœrn Gankonge , un autre voulant le 
perdre , a caufe d'un demeflé qu'ils avoient eu enfemble 
l<!ns pouvoir exécuter fon deflein , parce que Asbiœrn fc 
trouvoit toil jours le plus fort ; un jour Asbiœrn s'en- 
dormit fous un rocher , fon ennemi profitant d'une fi 
belle occafion , envoia fon gan , qui mit le rocher en 
pièces , & écrafa celui-là qui s'étoit endormi dcffous. 

Ils pouffent encore l'afFairejufqu à ce point, que d'en- 
voier leur gan , & chaflfer avec empire celui qu'un au- 
tre Magicien avoir envoie. Il s'y rencontre une chofe 
qui mente bien d'être remarquée , c'eft qu'ils tiennent 
communément , que le Magicien ne peut avec fon gan, 
nuire a un homme qu'il ne fkhe auparavant le nom du' 
pere, dont ils veulent perdre le fîls. 

Au refte on dit que les autres Lapons font avec la 
Ijre , tout ce que les Finnons ou Finlapes de Norveec 
font avec le gan. Cette 7>r. n'eft autre chofe qu'une 
boule ronde , de la groffeur d'une noix , ou d'une peti- 
te pomme , faite du plus tendre duvet d'un mufc , ou 



ns Histoire 

de quelqu autre animal , collé & lié enfemble , polie & 
égale pat tout , & fi légère , quelle femble être creufej 
elle eft d une couleur mêlée de jaune , de verd, & de 
gris , qui tire toute- fois un peu plus fur le jaune. Celle 
donc M. Otthon Silveftroem m'a gratifié, Ôc que je con- 
ferve dans mon Cabinet eft ainfi. Et parce qu elle n a 
jamais paru , & que fort peu de perfonncs l'ont veiie -, 
j*en mets ici la figure. 

Huitième Figure, 

S F. r, 118. 




On affure que les Lapons vendent cette Tjn; qu'elle 
eft animée par un artifice particulier, & quelle a du mou- 
vement, en telle forte que celui qui l'a acheptée la peut 
envoier fur qui il lui plaît. Ils ont au^^l coutume de s'i- 
maginer , & ils tâchent de le perfuader aux autres , qu'- 
ils ont le pouvoir d'envoier avec cette Tyrt , tout ce 
qu ils voudront , comme des ferpens , des crapaux , des 
fouris , & d'autres femblables animaux , avec lefquels 
ils tourmentent cruellement celui à qui le mal eft en- 



voie 



Us difent auffi que cette Tyre va comme un tourbillon ; 
ou comme une flèche: Que s'il fe rencontre en fon che- 
min quelque chofe d'animé, cette chofe reçoit le mal qui 
étoit préparé pour l'autre, & qu'ainfi il arrive fouyent, 
que la Tyr^ manque celui auquel on l'avoit envoiée , & 
Qu'elle afflige l'innocent. 



DE LA LAPONIE. 



1Ï9 



CHAPITRE XII. 
. 1>e U République des Lapons. 

I JArm I les Lapons les chofes civiles font d'ordinaire 
^ de deuxfortes ; les publiques & les particulières II 
faut premièrement parler des publiques, qui renferment 
1 ctabliffement de la focieté & du gouvernement fous 
lequel ces Peuples font à cette heure. Ils fembiênt a 
voir été en cet état aux premiers fiecles , & avant qu'on 
leur eut donné le nom de Lapons , lors qu'ils netoient 
allujetis a aucuns de leurs voi{ins,mais qu'ils mettoicnt 
eux mêmes ordre à leurs propres affaires , fous le com- 
mandement toute fois d'un Roi , qu'ils prennoient de 
Jeur Nation. 

Ils fe fervoient de cette forte de gouvernement du 
tems de Harauld Roy de Norvège furnommé Harfager- 
lors que Ernc le vidorieux commandoit parmi les Suédois' 
duquel le règne tombe dans le neuvième fiecle , après 
la Naiffance de Je sus. Christ. Ceci eft tres-conftant wcwi 
a tout le moins à l'égard des Lapofinns & Siœfinns ou' ïfe: 
l-inlandois maritimes , apellez à prefent Finlapes qui i'- 
demeurent prés delà Norvège le long des côtes de l'O- 
céan lefquels avoientunRoi nommé Motle, qui com- 
mandoit fouveraincmcnt fur toute cette Région • Et ce- 
la , avant & après le tems de Harauld HaWèr , qui 
foum.t toute la Norvège à fon Empire, ravagea toute k 
IJiarmie, fans toucher à ces Finlandois, qui demeurèrent 
comme auparavant fous la domination de leur propre 
Roi, Si dans leur première liberté 



izo Histoire 

Le nom de Lapons n étoit point encore connu en ce 
tems- là, & ces Peuples retenoientlenom qu'ils avoient 
receu de'leurs Ancêtres, & qui leur étoit commun avec 
ceux dont ils avoient tiré leur origine. Et ils n'ont pas 
vrai - femblablement eu une autre Forme de gouverne- 
ment, depuis qu'ils ont été apellcz Lapons, c'cft à dire, 
depuis que par de nouvelles Colonies , ils ont occupe 
les Régions fuuées au milieu des terres , & qui font de 
Faute coté des montagnes qui fcparent la Suéde de la 
Norvège. Car ceux qui ibrtoienc de leur pais & cher- 
choient de nouvelles demeures, eurent beioin d'un chef, 
ôc il eft très - difficile de croire, qu'après s'être rendus 
paifibles pofTeffeurs de ces terres, ils ne laient pas can- 
fideré comme leur Roi. Son Empire étant donc fi bien 
établi, il étoit en quelque façon impoffible que ces Peu- 
ples tombaffent fous une domination étrangère , en un 
tems où il ne trouvoit perfonne qui voulut déclarer la 
guerre à une nombreufe multitude de miferables fugi- 
tifs , retirez dans des pais deferts & dans des forêts au 
milieu des néges, avec un froid tres-defficile à furmon- 
rcrovTc ter. Les Mofchovites bien informez de l'état miferable 
de ces Lapons, perdirent la penféede les attaquer, dans 
la veuc que c euft été une folie dangereufe , &: qui au- 
roit été fuivie d'une perte alTurée , que d'entreprendre 
d'infulter un fi gran Peuple avec une poignée de gens ^ 
& qu au contraire il ne leur feroit ni utile ni glorieux de 
faire la guerre avec des troupes nombreufes à des gens 
ties-pauvres & dépourvûs de toutes chofes. Les Lapons 
font donc demeurez un tems fort confiderable dans leur 
liberté , ne dépendant d'aucune autre Nation voifine. 

Magnus furnommé Ladulaosaété le premier des Rois 
de Suéde qui a formé le (delfein de les domter 5 il vivoit 

environ 



DE LA Lapon TE. m 

environ Tan m. ce. lxxvh. Ce Roi ne fe voiant pas en biii« ic 
ccat d'afTujetir à la Couronne de Suéde les Lapons , qui frouvé"'!r* 
ne dependoient alors de perfonne , ojfFroic à celui qui i'AuIc^^nUns 
voudroicentreprendrerafFaire,& les pourroit fubjuguer, 
de lui en donner le gouvernement en propre. Il femble 
n'avoir pas voulu faire les dépenfes d'une jufte guerre , 
faiftnc principalement cette reflexion , quil les auroit 
falu pourfuivre comme des bêtes fauvages , & que ce. 
pendant il ne pouvoit foufFrir , qu'une Nation fi voifine, 
^ qui avoic établi fa demeure prelque au milieu de fes 
fujets refusât d obeïr à la Couronne de Suéde. 

Il exhorta donc les particuliers à voir comme quoi ils 
pourroient furmonter cette Nation , les y incitant par 
les offres d une tres-avantageufe recompence. L affaire 
eut tout le fuccez qu'il s etoit propofé : Car les Birkar- 
les leurs voifins l'entreprirent, atrirez par lefperance d'un 
gran gain , & ils en vinrent tres-heureufement àbout. 

L'adreffc qu'un de ces Birkarles fit paroître en cette 
occafion mente qu on s'en fouvienne. Bur^us qui la laifl 
fé par écrit , l'avoit apris dans les conférences , où s'é- 
toit trouvé un certain Orfèvre de Luhla nommé Erric , 
& fort homme d'honneur , qui affuroit l'avoir entendu 
de la bouche de Monfieur d'André Prêtre Ôc Curé de 
Pitha. 

Ce Birkarle alloit donc tout feul vers la Laponie , à 
dcffein de dreffer quelques embûches aux Lapons fur le 
chemin , par où ils dévoient retourner de Birkarla , en 
leurs maifons. Et il faut remarquer qu'en ce tems-là il 
n'y avoit aucune habitation , ôc que perfonne ne demeu- 
roic au Septentrion de ce païs-là, s étant couche au mi- 
heu du chemin , il fe fit tout couvrir de nége par fa fem- 
me, de telle forte que [es Lapons fuffent en retournanc 



izj HISTOIRE 
contrains de paiTer fur fon corps ainfi couvert. Ceux-ci 
étant arrivez là de nuit I un après l'autre , il obferva qu'- 
ils étoient au nombre de quinze ^ c étoient ceux qui a- 
voicnt toute l'authorité fur les autres Lapons. Aufli-toft 
qu'ils furent paffez , il fe leva promptement de deflbus 
le nége & les devança par de petits fentiers bien plus 
cours 5 de de cette manière il tua avec 1 epéc qu'il por- 
toit, ces hommes l'un après lautre , qui n*étoient nul- 
lement fur leurs gardes, & qui ne craignoient aucun en- 
nemi. Celui qui marchoit derrière ( comme il arrive or- 
dinairement à ceux qui font voiage dans un long défilé J 
ne pouvant rien apprendre du meurtre de celui qui étoit 
devant, parce que outre I'oWcurité de la nuit, ils étoient 
fort éloignez les uns des autres ^ jufqu a ce que le der- 
nier fut arrivé au même lieu, qui voiant les corps morts 
de fes camarades , refifta^ de toutes fes forces. Le com- 
bat fut fort rude, chacun deux combattant pour deften- 
dre fa vie -, jufqu a ce que le Birkarle aflifté de fa fem- 
me, aiant eu enfin le deffus, afla(rma ce dernier comme 
il avoir fait tous les autres. 

Les plus puilTans & les plus confiderables des Lapons 
aiant été enlevez de cette manière, les autres fe fourni- 
rent facilement > & fans refiibnce. Quelques Auteurs 
écrivent qu'ils furent en même tems trompez par les Bir- 
karles , qui étant incitez par le Roi Magnus de s'efFor- 
ifmémcbii- cer d'afTajctir les Lapons à la Couronne , les allèrent 
letdcBarçus^^Q^^^^,^ ^ amuferent par une treuve qu'ils firent a- 
vec eux pour un certain nombre de jours. Les Birkar- 
les cependant qui demeuroient en la ParoifTe de Birkar- 
la les furprirent , lors qu'ils y penfoient le moins , ils fe 
ruèrent fur eux , ôc après en avoir tué un gran nombre , 
ils fe rendirent les maîtres de tous les autres , qui te- 

0 



DE LA LAPOWIE 
noient le païs jufques aux Mers du Nord & de TOcci- 
denr. 

Puis qu'il eft fait ici mention d une treuve , il faut 
neceflàirement croire qu'avant qu ils euflcnt été dom- 
tez par les Birkarles, il y avoit eu quelques guerres en- 
tre ces Lapons Se les Suédois , pendant iefquellcs Ma- 
gnus Ladulaos Roi de Suéde n avoit pas pu fe les affu^etir. 
C'eft peut-être ce qui a donné fujet à Zieglerus de di- 
re que les Lapons étoient une Nation très- forte, qui a 
confervé fort long-tems-fa liberté, fcùtenant cependant 
les armes de la Norvège Ôc delaSuede, jufquice que ce!- 
le-ci leur réduite fous (on Empire. Quoi que je croie que 
la confervarion de la liberté des Lapons, que cet Auteur 
attribue à leur force, foit plûtoft venue du mépris quon 
faifoit d'eux : Comme nous le voions avoir été pratiqué 
par les Mofchovites de leur voifinage , qui ont toujours 
crû que les Lapons , à caufe de leur grande pauvreté, ne 
meriroient pas que l'on fit les frais d une jufte guerre ^ 
que l'on n'auroic entreprife que pour les domter. Nous 
devons pareillement croire que les Suédois en ont eu ces 
mêmes fentimens - ce qui fereconnoît en ce que ces La- 
pons ne furent depuis (urmontez que par la feule Pa- 
roiffe des Birkarles : Et fi le Roi Magnus ne les a pa& 
affujetis à la Couronne , ce n'eft pas quil fut abfolu- 
n^ent dans TimpuilTance de ^e faire , mais parce qu'il ne 
jugeoit pas à propos de faire les dépences neceffaires 
pour lever une armée nombreufe, qui ne feroit deftinée 
qu a les furraonter. 

Les Lapons furent donc vaincus par Padrefle d'un 
petit nombre de perfonnes particuliers , environ lan de 
Jesus-Chr isT M. ce. Lxxvii. Sc Contrains dobeïr 
aux Birkarles , ôc en fuite aux Rois de Suéde. Les Sue- 



124 HiSTÔîRE 
dois en effet ont ete les premiers qui les ont affujetis, & 
leurs voifins ont depuis luivi cet exemple 5 les Habitans 
de la Norvège sécant faifis dune partie de leur pais. Se 
les Mofchovites de l'autre. Ainfi il ell arrivé dans la 
(uicce des tems , que les Lapons qui font au milieu des 
terres , & parmi les montagnes , fe font vus contrains 
t^tf'^^"" dobeïr ôc de paier tribut aux Rois de Suéde, de Norve- 

Pierre Claudi « J n /T 

cnfadcfcnp ge & de Rutile. 

de UNerye- p^^^^. regarde les Suédois , il eft conftant qu1ls 

ont toujours eu depuis quelques fiecles , la moitié de 
tous les droits , tant aux chofes Ecclefiaftiques qu aux 
civiles, foie qu'ils concernent les tributs ou la punifTion 
des crimes , foit qu'ils touchent les hommes ou la pef- 
che , ôc la moitié de la jurididion fur les 1 apofinns ôc 
lesFinnons maritimes de tout le pais, qui eft depuis Ti- 
disfiorden jufqu'à Walanger , l'autre moitié apartenant 
aux Couronnes de Dannemark ôc de Norvège 5 comme 
on le peut voir par les ordres que le Roi Charles IX. 
donnaàfes AmbalTadeurs vers le Roi de Dannemark. 
Mais pour ce qui eft du pais depuis Malanger jufqu'à 
Waranger, les Suédois en ont toujours polTwdé un tiers, 
les Peuples de la Norvège s'en étant retenu un autre, &: 
les Mofchovites le rroifiéme, jufqu'à l'année m. d. xcv. 
que par un autre traifté public les Suédois acquirent des 
Molchovites ce dernier tiers. Us ont du refte toûiours 
été les feuls maîtres du païs , des montagnes ôc des au. 
très Régions voifines, qu'ils poffedent encore à prefenr, 
ôc ils y exercent la juftice fur tous les Habitans pendant 
l'efpace d'eviron quatre cent ans , depuis le tems de 
Magnus Ladulaos. 

ta forme du gouverncmenty a été dés le commen- 
cement obfervée , àces conditions , félon la parole don- 



DE LA L AP ONTE. tzs 
née par le Roi Magnus, tous les Lapons qui demeu- 
roienc fur les côtes du golphc de Bothnie fcroienc, avec 
la pefche des Saumons , en la pleine puiflance des Bir- i 
taries , qui pourroient leur impofer des Tributs , au- 
roient la liberté de trafiquer avec eux, ôc en redreroient 
tous les profits. Que pour reconnoiffance de la fouve- 
rainc authorité du Roi , les mêmes Birkarlcs feroient 
tous les ans tenus de lui faire un pr^fent d'un certain 
nombre le peaux d'Ecureiiils gris. Et c'eft cela même 
que Olaus Magnus écrit des Lapons, qu*ils ont des Pre- i 
lidens , qu'ils les élifent à leur volonté ôc par la voix 
commune de tout le Peuple, qu ils nomment Berchara , 
c'eft à dire les hommes de la montagne • qu'ils leur por- 
tent beaucoup de refpeca, & leur donnent pîufieurs bel- 
les peaux & toutes fortes de PoifTons ; tant pour paier le 
tribut qu'ils doivent au Roi , que par le motif d'une 
pure libéralité. Il donne aux Birkarles la qualité de Pre- 
fîdens de la Laponic , ôc ils n'en avoient point d'autres 
en ce tems-là , qui les gouvernaflTent au nom du Roi. 
C'eft pour cette raifon que Zieglerus dit que ce Prefî^ 
dent etoit apellé Roi, mais que le Roi de Suéde lui don- 
noit rauthorité& le pouvoir de commander aux Lapons; 
qu'il étoit aufli vécu de rouge , pour marque de fa di' 
gnité roiale. 

Ce vêtement rouge prouve fortement qu'il n y en a- 
voit point d autre qui exerçât cet office de Prcfident, 
que celui qui d'entre les Birkarles , qui avoit plus d au- 
thorité -, car Olaus Magnus dit pofitivement , que fa 
robe rouge le faifoit reconnoître pour tel. Un des Bir- 
karles ( du tems de cet Auteur ) commandoit donc aux 
Lapons 5 &c peut-être que dés le commencement lors 
,^u'ils demeuroienc encore furies côtes du golphe de Bo^ 



n6 Histoire 

thnic, ils n'avoient qu'un feul Commandant ; mais de- 
puis qu'ils fe furent jcttez dans les pais les plus avancez, 
ôc que ces païs ont été divifez en Lapemarkes particu- 
lières , chacune de ces Provinces a eu ion Prefidenr. Je 
tire cette concluficn de ce que , dans les lettres du Roi 
Guftave premier, il eft parlé des Birkarlcs de Luhla , de 
Piihaôc deTorna, defquels Birkarles les Lapons de Pi- 
tha ont depuis eu leur Commandant ^ les Lapons de 
l uhia le leur , ôc les Lapons de Torna pareillement le 
leur , qu'ils ont apellé Roi , lequel portoit la robe rou- 
ge, comme la marque de fon authorité : ôc cela jufqu- 
au tems de Gullave premier -, & c'ell là vraifemblable- 
ment la caufe pour laquelle Zieglerus ne nommant qu'- 
un Prefident , Olaus parle comme de p^ufieurs, & qu'il 
ne dit pas le Prefident des Lapons , mais les Prefidens. 

Et fi ces deux Auteurs méritent quelque créance en 
cette rencontre j ces Prefidens étoient d'un commun 
confèntement élus par les Lapons pour les commander^ 
mais en forte toute-fois que le Roi de Suéde confirmoit 
celui qui éroit élu dans fà charge , ôc lui donnoit tout 
„ , pouvoir , à condition qu'il demeureroit foûmis à fa Ma- 

Zicgkrus. A-, \ . . .1^.1 ^ r r 

u biikiëc jcfte, ôc lui paieroit le tribut au nom de la Laponie. 

Quelqu un peut ici demander , qui croient ancienne- 
ment les Birkarles , & qui ils font encore à prefent ; Bur^us 
dit qu'ils étoient de la Paroiffe de Birkarla. Olaus Ma- 
^nus eft d'une opinion contraire ; car il les apelle Ber- 
*chdra, c eft à dire Alorjtagnards , du mot de Berg, qui fi- 
^nifîe une montagne , ôc Charar ou Karar , qui veut dire 
Hommes. Mais pourquoi leur donner ce nom , & de 
quelles montagnes doit-on Pentendre ? Ce n'eft pas des 
monrngnes de la Norvège, où il ne demeuroir pas un 
fcul Lapon en ce tems-là j Et outre ces montagnes ,^11 



DE LA La PONÎE. 127 
xie s en trouve point d autres qu'on puiffc dire qu'ils aient 
habitées. Ajoutez à cela que les Birknrles ont été des fu- 
jets du Roi de Suéde, ôc qu'ils ont toujours eu coûtu- 
nie d aller de la Suéde en Laponie. Enfin les adles pu- 
blics détruifent l'opinion d'Olaus ; car les Birkarles n'y 
font jamais apellez Bergekarli , mais Birkarleboa. 

^opinion la plus affiirée eft celle qui tient que c etoic 
la ParoifTe de Birkarla; car Olaus Pétri Niurenius la met 
au rang des ParoifTes de la Taraftie , & on la trouve à 
prefent marquée fur les cartes géographiques. Quant à 
ce que GuHave premier ne parle point dans fes lettres 
des Birkarles dune feule Paroiffe , mais de plufieurs, & 
qu il ne nomme pas ces ParoifTes Birkarla , mais Luhla, 
Pitha & Tornaj cela vient de ce que dans la fuitte quel' 
ques Birkarles nez dans la Taraftie, furent choifis ôc éta- 
blis dans ces villes de Luhla , Pitha ôc Torna , pour y 
commander aux Lapons, ôc trafiquer par même moyen 
avec eux. Et parce que le commerce avec les Lapons, 
netoit permis qu'aux Birkarles, Buraeus les nomme Mar- 
chands, ôc il remarque que les Habitans de la Bothnie, 
ôcfut tous les autres, ceux qu on apelle Birkarles, avoient 
foin d achepter en Efté , des Marchands qui venoienc 
par le golphede Bothnie fur leurs côtes, les denrées dont 
ils fçavoient que les Lapons avoient befoin , ôc les por- 
toient en Laponie durant l'Hiver, lorfque les Lacs Ôc les 
Fleuves étoient entièrement glacez. Vous voiez ici des 
Birkarles habirans, non d'une feule Paroiffe, mais enco- 
re de toute la Bothnie. Si nous n*aimons mieux nous 
perfuader quils ne demeuroient anciennement que dans 
la Paroiffe de Birkarla • quils ont depuis paffé dans les 
Régions plus avancées , ôc qu ils y ont confervé dans 
tous les pa:is Ôc toutes les villes les droits qu'ils avoient 



Histoire 

au commencement obtenu du Roi Magnus Ladulaos: 
Ces droits étoient , qu'eux feuls auroient toute l'au- 
torité fur les Lapons-, qu'aucun autre ne leveroit fur ce 
Peuple aucun tribut-, qu'il ne feroit permis qua eux feuls 
de trafiquer avec les Lapons ; ôc il eft certain qu'ils ont 
confèrvé ces droits fort long-tems. Déplus cela de- 
meura ainfi établi jnfques au tems de Guftave premier, 
duquel on voit encore le traitté avec les Birkarles , fait 
à Upfal le premier jour d'Avril de lan m. d. xxviiî. 
qui règle les devoirs qu'ils font tenus de rendre tous les 
ans à la Couronne , pour toutes les commoditez & les 
profits qu'ils tirent des Lapons : Car ces commoditez 
qui aparacnnent par un titre fpecial aux Birkarles , ne 
(ont autres que celles qui proviennent de ces droits par- 
ticuliers , dont ils ont fi long-tems joui depuis le règne 
de Magnus Ladulaos. 

Ces droits ont été tellement établis , qu*ils ont pafle 
des pères à leurs enfans , & qu aucun n en pouvoit jouir 
qu il ne fut Birkarle de naiffance ^ ce qui fe peut voir 
dans les lettres du même Roi Guftave , qui portent po- 
fitivement que les Ancêtres des BirKarles ont eu des 
droits fur les Lapons , ôc que leurs enfans les ont receu 
d eux. Ce Roi leur confirme donc tous ces droits , auffi 
bien que le pouvoir de les laiffer à leurs enfans & à toute 
leur pofterité , avec ce feul changement , que fous le 
nom de tribut , ils donneroient une fois autant qu ils a- 
voienr anciennement coutume de paier. 

Voila quelétoit le pouvoir des BirKarles fur les Lapons, 
fous l'authorité toute-fois des Rois de Suéde ^ ce pou- 
voir étoit acquis par adreffc -, établi par la puilfance 
Roiale -, confervé dans la feule Nation des BirKarles , ôc 
iransferc durant prés de trois fiecles à leurs enfans, juf- 

quà 



DÉ LA LAPOKIË. iig 
qu a ce que le Roi Guftave premier 1 eut fupprîmé. La 
trop grande infolence de quelques-uns de ces Birkarles, 
leurs exccffives richefTes & loppreffion des plus pauvres 
d'entre eux furent les caufes de ce changement , parce 
qu'il ni avoit qu eux qui euflenc raucorué fur les La- 
pons, & qu'ils en redi oient tousièuls les profits ^ les plus 
puiflTans & les plus riches devinrent infuportables aux 
autres , ne donnant aux pauvres que des bagatelles, ôc 
fe refervant ce qu il y avoit de meilleur. Ces pauvres'ir- 
ritez d un fi injutte traitement , portèrent leurs plaintes 
devant ie Roy Guftave , ôc accuferent les riches. Ce 
Roi, fur les informations fît mettre en prifon Hinric de 
Laurentij , le condamna à de très grofTes amendes ôc 
receut lui-même depuis ce tems-là le tribut des Lapons* 
laiflant à toutes fortes de perfonnes la liberté de trafi^ 
quer avec eux. Cet Hinric de Laurentij ctoit au tems 
du Roi Guftave , le plus confiderable des Birkarles , ôc 
peut-être le frère de David Laurentij , qui avec NicoFas 
Jonx , étant tous deux députez par les Birxarles , trai. 
terent en leur nom l'an m. d. xxviii. avec le même 
Roi Guftave, du tribut des Lapons j par où Ion peut re- 
connoître , que ce règlement fut fait fort^peu de tems 
après par Guftave , ôc que les droits , dont les BirKarles 
avoient joui jufques alors , prirent fin prefque avec fon 
Empire. 

Cette privation de leurs droits ôc privilèges , dont ils 
avoient tres-mal ufé jufqu à l'oppreflîon des pauvres, ne 
fut pas feulement un ade de juftice, mais encore d'une 
grande prevoiancejfoit que l'on confidere la trop gran- 
de puiflance, qui avoit été accordée à un petit nombre 
de perfonnes fur une fi grande multitude de Peuple , ôc 
fur une partie du Roiaume fi étendue^ foit que l'on hÛè 

R "'■^ 



\ 



13^0^ Histoire 

reflexion fur les richeffes qui étoient bien plus neceiïai- 
res à un Roi, empefchéà repouffer bien loin au delà des 
frontières les ennemis de la patrie , &àécablir la liberté 
publique , qua un fort petit nombre de BirKarles très- 
foibles &c tres-méchans. 

Le gouvernement des BirKarles aîant donc pris fin de 
cette manière, le Roi Gullave premier envoia en Lapo- 
nie des gens , qui leveroient à l'avenir les tributs au 
nom du Roi , & y feroient toutes les autres affaires. Ces 
gens furent apellez par les Suédois Laffougder^ ôc parles 
Lapons Konunga Olmai, c'efl: à dire les gens du Roi. Ec 
il eft parlé d eux dans les lettres de Guftave premier ac- 
cordées à Monfieur Michel premier Prêtre Lapon fan 

M.D LIX. 

Il yaquelqueaparence que ces gens étoient au com- 
mencement feuls,quils avoient toutes les affaires publi- 
ques entre leurs mains , ôc que non feulement ils fai- 
foient la recepte générale de tous les tributs, mais quils 
rendoient encore la ju ftice aux Lapons. Charles IX. 
aiant depuis partagé toute la Laponie en certaines por- 
tions , ôc après qu'il y eut mis les affaires en meilleur 
état , il donna des Ajoints à ces Prefeds , dont les uns 
prenoient la connoiffance des caufes , les autres ajour- 
noient les criminels , ôc les derniers y exerçoient toutes 
les autres fondions. Cela dura jufqu à ce que la Repu- 
blique des LapoiTs eut pris la face que l'on y voit à pre- 
fent , où , après le Roi , chaque Province a fon Juge, 
qui eil un des Sénateurs, apellé par les Suédois Lagman, 
ôc fon Lieutenant Vnderlagman , un Interprète des Loix 
LagUfaren , ôc quelques autres qui entendent les caufes, 
& donnent les fentences. Ils ont encore un Prefîdent de 
Province Lmd/^hœfdin^h , avec les Prefcdts de Laponie 



DE L A L A PO N ïE: Îji 

Lapafou^ten.ôc leurs Officiers Land:?iman, qui expédient 
les autres affaires font fubir aux criminels les peines auf- 
quelles ils ont été condamnez , reçoivent les tributs , 
maintiennent le repos public , ôc ont le foin de toutes 
les autres affaires de cette nature. Voila 1 état prefenc 
des affaires publiques parmi les Lapons 5 & 1 ordre ôc la 
manière , dont ils font aujourd'hui eouvernez par les 
Suédois. ^ 



CHAPITRE XIII. 

Be la Juftice farmi les Lafons> 
des Tributs. 

IL y a deux principales chofcs parmi les Lapons , l'une 
qui regarde la Juftice , & l'autre les Tributs. Te trou- 
ye fort peu de chofe de la Juflice , dont il femble que 
leurs Rois ont été les Maîtres, & qu'ils l'exerçoient , lors 
que cette nation joniffoit encore de fa liberté, mais de- 
puis que les BirKarles leur ont commandé fous le titre 
de Prefidens , ils ont toujours été fournis à leur gouver- 
nement. Zicglerus ne reconnoît aucun Juge parmi les 
Lapons , & il dit feulement qu'ils venoient en Suéde 
pour y terminer leurs diferens fur le droit douteux • je 
croîs qu'il veut parler des affaires & des procez de la 
dernière importance , que les BirKarles n'ofoient ou ne 
pouvoient juger. Quoi que ces fortes d'affaires fuffent 
ires-rares parmi les Lapons , parce qu'on n'y entend 
pomt parler de larcins , de vols , d'aflaffinats , d'adulte- 



131 Histoire 

res ni d'autres femblables crimes : Ces cxcez étant les 
caufcs les plus ordinaires des procez , dont les parquets 
ôc les tribunaux retentiflent chez toutes les autres Na- 
tions. Il n y a que le feul vice de l'impiété magique 
commun parmi ce Peuple -, quoi qu'il y ait de tout tems 
été expreftement defFendu 3c tres-lèveremenc puny j car 
gnus livre, j . depuis quiîs ont receuy le Baptefme, perfonne n'a ofé (è 
chapitre 16. ç^^^'^^ ouvertement de cet arc , ni Icnfeigner à d'autres, 
à caufe de la rigueur des Loix , ôc qu il y alloic de la vie. 

Mais fi toft que Guftavc premier eue éloigné les Bir- 
karles du gouvernement, ôc qu'il eue donné aux Lapons 
des Prefeds parciculiers , on régla avec plus de foin ôc 
plus d'ordre les informations , les procez ôc les autres 
chofes de Juftice. Charles IX. prit lui-même la peine 
de faire apprendre à ces Prefeds les Loix de la Suéde , 
ôc les obligea d'accommoder , autant qu'il feroic pofTi- 
ble, leur manière de vivre aux Ordonnances de ces Loix. 
Cela fe voit par Tinftrudion que ce Roi donna à un cer- 
tain Laurent de Laurentij , dattée de Stokholm le dixiè- 
me jour d'Odobre M. DC. x. par laquelle il l'établit dans 
cette veuë Prefed des Laponies d'Qhma, de Pitha ôc de 
Luhla, 

ichinTor- Lcs Lapous onc aujourd'hui trois Tribunaux , donc 
"'^'* le premier eft pour la Laponie d'Anundfioe ou d'Aonger- 
manne, le fécond pour les Laponies d'Uhma, de Ficha, 
ôc de Luhla , le troifiéme pour celles de Torna ôc de Kie- 
mi. Il y a trois Prefeds, un pour chacun de ces Tribu- 
naux, devant lefquels toutes les affaires vont, ôc ils font 
obhgez de rendre la juftice à tous leurs Peuples , au nom 
de la Couronne , & en la prefence du Juge ôc du Prêtre, 
Remarquez ici cette circonftance , que les Prêtres font 
ajoints aux Préfets, afin que rauchoritc de Prctî^s obli- 



D E L A L A P O H î E. 
ge les Prcfeds à ne pas négliger les affaires publiques. 
^ Je ne trouve point dans l'Hilloire en quel faifon de 
l'année on rendoit ces jugemens, je me perfuade cepen- 
dant que cela arrivoit aux tems que l'on tenoù les foi- 
res publiques pour le trafic des Marchandifes , ou ils 
safTembloient en gran nombre , afin de terminer tou- 
tes fortes dafFaires. On avojt coutume de faire deux 
fois tous les ans ces afTemblées , par l'Ordonnance de 
Charles I X. lune l'Hiver , ôc lautre l'Efté. 11 y a pre- 
fentement ( comme autre- fois ) certaines foires en cha- 
que Lapmarke, pendant lefquelles on tient des affifes , 
où le Prefed rend jufticc au nom de la Couronne, 
les mois de Janvier de de Février font marquez pour cec 
effet. 

Je viens aux Tributs, qui au commencement etoienc 
des peaux de bêtes fauvages , paiez plus par les Birkar- 
les que par les Lapons, non pas tant pour le profit que 
la Couronne en pût recevoir , que pour fervir de mar- 
que de lobeiffance des Birkarles à la Suéde, de laquelle 
ils tenoient leur autorite fur les Lapons. Le billet de 
Bura^us porte feulement Naogra timher graoskm: Graoskin 
fîgnifie des peaux grifes d'Ecureiiils , qui font tous de 
cette couleur en W\\Qï:Timher, marque que le nombre 
de ces peaux ctoit de quarante , chaque timber , qui eft 
une liaÂTe, étant compofée de quarante peaux attachées 
cnfemble avec une ficelle. Ce billet n'exprime pas le 
nombre de ces paquets , que les Birkarles étoient obli- 
gez de fournir pour le tribut. Le traité que Guftave L 
fit avec eux , ne fait mention que de huit paquets, c eft 
à dire, trois cens foixantes peaux d'Ecureiiils & de deux 
peaux de Martres, que les Birkarles de Luhla & de Pi- 
îl^ê ?Y?Î^5? î^e tout tems paie à la Couronne ; & d'un 

R iij 



Î34 Histoire 

pareil tribut, que les Birkarlcs de Torna avoîeht coûtu"^ 
me de luy paier , pour les droits que les uns & les au- 
tres avoient fur les Lapons. C'eft le tribut dont parle 
Zieglerus, pour lequel les Lapons donnoient des peaux 
prccieufes de bêtes iàuvages: Car peu de tems après qu il 
a écrit, ôc fous Guftave premier on n'y a aporté au- 
cun changement , finon que le tribut a été augmenté 
de moitié , comme le même traité le porte en ces ter- 
mes. Les Birkarles de Luhia 5c de Pitha fourniront tous 
les ans à comter d'aujourd'hui , feize paquets ( qu'ils a- 
pellent timber ) de peaux d'Ecureiiils , de quatre peaux 
de Martres, &les Birkarles de Torna en donneront au- 
tant pour leur cotte part -, en telle force que la fomme 
totale fera de trente-deux paquets de peaux d'Ecureiiils, 
& de huit peaux de Martres. Ce traité fut ratifié en 151g, 
qui fut donc la même année en laquelle le tribut , que 
les Birkarles paioienc tous les ans fut augmenté au dou- 
ble. 

Mais après que les Birkarles eurent été privez de leurs 
droits , le Roi ordonna que fes Prefeds leveroient les 
tributs fur les Lapons mêmes j & il y a bien de l*aparen- 
ce qu'il y fut pour lors aporté quelque changement: Et 
parce que dans la fuite du tems , les Lapons fujets de la 
Couronne de Suéde n'avoient plus de règlement certain 
de leurs tributs, fur lequel ils en puffent arrêter le paie- 
ment, ne fçachant plus en quelles efpeces, ni en quelle 
quantité chacun d'eux les devoit paier 5 L affaire fut por- 
tée à ce point en Tan m. dc. il quau lieu de peaux ils 
donneroient dorénavant pour tribut le dixième de leurs 
Rennes , & dix livres pour cent pefantdetoutle poiflon 
fec. Cela fe voit dans les ordres du Roi Charles , donnez à 
fes Prefe£ts de la Laponie ^ Olaus Burman , & Hindric 



DE L A L A PO NIE 135 
Bcnegtzon dattez de Stokliolm le vingt- deux du mois 
de Juin de la même année. Il y a donc quelque aparen- 
ce que Qcpuis le tcms de Guftave premier, les Rois cxi~ 
geoient des Lapons pour tribut, tantoft des peaux, tan- 
toft autres choies , félon qu'ils avoient befoin pour leur 
ulage. Ces changemens fi frequens avoient rendu !c 
paiement du tribut plus fâcheux & plus difficile, & four- 
ni aux Préfets un beau prétexte d'avancer leurs affaires 
particulières , fous couleur de l'incereft public , tenant 
toujours les Lapons dans l'incertitude & dans l'ignoran- 
ce de ce qu'ils dévoient ou ne dévoient pas paier. 

Ce règlement de l'an m. dc. ii.ne fut pas long-tems 
€n vigueur, peut- être parce qu'il fembloit trop rude, ou 
que I on ne pouvoit pas le continuer fans faire un tort 
notable a tous les Lapons, par une tres-confiderable di 
mmucion de leurs troupeaux. Cette confideration fie 
que quatre ans après en l'an m. dc. vi. on ordonna que 
chaque Lapon naturel , fi.toll qu'il auroic dix-fept ans 
leroïc tenu de donner deux Rennes malles ou crois fe' 
melles, eu huit livres du gran poid de poifTon fcc; que 
de plus on prendroit le dixième Fan des Rennes dornef. 
tiques , & le dixième tonneau de la pefche du poifTon. 
Cette Ordonnance ne fut pas feulement pour les Lapons' 
mais encore pour tous les Birkarles , qui vicndroienc 
aux affemblèes & aux foires des Lapons , & qui y trafi- 
queroient en quelque manière que ce fût ; lefquels fe- 
roient obligez de donner par forme de tribut à la Cou- 
ronne , la dixième de toutes les peaux qu'ils mettcroient 
en vente , & la dixième livre du poiffon qu'ils apporte- 
roienc vendre; que fi quelqu'un d'eux avoir des Rennes 
il leroit pareillement obligé d'en donner le dixième : car 
on fie un commandement exprez à tous les Prefeds d'y 



Samnel 
Rheca, 

Jehan 
Tocnzus. 



136 Histoire 

tenir la main : Cette Ordonnance fut à la vérité plus 
long- tems gardée , ôc renouvellée par le même Roi Char ^ 
leslanM.DCX. 

Les tributs des Lapons confiftent à prefent en trois 
chofes, en efpeces de monnoie , en Rennes Ôc en peaux, 
ou faites pour certains ufages , ou qui ne font pas enco- 
re mifes en œuvre. Ces tributs fe paient à proportion ôc 
(don la quantité des territoires , qui font tenus par les 
Lapons. Les meilleurs & les plus étendus de ces terri- 
toires font apellez , territoires d'un entier, ou d'un jufte 
tribut, les autres plus lleriles & plus petits font nommez 
territoires d'un demi tribut, ôc ainfi des autres à propor- 
tion. Celui donc qui a un territoire d un tribut entier, 
doit paier tous les ans à la Couronne deux Richedales 
en eipece , ce qu'ils apellent Skattadahler , celui d autre 
côté qui n'a pas tant de terres, & ne tient qu'un héritage 
de demi tribut , ne paie qu^une Richedale par an. 

Mais parce qu'il arrive fort fouvent que plufieurs d en- 
tre eux n'ont point de Richedales, ils donnent des peaux 
ou des poifTons. Les peaux font d'ordinaire de Renards 
ou d'Ecureuils : Cinquante peaux d'Ecureuils font efti- 
mées une Richedale ^ ôc une peau de Renard avec une 
paire de fouliers à la mode des Lapons , vault la même 
chofe. Les poiffons doivent être fecs , defquels deux li- 
vres du gran poid paffent pour vne Richedale. Mais il 
faut ajouter à cette grande livre cinq autres livres com- 
munes par deffus la coûtume ordinaire , parce qu'il s'en 
trouve autant de déchet , avant que les poiffons foienc 
entièrement deffechez. Ils nomment cette forte de livre 
ou mefure avec ce qui lui a été ajouté Skattpund, c'eft à di- 
re , la livre ou le poids , qui fe paie ordinairement pour 
le tribut, 

Us 



DE LA LÀP ONIE? I3jr 
lis donnent auffi la difme de leurs Rennes ; chaque 
Renne étant mis au prix de deux Thalers d'argent : ce 
tribut fe levé fur chaque païs & non fùr les familles par- 
ticuheres , félon le nombre de Rennes que chaque païs 
dt par 1 Ordonnance obligé de donner: Ce qui eft fpe- 
cifie du prix de chaque Renne a été fait à ce deffein 
que s ils aiment mieux paier en argent qu'en bétail, cela 
ieur loit libre, & qu'on ne puifTe rien exiaer davantac-e 
deux. 0,0 

La troifiéme chofe que les Lapons paient à la Cou- 
ronne, eft la difme des peaux. Chaque chef de famille 
étant tenu de donner ou une peau de Renard blanc, oa 
deux paires de fouliers du païs , ou au cas qu'il ne puiffe 
fournir ces chofes, une demi livre du gran poid de Bro- 
chets fecs. 

^ Voila les tributs que ces Peuples paient tous les ans 
a la Couronne, donc une partie eft emploiée à l'entre- 
tien des Prêtres qui demeurent en ce païs, & qui inftrui- 
lent les Lapons. Mais parce que toutes cas chofes doi- 
vent être conduites & portées par de très -longs trajets 
de mer & de terre , jufques au lieu où elles font jugées 
neceffaires pour le bien de la Couronne; il a été ordon- 
né que chaque Lapon ajoûteroit à ce qu'il donne pour 
tribut ordinaire , une paire de fouliers du païs ; ce qu ils 
apellent Haxapalcka , c'eftà dire le prix du tranfport. 

Du refte les Prefeds des Lapons, qui au nom de l'Ef- 
tat font la recepte de ces tributs, font nommer en lan- 
gue Suedoife Ldfefougdar , & ils furent établis pour la 
première fois par Guftave I. après que les Birkarles 
curent été retirez de cet emploi, comme nous avons dit. 
II eft parlé ailleurs de cet office , outre que les lettres de 
Guftave IX. tant celles qui ont été données en l'année 



Î3g HISTOIRE 
M. DC.ii. en faveur d'Olaus Burman & d'Hindric BengS 
fou , que celles qui ont été expédiées pour Laurent de 
Laurentij en Tan m. dc. x. dans lefquelles il lui eft en- 
joint de lever les tributs fur les Lapons en chaque Lap- 
marke , de la même manière que le Roi l'avoit ordon- 
né par fon Edit de Tan 1606. 

Les Lapons fujets du Roi de Suéde ne paient qu a 
Sâi? ce tribut, mais ils n ont pas encore par ce feul paie- 

ment acquité tous les devoirs aufqucls ils font tenus j 
car quelques-uns d entre eux font obligez d'en paier à 
deux Seigneurs , ôc d'autres à trois , qui font le P^oi de 
Suéde , le Roi de Darnnemark , & le gran Duc de MoC- 
chovie. Ce n eft pas qu ils reconnoiffent ces trois Prin- 
ces pour leurs légitimes Souverains , ni qu'ils veuillent 
par là fe mettre (bus leur domination j mais feulement 
parce qu'ils retirent de grandes commoditez de quelques 
terres, qui apartiennent à ces autres Seigneurs, comme 
la permilTion d'y chaffer 6c d'y faire la pefche. Toutes 
les ParoifTes de Torna, qui font au delà des montagnes 
font de ce nombre ; lefquelle^ à caufe qu'on leur per- 
met en Efté de mener leurs troupeaux du haut des mon- 
tagnes , où la chaleur eft alors trop grande 5 dans le bas 
des vallées & fur le bord de la Mer , pour leur y faire 
prendre quelque forte de rafraîchiffement , qu'à cette 
occafion on (ouffre qu'ils y pefchent en même tems, 
elles ont coutume, pour la reconnoiffance de cette fa- 
veur , de paier un tribut au Roi de Dannemark , à qui 
ces terres apartiennent j mais ce tribut ne paffe jamais 
la moitié de ce qu elles paient au Roi de Suéde. Les Pa- 
roiifes fituces au delà des montagnes , obligées de paier 
ce tribut font , Koutokeine, Ajovara, Teno, & Urzio- 
cki. Les Lapons de Kiemi, qui demeurent enlaParoiffç 



DE LA L A PbK r E. ïjg 
d'Enare font de même : Et parce qu'ils vont à la cha/Tc 
&quils pefchent dans les curicoires qui apanienncnt 
en partie au Roi de Dannemark, & en d'autfes qui fom 
en partie au gran Duc de Mofchovie ; ils paient pour 
cette raifon tribut, la moitié au Roi de Dannemark' &c 
le quart au Duc de Mofchovie, de la valeur de ce qu'ils 
donnent d ordinaire au Roi de Suéde leur Souverain 

La recepte du tribut fe fkifoit anciennement toutes '^"^«w 
les tois qu il plaifoit au Prefed ; mais elle fut depuis af- 
fignee en Hiver , à certains jours & en de certains lieux 
ou 1 s s affembloient en forme d'Hordes ; chaque Lap- 
markc aiant fon lieu particulier deftiné pout cette af- 



' Ki"7 x^/' , ^" 7^" ^'''"g^ i"'^"'^ ce qu'on eut 
établi des Marchez & des Foires celeLs pour vendîe 
publiquement les denrées : car il fut alors ordonné que 
les Lapons paieroient les tributs au même tems & aux 
mêmes heux ou fe tiennent les Foires ; que le Préfet 
s y tranlporteroit pour les recevoir au nom du Roi Ce 

dire de ces Foires, fera connoître en quel tems precifé. 
ment on paioit les tributs. 



mm 



s ij 



140 



Histoire 



CHAPITRE XIV. 

foires qui fe tiennent ^asfmi 

les Lapons^ * 

LE commerce que les Lapons ont avec les Nations 
voifines tient un rang confiderable entre leurs affai- 
res publiques-, on ne fçait pas bien au vrai de quelle manie- 
i;e ils l'exerçoient anciennement: Paul ]ove affure, que 
ceux qui avoient des Marchandifcs à vendre , les expo- 
{oient en quelque lieu public , fe retiroient inconti- 
nent ; que les Lapons venoient , qu après avoir fait 
uncjufte eftimation de toutes cliofes, ilsemportoient ce 
qui leur plaifoit le plus , & laiflbient en échange des 
peaux très- blanches^ que Ton nomme Armelines. Que 
cette forte de commerce fe faifoit fans que les Mar- 
chands ni les achepteurs fe parlalTent -, ceux-ci fuiant 
Fentreveuedes autres, & faifant de bonne foi ces échan- 
ges avec des perfonnes abfentes & inconnues. Il en re- 
jette la caufè fur ce que cette Nation eft fauvage , au 
delà de ce qui s'en peut croire , extrêmement foupçon- 
neufe , & prend la fuite fi-toft qu'elle voit la trace de 
quelque Etranger , ou quelle aperçoit de loin quelque 
vaiffeau fur Mer. 

Mais Zieglerus rejette cette opinion, & dit qu a la vé- 
rité les Lapons trafiquent avec les autres Peuples tant en 
échange, qu'en argent, par de fimples fignes d un con- 
fentement tacite 6c mutuel , fans fe parler j que cela 



DE LA LAPOKIE. I4r 
toute-fois ne vient pas de ce qu'ils manquent d'cfprit 
m de ce qu'ils font timides ou mal- polis ; mais de c ' 
quils ont un langage particulier & entièrement incon- 
nu a leurs voilins. 

Herbeftenius fuit ce fcntiment , & fait cette remar- 
que, que les Laponsne pouvant dans les échanges qu'ils 
faifoient parler Je langage des autres Nations , qu'ils 
n entendoient pas , les Etrangers fe font imaginez qu'ils 
«oient muets. ' ° ^ 

Il eft conftant que le commerce des Lapons s'eser-- 
çoit leulement parfignes, & que ce n'étoient ni devrais 
achats , m des vraies ventes , mais une efpecc déchan- 
ge. Damicn & Olaus l'affurent , & celui-ci dit que cela 
le taiioitfans argent: ces paroles me portent! croire 
que Zieglerus a peut-être écrit fans argent, aa lieu de ces 
mots en argent, comme porte l'édition que j'ai entre 
les mains. ' 

l'f "/"f Pû dans les premiers fiecles trafiquer que 
par le feul échange , parce qu'il n'y avoir aucun ufage 
de pièces de monnoie, ni parmi eux ni parmi leurs voi- 
lins. Il eft facile de reconnoître cela par la Suéde , où 
Il n y avoit point anciennement d'argent marqué ou 
celui qui s'y trouvoit y c'toit aporté des prochaines Illes 
d Angleterre & d'Ecoffe ; parce que les Suédois ne fca- 
voient pas l'art de battre la monnoie. On fe doit donc 
encore moins éronner , de ce qu'il ne fe trouvoit point 
d argent monnoiéchez les Lapons, que même dans les 
Iiecles luivans , & depuis qu'ils ont été réduits fous la 
puilfance des Birkarles , l'ufege de la monnoie na pû 
être introduit parmi eux; car les Birkarles s'étant tou- 
jours relerve ( comme un droit particulier ) le pouvoir 
de trafiquer avec les Lapons , ils ne leur donnoient pas 

S iij 



14Î Histoire 

de l'argent , mais leur ofFroient feulement en échange 

des chofes qu'ils fçavoient leur être plus neceflaires ÔC 
ichanTor- plus à Icur ufage. Enfin les Lapons ne connoifTenc en- 
core à prefent aucune monnoie que les Richedales & 
demi Richedales , & ils n'en reçoivent point d'autres en 
paiement , ne faifant aucun état des autres monnoies , 
tant d'or ôc d'argent que de cuivre. La connoiflance de 
la monnoie ne peut donc pas être ancienne chez les La- 
pons , puifque les Richedales font une monnoie fore 
nouvelle , qui n a eu de cours , que depuis que les mi^ 
nés de la valée de Joachim ont été découvertes. Ils ne 
font pas même plus d'état de ces pièces , que fi on leur 
offroit de l'argent en malTe d'un femblable poid,les efti- 
samuei nianc chacune deux onces d'argent ; en forte que chez 
eux une Richedale ôc deux onces d'argent font la mê- 
me chofe. Cela me fait croire que les Lapons ne con- 
noiffoient pas même les P^ichedales anciennement , ôc 
qu'ils n'en ont jamais receu pour le prix de leurs Mar- 
chandifes , jufqu'à ce qu'ils fe foient vus contraints d'en 
paier une par tête pour leur tribut , lequel nous avons 
remarqué n'avoir été ainfi établi que depuis peu de 
tems. 

Cette reflexion fait que je ne puis bien comprendre 
ce que Damien Goës veut dire : les Lapons n'amapent 
que par t échange leurs pronjipons de l'argent monnoie. Car 
quel échange y a-t'il où Ton troque de l'argent > Et a 
quel deffein les Lapons amafferoicnt-ils des richeffes en 
argent , dont ils ne fe fervoient point entre eux, ni dans 
le commerce avec leurs voffins? Ne faudroit-il point lire 
dans cet Auteur : i/i namaffent que leurs promfons , &*non 
pas de l argent : En forte que cç fcroit ici le (ens de ces 
paroles, <juc les Lapons ne fc font jamais mis en pcin§ 



. , ,DE L A L A PONIE 14, 
dacquenr de 1 argent monnoié, mais feulement da- 
^o.r des proviens , & tout ce qui eft necefTairc pour 
leur nourruure Quoi que ce qu il dit pofit.vement des 
provifions & de 1 aliment ne loit pas véritable. Mais • 
lans qu ,1 fou befoin de nous cmbaraflTer de lopinion de , 
cet Auteur , n eft conftant que les Lapons ne trafi- 
quoient anciennement que par échange, donnant leurs 
Marchandifes pour d'autres Marchandifes. Cette coutu- 
me le pratique encore parmi eux, & Ibn y voit tres- 
rarement faire les paiemens en argent monnoié , fi ce 
n eft que ce qui fe vend foit très- rare & fi cher , que l'on 
ne puilTe le paier autrement: En un mot les La?ons ne 
demandent de 1 argent pour le prix de leurs Marchan- 
difes, qu autant qu'il leur en faut pour paier le tribur 
^ Le commerce fe fait àprefent chez eux , non plus par 
figncs comme aiitre- fois , mais par le difcours, paî-ce 
qu il s en trouve plufieurs, qui fçavent la langue de leurs 
voilins, ou quelques fois par Interprètes , dont ils ont 
parmi eux un tres-gran nombre. 

Ceux qui trafiquent avec les Lapons font ordinaire- 
ment leurs voifins , d'un côté les Suédois & les Norvé- 
giens & de l'autre côté les Finnons & les Ruffiens ou 
Mokhovites. Le commerce n'a jamais été autrement 
li ce n'eft au tems qu'ils étoient fous la puilTance des 
Jirkarles , qui n epargnôient rien pour fe confcrver le 

vec'LÎ "^^^ ' P^"icuherement a- 

vec ceux qui etoient les plus proches de la Suéde & en 
exclure autant qu'il leur feroit pollible , les autres Na- 
tions. Cela paroît par le pldn pouvoir que le Roi Ma- 
gnus Ladulaos donna aux Birkarles fur les Lapons le 
droit de commerce avec eux faifant la principale partie 
de ce pouvoir; lequel droit fpecial ces Birkarles ont fort 



î44 Histoire 

loncT.tems Confervé de pere en fils par quelque forte 
d'héritage, comme Guftave L le raporte. Charles IX^ 
touche quelque chofe de ceci dans les lettres de l'an m. 
DC. II. par lefquelles il ofte à l'avenir la permifTion aux 
Birkarles d'aller en la Laponie trafiquer de peaux ôc au- 
tres chofes, comme ils avoient toujours fait jufques alors^ 
Les Birkarles donc , avant cette année étoient ou les 
feuls ou les principaux qui exerçoient le commerce avec 
les Lapons , ils portoient leurs Marchandifes par toute 
la Laponie, ils en enlevoient particulièrement toutes les 
peaux dont ils faifoient en fuite bien de l'argent. Voi- 
la l'effet de l'empire des Birkarles fur les Lapons avant 
le règne de Guftave I. 

Ce Roi ne pût pas entièrement reprimer leur artifice, 
car quoi qu'ils euffent été privez par lui de toute l'auto- 
rité qu'ils avoient eue fur les Lapons , ils ne laifToient 
pas de trafiquer encore avec eux , ôc avec d'autant plus 
de fuccez, qu'ils connoiffoient mieux qu'aucun autre l'é- 
tat 6c la qualité du païs, & les mœurs de les coutumes de 
cette Nation : Jufqua ce que Charles IX. par fon Edit 
de l'an m. dc. i i. les eut pour toûjours privez de ce pou- 
voir, aufli bien que de la permiflion d'aller courir par 
toute la Laponie, & qu'il fe fut retenu pour laCouron- 
îie l'achat de toutes les peaux, que les Lapons auroient 
i vendre 5 taxant par même moien leur prix aulTi bien 
que des Marchandifes , que les Lapons prendroient à 
leur choix en échange. La même Ordonnance a ete 
réitérée en l'an m. d c. x. à laquelle on a feulement a- 
jouté un règlement touchant les Elans qui feroient pris 
en Laponie , fçavoir que la chair de la bête apartien- 
droient à celui qui l'auroit prife , ôc que la peau feroïc 
mife au fifc , & refervée au Roi 6c à la Couronne. 

Les 



DE LA Lapon lE. 145 

Les Lapons ont 'aprefent bien plus de liberté de tra 
fiquer avec lesaucres Nations ; ceux qui demeurent prés iT"' 
des montagnes qui feparent la Norvège de la Suéde 
trafiqijent avec les Norvégiens & les Suédois; ceux qui 
lont plus éloignez de ces montagnes n'ont de commet 
ce quavec les Suédois; ceux enfin qui font plus vers le 
Nord & vers l'Orient , trafiquent avec les Ruffiens & 
avec les Finnons. 

Les Marchandifes que les Lapons échangent font des 
Rennes & des PoifTons , qu'ils prennent en fi grande ^''s'""'- 
quantité , qu'ils en rempliflTent des refervoirs & en met- 
tent dans des bariques , qu'ils portent aux Provinces 
voifines, qui font la Nortlibothnie & la Ruffie blanche- 
ils trafiquent auffi de peaux très- blanches qu'ils apelient J-e: 
des Armelines , ôc d'autres peaux , de Rennes de Re 
nards noirs de roux, de bleus, & de blancs ; de Lou- '"L.. 
1res ; de Jïrfïs ou Goulus ; de Martres 5 de Caltors • d'E 
cureiiils ; de Loups, & d'Ours ; de Robes du païs • de 
Bottes; de Souliers; de Gands ; de Brochets defTechez- 
& de Fromages de laid de Rennes, ' 

Voila les denrées que les Lapons changent avec de 
1 argent , des Richedales , des EtofFes de laine , de là 
Toile, du Cuivre, du Laiton; du Sel , de la Farine, des 
Peaux de bœuf , des Aiguilles , des Couteaux , de l'ef- 
prit de vjn , & (" ce qui eft plus étonnant ) avec du Ta- 
bac , qu'ils aiment palîionnément. 

Le Roi Charles , comme nous avons vu , a réglé îe 
prix de routes ces chofes , fur lequel tous les échanges 
avec la Couronne fe font. Ce règlement eft encore en 
vigueur parmi eux ; & ils ne contraient avec perfon- 
ne que fur le pied d'un certain prix commun , tant de 
leurs propresMarchandifes,que de celles des autres, ils 

T 



146 Histoire 

le prennent fur le raport à une Riche dale , 

onces d'argent, qui paflentchez eux pour la même cho: 

fe que cette pièce de monnoie. 

Ainfi un Renne commun ôc ordinaire efl: prife par 
les Lapons deux PJchedales ou quatre onces d'argent ^ 
la peau d'un Renne fauvage une Richedale ôc demie ou 
trois onces d'argent ^ la peau a un Renne domeftique , 
s il eft mafle , une Richedale , s'il eft châtré trois quars 
de Richedale-, fi c'eft la peau d'un Renne femelle, une 
demi Richedale 3 la peau d'un Renard commun , une 
Richedale -, quarante peaux d'Ecureuils gris , dont ils 
apellent le paquet un Timber, une Richedale 5 une peau 
de Martre , le même prix dune Richedale j trois peaux 
blanches de Renard, une Richedale -, une peau d'Ours 
deux Richedales -, la peau d'un Loup le même prix ^ une 
Robe du païs , qu'ils nomment Mudd commune , trois 
Eichedales ^ une* paire de Bottes à la mode du païs, une 
demi Richedale : c'eft auffi le prix de quatre paires de 
fouliers , ou de manches, comme aulTi de la grande livre 
de Brochets fechez. 

D'autre part, entre les Marchandifes qu'on leur apor- 
te , ils eftiment une Richedale ou deux onces d'argent 
l'aulne d'écofe ordinaire de laine , comme celle de Sile^ 
fie , ou celle qu'ils ont coutume d'apeller de Tanger- 
mynden. Ils prifent autant trois livres de cuivre, une 
tonne de farine, deux Richedales & demie ou cinq on- 
ces d'argent ; deux livres de feh une demi Richedale; 
dix aulnes de la moindre etofe, que les Païfans font, ^ 
qui fe nomme ordinairement VFMmar , une Richeda- 
le ; le pot d'efprit de vin une demi Richedale. Samuel 
Rheen a tres-exadement fpecifié tous ces prix. Que fi 
quelque chofe à vendre eft de plus bas prix, on Teftimc 



DE LA La PO nie: 

lut le pied de la valeur des peaux d'Ecureuils gris de 
deux, ou de trois , ou de plus en montanj toûjours'juf 
qucs au nombre de dix , lequel nombre de dix peaux 
cil apeile par les Lapons ^m^ , & il vaut un quart de 
Ricliedale. ^ 

Voila les chofes que les Lapons échangent avec les 
Suédois, Ils portent aux Peuples de la Norvège deS' 
couvertures faites de peaux de Rennes , ou les peaux 
toutes fimples , des Rennes en vie , des froma/es de 
laid de Rennes , & des plumes d'oifeaux. Ils leur por- 
tent encore des vajfleaux de cuivre & de laiton , qu'ils 
acheptent auparavant des Suédois , & des moindres é- 
lofes faites par les Païfans de Suéde. Ils prennent en 
change des Taureaux & des Vaches , ils tirent le laidl 
en Elte , ils les mangent en Hiver. Ils prennent en é- 
change des Chèvres & des Brebis , dont les peaux leur 
fervent à faire des couvertures , & ils reçoivent pour 
des peaux de Renards noirs & de Loutres , diverfes for- 
tes de couvertures de laine, des étofes de laine, des toi- 
ies, même des plus fines, du chanvre, de la farine , du 
pain, des ferremens venus des païs étrangers, & les au- 
tres uftenfiles de Païfans. Ils acheptent auffi deux des 
poiflons , qu ils vendent après aux Suédois de la Bothnie 
comme des harans , de la merluë feche , ou Tosfifchel 
de la raye & autres femblables. Ils ont fur tout un foin 
particulier de tirer de la Norvège les animaux qu'ils ont 
xeiolu de facrifier en Automne à leurs Dieux, 

Je ne fçais par bien s'ils avoient anciennement de* 
Jieux aflurez & déterminez , & des jours affiircz pour 
taire leur commerce. Olaus Magnusdit à la vérité qu'il» 
safTcmbloient tous les ans , ou dans une plaine campa- 
gne , ou fur les glaces fortes des étangs , pour y traitcf 



Î4S Histoire 

de leurs affaires , & y tenir quelque forte de Poires, où 
ils faifoienc voir à tout le monde , ce qu'ils avoient par 
leur induftrie recouvré ou chez eux ou d'ailleurs j mais 
cet Auteur ne détermine pas ni le lieu ni le tems. 

Le Roi Charles I X. qui par Ton Edit publié l'an léot,' 
deffend aux Birkarles d'aller déformais courir en tout 
temsindifferemme^it par toute laLaponie ; veut cepen- 
dant qu on établiffe dans chaque Lapmarkedeux Foires, 
lune en Hiver ôc l'autre en Efté , félon qu 1 fera jugé 
être plus commode. Il ordonne aux Prefedls des Lapons 
de déterminer les lieux propres pour y tenir ces Foires, 
& daffigner le tems ôc les jours les plus commodes, auf- 
quels fe pourront aifembler les Lapons , les Birkarles , 
les Mofchovites , & tous les autres qui y voudront 
venir. Il règle le tems de la durée de chaque Foire, 
fçavoir de deux ou de trois femaines , pendant lefquel- 
les ils pourront faire leur Négoce comme il leur plaira, 
& il donne ordre aux mêmes Prefeds d'y faire , autant 
qu'ils pourront, bâtir des boutiques. 

11 paroît qu avant cet Edit on n avoit rien obfervé 
de toutes ces chofes en la Laponie , puifque ce Roi les 
ordonne comme nouvelles qu'il a inventées, & que les 
ordres qu'il en donne aux Prefeds font pour l'avenir, 
leur laiffant la liberté de fixer les lieux &c les tems. An- 
dré Bur^eus dit que les Lapons s affembloient en forme 
d'Hordes pendant l'Hiver , en de certains Heux , & en 
de certains jours pour paier le tribut , ôc que les Mar- 
chands Birkarles expofoient là leurs Marchandifes 5 mais 
il ne nomme ni ces lieux ni ce tems , &.il y a aparence 
que ces Foires ne fe font pas tenues avec tout le fuccez 
qu'on s etoit propofc dés le commencement. 

La Reine Chriftine yaaporté les derniers foins, par 



DE L A L A P O K r E. 149 
Ion Edit de l'an m. dc. xl. établiiTant deux célèbres Foi- 
res tous les ans en la Laponie, une à Arfuvificrf le vinor 
cinquième jour de Janvier Féte de faint Paul , l'autre à 
Arieplog le fécond jour dc Février, à la Fête de la Puri- 
hcation de la Vierge , durant trois jours entiers , pen- 
dant Idqucls il ell permis aux Habitans de Pitha & à 
toute la multitude des Lapons de s'y tranfporçer Se de 
trafiquer, & entreux , par le même Edit , l'ouverture 
de ces Foires fe devoit faire fans faute l'année fuivante 
M.^Dc. XLi. Ces Foires ont donc depuis cetems-Ià été' 
toujours tenues avec plus d'affiduité , puis qu'elles fe 
tiennent encore à prefent en la Lapmarke de Luhla à 
la Fête de la Converfion de faint Paul , & en la Lap- """" 
marke de Pitha, de Torna , & de Kimi à la Fête de la 
Purihcation, qui font toutes deux établies par la Reine 
Chnftine; la troifiéme en la Lapmarke d'Uma à la Fê- 
te de 'Epiphanie , & il eft vrai-femblable que celle-ci 
a ete plus exadement tenuë depuis le tems du Roi Char- 
les , que les deux autres , étant dans une Lapmarke 
plus proche de la Suéde. 

Les Lapons des montagnes vont deux fois l'année 
trahquer en Norvège, od il y a deux Foires fort célè- 
bres , une en Elié environ la Fête de faint Jehan qu'ils 
nomment la Foire d'Hanfm^fTa ; l'autre en Automne 
vers les Fêtes de faint Simon & faint Jude & de la Touf 
laint. Voila les tems aufquels les Lapons exercent leur 
commerce. 

Ils ufoient anciennement dans leur négoce d'une très- f^-Ho^'e: 
grande fidélité, mais l'expérience les a rendus fins & a- ^' 
droits ; mais depuis que les Etrangers leur ont manqué 
de parole , qu'ils ont agi avec eux de mauvaife foi , & 
qmls les ont trompez , la crainte de l'être encore, leur 

Tiij 



O'aus Ma- 
gnus. 

DauicnGocs 



Samuel 
Rhsca. 



Histoire 

a appris à tromper les autres , ôc ils font venus Çi] fout^^ 
bes & fi fubcils , qu'à moins que de fçavoir toutes leurs 
finefles , on ne peut pas éviter d y être attrapé* 



CHAPITRE XV, 

De lalangie , dn d't [cours 
des Lapons > 



L 



A langue naturelle des Lapons de ce tems eft fore 
^ différente des langues de tous leurs voifins v il ell 
^j^pos d'examiner quelle elle eft prefentement. On 
2 -gi ni8. die que c'eft une langue toute particulière , & inconnue 
DaraicnGocs g^^^ Etrangers , qu elle eft rude & barbare. Les Ecri- 
vains de ce tems affeurent qu elle tient beaucoup des 
Jehan Tor- langucs dc Icuts voifins , & que pour cela elle eft nom- 
mée Laponique , c eft à dire ramaffée de plufieurs lan- 
Samuel gues. Us apportent pour cette preuve plufieurs mots 
de la langue des Finnons , & de la Suedoife , comme 
StoHr, en Suédois Stoor, Salug.cn Suédois Saligh; quel- 
ques mots même ktins , comme Porcus , Oricus.ôc d'au- 
tres femblables. Quoi qu'ils croient que cette langue 
ait pris bien des mots des autres langues voifines , ils 
jchaaTor- avoucnt toutcfois qu'elle a un gran nombre de phrafes, 
de manières de parler , ôc d'expreffions toutes fingu- 
lieres, qui ne fe trouvent point dans les autres langues. 
Samuel D'autres Auteurs croient que la langue des Lapons a 
pris fon origine de la langue des finnons & avouent 



I^E L A L APONIE 
que ces deux langues ont une tres-grande alliance en- 
tre-eJlcs & tant de raport, que Imtelli^ence de l'une ^r'^'"' r 
fournit de merveilleufes facilitez pour la connoiflance r-'^-M.i! 
de I autre comme on le peut éprouver par lexperien. n^S^tu 
ce. Que la langue des Finnons , telle qu on la parle dans 
les terres éloignées de la Mer, naiant rien de commun 
avec la langue des Suédois , ni avec celle des Mofcho- , 
vices , eft cependant naturelle ôc propre aux Lapons les ^^^TTït 
plus avancez vers le Septentrion. Je tiens cette opinion 
pour la plus véritable , 6c afin que perfonne ne la croie 
douteufe : Voici une lifte afTez confiderable de noms , 
qui font cous les jours en ufage parmi les Lapons , ^ 
qui font peu difFerens de ceux de Finnonie. 



Dieu, 

le Feu, 

le Jour, 

la Nuit, 

une Rivière; 

un Lac, 

de la Glace, 

une Montagne, 

une Foreft^ 

rOeil, 

le Nez, 

le Bras , 

la Main, 

le Pied, 

du Fromage, • 

des Bottes, 



En la langue 
des Lapons. 
Itihmalonimmel, 

ij. 

laur ^ 
lenga, 
VV arra^ 

Silmae , 
Niuna, 
Ketavverth , 



En la langue 
des Finnons. 
lumala , 

Yœ, ^ 
de même, 

lie a, 
VV uorij 

demême,, 
Kofi:, 
S /tarais 



152 



H 



un Soulier, 

la Cabane ou Hutte, 

une Flèche , 

la Guerre, 

le Roi, 

le Pere, 

la Mere, 

le Frère, 

l'Epoufe , 

un Chien, 

une Martre, 

un Ecureiiil, 

un Oifeau, 

un Poiffon , 

un Saumon , 

un Pin fauva^e arbre^ 



I S T O T RE 
En la langue 
des Lapons. 
Kamath , 
Kaote, 
Niaola , 

KonnagaSy 

VF die, 
Morfwvi , 
Piednax ^ 

Orre y 
Lodo y 

Lofa y 



En la langue 
des Finnons 

Kamgen. 

Koto, 

Nuoli. 

Sota. 

Cuningas. 

Aja, 

Ama. 

VFeli. 

Morfan, 

Peimkd, 

Nœta. 

Lindîi. 
Cala. 
Lohi, 
Cuufi. 



Tous ces mots font manifeftement voir le raport dé 
la langue des Lapons avec celle des Finnons. Et par- 
ce que ce ne font pas les noms de quelques chofes e- 
trangeres & fort rares, mais des plus communes & na- 
turelles, & qui ont toujours été neceffairement en uia- 
ee chez ks Lapons. Cette reflexion me perfuade que 
leur langue ne leur eft pas particulière , & tout a tait 
différence de la langue des Fmnons ; mais qu elle en eit 
feulement comme un rejeton. Car fi les Lapons ( com- 
me lalTeurent quelques-uns ) ont une langue entière- 
ment différente des autres j Pourquoi n en ont-ils pas 
pris les mots pour exprimer ces chofes, dont ils le 1er. 
vent de tout tems , ôc depuis même qu'ils ont tait un 

corps 



BELA L APONIÉ: 153 
corps fcparé des autres Nations ? mais qu au cotitrairc 
ils ont à cet effet choifi des mots, que pcrfonne ne peut 
douter avoir été pris de la langue des Finnons. 

On ne trouve point qu aucun Peuple en ait ainfi ufé, 
que de le lervir des mots apellatifs d'une langue étran- 
gère , Ôc non pas plûtoll des mots de (a propre langue, 
quand il en a eu une, pour exprimer les choies naturel- 
les , & qui lui étoient plus communes ^ comme on le 
peut prouver par les langues des Alemans, des anciens 
Gaulois , des Efpagnols , des Latins , des Grecs, ôc des 
autres femblables Nations. Et il n y a pas gran fujcc 
d'en douter , fi les Lapons ont pris leur origme des Fin- 
nons ; comme on le peut facilement conclure par la 
rcflemblance des deux langues. Car de quelle langue 
les Lapons (e pourroient ils fervir , finon de celle qu'ils 
onc appnk de leurs Ancêtres? Ceft le raifonnement ^'^"h^- 
dont Wexionius fe (crt pour prouver que la langue des yrcTcL^^ 
Lapons vient de celle des Fmnons ; il croit que ces deux 
choies font inlcparables , ôc qu elles ie fuivent par ne- 
ceflîcé ; d être lorti d une Nation , ôc parler fa langue, 
ce qui n'a pu arriver autrement aux Lapons. Tous ces 

raifonnemens paroiffent pftes& vrais {cmblables. QueU 
qu'un peut toute- fois dire que l'opinion de ceux , qui 
ont tftimé que la langue des Lapons eft toute particu^ 
here, neft pas fans quelque fondement, parce qu on 
a trouvé des mots , qui l'ont fait naître , ôc l'ont foute- 
nue. Et de fait on ne peut nier qu'il y a quelques noms 
en cette langue , qui ne reflTemblent nullement à ceux 
des Lapons. Et afin que cette venté paroiffe mieux : 
Voici des exemples. 



V 



154 



Histoire 



En la langue En la langue 

des Lapons. des Finnons. 

le Soleil , Betwe^ Auringa, 

le Ciel , Albnie , Taivvas, 

rEau/ Kietze, VFefi. 

la Pluie, Ahbros, Sade. 

la Nege, Mota^ Lumi. 

un Homme, Flmugd, Jhminen 

le Mari, AlhmaoMOlma^ Mies. 

la Femme, Nijfum^ VFaima. 

un Cheveu, VFdopt, J/mxi. 

la Face, Nialbme, Sm. 

le Menton , Kaig^ Leuca. 

le Cœur, VFaïhmi, Sjdaon. 

la Chair, O^e, Lih^. 

un Loup, Seibiky Sufi. 

un Ours , Muriet, Karhti. 

un Renard , Rtemnes, Kem, 



Cette grandiflîme différence a indubitablement per- 
fuadé à quelques-uns, que les Lapons ont eu autre- fois 
une langue tout à fait différente de celle des Finnons , 
ôc que CCS noms en font comme les reftes. Ils ne man- 
quent pas de raifons pour foûtenir cette opinion, & ils 
difent que les Lapons inventèrent une nouvelle langue, 
par la crainte de tomber dans les embûches des Fin- 
oiaus Pctti. nons , s'ils entendoient leur langage. Cela arriva par- 
ticuherement dans la Paroifle de Rengo , de la Préfec- 
ture de Nolna-, dont les Habitans aiant fouvent attrape 
autour de leurs cabanes des Efpions , qui écoutoient & 
tâchoienc à découvrir les fecrets de leur confcîl j eurent 



DE LA L A P O N I E- tys 
fccours aux rufes de leurs Ancêtres , & convinrent de 
former un langage , dont ils fe fervent encore, fi indit 
ferent de la langue des Finnons , qu'il fe trouve rare- 
ment des mots Lapons dans la langue Finnone. Ces 
Efpionsétoient des Finnons, qui tâchoient de découvrir 
ce que les Lapons qui avoient été chaffcz par Matthias 
Kurk , ôc par les Taraftes , avoient delfein de faire. 

D'autres ont cette penfée, que ces noms font des 
reftes de la langue que les Lapons portèrent première- 
ment en Laponie, quils croient avoir été la langue des 
Tartares. Mais la langue des Tartares, eft en tous ces 
mots fi différente de la langue des Lapons, qu elles ne 
s accordent pas en un feul mot. Ce qui fait paroître 
la fauffeté de leur penfée. Et afin que je ne femble pas 
avoir dit quelque chofe en 1 air , fans le pouvoir prou- 
ver : Voici un affez confiderable nombre de noms de 
Tartarie, qui n ont aucun raport avec ceux des Lapons. 



En la langue En la langue 
des Tartares. des Lapons. 



Dieu , 

le Soleil, 

le Ciel, 

le Feu, • 

l'Air, 

TEau, 

un Lac, 

de la Glace, 

la Terre, 

une Montagne, 

un Homme , 



Gyne/ch^ 
Çtœch^ 
Mafch , 
lufgtr. 
Sauf, 
Dannis ^ 

lerouToprak, 



luhmeL 
TulU. 



lenga, 
JEnnam, 
VFare. 
jiolmah:^, 
Vij 



Histoire 



En la langue En la langue 

des Tartares. des Lapons. 

un Cheveu, Sadfch. VVaofu. 

l^Oeil, ^^^^^ T^ialme. 

le Nez, "Burnuml Nier me. 

la Barbe, . BcichUr, S^mao. 

le Bras, ^'W, Ktm^^erdt, 

la Main. ^ Cholnn, Kictta, 

le Pied, ^jach, Ivv.rh^. 

le Coeur, J^rek, ~ VFaima9. 

un Arc, I^J. 

une Flèche^ Och, Niaia.- 

lePere Ba^am^ jit-^i^e. 

laMere, ^najfe, Mnn<t, 

le Frère, Cardafch, VFtaU. 

la Sœur , Kifcardafche , Johbe. 

un Loup, Sirma, Kurt, 

un Ours, Amf, Kojvobtxa. 

unPûifTon, Balich, Kvvdc. 



Il en eft de même de toutes les autres paroles. G eft 
donc une folie de penfer que la langue des Lapons vien- 
ne de celle des Tartares. Il n'cft pas vrai-femblablc 
auffi que les Lapons aient invente une langue'particu- 
lierc, aient prefquc toute changé la leur. Car pour- 
quoi 1 auroientais (eulemeut changée en quelques mots, 
& non pas en tout ? Pour moi j'eftime queles mots qui 
n'ont aucun raport avec la langue des Finnons , font 
des mots de Finnonic auffi bien que les autres Et ceux 
qui à caufe de la différence de ces mots étabUfTcnt une 
diverfité de langues , ne font pas reflexion fur ce quia 



DELA LAPONIE. 157 
icoûtumc d'arriver à toutes les langues des Nations, qui 
eft de changer avec le tems, ôc que ce changement eft 
d'autant plus prompt , & plus remarquable, que cha- 
que Nation trafique plus fréquemment avec les Etran- 
gers. Ceci paroît manifeftement dans l'exemple des If- 
landois & des Norvégiens , dont l'Hiftoire ne permet 
pas de douter , que les Iflandois ne foient fortis des Peu- 
pics de la Norvège. Il eft conftant que plufieurs mots 
font à prefent en ufàge parmi les Iflandois, que les Nor- 
végiens ne fçauroient entendre 5 & il ne faut pas pour 
cela affeurer que les Iflandois ont une langue particu- 
lière , ôc différente du langage des Norvégiens. . Cette 
variété eft venue de ce que les Iflandois ont été tou- 
jours fort retirez , de ce qu'ils font demeurez feuîs, ôc 
n'ont trafique que très- rarement avec les autres 5 ce qui 
a confèrvé dans leur Ifle , la langue qu ils avoient pre- 
mièrement receuë de leurs Ancêtres, ôc qu'ils y avoicnc 
portée avec eux , fans avoir pû être coxrompuë dans la 
plus grande partie de fes mots. Il eft arrivé tout autre- 
ment aux Norvégiens , qui ont perdu en même tems 
leur ancienne langue ôc leur empire. Il femble que les 
Finnons ont eu un même deftin : car dés qu'ils font 
tombez fous une domination étrangère , ôc qu'ils ont 
commencé à trafiquer plus frequemm.entayec leurs voi- 
fins , ils ont beaucoup perdu de leur ancienne langue. 
Les Lapons au contraire l'ont vrai-femblablement con- 
fervée, pour avoir toujours mené une vie folitaire -, ain- 
fi on ne doit pas s'étonner 11 on trouve aujourd'hui dans 
cette langue plufieurs mots , qui n ont rien de fembla- 
ble, ni aucun raport avec la langue, que les Finnons 
parlent à prefent. Quoi qu'il fe puifle faire , qu'un hom- 
me poffedant parfaitement la langue des Finnons , y 

yiij 



J58 Histoire 

trouveroit les chofes , qui feroicnc voir que tous ces 
mots fi difFercns dans la prononciation, & dans iufagc 
vulgaire s'accordent fort bien dans leur origine. Cela 
cil ordinaire dans les autres langues , comme dans l'A- 

£n fa lirtera- 

lemande , où Olaus Wormius a un peu trop inconfi- 
derémenc prétendu tant de différence. Car non feule- 
ment Nach , mais encore Ejftcr , cil: aujourd'hui en ufa- 
ge, comme il paroît dans ces mots Jfftemd,Jfterdarm, 
ôc d'autres femblables. Ainfi les Alemans ne le Icrvenc 
pas feulement de Geftchv ^ mais encore Anîlïf:^, non 
feulement de Ferftaud > mais encore de Vernunjft-, non 
feulement de Ejjenmfmgen, Scauff , %^lnr , Gefmgnus, 
Auffthun , Ben , Dopf, &c autres , mais auili di< Js , 
Bennnm, Keïmen , Frahhafte , Entdecken , L^gerflad^ ôc 
Lmn , qui font des mots prefque tous femblables à 
ceux de la plus ancienne langue Alemande. 

Mon opinion eft donc , que cette différence de quel- 
ques mots , n^eft pas fuffifante pour prouver que les La- 
pons aient eu anciennement un langage tout particu- 
lier, puis qu'il s'en trouve un nombre beaucoup plus 
crran, que ceux qui s'accordent avec la langue des Fin- 
nons. Qu^au contraire cela ferviroit plûtoU pour per- 
fuader que tous les Lapons ne font pas fortis en mê- 
me tcms de la Finnonie -, mais que les plus anciens, & 
qui font fortis les premiers ont confervé ces vieux mots, 
dont on ne fe fert plus -, & que les derniers venus ont 
aporté avec eux lufage des mots nouveaux. 

Voila quel eft mon fentiment touchant la langue des 
Lapons, kir laquelle il faut encore faire cette remarque, 
qu elle n eft pas la même par tout , aiant des manières 
Samuel dc parler fi différentes , que les Lapons d*an territoire , 
ïcheca. n entendent qu avec bien de la peine le langage des La«: 
pons d'un autre pais. 



DE L A L A P O N I E. 15^ 
Toutes ces dialedes, ou manières de parler (e redui- 
fent à trois, comme les plus confiderables 5 la premiè- 
re eft celle des Lapons Occidentaux, d'Uma, Ôc de Pi- 
tha; la féconde eft la dialedle des Lapons Septentrion* 
naux , qui demeurent dans la Laponie de Luhla -, la 
troifieme eft celle des Lapons Orientaux de Torna & 
de Kimi. Ces dialcâres viennent de ce que ces Peu- 
ples ne font pas venus tous à la fois , ni en même tcms 
dans la Laponie ^ mais que les uns ont occupe de cer- 
taines terres , ôc les autres fe font jettez dans un autre 
païs. La dialedc des Lapons de Luhla eft plus barbare, 
& moins polie que les autres. 

Durefte afin que cette grande différence paroifïè da- 
vantage s Voici quelques exemples. 



On dit en la Laponie 
de Piiha. 



En la Laponie 
de Torna. 



luhmeL 
loch'u 

Olhmo, 

Nifuu. 

Skaigki. 

Kiift. 

Nijju, 

Pardei, 

Seibig^ 

Afuriec* 



ImmcL 

Vine. 

Taodar. 

Aimai. 

Kah. 

MK 

Kops. 



Comme la langue des Lapons eft en cet ctat, que 



Histoire 

fes varietez viennent de fes divers territoires , ou mar-; 
kes , de la même manière qu'il arrive aux autres lan- 
gues -, entre lefquelles la Germanique peut ici nous fer- 
vir d'exemple , qui eft bien autre en Suéde , qu'en la 
Saxe &c bien autre encore dans le Païs bas. Cette bn- 
o-ue des Lapons a encore ceci de commun avec les au- 
tres lano-ues , que plus un de (es territoires eft proche 
de ce Pe^uple-ci, ou de ce Peuple-Ià , il emprunte d au- 
tant plus quelque chofe de (a langue. Ctft pour cette 
raifon que les Lapons de Torna & de Kuiii, étant plus 
près de la tinnonie, parlent un langage qui a plus de 
raporc que tous les autres, avec la langue des Finnons, 
Samuel mêmc dc celle -d'à prefent. Ils s'appliquent fort à ap- 
prendre la langue de ces mêmes voifins ; d où vient 
que les Lapons de Torna & de Kimi fçavent pour la 
plu part la langue de la Finnonic , 6c ceux de Luhla & 
dePitha , & encore plus ceux d^Uma parlent les lan- 
gues de la Suéde, ôc de la Norvège. Celui d'entreux 
qui s'eft rendu le plus habile en ces langues , eft plus 
eftimé & plushonnoré des autres, (urlefquels il en prend 
quelque forte d'avantage &c d'autorité. 

11 ne faut donc plus s étonner de ce que les Lapons 
meflent quelques mots Suédois dans leurs difcours3 car 
il eft bien difficile que ce Peuple ne reçoive des Etran- 
gers , le nom des chofes qu'il n'a point chez lui , ôc 
qu'en même tems qu'il les applique à fon ufage , il ne 
fe ferve pas de leur nom. Cette coutume fe pourroit 
prouver par plufieurs exemples , fi on avoir entrepris de 
le faire. Ces mots de la langue des Lapons le doivent 
raporter à ceux-ci , Salug, qui fignifie bien-heureux, 
qui eft en Suédois Saligh, Niip , un couteau , en Sué- 
dois Kniif, FUlo , un chevron , que les Suédois non;- 



mens 



DE LA L APONIE. i6i 
nient Tilio \ & plufieurs autres mots de la même forte. 

Jehan Tornaeus a tres-judicieufemcnt dit en gênera!^ 
que la neceffiié èc la converfation des autres hommes 
ont été les plus puiflTans moiens, qui ont porté les Peu. 
pies à imiter les langues étrangères. Cell pour cette 
raifbn que- les Lapons qui converfent avec les Suédois , 
meflent quelques mots de Suéde dans leurs difcours - 
ceux qui parlent louvent avec les Finlandois, ont dans 
leur langage quelques mots Finnons ^ àc ceux qui ont 
coutume d'entendre parler les Alemans qui iont en 
Norvège , prennent l'habitude de parler Aleman. 
C eft-là la caufe de ce qu'une feule chofe a d'ordinaire 
plufieurs noms-, qu'un cheval par exemple efl: apellépar 
les Suédois H^fl , par les Finnons iJa^oits ^ ôc par les 
Alemans RoJ^^ il a le même nom chez les Lapons j car 
il n'y a point de chevaux en Laponie: Ce qu'il faut aulli 
appliquer au mot Porcu^s des Lapons, qu'ils n'ont point 
( à ce que' je crois ) pris du Latin , mais de l'Aieman , 
parce que les Alemans nomment Borck , un porc châ- 
tré ou cochon 3 les Lapons les aiant acheptez en Nor- 
vège , i! eft vrai-femblable qu'ils en ont auflî inféré en 
leur langue le nom. Les autres mots ont eu une pareil- 
le origine. Mettant toutes ces raifbns a part , èc for- 
mant nôtre jugement de cette langue , fur les chofes 
qui ne font point aportées d'ailleurs en ce païs , mais 
qui ont été formées fur les lieux , ôc de tout tems re- 
ceuës des Lapons , il ne refte plus qu'à conclure , que 
ce n'ell point une langue ramaffée , êc compofée de 
mots Latins , Almans, Suédois , êc d autres fem.blablesj 
que ce n'eft pas non plus une langue particulière , dif- 
férente de toutes les autres , ôc unique en fon efpece 5 
niais que c'eft un rejeton de l'ancienne langue de Fin- 

X 



i6z Histoire 

noiiie , laquelle pour avoir jufqu a prefent retenu plu- 
fieurs de ces vieux mots , a peine d être reconnue par 
les Finnons. 

Au relie cette langue a fçs declinaifons , 6c Tes con- 
jugailbns. Et peut-être que je ne ferai pas une chofc 
fort deldgreable , fije raporte ici quelques exemples, 
quinous feront connoître cette langue. J»^ propoferai pre- 
mierement le nom décliné par tous fes cas , auquel je 
jomderai fa dechnaifon en la langue des tinnons , afin 

3UC comparant lun avec l'autre , nous reconnoifTions la 
iverfitë de ces deux langues. Le nom fera Immel , 
comme les Lapons de Torna le prononcent ( car les au- 
tres difent iHbmel ) qui en la langue de la Einnonie eft 
ImiaU y ôc fignifie Dieu. 

Le Singulier. 
En Lapon, 
Nominatif. Immel, 
Génitif. Immele , 
Datif Immela, 
Accufatif Immel , 
Vocatif ô Immel, 
Ablatif Immelift, 



En Finnon, 

Jumalj. 

Jumalan. 

Jumalalle. 

Jumalaa. 

ô Jumala. 

Tumalarta. 



Nominatif. 

Génitif 

Datif. 

Accufatif 

Vocatif 

Ablatif 



Le riuricr. 
Immeleck- 
Immeliig. 
Immelwoth. 
Immeliidh. 
ôlmma^leck. 
Imma^lije. 



Jumalat. 

Jumalden. 

Jumalille. 

Jumalat. 

ô Jumalat. 

Jumalilda. 



J ajouterai encore un nom décline pareillement par 



DE LA LAPONïE 16 j 

fes cas , pour un plus gran cclairciffcmenr. Ce mot eft 
Olmaig qui fignifie le Mari. 



Nominatif! 
Génitif. 
Datif. 
Accufàrif 
Vocatif 
Ablatif. 



Le Singulier. 

Olmai. 
Olma. 
Olmas. 
Olma. 
ô Olmai, 
Olmaft. 



Nominatif 

Génitif 

Datif 

Accufatif 

Vocatif 

Ablatif 



Le Pliirier. 

Olmack. 
Olmaig. 
Olmaid. 
Olmaig. 
ô Olmack. 
Olmaija. 



Tous les autres noms fe déclinent de la même manière. 

Les Adjedifs font comparez par leurs terminaifons , 
comme. Sroure,g;v3ind. Stourapo ^ iplus grand, Stouramus, 
très- grand. Enack , beaucoup. Enapo, plus. Enamus^ 
tres-grande quantité. f^tT^, peu. Ft^ia^o . m^oins. 
très- peu. 

Le Comparatif a prefijuc toujours pour fa derniè- 
re fyllabe , & le Superlatif la fyllabe mtis. 

Ils ont des articles, mais ils les mettent tres-rarcment 
devant les noms , comme il fe fait dans les autres lan- 
gues. 

Le genre mafculin & le féminin ont une même ter- 
minailbn ^ celle du neutre eft différente. Car 

Toit fignifie celui-ci & celle-là 6c to'wt q9l le neutre. 

Le même eft des Pronoms, comme mun moi^tun toi, 
/un lui , mit nous , Jii vous , tack eu)f. 

Les Fmnons au lieu de ces Pronoms fe fervent de 
mina^ fina, han, ôc au plurier de me, te, he. 

Les Verbes ont pareillement leurs infledlions en leurs 
tems ; Par exemple , le verbe j*aime fc termine ainfi au 
prefent de l'Indicatif 



164 HISTOIRE 

Le Singulier. 

Mun Pworaftam, j'aime.' 

Tun Pworaftack, tu aime. 

Sun Pworafta, il aime. 

Le Plurier. 

î^ii Pvoraftop, nous aimons. 
Su rvoroft, vous aimez. 

Tack Pwroft, ils aiment. 

Les autres Verbes fc terminent ordinairement ainfi,' 
comme : 

Le Singulier. 
mun Um je fuis , tmUck tu es , fm lia il eft. 

Le Plurier. 

mit Up nous fommes , fii U vous êtes, wU^ ils font. 

Ces chofes peuvent fuffire pour comprendre la naru- 
re & la méthode de la langue des Lapons, autant quel- 
les peuvent fervir à nôtre deffein : car nous ne préten- 
dons pas donner une Grammaire , mais faire leulemcnc 
une fimple defcription de chaque chofe. 

Les Lapons ont coutume dans leurs difcours de pro- 
noncerdune manière finguliere, qui ne fe peut pas bien 
exprimer ni par les lettres , ni par aucun caradtere , m 
par des accents : car ils prononcent les Verbes a pleine 
bouche , afin qu'on entende très- diftindement es 
voyelles , & que les autres lettres foient comme li elles 
nageoient dans de la liqueur j ils mangent aufli les der- 
nières fyllabcs , patticuUercraent des noms. Us n ont 



DE LA LAPONIE. I6s 
aucunes lettres , ôc n'en ont jamais eu , ôc ils ne font 
pas en cela plus fçavants que leurs Ancêtres les t innons. 
Car ils ne fe (ont jamais fervis d'autres Calandriers que 
des anciens de Suéde , écrits en lettres Runiques, ôc 
ils ne les ont receu, ôc n'en ont eu la connoiflance que 
depuis qu'ils ont converfë avec les Suédois, ôc qu'ils ont 
appris d'eux à célébrer les Fêtes. Burseus afleure avoir 
appris par des perfonnes dignes de foi, que l'on a autre- 
fois trouvé, ôc que l'on trouve encore à prefent en La- 
ponie des colomnes ou des pierres de iepulchres avec 
des infcriptions. 

Mais cette découverte ne prouve pas que les Lapons 
fe foient anciennement fervis de ces lettres, puifque les 
Finnons les ignorent , ôc que ceux-là ne fçavent pas 
d*od elles leur font venues , ôc ils n'ont jamais appris , 
ni même entendu dire, que Ton fe foit fervi parmi eux 
d'aucun caraûere de lettres. On peut plûtoil tirer de 
cela cette conjcdlure , que les Suédois font autre- fois 
venus en ces païs, ou qu'ils y ont porté leurs armes, ôc 
que de quelque façon que fe foit i]s s'en font rendus 
maîtres. Les Lapons fe fervent aufli-bien que les Fin- 
nons de lettres latines , delà même manière que les' 
Suédois & les Alemans ont coutume de les emploier , 
pour exprimer le langage populaire. Quoi qu'il y en 
ait peu parmi eux qui les Tgachent lire, ôc encore moins 
qui les puiffent écru'e 5 & ce ne peut être que de ceux 
qui ont été dans les Ecoles. 

Au relie cette langue n aiant jamais été rcceuë , ni 
en ufàge que parmi les Lapons , il ne s'en eft prefque 
point trouvé d'autre qui ait defirc, ni qui ^it recherché 
de l'apprendre. D'où vient que quand ils ont quelques 
affaires avec des Etrangers, qui ne fçavent pas leur lan^ 

X iij 



Sa macl 



166 Histoire 

gue ( ce qui toute-fois arrive alTez rarement ) ils font 
d'ordinaire venir des Interprètes , dont le nombre eft 
par tout affcz gran, pour cette feule caufc-, qu i! y a peu 
depcrfonnesqui apprennent leur langue. Ces Interprètes 
ne parlent pas bien les autres langues, excepté celle des 
Finnons : ce qui arrive auffi à tout le refte des Lapons, 
qui ont bien de la peine à prononcer comme il faut les 
langues des autres , & il leur arrive alTez fouvent de les 
mefler enfemble , & fur tout à ceux qui trafiquent en 
Norvège. Ils confondent la langue de ce pais- la avec 
celle des Suédois. Ils difent par exemple/e^fcfc^wi^pour 
jagkom ; /egg^o^gt ipourja^gaor : atnfi pour Hujbro, ils 
ditenc Koona. pour min niyjfa, min hoffvvud. 6cc. 



CHAPITRE XVI. 

Des Demeures des Lapons. 



QUOI que les Lapons, comme l'ordinaire des 
autres Peuples du Septentrion, n'aient point eu 
Hcrbcftcnius de iogcmens aifeurez, étant anciennement accoutumez 
à changer de demeure , & à ne bâtir des cabanes que 
z.cgicrus. pQUj. peu de jours, tantofl dans un lieu, où ils avoienc 

Da«.zcnGois ^^.^ ^^^^^ ^^ç^^^ ^ p^-^ ^ qUclqUC bê- 

te, & tatiîoft dans un autre , où ils fe retiroient aufli- 
toft. 

Mais Charles I X. leur ofta cette liberté de rôder 
fans arrcft par tout le païs , affignant à chaque famille 
fon territoire particulier , en vertu de fon Edit de l'an 



DE L A L A P 0 H I E. I67 
M.DC.ii. qui porcc que Ton comptcroit les marais ôclcs 
fleuves de chaque Lapmarke , ôc que Ton écriroit le 
nom de tous ceux , qui jufques alors en avoicnt joiii. 
Que Ton compareroic en fuitte le nombre des familles 
avec celui des marais & des rivières, afin que fur ce ra. 
porc on en fie une juftc diftribution, ôc qu'une famille 
n eue pas plus de rivières ni de marais qu'il ne lui en 
falloir pour fon entretien. Que chaque Lapmarke é- 
tanc ainfi divifée , on donneroic à quelques perfonnes 
%es & confciencieufes la commiflion de diftribuer à 
chaque famille en particulier fa portion, ne favorifanc 
aucune , ne faifanc auffi aucune injuftice par quelque 
haine ou reffentiment^ ôcqu enfin il neferoit plus per- 
mis ^ ux Lapons de rôder à leur fantaifie par toute la Pro- 
vince , comme ils avoient toujours fait jufques alors. 

Ils ont commencé depuis cet Edit à poflèder certains 
efpaces de terres , capables d'entretenir toute leur fa- 
mille; de forte qu'aucun na plus la liberté de loger fur 
les terres d autrui , ni d aller comme il lui plaît s établir 
autre-part. Cette coutume toute-fois de changer de 
heu, & de tranfporter leurs logemens en un autre, n a 
point été entièrement abolie , & elle fubfifte encore à André Ba- 
prefent -, mais le changement fc fait feulement dans les ;"Edk'^''' 
hmices de l'efpace qu'on leur a affigné , & il eft ainfi ^^^^^^f 
vrai de dire qu'ils n'ont point de demeure affeurée ôc fi àptcfcnt' 
xée dans un lieu. 

La neceffué quils ont de chercher des vivres eft la 
feule caufe de ces chingemens continuels. Car com- 
me il faut qu'ils lè nourrilfent de Rennes , de poiffons, 
5c de bêtes fauvagcs, ils font contraints de faire en for- 
te que les herbes ôc le fourrage ne manquent jamais à 
leurs Rennes 5 ôc ceux qui vivent de la chaife 6c de la 



I s T O I R. E 

pcfchc font obligez de chercher les lieux ks plus com^ 
mode à cet effet , où ils puiffent trouver quantité de poil- 
Ions & de bêtes , fans toute-fois épuifer m détruire en- 
tieremcnt cette abondance. , 
Et comme on ne peut pas avoir toujours en un Icul 
endroit toutes ces commoditez , parce que !e poitlon 
ne fe trouve point en gran nombre, & ne s attroupe 
point qu'au tems quil fraie ( ce que les uns font en une 
faifon & les autres en une autre) & que cette eipece de 
poilTon fe rencontre dans un tel lac , cette autre elpecc 
dans une telle rivière. Ceux qui s'appliquent a cette 
pefche & qui en retirent leur principale iublil ance., 
ne peuvent à caufe de cela fubdfter toujours dans le 
même lieu, & ils font obligez après avoir demeure quel- 
que tems dans un endroit . de le quitter , daller vivre 
dans un autre avec toute leur famille. Il en va de mê- 
me des pafcages , & des fourrages pour les Rennes ; 
parce que manquant &étamconfommcz en un endroit, 
il le faut par necelTité quitter , pour en aller chercher 

ailleurs. _ _ . , ,1 

Ce changement de demeure ne fe fait pas en telle 
forte qu'ils abandonnent entièrement les premiers en- 
droits pour n'y plus retourner-, mais ils vont comme en 
tournant , failant une efpece de cercle. De manière 
que les Lapons des montagnes les abandonnent, quana 
il n'y a plus de pafcages-, ils y retournent , quand les 
nouvelles herbes y fonï grandes, & ils fe promènent tel- 
lemcnt , qu'il leur arrive à la fin de l'année d avoir par- 
couru tous les logemens de l'efpace, dont ils ont la pro- 
prieté. Pour ce qui cft des Lapons qui ont leurs habita- 
lions dans les forets, ils retournent non pas une leu- 
le fois, mais pluficursfois par aa à leurs autres cabanes 



DE L A L A P O N ÎE. 169 
bâties Cm les bords des rivières , ôc prés des lacs j & ce 
aux diverfes faifons propres à la chalTe ou à la pefche , 
félon qu'ils y font invitez par refperance dy reuffir! 
Ils ont coutume d'établir cet ordre dans leurs change- 
mens, que ceux qui ne vaquent qu'à la pefche, refident 
toujours tantoft prés de ce lac , tantoft prés de cet au. 
tre , au tems que leurs poiffons venant fraier s y affem- 
blent en tres-gran nombre j ôc que ceux qui nourrifent 
des Rennes demeurent en Hiver dans les forêts , ôc mon. 
tent l'Efté fur les montagnes de k Norvège. Samuel 
Rheen .en parle ainfi plus en détail. Les Lapons m 
peuvent fubfifter en Hiver fur le fommet des monta- 
gnes, tantàcaufe des orages, de Timpetuofité des vent. 
ôc de la prodigieufe quantité des néges,qu a caufe de la 
trop grande difette de bois. Cela les oblige de defcén- 
dre en cette faifon dans les forêts prochaines , où ils 
ramaffent plus facilement leurs Rennes , & les y con- 
fervent mieux au milieu des plus hautes néges j ôc ain* 
fî ils demeurent prcfque toujours en un même lieu, de» 
puis la Fête de la Nativité dej e s u s- C h r i s t , jufqu'à 
la Fête de l'Annonciation de la Vierge Marie. Mais 
fi-toft que les néges commencent à fè fondre, ils quit- 
tent cet endroit, ils s'approchent des montagnes voifi- 
nes , de peur que leurs Rennes ne s^écartenc êc ne fe 
perdent, ils s arrêtent là jufqua la Fête de faint Eric 3, 
qui arrive le dix huitième de Mai ; parce que les Pren- 
nes femelles mettent bas environ ce tems-là. La con- 
fervation des Fans les obligent de fe tenir en un me-, 
me lieu jufqu'à la Fête de faim Jean Baptiifte , ou juf- 
quau milieu de l'Efté. Après que les foins ôc toutes 
les autres fortes d'herbes font devenues grandes fur les. 
montagnes , ôc dans les vallées qui font entre deux , 

Y 



17 0 Histoire 

les Lapons savancent ôc seloignent de plus en plus 
à mefure que leurs beftiaux confomment les pafcages -, 
quelques-uns même montent fur les plus hauts fom. 
mecs des montagnes , où leurs Rennes font moins in- 
commodez des trélons Ôc des mouches. Eftant fur ces 
montagnes ils palTent continuellement d'un lieu en un 
autre jufqui la Fête de faint Barthelemi : depuis ce 
tcms-là ils commencent à retourner peu à peu vers les 
forêts , jufqu a ce qu'ils fe retrouvent environ la Fête de 
Noël au même lieu doù ils ctoient partis. Voila quels 
font les changemens des Lapons , les raifons pour Icf- 
quelles ils ne peuvent pas toûjours demeurer en un mê- 
me endroit , & les tems aufquels ils ont coûtume de 
demeurer en ce lieu -là ou en cet autre. 

•11 arrive quelque-fois que ces changemens d'habita- 
tions ne fe font pas d'un lieu à un autre voifin, mais 
en un endroit fort éloigné , & jufqu a vingt lieues 3c 
plus. Et parce qu une partie des Lapons demeure d or- 
dinaire fur les montagnes , ôc Tautre partie le long des 
lacs , ôc fur le bord des rivières parmi les arbres , Ôc 
particulièrement parmi les Pins -, on en a pris fujet de 
leur donner de certains noms. Ceux qui demeurent fur 
les montagnes des frontières deia Norvège font apel- 
lez FiMapper, parce que Fialldl le nom de ces monts, 
les autres lont nommez Graan-Upprr ,pàrcc c[uc les Peu- 
ples de la Suéde de la Norvège apellent les Pins Gm^«; 
Se ceux-ci cherchent leur vie par la pefche , ôc la chaUe 
des bêtes & des oifeaux. . 

Du reRe ils font ces changemens d'une autre manie- 
re en Hiver qu'en Efté 5 car alors ils en enlèvent leurs 
Tor- cabanes , ôc les ajuftent fur des traîneaux , mettant liir 
d^autres le refte de leurs meubles, qu ils font aulfi trai- 



D E L A L A P O N I E. 171 
ner d'un lieu à un autre par leurs Rennes , aufquels ils 
donnent un feullicou avec le traidl, qui leur paffanc entre 
les jambes de derrière ^eft attaché au defTous du traîneau 
fur lequel ils fonr. 

Ils vont à pied en Efté, métrant des bâts fur le dos 
des Rennes qui portent leurs enfans ôc leurs bardes ^ ils 
prennent à cet effet deux bâtons , qu'ils lient l'un avec 
l'autre autour du Renne , après lui avoir couvert le dos 
de quelque forte de bouffe , de peur qu'il ne fe blefle, 
ôc que rien ne fe gâte , & ils mettent deffus dans de pe- 
tits coffres toute la charge de la bête. Ces deux bâtons 
font un peu larges , mais auffi d autre-part un peu plats, 
afin qu'ils fe puilfent plier ; ils font de Sapin , dont ils 
font ordinairement toutes leurs quailfes. Ces bois fe 
joignent chacun par les deux bouts , l'un étant en for- 
me de cheville fourrée dans un trou que l'on a fait à 
l'autre , en telle forte qu'ils font pliez comme des cer- 
ceaux , & ils font ainfi fufpendus fur le dos du Renne, 
par.l*endroït où ils font attachez enfemble , l'un au cô- 
té droit, Ôc l'autre au gauche 5 ils font même liez fous 
le ventre de l'animal, afin qu'ils foicnt preffez ôc com- 
me collez à fes flancs. Les quaiffes font longues , de 
prefque rondes par les extremitez, faites du même bois 
de Sapin plié en rond , femblables à des Tambours 5 
fi ce n'eft que la figure en cft longue. Ils ferment ces 
, efpeces de petits coffres par le bas , avec des bâtons de 
Bouleau ajencez en formes de treillis , ôc le deffus avec 
des bandes ou lifieres de laine , qu'ils délient toutes \cè 
fois qu'ils faut mettre ou tirer quelque chofe hors de la 
quaiffe ; & afiti qu'il n en tombe rien , ils envelopcnc 
tout dans des écorces de Bouleau , dans des vétemeos, 
ou dans des peaux. Ils attachent ces petits coffres avec 

Yij 



jjz Histoire 

des courroies, ou avec des cordes aux extremitcz de ces 
bois , afin qu'ils pendent de part & d'autre fur les flancs 
du Renne, le haut du cofFre étant au dehors , & le bas 
en dedans contre le ventre de la bête. Le tout eft com- 
me vous le voiez reprefenté ici. 

Neuvième Figure. 

Voila la manière dont ils chargent les Rennes, quand 
il faut tranfporter non feulement les meubles, mais en- 
core les enfans qui ne peuvent marcher: car ils les por- 
tent fufpendus dans leur berceau fur les cotez du Ren- 
ne. Us gardent dans ce tranfport de tout leur bien , un 
ordre que perfonne n*ozeroit changer fans de grandes 
raifons. Le chef de toute la famille marche le premier, 
menant après foi quelques Rennes chargez de bagage, 
fa femme le fuit avec une autre partie du bagage j tout 
ce qu'ils ont de Rennes marchent après en forme de 
troupeaux , que tous les enfans ôc tous les valets châf- 
fent doucement devant eux. Celui enfin qui a la com- 
miflion de porter le Tambour marche le dernier. 

Us ont coutume de conduire ces Rennes l'un après 
lautre , & par une longue fuite , de forte que celui qui 
fuit eft attaché par fon licou au bas de celui qui le pré- 
cède, un Lapon marchant devant ôc menant le premier 
avec une corde qu on lui a attachée au cou. Ils vont 
donc en cet ordre , jufqu a ce qu ils foient arrivez au 
lieu où ils ont refolu de s'arrêter quelques jours ou 
quelques femaines , étant là ils y dreflent leur cabane. 

Les Lapons des montagnes communément apellées 
FiMa^per, bâtiflent leurs cabanes autrement que les 
Lapons des forées nommez ordinairement Graari'Upper. 



DE L A L A P O NIE. 173 
Ceux-là ne retournant qu une fois Tannée en un mê- 
me endroit de leur territoire , ils drefTent de telle ma. 
niere leurs cabanes, qu elles font de peu de durée, aiant 
deffein de les défaire à leur départ. Ceux-ci les bâtiC 
fenc plus folidement , prétendant les laiffer en la mê- 
me place , & les y trouver à leur retour. 

Les Lapons des montagnes dreffent aux quatre coins 
quatre pièces de bois, fur lefquelles ils mettent trois per- 
ches en forme de foliveaux, une fur chacun des cotez, 
la troifiéme au derrière n en mettant point fur la face 
de devant. Ils prennent d'autres perches beaucoup plus 
longues , qu'ils lèvent ôc apuient fur ces foliveaux , en 
telle forte qu elles fe touchent prefque par lehaut^mais 
par le fcas elles font fort éloignées à l'endroit par où el- 
les pofentfur la tcrre-^ Cette cabane rcffemble à un toit 
de quatre pans , ou à un pavillon qui a la figure d une 
piramide , plus ample & plus large par le bas , & plus 
petit e plus rétréci par le haut. Ils jettent fur ces per- 
ches une efpece de manteau de la plus groffe étoffe qui 
fe trouve , ôc qu'on apelle FVMemar. Les plus riches 
jettent encore par deffus un autre manteau de toille for- 
te & groffe; afin que cette double couverture les def- 
fende mieux des pluies , & des orages. Voila donc les 
tentes des Lapons des montagnes , qu'ils compofent 
pour la plus grande partie de couvermres & d'étoifes , 
qu*ilsoftent toutes les fois quil faut changer de lieu, & 
les portent avec eux où ils vont, pour les y dreffer de 
la même façon. 

Pour ce qui eft des Lapons des forêts , ou Graan- 
lapper , ils bâtiffent leurs cabanes , quelques-uns avec 
des planches , d'autres avec fix pieds d arbres , qui fe 
touchent par le haut, ôc font comme la figure d'un Co- 

Yiij 



Le Corne 
Brienne cq 
fon voiagc. 
Olaus Ma 
gnus livre 4 
chapitre j. 
îamucl 
Rhcen. 



174 Histoire 

ne. Ils jettent par delTus des branches d'arbres, ou de 

Hcibcf^crias Pin j ou des écorces qui font d'ordinaire de Bouleau , 

^^Anirc Ba^ ^^^^ ^^-^^ ^jj^^ ^ ^ J^^ mCttrC pluS 

Lecomcede facilemeuc en œuvre : ils les couvrent par-fois de peaur 
d'animaux , &c de cuirs bien tannez, ou ils fe fervent de 
gazons pour le même fujet. Cette forte de cabane eft 
en cela différente de la première , que l'on ne côuvre 
prefque jamais d étoffe ou de toille , ôc qu'au lieu de 
n'avoir que quatre angles , elle en a fix. Wexionius y 
en ajoûte deux , & dit que les cabanes ont huit pans, 
ôc qu elles font de la hauteur de cinq aulnes, particuliè- 
rement parmi les Lapons de Kimi. Olaus Pétri écrie 
la même chofe des Lapons de Pitha , Se affure qu ils 
donnent une aulne de profondeur aux fondemens de 
leurs cabanes. Ils ne les abbatent pas ni ne les empor- 
tent pas quand ils s en vont ; mais ils les laifTent dans 
le même lieu , ordinairement prés des lacs &c des riviè- 
res où ils pefchent, &dcs endroits ou ils vont à la chat 
fe , pour s'en fervir à leur retour , jettant feulement 
par dcffiis quelques branches d'arbres , ou remettant des 
écorces ou des gazons aux endroits qui fe trouvent 
découverts. 

Outre ces deux fortes de cabanes , Olaus Magnus 
en raportc encore une troifiéme, en ces termes. Une 
partie des Lapons mettent leurs maifons fur des arbres 
qui font crûs de rang en forme de quarré , pour n'être 
pas étouffez fous les néges qui tombent en très- grande 
quantité dans les champs, de de peur que les bêtes fau- 
vages affamées , ôc aflemblées en fi gran nombre qu il 
n'ell pas poflible de les diflîper , ne les dévorent. Je 
ne comprends pas ce qu'il veut dire par ce rang d'arbres 
en quarré : Je m'imagine qu'il a deffein de dire que les 



Samuel 
Rhecn. 



Sv. 4. ch. II. 



DE L A L A P O N I E. 175 
Lapons avoicnt coutume de bâtir leurs cabanes fur 
quatre pieds d arbres venus d'eux mêmes aux quatre en- 
droits , où on poferoit les quarte principales pièces de 
bois d une maifon quarree qui en feroient les quatre 
piliers aux quatre coins , fi on Vy vouloir bâtir. Maii 
nous n avons jamais entendu parler de cette forte de 
tabane. Tacite dit bien , que les Finlandois faifoienc 
leur demeure fur quelques branches d'arbres entrelacées, 
^ peut-être que nôtre Auteur a pris de là occafion d'a- 
vancer ceci. Car pour ce qui eft de la quatrième for- 
te de cabanes, il paroît quil ne la pu emprunter que 
de Ziegletus , qui avoit apellé les Lapons Jmaxobiens , 
& de là Olays conclud quQcetre Nation demeure dans des 
cdanes & fut des chantes. Les Amaxobiens, fi on s ar- 
rête à lethimologie, & à la force du mot, font propre- 
ment ceux qui vivent fiar des chariots ou des charctes. 
Ce qu'Olaus a crû des Lapons , porte à cette opinion 
par les paroles de Ziegkrus, & qui eft abfolument fauf- 
fe^ ces Peuples naiant aucune connoifTance de chariots, 
ni de charetes. Comment pourroient ils s en fervir fur 
la glace fi glifTante , & fur les néges fi hautes > Et ce 
•ncft pas en ce fcns que Zicglerus a parlé des Lapons 
Amaxobiens ; mais parce qu'ils rôdoient de tous cotez, 
fans avoir de demeure affeurée non plus que les Ama- 
xobiens , qui étoient une Nation fort connue & tres- 
confiderable parmi les Scithes- ceft ce qui lui avoit fait 
auparavant dire, qu'ils avoient comme des tentes d'ar- 
mées , & qu'ils tranfportoient fouvent leurs demeures. 

Les Lapons n ont donc que les deux premières for- 
tes de logemens que j'ai décrit; car pour ce qui eft du 
cinquième , donc parle Paul Jove , il n'eft que pour un 
moment, où il eft feulement en ufage parmi les Lapons 



176 Histoire 

Mofchovires, qui font leurs lits dans de petites caver- 
nes , qu ils renipliflent de feuilles fcches ; ou dans des 
troncs d'arbres, que la flamme, ou la viellcfTe ôc la pour- 
riture leur ont naturellement creufées. 

Au refte chaque cabane a deux portes , Tune fur le 
devant , & Tautre fur le derrière. La porte de devant 
eftla plus grande, & tous les jours ouverte, par laquelle 
on entre ôc on fort. La porte de derrière plus petite 
en forme de poterne, fert à aporter dans la cabane tou- 
Tbccl tes les chofes neceffaires pour la nourriture, ôc entre au- 
tres ce qu'ils ont pris dans les bois, comme les oifeaux, 
ôc la chair des bêtes fauvages , ou dans les lacs , com- 
me toutes fortes de poiffons : car ce feroit un crime 
de les y introduire p^r la grande porte 5 comme au con- 
traire il n efl: pas permis à aucune femme d'entrer ni de 
fortir de la cabane par cette petite porte de derrie- 
re, parce qu il leur eft deïFendu d'aller derrière la caba- 
ne', & que le mari aporte par-là , tout ce qu'il a pris à 
la chafTe. 

Je crois que la caufe de cette deffence eft , qu'ils ont 
leur Dieu Thorus de ce côté-là derrière la cabane , où 
ils lui offrent leurs facrifices. Cette deffence vient auffi 
de ce que la rencontre ou la prefence d'une femme eft 
d'un tres-mauvais augure à un homme qui va à la chaf- 
fc. A quoi il faut raporter ce que dit Zieglcrus, quil 
n eft pas permis à une femme de fortir de la cabane par 
la même porte, par laquelle fon mari eft allé à la chaf- 
fc le même jour. Il ne faut entendre ceci que de la 
porte qui eft derrière la cabane, par laquelle il eft def- 
fendu aux femmes d'entrer & d e fortir non feul ement au 
jour de la chaffe, mais encore en tout tems. 

Wexionius donne la defcription de cette petite porte, 

qui 



DÉ LA LAPONIE tff 
ïjui en retombant fc ferme d'elle-même • vis à vis de 
laquelle il y a une fenêtre, qui donne du jour: ceux qui 
retournent de la chafTc entrent par cette porte , traî- 
nant après eux quelque morceau de chair de Renne. 
Le chalTeur quitte fon habit de chaflTe dans la garde- 
robe large d une aune ôc longue de trois , qui cli dans 
la cabane au dedans de la fenêtre 5 où il cil defFendu 
aux femmes de mettre le pied. Cette fenêtre de Wexio- 
nius qui donne jour , eft la petite porte de Samuel Rheen, 
prefque toujours ouverte ; celui-là apelle conclave ou 
garderobe le lieu où le mari met fon habit de chafTe^ 
ôc tout ce qui peut fervir à chalfer. Mais les cabanes 
des Lapons n*ont point de ces chambres fermées de 
murailles , où l'on ne puiffe entrer j cette garderobe eft 
feulement un certain efpace marqué par quelques pie- 
ces de bois, qui en font les bornes , ôc ccl\ la féconde 
chofe dont il faut parler. 

Le pavé de la cabane eft tellement partagé , que le vvcxionms; 
foier eft toujours au milieu ; ce foier eft garni tout à Khttal 
Tenteur de pierres, de peur que le feu ne fàfle quelque 
dommage. Il y a toujours un chaudron fufpendu fur le 
feu , auprès duquel ils placent vers le derrière de la caba- 
ne trois chevrons , fur lefquels ils coupent avec une ha- 
che la chair ôc le poiffon , ôc tout ce qu'ils accommo- 
dent pour manger. Us apellent Tefpace renfermé entre 
ces trois chevrons Lops , dont nous avons parlé, dans 
lequel il n'eft permis qu'aux hommes d'entrer -, la pe- 
tite porte qui eft d'ordinaire vers le Septentrion , eft au 
milieu de cet e{pace, à laquelle ils donnent le nom de 
Pofje. La grande porte qui eft la porte ordinaire qu'ils 
nomment Ox, eft à l'autre côté oppofé, ils ont coutu- 
me de la placer vers le Midi. Les deux autres cotez de ^'^^ 

Z 



178 Histoire 

la cabane font apcllez Loidc. Le perc de famille & fk 
femme onc leur lit dans lun de ces cotez. La mère a 
auprès d'elle fes filles, & a un gran foin de leur pudici- 
té. Les garçons demeurent la plu- part du tems de l'au- 
tre côté, où iè tiennent les valets & les fervantes. Le 
refte de l'efpace qui eft jufqu à la porte, & qu'ils nom- 
ment KUta , eft occupé par les femmes , & dcftiné à 
leur ufagc ; où celle qui eft prefte d acoucher a fon 
lit prépare derrière la porte commune, par laquelle on 
fort ôc on entre tous les jours. Mais afin que Ion com- 
prenne mieux toutes ces chofes ^ voici le plan de Taire 
de toute la cabane. 




A. La petite porte apellée Po^cl 

B. & C L efpace nommé Lo^Sy occupe par les hom- 
mes, où ils ont tous leurs inftrumens , outils, & autres 
femblables meubles pour la chaiïe. 

D. & E. les cotez que l'on nomme LoUc , defquels 



D E L A L A P O N I E. 179 
lun eft pour le pere de famille ôc fa femme, & l'autre 
cft pour les fervireurs. 

F. & G. Eft le lieu Khta ^ où les femmes demeurent. 

H La place du foier. 

I. La porte commune apellée Ox. 
Les trois pièces de bois fur lefquelles ils coupent les 
chairs, font ces deux qui vont de TA. vers l'I. ôc la troi- 
fïéme celle qui eft poiëe de travers , qui fepare le lieu 
particulier des hommes de tous les autres , ôc dans le- 
quel eft la porte PoJJe. 

La troifîéme choie qui mérite d'être remarquée, c'eft 
qu'ils couvrent route Taire de la cabane de branches de 
bouleau , de peur que les eaux de la pluie ne la rendent 
humide , ôc ils n ont point d'autre manière de la paver, 
ôc pour y être plus proprement ôc nétement , ils jettent 
deifus ces branches 'une ou deux peaux de Renne , fur 
lefquelles ils' s'affeient ôc fe repoîent. Voila donc les 
demeures des Lapons, ou ils habitent ôc vivent tous les 
jours. 

Outre ces logemens ils ont encore quelques bâtimens 
particuliers , qu'ils nomment Nalla , où ils confervent 
leurs provifîons , la chair , le poiffon , ôc ce qu'ils ont 
de befoin pour vivre. Ils les bâtilfent ordinairement 
ainfi : Ils cherchent un Sapin ou un Pin quils dépouil- 
lent de fon écorce, afin qu'il foit poli ôc glifTant, ou de ^ouva Fe«. 
lui-même , ou par quelque graiffe dont ils le frottent , '^'^^^ 
&que les rats ôcks bêtes fauvages n'ypuiffent pas mon- 
ter. Ils le coupent à la hauteur de cinq ou fix aunes de- 
puis la racine , ôc en taillent toutes les branches , n'y 
laiffant que le tronc : Ils font en fuite des mortaifes fur 
le plus haut de cet arbre , au travers defquelles ils paf- 
fent deux pièces de bois emboitées kinc fur l'autre en 
forme de croix, 2 ij 



ISO Histoire 

Ces deux pièces ic bois leur fervent comme de fablicfe^ 
fur leiquelles ils bâcifrenc le garde manger , qu ils cou- 
vrent de planches ou d'écorcc de Bouleau , ôc y font 
une porte pour le tenir fermé. La figure en eft prcfquc 
toute femblablcà celle de nos coulombiers ordinaires , 
que l'on bâtit fur des piliers , ou des poteaux de bois. 
Ces gardes mangeront ceci de particulier, que la porte 
eft au deffous en forme de battans ou de trape , afin 
qu en même tems que le Lapon defcend , elle fe ferme 
délie même par fa propre pefanteur. On y monte avec 
une efpece d échelle faite d'une pièce de bois , où font 
quelques fortes de degrez. La raifon pourquoi ils met- 
tent ces gardes manger en un lieufiélevé, c eft de peur 
des Ours , de des jaerfs ou goulus , qui tâchent conti- 
nuellement d attraper ces viandes , qui renverfent fort 
fouventcet édifice, ôc mangeant toutes leurs provifions, 
ils leur caufent un dommage tres-confiderable. 

Peut-être que ce font ces maifons dont Olaus Ma- 
^nus avoir l'idée quand il die que les Lapons fe logent 
fur les arbres , craignant la fureur des bêccs fauvages. 
Mais afin que toutes ces chofcs fe puiiTcnt mieux con- 
noître , voici la peinture de ces diverfcs fortes de io- 



DE LA L AP ONIE. lit 

C H APITRE XVII. 
T>es Habits des Lapons ^ 

LES Lapons ne diabillent pas tous dé la même 
forte : Leurs habits fon difFercns, non feulement 
à caufe de la diverfité des fexes , mais encore des Saifons 
èc des lieux , étant autrement vêtus en Efté qu'en Hi- 
ver, & portant d autres habits dans la maifon qu a la 
campagne. 

Les hommes portent en Efté des haut de chauffes 
qui leur tombent le long des cuiffes jufqu aux pieds. Ces 
hauts de chauffes font fort étroits , ils leur ferrent de 
tous cotez le corps 3 ils mettent par deffus une robe, 
plûtoft une tunique avec des manches. Cette robe eft 
fort large , elle defcend jufqu'à la moitié des cuiffes , 
ils ont une ceinture par deflTus. Au refte cet habit eft 
comme colé fur leur corps , 6c il ne les incommode ^^^"sPcm. 
point , & ne les empefche point de travailler à leur 
ordinaire. Ils fe le mettent fur le corps nud, fans avoir 
par deffous ni chemife ni linge , contre la coutume de 
tous les autres Peuples de fEurope 5 parce que n aianr ^^«'«ci 
point de Hn , ils ne portent jamais de. linge en quelque q^^^^^I^^^^ 
âge que ce foit , & ils font ainfî acoûrumez à m point 
porter de chemifes. 

Ces vécemens font de laine. Ceux des PaïGns font 
blancs ou gris, de la couleur de la laine emploiée fans 
avoir paflé à la teinture : 1 étoffe eft fort groffiere ; les 

Z iij 



nt Histoire 

Birkarles la leur vendent , Taianc prifc en Suéde où elle 
fe fait ; ils l'apellent ordinairement FFaldmar. Les ha- 
bits des riches font de laine , mais l'étofFe en eft plus 
fine , de dune autre couleur^ verte, bleiie, fort fouvent 

Tomxas. fouge , jamais noire j ils ont horreur pour le noir , ôc 
n*en veulent point porter ; quoiqu'ils fe fervent par-fois 
d'habits de la plus grofTe étofFe , mais feulement à la 
maifon , les jours de travail , & quand ils s*occupent à 
des chofes, qui fe peuvent rarement faire fins fe filir. 
Car ils font fort curieux de paroître au dehors riche- 

Le même ^^^^ ^ proprement vêtus , de toutes fortes de couleurs, 
& autant que leurs facultez le peuvent permettre ^ tous 
leurs meubles & habits des Fêtes étant d'étoffes fines. 

leurs ceintures font de cuir, que les plus riches gar- 
Biffent de petits boutons d'argent , attachez fort prés 

Samuel les uns des autres en forme de nœuds un peu plats, po- 
lis, ôc demi ronds 5 ceux des plus pauvres ne font que 
d'étain. Us pendent à cette ceinture une gaine avec 
fon couteau , puis une bourfe quarrée , un peu plus 
longue que large j un fac fait de cuir , ôz un étui avec 
des eguilles ôc du fil. Le couteau efl de ceux qu'ils ont 
coutume d'achcpter en Norvège -, la gaine de cuir de 
Renne, coufuë par le côté avec des filets d'étain , donc 
elle eft embellie par tout , avec de petits anneaux qui 
pendent au bas. La bourfe efl aufîî de cuir de Renne, 
mais crud ôc avec le poil. On y ajoute un autre cuir 
auffi gran que la bourfe , qui étant mis par deffus la 
bourfe , fe ferme avec trois petits nœuds. Ce cuir eft 
couvert d'un morceau d'étofFe rouge , ou d une autre 
couleur , brodé pareillement de filets d'etain. Us gar- 
dent dans cette bourfe une pierre à feu, qui d'ordinaire 
ji'eft pas de caillou , mai]^ de criflal , avec un inorceagf 



DE LA L AP O N î E. I83 
d^acicr , & du foufrc pour faire du feu au lieu où ils ar- 
rivent ; ils y mettent auffi leur tabac , ôc les autres clio- 
fes femblables & de moindre confequence. Le petit 
(àc de peau efl: du même cuir , ôc façonné tout de mê- 
me 5 fa figure efl: ronde ôc longue , prefque femblable i 
celle d'une poire : Ils mettent daps ce Cxc leur argent, 
& ce qu'ils ont de plus précieux; ils y pendent plufieurs 
petits anneaux. L'étui des eguilles eft fait d'une façon 
toute particulière ^ ils prennent une fimple pièce d étof- 
fe quarrée , plus large toute-fois par le bas que par le 
haut , qui a la figure d'un triangle long , mais couppé 
par la pointe. Ils bordent cette étoffe avec du cuir, afin 
qu'elle foit plus forte, ôc ils y mettent des eguilles. Ils 
fourrent cet étui dans un autre de la même figure , cou- 
vert par deffus d*étofFe rouge , ou d'une autre couleur , 
brodée avec des filets d'ctain , ôc qui le titre avec la 
courroie. Outre toutes ces chofes , ils pendent encore 
à leur ceinture de petites chaînes de laiton , avec an 
gran nombre d'anneaux de même métail. Ces petites 
chaînes d anneaux leur font attachées tout à Tentour du 
corps; la bourfe pend au bas du ventre ^ les autres cho- 
fes îbnt retirées fur les cotez: Voila quels font leurs ha- 
bits ôc les ajuftemens de leur corps. 

Ils fe couvrent ordinairement la tefl:e d'un bonnet , 
fait de la même figure de ceux que nous avons au li6t 
durant nôtre fommeil ; les plus riches y font faire un ^ 
bord de peau , ou de Renard , ou de Caftor , ou de c 
Martres. Les bonnets font faits d'étoffe rouge ou d'une 
autre couleur , ou bien de poils de Renard blanc qu'on 
file j puis on les travaille prefque comme nos bâts d'ef- 
tame ; ou enfin ces bonnets font faits de la peau d'un 
oifeau apellé Zoow, quia encore toutes fes plumes. Ils 



184 Histoire 

ajencent quelque- fois fi ingenieufement toutroifeaS; 
que fans en ofter ni la tefte^'ni les ailes , ils s en font un 
bonnet qui a fort bonne grâce. Olaus Magnus dit que 
les Lapons fc font des bonnets de peau d'Oyes, ou de 
Canars , ou de Coqs, dont il y a en ce païs-là une in- 
nombrable quantité , auffi bien que de tous les autres 
oifeaux. Il ne parle pas des Coqs domelliques , mais 
des Coqs fauvages , qui font desFaifans, ôc des Canars: 
car ils en accommodent ainfi la peau. Cet Auteur en 
a donné la figure en fon dix-feptiéme livre. 

Ils fe fervent de gans faits à la mode la plus ordinai- 
re , & de fouliers faits de leur façon , tous de cuir de 
Benne, qui a encore le poil , même en la partie qui ré- 
pond à la plante du pied : Ils ont foin de faire cette 
partie de deux pièces coufuës enfemble , dont l'une a 
le poil tourné vers le devant, l'autre le poil tourné en 
arrière , de peur que cette femelle étant trop gliffante , 
fi le poil étoit tout d'un côté , ils ne puffent en mar- 
chant avoir le pied affez ferme. Cette partie n eft pas 
garnie de plus de femelles que le refte du foulier , con- 
tre ce qui fe f^it aux nôtres ; mais la forme en eft fort 
fimple ôc mal -faite, aiant feulement par deffus une ou- 
verture afin que le pied y puilTe entrer 3 le devant eft 
comme un bec tourné vers le haut , ôc qui va en^poin- 
te. Ils les garniffent néanmoins de quelques coutures, 
par lefquelles ils y attachent quelque petit morceau 
fort court d'étoffe rouge ou d une autre couleur. Au 
refte ils mettent leurs pieds nuds dans ces fouliers , ôc 
les lient vers le bas de la jambe avec une couroie, donc 
ils font trois ou quatre tours pour l'arrêter &c h noiier. 
Et de peur que ces fouliers devenant trop lâches ne leur 
tombent des pieds , ils y fourrent quelque peu de foin 

propre 



DE L A L A PON I E. I85 
propre à cela , qui eft une efpece d'herbe longue, qui 
croît en la Laponic , qu*ils font cuire, ôc la confervent 
pour cet effet. 

Les hommes & les femmes fe fervent encore en Eftc ^^^^l 
d'un autre forte de vêtement fait tout de cuir, dont ils 
font tomber le poil en le failani tanner, ou avec des for- 
ces ôc des cifeaux ; ils ne le portent pas toujours, mais 
feulement dans des occafions extraordinaires , pour fe 
garantir de l'incommodité des mouches ôc des frelons^ tcmcfme* 
dont les éguillons ne peuvent pas percer ce cuir. 

Les hommes portent en Hiver des haut- de chaufïès 
de peaux des pieds de Rennes avec le poil: leurs habits 
d'Hiver qu'ils nomment Muddes ^ font aufli de la peau 
velue de cet animal. Ces Muddcs ne font pas toutes c- 
gales, les unes étant beaucoup meilleures que les autres. 
Les plus eftimees les plus precieufes , (ont des peaux 
de petits Rennes , dont le premier poil cft tombé , ce 
qui arrive ordinairement environ la faint Jacques. Ces 
petits Rennes fe couvrent aufli- tofl: d'un autre petit poil 
tirant fur le noir: ces animaux étant tuez en ce temsJà 
les Muddcs de leurs Fans font extrêmement douces^ 
maniables & délicates. 

Us portent des bottes de ces mêmes peaux, qui onc 
encore le poil - ils le fervent de mitaines de cette mê- 
me peau , & ils fe couvrent la telle d'une elpece de s^mxif^' 
bonnet fort large , qui defcend julquts iur les épaules, Khce^v 
& qui les couvre en partie , ne laiifun qu un trou au* 
devant, par ou ils peuvent regarder^Je rclte les preler- 
vant du froid , des néges , & de la pluie. Ils portenc 
toutes ces lortes de vctemcns à nud lur la chair, lans 
aucune chemife.ni camifole entre deux: ils ne mètrent vvcsioniaî? 
de ce foin (dont nous avons parlé ) que dans leurs bot- ^ 



jg6 Histoire 

tes , ôc dans leurs mitaines ; ils en portent rarement de 
laine en Hiver. Ils ont une une ceinture fur leur tuni- 
que , qui ne leur va qu'a la moitié des cuifTes 3 le poil 
Jehan Toc- ^cs peaux dout ils fout vétus , eft toûjours en dehors, 
en forte qu'ils paroiflent comme les bêtes mêmes cou- 
verts de poil depuis la telte jufqu'aux pieds. 

Cette remarque fait comprendre la defcription que 
Zieglerus fait en ces termes , touchant l'habit d'Hiver 
des Lapons. Us fe fervent en cette Saifon de peaux de 
veaux marins, ôc d'Ours fort bien travaillées 5 ils fe les 
attachent toutes entières avec un nœud au delTus de la 
telle , & on ne leur voit que les yeux , tout le refte du 
corps étant entièrement couvert , comme s'ils étoicnt 
coufus dans un facj fi ce n'eft que cet habit étant fore 
jufte fur chaque partie du corps , il eit fait pour en être 
plus commode, & nullement pour fervir de fuplice. Je 
crois que c'efi: de-là que quelques-uns fe (ont témérai- 
rement perfuadez,que ces Peuples avoient tout le corps 
couvert de poil comme des brutes. Une partie des 
Auteurs qui l'ont écrit , la fait par ignorance , les au- 
tres par plaifir, n'aiant point de plus agréable (àtisfadion, 
que d affurer n'avoir vû dans les pais les plus éloignez 
que des chofes qui furpaffent la croiance. 

Il dit que les Lapons font tous vétus de peaux cou- 
vertes de poil , ôc il remarque que cela a donné lieu de 
s'imaginer qu'il y avoir des hommes fauvages velus par 
tout le corps : Je ne fçais pas néanmoins fi quelque 
Auteur a autre- fois écrit , qu'il y avoit de ces fortes 
d'hommes enLaponie. Car pour ce qui eft des Ciclops, 
de CCS hommes qui n'ont qu'un œil au milieu du front, 
qu'Adam de Bremen place en ce pais , je crois qu'il l'a 
fait pour la même raifon i parce qu'on ne voioit rien 



DE L A L A P O NIE. nj 
/ur le corps de ces Peuples ainfî vêtus , qui ne fût tout 
couvert de poil , à la referve du tro.u de leur bonnet , 
par lequel ils rcgardoienr. On a cru que ce trou droit 
Tceil unique qu'ils avoient au milieu du front. Ce qu'il 
dit néanmoins de ces Veaux marins , & de ces Ours 
n'eft nullement recevable j car outre quelles font très- 
rares chez les Lapons , ils les emploient à bien d'autres 
ufages. 

Du refte les Lapons cnrichiffent à leur mode ces vé- 
temens, y attachant en certains endroits de petites pie- 
ces de drap rouge ou d'autre couleur , ôc les brodanc 
de divers contours de filets d'etain en forme d'EtoiU 
les , de fleurs , ou d'autres chofes femblables , comme 
je le ferai voir plus exadement dans le détail. 

Pour ce qui regarde les habits des femmes, elles en 
ont d'autres en Hiver qu'en Efté^ elles portent en Efté 
des robes qui leur couvrent le fein , les bras, ôc tout 
le corps , ôc ont quelques plis par devant qui vont juf- 
ques en bas; on nomme ces fortes de robes F^olfi -, eU 
les mètrent ces robes à nud fuv le corps , ne fe lervant 
jamais de chcmifès non plus que les hommes. Et ce- 
lui-là a trompé le Comte de Brienne , qui lui a fait a- 
croire que les femmes des Lapons , outre ces vetemens 
<le peaux, avoient encore par deffous des chemifes, qui 
à la vérité n'étoient pas de toille de lin , mais &c nerfs 
d animaux deffechez, dont elles faifoient par une adret 
fe toute particulière du fil fort délie , &c enfuite de la 
toile ; car tout cela eft très faux. H efl: bien vrai qu'ils 
font du fil avec ces nerfs fcchez^ mais elles n'en font ni 
toile ni chemifes , & s'en fervent feulement pour cou- 
dre ces peaux. 

Les robes des femmes de la plus baffe condition fon^ 

A a ïj 



188 Histoire 

, , de cette étoffe çroffiere , que font les Païfans de Suéde," 

Samuel o ^ * i • i o J i 

Rhccn. apellée FFdldmar. Les femmes plus riches , & de la 
plus haute qualité portent de tres-bon drap d'Angleter- 
oiaus Pctri. re^ rouge ou d'écarlatte , & s'ajuftenc fort bien. Elles 
ont fur les reins une ceinture dont elles fe parent; cet- 
te ceinture efl: en quelque chofe différente de celle des 
hommes, étant premièrement fort large, & fouvent de 
trois doits. Ces ceintures font enrichies & garnies de 
lames entières de la longeur d'un doigt ou plus^ où il y 
a des figures gravées de fleurs , de petits oifeaux , & 
d'autres chofes femblables. Elles font par deffous at- 
tachées fur une bande de cuir , 6: mifes fi prés les unes 
des autres , que toute la ceinture en eft couverte. Ces 
lames font ordinairement d*étain, ceft pourquoi Olaus 
Pétri a dit que ces ceintures étoient d etain ; les cein- 
tures de quelques femmes riches (ont d argenr. 

Elles pendent à ces ceintures plufieurs chaînes de lai- 
ton, à l'une defquelles elles attachent un coûreau avec 
la gaîne , à l'autre la bourfe , & à un autre Tétui avec 
les éguilles , àc elles font pendre à toutes ces chofes 
quantué d'anneaux de laiton. Elles ne les tiennent pas 
fufpenduës à leurs cotez , comme toutes les femmes font ^ 
ailleurs, mais devant elles. Le poid en eit fi confidera- 
ble, qu'il va fouvent au delà de ving livres , & on a fu- 
jet de s'étonner comme quoi elles ont la force de por- 
ter par tout , & tout le long de la journée cet atirail. 
Néanmoins elles prennent beaucoup de plaifir à ce gran 
nombre d'anneaux ; & le bruit qu'ils font donnant les 
uns contre les autres leur plaît extrêmement , & elles 
croient que cela contribue fort à faire eftimer leur 
beauté ôc leur bonne mine. Wc.ïionîus dit qu'il y a des 
chaînes des anneaux d'étain parmi j mais je crois qu'il 



DE LA LAPONIE. I89 
s'en fait trcs-rarcment de ce métal- Ces chofes font or- 
dinairement de laiton 5 celles detain ne dureroient pas 
ôc ne rcndroient aucun fon. 

Les femmes Lapones fe mettent fur le fein un cer- 
tain ornement large comme la paume de la main 5 el- 
les apeilent cet ornement Kracka , il eft d'étoffe rouge 
ou d'une autre couleur. Il tourne autour de leur cou en 
forme de colier j puis il defcend des deux cotez fur le 
fein, ôc finit en pointe fous les mammelles. Elles met- 
tent fur cette étoffe , à l'endroit du fein , ôc quelque- 
fois aufli vers le cou, quantité de bulles ou boutons fort 
prés les uns des autres, avec des petites lames ou feuil- 
les de métal pendantes ôc mobiles. Les plus riches 
ont des boutons d'argent ou de fa couleur ôc tout uni , 
ou dorez, gravez, ôc cifelez de diverfes manières, ôc de 
différentes figures 5 elles en ont non feulement fur cette 
efpcce de colier, mais encore fur leur robe, à l'endroit 
qui ferme le fein , jufqu a deux ou trois rangs attachez 
les uns contre les autres. Les femmes plus pauvres qui 
n'ont pas le moien d'avoir des boutons d'argent, en por- 
tent de cuivre ou d etain ^ cet ajullement bride comme 
un bouclier 5 elles mettent en cela leur principal orne- 
ment ôc braverie : Voila le vêtement du corps. 

Elles portent une coiffure plate par deÏÏus, ronde par 
les cotez, ôc de couleur rouge -, les femmes ôc les filles 
les plus riches y mettent des galons de fil de lin po4ir 
paroîcre plus braves aux jours de Fêtes , aux nopces ôc 
aux foires. Elles le couvrent les cuiffes avec des chauf- 
fes qui vont jufqu'aux pieds -, leurs fouliers font tout 
femblables à ceux des hommes , qu'elles chauffent ôc 
.lient de la même façon. 

« Les vétemens des femmes en Hiver font prefque tout 

A a ii j 



I90 Histoire 

de même que ceux des hommes-, car elles ont des Mud- 
des de Rennes avec le poil, des haut- de- chauffes a cau- 

fe des nc-cs , du mauvais tems ôc de la difficulté des 
chemins T Elles ont aulli des bonnets comme les hom- 
mes, de elles s'en couvrent toute la tcftc. Elles portent 
quelque- fois en Efté de ces fortes de bonnets, pour fe 
cacher le vifage, & fe garantir des picqueures de mou- 
cherons , mais ils ne lont que d étoffe ; elles les ferrent 
avec un lien fous le cou , ôc quant à l'autre partie plus 
baffe , qui en Hiver leur tombent fur les épaules, elles 
la redreifcnt , 6c la font remonter ju(qucs par deflus la 
tefle. Voila les vétemens des femmes mariées aufîi bien 
que des filles ^ car elles font toutes vêtues de la même 
façon , & on ne remarque rien en leurs habits , qui les 
dirtingue les unes des autres. 

Outre ces habits de jour elles en ont de nuit avec 
quoi elles dorment ^ car pour ce qui efl des lits de plu- 
mes de divers oifeaux , elles n'en ont point : Et Olaus 
I Magnus s'efl trompé quand il a écrit qu'elles en ufoienr. 
Ces vétemens de nuit font de deux fortes, ceux ou elles 
repofent, & ceux dont elles fe couvrent ; ceux-ci font 
differens félon la diverfité des Saifons. Elles fe cou- 
» chent fur des oeaux de Prennes > ôc en jettent quelques- 
unes fur des branches & des feuilles de Bouleau , qui leur 
tiennent lieu de paille ou de matelas pour rcpofer mol- 
lement -, elles n'ont ni châlit ni traverfin , car elles ne 
fçavant ce que c'efi:. 

Pour ce qui e(l des vétemens dont elles fe couvrent 
ce font en Efté des couvertures de laine-, le poil des fi- 
Icts de ces couvertures efl extrêmement long, & elles les 
nomment Raaner ou Rycr. Elles ne s'en couvrent pas feu- 
lement tout le corps , mais elles s'en cnvelopcnt auffi tou- 



DELA LAPONIE. ï9i 

te la tefte à caufe des moucherons, dont eîlcs font fort 
incommodées la nuit en cette fàifon. Ec afin qu'elles 
puillcnt plus facilemenc refpirer, & que la pcfanceur de 
CCS couvertures ne rendent pas la chaleur exceffive, el- 
les ont coutume de les (iifpendre avec des cordons du 
côre de la tefte, au haut de la tente ou cabane. 

Voila leurs couvertures d'Efté: pour ce qui eft de l'Hi- 
ver , elles fe couvrent premièrement de couvertures de 
Mouron ou de Renne , fur kfquelles elles mettent en- 
core de ces couvertures , donc nous venons de parler , 
qui s achètent en Norvège : Et elles font toujours , 
tant l'Hiver que l'Efté , toutes nues ious ces couvertu- 
res, fans avoir autre chofe fur tout leur corps. 

Voila ce qui eft de plus remarquable touchant les 
vetemens des Lapons, & voici la manière dont font faits 
leurs habits d'Efté Se leurs habits d'Hiver 5 la femme 
deflinée au haut de la figure porte (on enfant dans le 
berceau attaché fiir fon dos -, celle qui eft deffous le por- 
te dans fon berceau , a la manière ordinaire , entre fes 
bras. 

OnTiemc Fliun. 



19% 



Histoire 



Samuel 
Hhcen 



CHAPITRE XVIIL 
De la Nourriture des Lapons. 

LE S Lapons ne fe nourriffent pas tous de la mê- 
me force. Ceux qui demeurent fur les montagnes 
n'allant prefque jamais à la pefche , ne fe nourriffent 
que de Rennes, qui font proprement leurs troupeaux , 
ils en mangent la chair , fe fervent de leur kud , & 
en font du fromage -, fi ce n eft qui la foire de funt 
Jean , qui fe tient tous les ans en Norvège, ils achètent 
des boeufs, des vaches, des chèvres, & des brebis, donc 
ils tirent le laid enEfté, puis ils les tuent en Automne, 
& en mangent la chair. Mais cela eft affez rare , parce 
qu'ils n ont pas , ni le moien d'en acheter , ni d en nour- 
rir un fort gran nombre , à caufe qu'ils n'ont point de 
fourages, m detables pour les y conierver en Hiver, & 
ils n'en peuvent pas même avoir , ne demeurant jamais 
longr-tems au même lieu. Voila ce qui les oblige de 
tue? cette forte de bétail en cette faifon de l'Automne,, 
lorfque les pafcages & les fourages viennent à leur 
manquer. 

Mais parce qu'ils ont toujours des Rennes en tres- 
gran nombre , ils en tirent leur aliment le plus ordinaire^ 
d'une autre manière toute-fois en Hiver qu ils ne fonc 
$a««ci en Efté. Car ils n'en mangent en Automne & en Hi- 
ver que la chair cuite, &au Printems & enEfte ils man- 
geât les fromages de leur lai6t , & de leur chair deflc- 



DE LA L APONIÉ. 195 
chce à lair pendant l'Hiver. La coutume de tout le 
Septentrion fe pratique auffi p?rmi les Lapons, qui eft 
d'expofer l'Hiver de la chair à Tair , afin que le vent en 
dtflcche l'humidité, ôc rempcfche de fe corrompre. Le 
Comte de Brienne dit que cette chair eft crue, mais 
elle ne l'eft pas vraiement , fi on veut prendre^e mot 
1 la rigueur, puis qu*el!e n'eft pas comme la chair d'un 
animal que Ton vient de tuer( ce qu'on pourroit da- 
bord s'imaginer ) maisatendrie ôc mortifiée par degrans 
froids , qui n'ont pas moins la vertu de les cuire , que 
l'ardeur du Soleil en d'autres pais. Ils mangent auPrin- 
tems cette chair ainfi préparée , mais en Efté ils ne vi- 
vent prefque que de laid, de fromage , ôc de petit laid 
apellé Kamada, 

La langue du Renne pafle pour le morceau le plus JcHan To^: 
friand , ils la font rôtir ; la graifle ôc la moelle des os 
qui a un goût délicat, font de leurs mets des plus deli- vvcxionim: 
cieux , ôc ils n'en font pas moins d'état que les Alemans 
font des huitres, ôc des fruits nouvellement venus dal- 
lieurs. Ces Lapons font auffi cuire dans de 1'^ le fang ^^^^^ 
du Renne , qu*ils mangent en forme de potage, ôc c'eft 
leur plus ordinaire nourriture. 

Les Lapons des forêts vivent de poiffon d'oifeaux ^. 
ôc dé bêtes fauvages : Et parce qu'ils ont ces choies en 
abondance dans toutes les (aifons , ils en ufent auffi tou- 
te Tannée , ôc ils ne font pas contrains comme les La- 
pons montgnards , d'avoir de certaines viandes l'Hiver ^ 
ôc d*autres l*Efté. C eft de ces Lapons des forêts qu'on 
doit entendre les paroles d'Olaus Magnus ôc de Peuce- 
rus , que les Lapons ne vivent que de la pefche ôc de Line 'de 'îi 
la chaffe. L'ufage des poilTons eft pourtant parmi eux 
le plus fréquent ôc le plus co*mmun. Entre toutes les 



^194 Histoire 

bêccs fauvages , ils aiment plus la chair d'Ours que 
Rhceu, ç^Wq autres bêtes -, ils en régalent leurs meilleurs 
amis. Entre les diverfes fortes d'oifeaux qu ils prennent, 
ils mangent plus fréquemment d un certain , que le£ 
Sue-dois nomment Sniœriipor , qui font de ces oileaux , 
qui ont. des pieds velus ôc femblables à ceux des liè- 
vres. 

Outre ces viandes ordinaires, les Lapons en ont en- 
core d autres. Leurs fauces font faites de capes fauva- 
ges rouges, de fraifes, &c dune certaine efpece de mû- 
res , que quelques-uns apellent mûres de Norvège , ils onc 
d'autres (àuces faites avec de l'Angélique pierreufe, & 
de l'écorce intérieure de Pin. 
Hcrberftc YoïU ouels font Ics alimens des Lapons. Comme ils 

nias. L ,,, ^ .1 /T 1 

vvcxioniuï. ne fement point , ôc qu ils ne font point de moilion , la 
jcao Tor- plû^part n'ont pas même la connoiffance du pain, donc 
l'ufage auffi bien que celui des autres nourritures faites 
de tarines , eft parmi eux extrêmement rare , ôc lors 
quils en recouvrent ils en mangent tres-peu. Ils n'ont 
point auif de fel , &c quand on leur en porte , ils en 
mettent tres-peu lur leurs viandes. 

Au lieu de farine & de pain ils prennent des poifTons, 
Sfic|ierus. qu'ils expofent l'Hiver à l'air excelTivement froid , & au 
Printems Se en Efté au vent ôc au Soleil , ô^ les aiant ainfi 
delfechez , ils les mettent en poudre. Et fi nous en 
croïons Olaus Magnus, ils cueillent au commencement 
de l'Efté les bouts des Pins, dont la moelle eft fort dou- 
ce, ôc ils s'en fervent au lieu de pain. L'ecorce de ces 
arbres leur fert de fel , après l'avoi-r préparée en cette 
manière. 

RÏÏca! Ils dépouillent premièrement les Pins de leur grofic 
ccorcc aux endroits les plus proches de la tecrc , ils le- 



DELALAPONIE. ^ 195 
vent la petite ccorce intérieure , qu'ils nettcient bien , 
ôc ils la mettent en feiiilles fort délices. Ils font enfuite 
fecher ces feuilles au Soleil , ils les rompent en petits 
morceaux, ils en rempliflènt des quaifles. Ils mettent 
ces mêmes quailTes dans la terre ôc les couvrent de fa- 
ble , laiffant tout le long d'un jour ces écorces s aten- 
drir , & cuire dans leur propre chaleur. Ils font bi ûler fur 
l'endroit où les quaiffes font en terre, une grande quan^ 
tité de bois , dont le gran feu recuit encore ces écorces, 
leur fait prendre une couleur rouge , ôc leur donne une ' 
faveur très- douce & très- agréable. ]ai apris quelles 
leur tenoicnt lieu de fel, qu'ils s'en fervoîent très -fou- 
vent pour affaifonner ce qu'ils mangent , comme nous 
avons coutume de nous fervir du fucre. 

Les Lapons obfervent encore for religieufèment cet- 
te cérémonie , qui efl: un refte de ce que les Catholi- 
ques leur avoient apris , de garder tous les Vendredis 
de chaque femame une cfpece de jeûne. Us ne man- 
gent ces jours-là que du poiflbn , qu'ils achètent des samueî 
autres Lapons, quand ils ne peuvent pefcher. Que s'ils 
ne peuvent avoir de poiffon, ils fe contentent de hi& 
ôc de fromage. 

Au refte ils ont coutume de préparer ainfî toutes 
ces viandes. Ils font cuire la chair de a bête fraîche- 
ment tuée, mais à petit feu , fur lequel ils la tiennent 
fort p%u de tems , ôc pas plus qu'on en prend pour fai- 
re cuire du poiffon , croiant qu'elle aura par ce moien 
plus de fuc, ôc qu'ils en tireront plusjdc jus , lequel «ils 
aiment fort , ôc dont ils {è fervent pour leur boiflbn. 
Quoi que la caufe de ceci vienne peut-être de ce qu'il y , bswi, 
a lortpeu de tems qu ils font cuire leurs viandes, naiant quiécnroù 
commencé qu'environ les premières années du dernier ' ^""^^^-^^i 

B b i j 



Samuel 
Rhccn. 



iç,6 Histoire 

fieclc l's font même fouvent cuire la chair & le poil- 
fon enfemble dans un même chaudron : Us mangerït 
les autres chairs durcies à lair de l'Hiver & de 1 hlte, 
fans les faire cuire davantage ; ceft ce qui a fait dire au 
Comte de Brienne, qu'ils le nourrilToient de chair crue. 
Ils prennent le lai£t de Renne , qu'ils tirent lur la hn 
de l'Automne , lequel ils bnt cuire avec une certaine 
quantité d eau , parce quil ell trop épais ; ou bien ils 
le mçtcent dans de grans vailTeaux , & l'expcfent ainh 
au froid de 1 Hiver , afin qu'il fe lie , qu'il durciOe ea 
forme de gelée, qu'il fe puiffe conlerver plus long-tems 
le coupant après comme on fait le fromage. 

Ils ont coûtume de préparer le poilTon de la même 
manière ; car ils en font cuire une partie , & mangent 
les autres fecs. Apres donc qu'ils ont fait la pefche, ils 
vuident tout le poilTon qu'Us ont pris , mais princi- 
palement les brochets ; puis ils les pendent k de petits 
bâtons pofez fur des fourches drelTces pour cela & 
couvertes par delTus, de peur que la pluie ne mouille le 
poiffon, & ne le filfe corrompre. 11 ie durcit ainli au 
veiit & au Soleil durant le Frintems 5c en Elle ; de tel- 
le forte qu'il fe peut garder quelques années -, la rigueur 
du froid en Hiver a la même venu de les delTccher.dc 
les durcir , & de les conlerver. 

Pour ce qui eft des poiflons qu'ils ne font pas ain i 
* ' ■ ' fecher, ils les font cuire & les mangent fi toirquils 
les ont pris. Us les font bouillir , ou tous fculs ou avec 
d«la chair, foit d'oiteaux, loit de bêtes fauvages ; car 
ils ne font rôcir le poilfon ni la chatr , à la rekrve de la 
langue du Renne , & des os qu'ils mettent fur le ftu , 
puis ils les cafTent, & en mangent la moelle. Er je m c- 
iiT.4;ch.... tonne de ce qu'Olaus Magnus alTure le contraire , qu'ils 



DE LA LAPOKIE 197 
font rôtir la chair des bêtes prifes à la chaffe , & qu'ils 
les font rarement bouillir. Les paroles de Zieglerus ièm- 
blent 1 avoir jette dans cette erreur 5 il avoit lû dans 
cet Auteur, que le mari après avoir cliafTc prefentoit à 
femme la chair de l'animal mife à une broche pour 
U mir ; il a cru que c*écoit à cet effet, & il y a aparen- 
ce qu'il y a de (oi-mcme ajoute ces deux mots , pour la 
rôtir. 

Le deffert les confitures , qui font ordinairement 
de diverfes fortes de petits fruits , au lieu de pommes , 
de noix, & autres chofes femblables, fe font parmi eux 
de cette façon. Ils cueillent des mûres , que quelques- 
uns apellent mûres de Norvège, lors quelles commen- 
cent à mûrir , & les font cuire à petit feu fans eau , & 
dans leur propre fuc , les faifant ainfi ramollir 5 puis 
ils jettent dcffus un peu de iel broie fort menu ^ ils les 
mettent dans un vaiffeau decorce de Bouleau, ôc laianc 
bien ferme de tous côcez , ils le mettent dans la terre, 
& le couvrent de terre , & lors qu'ils veulent manger 
de ces mûres , ils les tirent delà.auffi fraîches & entiè- 
res, que fi elles ne venoient que d'être cueillies 5 c'ell 
la feule forte déconfiture dont ilsufent en ce tems là que 
tous les autres fruits leur manquent. Ils ont coûtume 
lors qu elles font encore toutes récentes , de les méfier 
avec des chairs de poifTons , & de s'en faire une forte 
de viande particulière , qu'ils font cuire ainfi. ils font 
cuire prcmiercmenr les poifTons dans Teau j ils en oftent 
toutes les arêtes, ils les mettent avec des mûres , & pi- 
lent le tout dcîns un pilon de bois , & le mangent avec 
des cuilliers en forme de potage, JEc ils n'en font pas 
feulemtnt avec des mûres , mais avec des capes fauva- 
ges rouges , 6c autres fcuus qu ils aG<:ommodent avec 
du roilïon. ' S b iij 



t9f Histoire 

Outre cette forte de confiture H^s Lapons en ont 
encore une autre , dont ils font leurs plus grands déli- 
ces, compofée d'Angélique pierreufe , dont ils prennent 
la tige avant quelle monte en graine, en oftent lecor- 
ce , en font cuire la moelle fur les charbons , la man- 
gent , Se y prennent gran goût. Us ont encore coû- 
tume de préparer d'une autre manière cette Angélique, 
prenant la tige lors qu'elle eft prefte d'avoir de la grai- 
ne, ils la coupent par morceaux^, ôc la font cuire avec 
du laid clair de Renne durant tout un )our , jufqu a 
ce qu'elle foit devenue de coulenr rouge , & ils la con- 
fervenc ainfi pour l'Hiver , & même pour les autres 
Saifons de Tannée. Cette forte d'aliment eft extrême* 
ment amer (comme il n*eft pas difficile à croire) l'uftge, 
néanmoins fréquent , &c lacoùtumance leur font trou- 
ver fort agréable , ce qu'ils s'imaginent être ires bon 
pour leur (ànté. 

Us ont encore une autre efpcce de nourriture , qui 
eft de la grande ozeille cuite dans du laid : La derniè- 
re enfin eft faite de lecorce de Pin, dont ils fe fer- 
vent quelque-fois au lieu de fel , qu'ils font cuire, la 
mettant en terre, & après l'en avoir couverte, allumant 
un gran feu par deffus ; Us nomment cela Santopel:?;^i. 
J'ai dit la dernière, car je ne fçais pas fi je dois mettre 
le beurre au nombre de ces alimens ^ les Auteurs ne le 
comptent point parmi les viandes communes & ordi- 
naire des Lapons ; ôc quelques-uns affurent que l'on 
n'en peut faire avec du laid de Renne. Samuel Rhecn 
dit toute, fois qu'on le fait de la forte : Ils mettent le 
laid des Rennes dans un chaudron , puis ils le font 
prendre ô^epaiffir comme du fromage, le remuant tou- 
jours avec un bâton , & le méfiant foigncufeipcnt -, le 



DE L A L A P O NIE. jp^ 
beurre fe fait enfin de couleur blanche , ôc femblablc 
à du fuif ; ils jettent un peu de fcl par deffus, ôc le con^ 
'fervent ainfi dans un vaiflèau. 

Je viens à leur boiflbn, qui eft ordinairement de Teau, 
que le Comte de Brienne dit être de la glace fondue ; 
mais cela n'eft pas toujours vrai : il n eft pas poffible 
qu'au milieu d'un fi gran nombre de fleuves ôc de lacs , 
Icau leur puifTc jamais manquer même fous la glace. 
De peur néanmoins quelle ne gcle , ils la tiennent en ^^^^^ 
Hiver dans un chaudron fufpendu fur le feu au milieu 
de la cabane, ôc chacun en prend tant quil veut avec 
une cuillier, parce moien il ne la boit pas froide, mais 
chaude, particulièrement en cette Saifon. 

Outre l'eau commune , ils fe fervent encore pour boi- '^^^^t 
re du bouillon , où ils ont fait cuire la chair avec le 
poifTon , èc ils apellent L^ebm^ cette forte de bruvage. 
Olaus Magnus ajoute que les Lapons boivent auffi du dernier, 
petit laidl. 

Voila ce qu'ils boivent dans la neceffité ; car ils ne 
fçavent ce que c'eft que bicrre , quoi que tous les au- 
tres Peuples du Septentrion ufent ordinairement de cet- 
te boiflbn. Ils ne boivent point de bierre, parce qu'il 
ne croît dans leur païs ni orge ni houblon, & que d'ail- 
leurs la bierre ne fe fçauroit confèrver chez eux parti- vvcxfomaf 
culierement en Hiver , où il n y a aucune cave ni cel- slcc/^ulc'' 
lier. Lors qu'ils veulent boire pour le feul plaifir ôc faire la 
débauche ( ce qui leur arrive aflèz fouvent ) ils boivent 
des eaux de vie de France , qu'ils achètent en Norvè- 
ge , à la Foire de faint Jean. Il n'y a point de boiflbn 
qui leur foit plus agréable , & on ne peut pas leur fai- 
re un meilleur regale , pour entrer d'abord en leurs 
bonnes graçes , ôc obtenir promptement d'eux tout 



joo Histoire 

ce que l'on defirc. Ils fc fervent particulièrement de 
cette forte de bruvage aux jours de Fêtes folemnellcs , ^ 
aux noces & autres pareils feftins. 

Les Lapons fe fervent fréquemment de tabac, quils 
achètent avec le bran-dc-vin à la l oire de Norvège. Et 
cell: une chofe digne d'admiration , que des Peuples 
privez de l'ufagc du pain & du fel , prennent tant de 
plaifir à fe repaître de la fumée d'une herbe des Indes, 
qu'ils en fouffrent moins volontiers la privation que de 
toute autre nourriture. C'eft pour cette raifon quon 
met le tabac au nombre des Marchandifes étrangères, 
que les Marchands ontcoûtume de porter aux Lapons. 

Confiderons la manière dont ils font &c règlent leurs 
repas. En Hiver le lieu eft dans la cabane , vers le co- 
té où le pere de famille fe tient avec fa femme & fes 
filles, à la droite en entrant par la porte commune & 
ordinaire-, ils mangent en Efté dehors fur quelques ga- 
..™.c. zons d'herbe verte : Ils fe mettent auffi quelque- ois 
tout autour du chaudron & du foier qui elt au miheu 
de la même cabane. 

Ils ne fe mettent pas fort en peine d'y garder des rangs, 
& ils ne croient pas qu'il y ait une place plus honorab e 
l'une que l'autre ; c'eft pourquoi chacun prend celle 
qu'il peut fans s'inquiéter fur le choix. En quelque en- 
droit qu'ils prennent leur repas , ils s'y mettent ordi- 
nairement lans aucun banc ni fiege , à plate terre, ou 
fur quelque peau étendue par deffus , aiant les cuifles 
& les pieds pliez l'un contre l'autre par derrière , & ce- 
la, tout en rond ou en forme de cercle. 

Eftant alTis en rond & de cette manière , on met les 
Wcxionius. viandes , non pas fur une table , mais fur un aiz qui 
leur fcrt de table ; plufieurs néanmoins ne s'en lervent 

point. 



Samuel 



DE LA L AP O K î E. toi 
point , 6c ils mettent les viandes fur la même peau où 
ils fontaflis. La viande étant tirée du chaudron & tou- 
te préparée , C c'efl: de la chair ou du poifîbn , ils la ^^Hl 
mettent ordinairement (iir une pièce de cette grofTe é* 
tofFe qu'ils nomment FFaldmar : Les plus riches au 
lieu de cette étofFc (e fervent d'une pièce de linge, car 
ils nont jamais vû de nappes , d'écuelles , de plats, ni 
d'autres vaiffelles de cuifine. Que fi c'eft quelque nour« 
riture liquide comme du potage , du laiû ^ ou autre 
chofe pareille , ils ont un gran vaiffeau fait d*un tronc 
de Bouleau creufé en long , dont la figure eft peu dif- 
férente de celle des pelles qui fervent à remuer le bled. 
Chacun prend ôc tient à la main (a pièce de chair, foie 
de poiffon j ôc fouvent fans qu'on leur ferve la viande , 
ils en tirent eux mêmes du chaudron autant qu'ils en 
ont de befoin , & au défaut de cette pièce d'étoffe , ou 
de quelque autre chofè j car il y en a qui fe fervent de 
certains vaiflèaux de bois faits en rond, ôc propres à ces 
ufage : Ils mettejit cette viande fiir leurs gands ou dans 
leur bonnet ^ ils prennent à boire avec une cuillier de 
bois , qui leur fert de taffe -, quelques-uns y aportent 
le bruvage dans un vaiffeau d ecorce. 

Il faut remarquer que les Lapons font gourmands Ôc 
erans mang-eurs lors qu'ils ont des vivres en abondance, , , ^ 
quils mangent jour nuit quand ils ont de quoi, iur Niurcmuî. 
tout de la chair d'Ours ôc de Rennes fauvages , ôc ne ^^^^'''^ 
refervent jamais rien tant qu'ils peuvent rendre gorge. 
Cette grande intempérance ne les empefche pas, dans 
les occafions où les vivres leur manquent ^ d'endurer 
très- patiemment la faim. 

Le dîné ou le foupé étant fini, ils font ordinairement 
deux chofes: La première eft qu'ils rendent grâce à 

Ce 



Histoire 

Dieu en cette forte. Us lèvent les mains au Ciel , & 
" font cette prière. Grâces à Dieu , c^m a créé U nourritHrc 
pour notre commodité. On voit ici des marques extérieu- 
res de dévotion dans 1 élévation de leurs mains, ôc U 
reconnoiffance du bienfait receu de Dieu , par la fo- 
lemnelle action de grâce. Cela fe pratique de cette ma. 
niere dans la Laponie de Pitha , mais les Lapons de 
Torna font leur prière ainfi. Mon Dieu Jokl^loué&be^ 
ni de nous avoir donné U nourriture; faites que^ celle, c^uc 
nous venons dt prendre a }?refent , nous ferve 6r rétahlijfe^ nos 
forces corporelles, La féconde chofe qu'ils font après le 
repas , ceft de fe donner mutuellement la main droite, 
s exhortant a fe garder la fidélité , & à conferver l'ami- 
tié qu'ils ont les uns pour les autres -, afin que cette cé- 
rémonie les faffe reffouvenir du lien de la charité, qui 
les oblige à n avoir qu'un cœur , comme ils n ont eu 
qu une même table. 



DE LA LAPONIE. toi 



CHAPITRE XIX. 

^es la Çhajfe des Lapons- - 

LA chaffe eft un des principaux exercices des Lâ- 
pons , elle n'eil permife qu'aux hommes: Olaus 
Magnus aflurc néanmoins le contraire: Il dit que les \\y.A^th,% 
hommes qui demeurent fous le Pole , dans le vafte cir- « 
cuit d'une très grande étendue de forets, font au milieu c« 
d'un fi prodigieux nombre , & d une fi efFroiable multi- « 
tude de bêtes fauvages; que les feuls hommes ne fuf <c 
firoient pas pour la chaffe , fi les femmes ne venoicnt 
encore à leur fecours. De- là vient quelles vont auffi 
bien qu'eux à la chafTe , qu'elles y font paroîtrc autant << 
d'agilité & parfois davantage. Je crois qu'il a e'crit ce- " 
la comme pîufieurs autres chofes , non pas {ïir le raport 
de quelques pcrfonnes dignes de foi 5 mais qu'il a feu- 
lement fuivi quelques anciens Auteurs. Il peut s'être ar- AufccondH- 
rété à ce que ProcopeditdesScritofinns, qu Olaus tient des Goihs^* 
être les voifins des Lapons : Que les hommes ne font «c 
pas acoûtumez à cultiver les terres , que le travail eft u 
inconnu aux femmes, & que la feule chafTe fuffit à l'un T^ 

^ ' i Des mœurs 

ôc a l'autre fexe ; il fait peut-être fond fur les paroles «icsAiemana. 
de Tacite parlant des Finlandois. Que la même chaffe ^< 
nourrit également les hommes & les femmes, qu'elles 
leur y tiennent compagnie , & qu'elles partagent la " 
proie avec eux- Mais quoi qu'on puilîè dire des an- 
ciens Tinlandois , & des Scritofinns , 6c de ce que Ta- 

Ce ij 



^4 Histoire ^ 

cite & Procope en racontent. C'eft une vérité tres-con- 
Ihnte que les Lapons éloignent tellement les femmes 
de toute forte de chaffe , qu ils ne leur permettent pas 
d'aprocher desinftrumens dont ils fe fervent pour chaf- 
fer , qu ils ne vont pas à la chaffe, Ôc ne rentrent pas à 
leur retour dans la cabane par la même porte , par la- 
quelle les femmes ont coûtume d'entrer & de fortir , 
ôc que même ils ne foufFrent point quelles touchent 
avec leurs mains à la bête qui a été prife -, comme je 
prouverai amplement toutes ces chofes dans le détail. 

La fuperUition à laquelle ils font extrêmement adon- 
nez , fait qu'ils obfervent en leur chafle plufieurs chofes. 
La première eft de ne jamais chafler en un tems , ni en 
un jour mal-heureux & de mauvaife augure. Ils met- 
tent au nombre de ces jours mal-heureux, les Fêtes de 
fainte Catherine, de faint Clément , & de faint Marc. 
11 n'y a point de Lapons qui veuillent aller ces jours la 
à la chafl'e. Se ils difent pour leurs raifons que leurs arcs 
fe romproient s'ils vouloient tirer -, 6c outre cela qu'ils 
feroient mal heureux, & qu'ils ne prendroient rien a la 
chaffe tout le refte de Tannée. 

La leconde chofe qu'ils obfervent , eft de ne jamais 
entreprendre une chaflb un peu plus confiderable, fans 
avoir auparavant avec le Tambour de Laponie , tâche 
de reconnoîcre , fi le Dieu leur fera favorable. Car 
c eft-là un des ufages de ce Tambour , & c eft a ce del- 
fein qu'ils y tracent les figures de certaines bêtes fauva- 
ges. Us font (ur tout cette obfervation avant que d al- 
ler à la chafle des Ours. „ v , 
La troifiéme chofe , c eft de ne pas fornr allant a la 
chafl^c, par la porte ordinaire , par laquelle ils entrent 
ôc fortent pour les autres affaires , mais par la porte qui 



DE LA LAPONIE. 205 
lui efl oppofée, & qu'ils apellent Pojje. Je crois que les 
femmes en font la caufe : car ils croient que la rencon- 
tre d'une femme eft de tres-mauvaifè augure peur celui 
qui va à la chafTe , ôc qu'il lui fera impoffible d arrêter 
aucune bête, fi fortanc par derrière la cabane à ce def- 
fein, il rencontre une femme en ce lieu-là. Et c'ell-là 
une des principales raifons pour lefquelles il eft deiFen- 
du aux femmes d'aller derrière la cabane ( comme je l'ai 
appris d'Olaus Matthi^ Lapon de naifTance, qui étudie 
parmi nous en même rems que j'écris ces chofes. Zie- 
glerus a autrefois indiqué ceci, mais par des paroles un 
peu trop obfcures , que l'on peut corriger ôc éclaircir 
par ce que je viens de dire. ^'/7 nefl pas permis à une 
femme de fortir de la tente par la porte , par oà le même jour 
fin mari efl font pour alhr à la chajje. Cette defFence n'eft 
pas pour un feul &C un même jour, mais pour toûjours, 
ôc le mari ne va point à la cliafTe par d'autre porte que 
celle qui eft derrière la tente , par laquelle il n eft ja- 
mais permis à fa femme de fortir. Voila ce qui fe faic 
avant que de chaffer. 

La chafTe fe fait donc enfuite, ce n'eftpas néanmoins 
toûjours la même , mais elle eft différente, tant pour ia 
variété des Saifons, que pour la diverfité des bêtes qu'ils 
pourfuivent. Celle de l'Efté eft bien autre que celle de 
l'Hiver- la chaffe des petites bêtes ne fe fait pas com- 
me celle des grandes bêtes fauvages. 

En Efté les Lapons pourfuivent à pied les bêces^ &c ils 
les attrapent avec des chiens qu'ils ont qui courrenc 
trcs-vite , & qui font fort bien dreffez -, car ils en ont 
de très-bons & de tres-courageux , qui non feulement 
arrêtent ou font lever la bête , mais qui ont encore le 
courage de fe lancer delTus 5 c'eft pourquoi ils les tien- 

Ce iij 



106 Histoire 

vvcxionius j^çj^j continuellement attachez à leur cabane , afin qu*c- 

dJraiptdc^" tant relâchez ils Te jettent plus ardemment fur la bête. 

la sucdc. obfervent en Hiver les traces des bctes marquées 

fur la ncge, & les liirprennent allant après d'une vitcf- 
fe incroiable, par le moien de certaines petites tables 
coulantes , ôc redrelTées en haut par le devant , qu ils 

oiâus Ma- iriettent fous leurs pieds. Ils vont avec cela fur les mon- 

i»nus livre 4. t 11 / J 

chap.crc it tagnes ôc au travers des vallées toutes couvertes de ne- 
' ges, tournante avançant comme ils veulent, fe ramaf- 
fant & précipitant en quelque façon, ôc: fe tranfportant 
prefque en un moment d'un lieu en un autre fort éloi- 
gné. Ils font très- adroits en cette manière de courfe , 
ôc fe gouvernent de la forte quand quelque malheur les 
oblige de s affembler vice , ou quand par pl a ifir feule- 
ment il faut aller à la chaflc , dont le profit les entre- 
tient , ôc fait d'ordinaire leur fortune. 

Ils prennent les petites bêtes avec lare ôc les flèches, 
ôc ils attaquent les grandes avec des hallebardes Ôc des 
moufquets. Ils prennent d'ordinaire les Hermines avec 
une efpecede trappe, prefque de la même manière que 
nous prenons les rats & les fourris. Ils mettent quelques 
bois de travers les uns fur les autres , qu ils attachent à 
ounsiiv.18 des cordes fort déhées, de forte qu'étant un peu remuées 
par le mouvement de trois ou de quatre & quelque- tois 
de huit Hermines qui entrent dedans tout à la fois, leur 
pefanteur les fait auffi-tofl retomber ôc renfermer ainfi 
ces petits animaux. Ils les prennent aufïi quelque-fois 
dans des foffes , qu'ils couvrent par deffus de nége de 
peur que l'animal ne s'aperçoive du piège ; ils les arrê- 
tent d'autres -fois avec leurs chiens, quicourrent fi vite, 
qu ils les joignent à la courfe , ôc les font mourir de 
leurs dems. 



D E L A L A P O H I E. 2or 
Pour ce qui cft des Ecurciiils ils Us abbaccnt avec 
des flèches qui ne font point armées de pointe , mais 
dont le bout au contraire ett gros & poli , de peur que 
le coup ne gâte leur peau , dont la beauté eft la feule 
cau(e qui les fait rechercher. La chaffc des Martres Zi- 
bellines & des Piroles, qui ne -font autre chofe que ces uv 7. ch, 
Ecurciiils, fe fait de la même façon. Us ne laifTent pas 
de tirer fouvcnt contre ces Martres des flèches armées 
de pointes de fer , aulîl bien que contre les Renards, 
Calîors & autres bcces. Si la peau de la bête eft pre- 
cieufe, de qu'ils veullent lavoir entière fans la gâter, ils Herbaftc. 
tirent fi jufte & font fi adroits , qu'ils frappent la bête 
par^ le mufcau , & la tuent. 

Ils attrapent les Renards dans des folTes couvertes 
de quelques petites branches d'arbres ôc de néges, pour 
les faire tomber dans le piegc , lors qu ils veullent aller 
prendre la chair qu'on leur a mife fur les branches qui 
couvrent ces foffes. On leur met auffi quelque- fois des 
viandes empoifonnécs pour les faire mourir , ôc les La- 
pons ont à cet ufage une efpece toute particulière de ^^^^J^ 
mouffe • mais les Renards ne mangent jamiais la chair Rkecn 
qu'on a mife pour les prendre , tant qu'ils trouvent de 
certains rats champêtres, qu'ils aiment fort, & dont ils 
s'engraifTent, On les arrête encore avec une manière 
de trape compofée de morceaux de fer en forme de te- 
naille; ils s'y prennent par les pieds, lors qu*ils palTenc 
fans y prendre garde , fur leurs traces ordinaires. 

Ils attrapent les lièvres au lacer-, ils attachent ce lacet 
aux branches de quelques arbriffeaux , de forte qu'au 
moment que la bête y touche, elle s'y trouve prife, & 
demeure kifpenduë en l'air. Ils prennent de la même 
manière les autres petites bêtes. Ils fe gardent invio- 



20S Histoire 

lablcment cette fidélité les uns aux autres , qu ils ne 
s'approprient jamais la bête qu'ils ont trouvée dans le 
lacet d'autrui3 c cft pourquoi fi- toft que quelqu'un a dé. 
taché un lièvre, ou quelqu autre de ces petites bêtes qui 
font prifes , il la va porter à celui à qui la bête appar- 
tient, j £• /r ^ 
Les Lapons attrapent les Loups dans des foUes ou 
ils les font tomber j ils les tuent néanmoins fort fou- 
vent à coups de moufquet ^ ils font ce qu'ils peuvent 
pour les détruire, à cauie qu'il y en a une grande quan- 
ohusMa- tite dans le païs , & qu'ils ruinent leurs troupeaux. Les 
gnusîivreig. LaDous attaclicnt cucorc à des charognes des faulx bien 
aiguifées, ou à des flèches bien pointuifs , qu'ils cachent 
fous la nége, afin que les Loups venant à fe jetter def- 
fus, fe coupent les jambes ou fe blelTent mortellement. 
Ils prennent prefquc de la même façon les Linxes ou 
Loups cerviers , &c les J^rfs ou Goulus. Le chaffeur 
p'rend le tems que le Jxrf ou Goulu paffe avec effort 
entre deux arbres pour fe décharger le ventre, & alors 
on le perce à coups de flèches & on le tué. On prend 
encore cette bête avec deux pièces de bois & une ficel- 
le fort déliée entre deux , afin que pour peu que cet 
animal touche à cette ficelle, il en foit étranglé : On 
l'attrape aufli dans de grandes foffes creufées exprés-, 
on le fait tomber dans des cavernes faites de travers^ 
Les Lapons fe fervent à prcfent d'ordinaire du mouf- 
quet pour tuer les Elans , quand ils en rencontrent , ce 
qui n'arrive toute- fois que fort rarement. 

Il n'y a point de bêtes qu'ils pourfuivent plus vivc- 
5«nuei ment que les Rennes fauvages & les Ours : ils chaifent 
Rhcen. Reuncs avcc des filets , des halebardes , des flèches , 
5c des moufquets. Cela fc fait en Automne ou au Prin- 

tems» 



D E L A L A P O N I E. 209 
icms. En Automne, environ la (àint Matthieu , lorfque 
les Rennes font enruth, les Lapons k tranfportent aux j^han to^ 
endroits des forêts , où ils fçavent qu'il y a des Ren- 
nés mafles (auvages , ils y mènent des Rennes femelles ^^«'^«i 
domcftiques, & ils les attachent à des arbres -, la femelle du 
Renne apclle le mafle, &lors qu'il eftfurle point de la 
couvrir, le chaflèur caché derrière la femelle le tue d*un 
coup de moufquet ou d'une flèche, lis les prennent au 
Printems, lorfque les néges font extrêmement hautes , 
que ces animaux s'enfoncent dans la nége & s'y em- 
baraffent , les chaflèurs courant facilement deffus avec ^«^^"^^l 
une forte de fouliers de bois propres pour cela , attra- 
pent aifément ces bêtes. On les pou^^e en d'autres ren- 
contres avec des chiens , qui les font donner dans les 
filets. On fe fert enfin d une forte de rets j qui font des 
perches entrelacées les unes dans les autres en forme de 
deux grandes haïes champêtres qui font plantées de 
côté 6c d'autre ^ ôc qui font une allée fort longue, ôc 
par-f^ de deux lieues , afin que les Rennes étant une 
fois pouflez & engagez dedans , foient enfin contrains 
en fuiant de tomber dans une grande foife faite exprés n*Lu»! 
au bout de l'ouvrage. 

La chafTe des Ours efl tout à fait finguliere, de for- 
te qu'il en faut parler en détail. La première chofe que 
font les Lapons, ceft de travailler à découvrir le repai- 
re de l'Ours pour l'Hiver. Le Lapon qui en Automne,, 
lorfque les premières néges commencent à tomber, a uw.fi 
obfervé les traces de l'Ours , &c qui a le premier trouvé 
fon repaire, prend le foin de la chaffe de cet animal. 
Il marche le premier contre l'Ours à la teÛe des autres.^ 
Cet homme a coutume , après avoir fait cette décou- 
verte y de venir tout joieux trouver tous fes parens ôc 

Dé 



îto Histoire 

amis & de les convier à cette chafTe , comme on fcroit à 
quelque ^ran feftin ; car les Lapons n'ont point de mor- 
ceau plu° friand ni plus délicieux que la chair des 
Ours Cette aflctiiblce néanmoins ne fe fait pas avant 
le mois de Mars ou d'Avril , où la nége étant plus hau- 
te & plus ferme , elle cft plus propre pour la co^f ^ » ^ 
ils fe fervent mieux alors de cette efpece de femelles de 
©la». p.m. bois, & font la recherche de la bête avec leurs chiens 

de chafTe. ^ i i / 

Apres donc que le chef des chaffeurs a ailemble tous 
ceux qui doivent être de la partie , on fait choix de ce- 
lui qui fçait le mieux de tous battre le Tambour de 
tam.d Laponie , & découvrir les chofes futures , afin qu aiant 
frappé fur le Tambour il fçache le fuccez de cette chal- 
ie , 6c fi on tuera l'Ours. 

Aiant ainfi été alfurez de l'heureux fucccz de leur 
dclTein, ils entrent en ordre dans la forêt, en telle ior- 
te que chacun tient fon rang , tout de même que des 
foldats rangez en bataille. Celui qui a le premier re- 
connu le repaire de l'Ours, eft le Condufteur Ôc le Ca- 
pitaine , & il eft obligé de marcher à la telle des autres : 
Il ne doit point avoir d'autres armes qu'un bâton. On 
attache à la poignée de cette verge ou bâton un an- 
neau de laiton. Celui qui a frappé fur le Tambour de La- 
ponie marche immédiatement après le Capitaine , puis 
celui qui elt commandé de donner le premier coup a 
l'Ours , & enluitc tous les autres en leur rang. Chacun 
d'eux a fon ordre particulier , qu'il doit exécuter après 
que l'Ours aura été tué 5 l'un a pour fon emp 01 de tai- 
re cuire la chair , l'autre de la couper & la mettre 
, en pièces -, l'un d'aporter du bois , l'autre de fournir 1 eau 
neceffaire -, & ils ont tous gran foin que perfonne n entre- 



Je M s; 
Cars aonl 



DE LA LAPONIE: tU 
prenne aucunement fur l'office de l'autre en cette affaire. 

Eftant en cet ordre arrivez au repaire de l Ours, ils 
l'attaquent avec un courage Ôc une intrépidité merveil- 
leufè , ôc ils le percent de coups de lialebardes ôc de 
nioufquets, fans y aportcr plus de précaution, ni d'au- 
tre plus gran artifice. 

L'Ours aiant été tué de cette manière, ils commen- 
cent à chanter une certaine chanfon comme le figne 
de la vidoire : car ils ont coutume dans cette chaffe de 
chanter plufieurs chanfons , dont la première commen- 
ce ainfi, Kinnlis pourra j^Kitmhs jiskada 3 Sùubbi j^ella Zaiiti, 
Le fcns de ces paroles efl qu'ils rendent grâces à l'Ours, 
qu ils lui témoignent que Ion arrivée leur efl tres-agrea» 
ble ; ils lui rendent grâces de ce qu'il ne leur a fait au- 
cun mal, ôc de ce qu'il na pas rompu les bâtons & les 
halebardes dont ils l'ont tué. Celui qui porte le bâton 
ou la verge avec l'anneau de laiton , ôc qui efl: le, Con- 
ducteur de toute la troupe , doit toujours comm^encer 
le premier cette chanfon aulïî bien que toutes les autres^ 
étant commue le Maître de mufique& le premier Chan- 
tre du concerr. 

Apres qu'ils ont ainfi célébré leur viftoire, iîs tirent 
l'Ours de (on repaire, ils le foiiettent ôc le battent 
avec des verges ôc des baguettes. Ils le mettent incon- 
tinent fur le traîneau , puis y aiant attaché un Renne , 
ils le portent dans la cabatîe , où la refolurion avoit été 
prife d*en faire cuire la chair. Ils le fuivent tous extrê- 
mement joieux, & donnant des marques de leur joie, le m, s. 
ils chantent cette autre chanfon. Ji paha talki oggio, ij 
pak.<^ talki phâronis. Le fens de cette chanfon efl> qu'ils 
prient l'Ours de ne leur point envoier d'orages , ni de 
caufer aucun mal à ceux qui ont été complices de fà 

^ D d ij. 



2,2 Histoire 

mort Us femblenc vouloir dire cela en fe riant com- 
me ils fe felicitoient auparavant de l'arrivée de lOurs: 
Si nous ne voulons croire qu'ils fe fonc imaginez, que 
c étoit une cho(e cres-dangcreufe à un chaffcur de tuer 
cette b€te-là ou une autre , ce que quelques-uns d en- 
tre eux croient encore à prefent. 

Samuel Rheen raporte une autre raifon de leur 
chanfon , ceft qu'ils rendent grâces l Dieu de ce qui 
a crée les bêtes fauvages pour leur ulage , & de ce qu il 
leur a donné le courage & les forces pour (urmonter 
cette furieufe bête. Il fe peut pourtant faire qu ils chan- 
tent de toutes les deux manières, & qu'ils ajoutent cet- 
te dernière chanfon à la précédente. ^ 

Pour ce qui touche le Renne qui a ammcne 1 Ours , 
il n'eft pas permis durant toute l'année aux hommes , 
ni aux femmes de s'en fervlr , ni de l'atacher à un traî- 
neau. , A 
Ils ont auffi coutume de dreffer une cabane au mê- 
me lieu où ils ont tué l'Ours , dans laquelle ils puiflent 
l'écorcher & le faire cuire ; au cas que les matériaux 
neceffaires pour en bâtir une , fe puilTent commodé- 
ment recouvrer en cet endroit , ou au moins dans le 
lieu le plus propre à cet effet , où les arbres & les ra- 
meaux qu'il faut ne manquent pas. 

Leurs femmes cependant demeurent en ce heu del- 
tiné pour y manger l'Ours , où elles attendent avec 
beaucoup de joie le retour de leurs maris , qui en 
arrivant chantent une autre nouvelle chanfon, par la- 
quelle ils prient leurs femmes de prendre de l'ecorce 
d'aune , de la mâcher & de la broier bien menue avec 
leurs denç , puis leur jetter & faire rejailhr contre la 
face. 



DE LA LAPONIE. 213^ 
' La rrâfon pour laquelle ils leur font cette prière, c*eft 
qu'après avoir porte l'Ours dans la cabane où on le 
doit faire cuire, chacun d'eux eft obligé de fe tranfpor- 
ter dans une autre cabane, où fa femme eft tenue de le 
recevoir de cette manière. Elles (e fervent de 1 ecorce 
d'aune, parce qu*étant mâchée & broiée avec les dents, 
elle fait une couleur rouge, dont les Lapons ont coutu- 
me de peindre leurs meubles, comme on feroit avec de 
l'ocre rouge ou de la fanguine. Elles crachent donc ôc 
font aller leur fàlive teinte de cette couleur fur le vifa- 
ge de leurs maris , afin qu'ils paroiffent en quelque fa- 
çon être couverts de fang retournant de la chafTe de 
rOurs , & y avoir donné des marques de leur courage 
ôc de leur force. 

Ils ont coutume de rentrer dans la cabane, non pas 
par la porte ordinaire , mais par celle de derrière j par 
laquelle après qu'ils lont ouverte, ils regardent dedans, 
ôc leurs femmes alors fermant un œil ôc mirant de l'au- 
tre au travers d'un anneau de laiton , comme fi elles vou- 
loient adreffer le coup à un certain endroit , ainfi que 
ceux qui tirent un fufil j elles leur jettent fur le vifage 
cette écorce d aune, &c ainfi ils femblcnt être tout cou- 
verts dufangde l'Ours. Samuel Rheen raportelamême 
chofe avec cette difFerence, qu'il n'y a qu'une feule fem- 
me quienufe de la forte, ôc que c'eft la femme de celui 
qui pour avoir découvert le repaire de l'Ours, a été le 
guide des autres Lapons en cette chaffe , qui veut en- 
trer pour cette raifon le premier , 6c regarde auffi le 
premier dans la cabane. 

L*afFaire fe palTe donc ainfi. Ils ont coutume de dref- 
fer deux cabanes, l'une pour les hommes, où l'on doit 
porter l'Ours , Yy écorcher, le mettre en pièces, ôc le 

Ddiij 



1,4 HiSTOIRJB 
faire cuire ^ l'autre cabane eft pour les femmes, dans la. 

quelle les hommes doivent entrer & y faire un célèbre 
fellin après que la chafle eft faite , & que TOurs a été 
aporté. l ors donc qu ils arrivent en cette (econde ca- 
bane, où le Capitaine & ceux qui l'acompagnent font 
receus. Eftant tous alTemblcz de la lorte dans la caba- 
ne des femmes , elles chantent d'abord d'un ton fort 
Le M. s. [5^5 ç^^^ç chanfon : Kittults pouro tonkaris. Nous vous 
, rendons grâces nos chers maris , de nous avoir aporte 

I \ cette proie , ôc nous prenons part ati gran plaifir que 

; vous avez eu de tuer l'Ours. Ils font enfuite dans la 

même cabane le feftin , où il y a des hommes & des 
' femmes , Ôc où 1 on fert les viandes les plus exquiles qu ils 

^'r'^ peuvent avoir en cette occafion, fans toute- fois que la 
chair de l'Ours y paroiffe en façon quelconque. 

Si-toft que le feftin que Ion a fait dans la cabane 
des femmes eft fini, les hommes fe retirent ^ car il n eft 
pas permis à aucun des Lapons qui a été à la chaiTe 
icM s. POurs , ôc qui étoit prefent quand on l'a tué , de 
pàffer la nuit avec fa femme , ni de la toucher de trois 
jours : Et celui qui a été le Capitaine de la troupe doit 
s'abftenir de voir la fienne pendant cinq jours entiers. 
Ils vont de ce pas à la cabane où l'Ours eft étendu, ils l'é- 
Gorchent. le mettent en pièces , le font cuire, & prépa- 
rent un feftin , mais feulement pour les hommes , ôc 
dans cette même cabane. 
ÏkcIu La peau apartient à celui qui a découvert le repaire 
où rOurs vouloir paffer fon Hiver , & qui l'a enfeigné 
aux autres. On fait principalement cuire la chair de 
la bête, le lard & le fang. On les fait cuire dans des 
chaudrons, & on enlevé toute la graiffe qui furnâge au 
deffus , qu'on met dans des vailTeaux de; bois , fur leff 




» 



DE L A L A P ON î E. tr^ 
quels on attache autant de lames de laiton qu'il y a 
d'Ours dont on cuit la chair j on en attache une s'il ny 
en a cjuïîn , deux s'il y a deux Ours , ôc àinfi du refte. 

Tous ceux qui ont été emploiez à cette chaffe, fe 
tiennent afîis par ordre à l'entour du foier , pendant le 
rems que l*on fait tout cuire ; en forte qu il n'y en a 
pas un qui ofe rompre cet ordre, ôc qui veuille fe met- 
tre à la place de lautre. Celui qui a découvert le re- 
paire de rOurs, met à la plus honorable place du cô- 

droit j le Lapon qui a frapé fur k Tambour prend la 
féconde place auprès du chef de la troupe ^ celui qui a 
donné le premier coup à 1 Ours occupe le troifiéme : 
Celui quia fendu le bois tient le premier lieu fur la gau- 
che ; le lecond eft pour celui qui a aporté l'eau, &tous 
les autres de la compagnie prennent enfuite leurs pla- 
ces. 

La chair étant cuite on la partage en deux pour les 
hommes ôc pour les femmes , qui reçoivent auffii leur 
portion de la chair & de la graiffe, à la difcretion toute- u 
fois du Lapon qui porte la baguette &c l'anneau, &c qui " 
cft le Conducteur des autres , à qui il apartient de ré- 
gler ces partages, de marquer ce qu'il faut donner aux 
femmes & de !e mettre à part. Ils prennent bien garde 
dans cette divifion de ne point donner aux femmes les 
feffes , ni aucune partie du derrière de l'Ours , parce 
qu'elles apartiennent aux hommes. 

Le partage étant fait , on envoie deux Lapons porter 
aux femmes leur portion jufqu à leur cabane , car elles 
n oferoient approcher de celle des hommes lorfque l'on 
fait cuire la chair de TOurs , cela leur étant expreffe- 
ment defFendu. Ces deux hommes qui portent ainfi 
aux femmes leur portion ont au(G leur chanfon qu'ils 



tu Histoire ^ 

chantent en portant , par laquelle ils feignent venir de 
te M. s. fort loin leur apporter ces prefens , en ces termes. OU 

mai poni Sueri^andi , Polandi , EngeUrdi , franhchis. 
Voici des hommes qui arrivent de Suéde, de Pologne , 
d'Angleterre, ôc de France. Audi-toft que les femmes 
les entendent venir, elles fortent au devant, de pour té- 
moigner qu elles les attendent avec paffion , & qu'ils 
font les bien venus , elles leur répondent par cette au- 
tre chanfon : Hommes qui vene':^ de Suéde , de Pologne , 
d'Angleterre , & de France, nom ^ohs mènerons autour des 
mijjes des filets de Line rouge ; ce qu elles font en même 
tems. 

" Pour ce qui eft de la portion de la chair & du lard 
qui apartient aux hommes , c eft l'office de celui qui a 
battu le Tambour de leur diftribuer , ce qu il fait non 
feulement à ceux qui ont été de la chaffe , mais encore 
a leurs compagnons , & à tous ceux qui ont été con- 
viez au feftin , de forte que chacun d'eux reçoit fa part 
du lard & de la chair. 

Apres que toute la chair a été mangée, tant par les 
hommes que pas les femmes, ils ramaffent les os , non 
pas pour les caffer & en tirer la moelle, comme ils font 
de ceux des autres animaux , mais ils les confervent en- 
tiers , ôc les cachent tous enfemble fous la terre. 

Celui à qui la peau de l'Ours apartient l'attache enfuie 
te au haut d'un gran bâton, afin que les femmes tirent 
avec l'arc des flèches fur cette peau , comme on tire au 

te m: s. blanc. Elles ont les yeux voilez de leurs habits, & elles 
lans nom. chantcHt encotc durant cette cérémonie cette chanfon. 

^""'^ Batt-Olmai Kutti Suerigijlandi , Polandi , Engclandi , Fran- 
kjchis , potti Kalka VVoucki s c'eft à dire , Noi^s ttrerons 
iprefent des ficches contre çdui qui vient de Sucde , de Polo^ 



D E L A L A P O N I tir 
^rte , d'u4ngleperre ^ ^ de France, Celle enfin de toutes 
les femmes qui la première touche de la flèche la peau, 
cfl: la plus eltimée , & on croit qu elle portera bon au- 
gure à (on mari , & que c€ mari fera le premier de la 
compagnie, qui tuera un Ours. On donne à cette mê- 
me femme la charge de prendre des morceaux d'étoflPcj, 
& de coudre avec un filet d erain fur chacun d'eux au- 
tant de croix que Ton a tué d'Ours, un ou plufieurs, &: 
de pendre ces pièces d'étofFes au cou de tous ceux qui 
ont affilié à la chaffe , qui font obligez de les porter 
ainfi trois jours durant jufques au Soleil couché du troi- 
fiéme jour. Le Manufcrit fans nom dit la même eho- 
fe, àla referve qu'il porte, que cet office de coudre des 
croix n'apartient pas à une feule femme, mais à toutes^ 
& qu'elles les doivent elles-mêmes attacher au cou de 
leurs maris , qui font tenus de les porter feulement 
pendant quatre jours. Il ajoûte que Ton pend une 
îemblable croix au cou du Renne dont on s'efi: fer- 
vi pour traîner l'Ours depuis le bois jufqu à la cabane ^ 
laquelle demeure ainfi pendu'c , jufqu'à ce que le rubafï 
auquel elle étoit attachée, foit rompu. 

Je n'ai pas encore pu apprendre la raifon de cette 
cérémonie -, je m'imagine cependant que ces croix fer- 
vent aux chafleurs , comme de prefervatifs contre tous 
les maux , que les Dcmons , qui demeurent dans les^ 
bois , leur pourroient faire pour venger la mort de l'Ours^ 
qu'ils ont tué. Car c'efl une très ancienne opinion 
qui dure encore à prefent , que les Démons ont en^ 
leur proteélion certaines bêtes 5 & ce qui paroît d'au- 
tant plus vrai-femblable de l'Ours , que les Lapons les 
tiennent pour le Hoi de toutes les bêtes lauvsges. 

La dernière chofe de toutes ces cérémonies , efl b 

Ee 



te M S. 
faas nom. 



Le M. S. 
fans nom. 



Zicglcru». 



Wcxionius 



Clau? Pctri 
Niurci'-ias. 



Samnel 
Rhccn. 



4, g HISTOIRE 
retour des Lapons à la cabane des femmes , après avoir 
été obligez de s'en priver pendant trois jouts : Ils ont 
coutume d'y retourner ainfi. Ils prennent d'une main 
la chaine à laquelle les chaudrons font pendus fur le feu: 
Ils fautent trois fois autour de ce feu, & fortent en cou- 
rant l'un après l'autre par la porte ordinaire de la caba- 
ne , par où les hommes & les femmes fortent indifte- 
rcrnment. Les femmes chantent alors cette chanfon. 
Tedna Kalka Kdno oggio ; ceft à dire : Foks rccevnZ 
une peiée de cendres fur les jambes. Ce que l'une d entr el- 
les exécute, & jette des cendres derrière chacun d'eux. 
Samuel Rheen dit la même chofe, & ajoute que cela e- 
tant fait , il eft permis aux hommes de retourner avec 
leurs femmes ; parce que jufques alors ils fembloient 
être impurs à caufe du meurtre de l'Ours ; & cette der- 
nière ccremonieeft uneefpece d'expiation qui les netteie 
de toutes les ordures contradées en cette chaife. 

Voila quelle eft la chaife de l'Ours parmi les Lapons; 
mais il faut confidercr qu'ils éloignent les femmes de 
la bêteprife, & qu'ils ne foufFrent pas quelles la tou- 
chent de leurs mains ; l'autre qu'à leur retour ils n'en- 
trent pas par la grande porte de derrière , car ils tont 
les mêmes chofes dans toutes les autres chalfes : Et ce 
qui eft encore plus remarquable , c'eft qu'ils jettent par 
• cette porte ou plûtoft par cette fenêtre dans la cabane, 
tout ce qu'ils peuvent recouvrer de provifions pour vi- 
vre , ils jettent tant ce qu'ils attrapent dans les bois , 
que les poilTons qu'ils pefchent dans les lacs & dans 
les rivières. Us n'apportent pas , mais ils jettent toutes 
ces chofes dans la cabane , par le motif fans doute 
de quelque forte de fuperftition , comme leur étant 
envolées & tombées du ciel , & jettées en quelque 



DE L A L A PON I E. ti^ 
manière dans * leur ftin par une magnificence fîn- 
gulierc de la Divinité. Quoi qu'ils ne içachenc pas 
eux-mêmes la plû-parc des caulès de ces fuperftitions , ôc 
qu'ils ne fafTenc que fuivre fimplemenc lexemple de 
leurs Ancêtres. 

Du refte il n*y a rien de plus glorieux parmi les La« 
pons que d'avoir tué un Ours -, c'eft pourquoi ils afFec- 
tent de porter en public des marques éclatantes d'une 
fi belle adion , mettant au devant de leur bonnet au- 
tant de filets d'étain , afin qu en les regardant , on fça-. 
chc auffi-toft combien en leur vie ils ont tué d'Ours, 

Je viens à la chaffe des oifeaux , qui ne s'exerce que 
par les hommes , de que la diverfité des Saifons ôc des 
oifeaux rend différente. Ils tuent en Efté la plû-parc des 
oifeaux avec des flèches ou des balles de moufquet , ôc 
en Hiver ils les arrêtent avec des lacets. 11 y a entre 
. autre un oifeau qui eft une efpece de perdrix, qui a les 
pieds velus ôc femblables à des pieds de lièvre. Ils le 
prennent avec une adrefle toute particulière. Ils amaP- 
fent à cet effet des branches de Bouleau , dont ils dref- 
fenc comme une haïe fort mince , où ils font quantité 
de petites portes baffes, & y attachent des lacqs de fil : 
Et parce que ces oifeaux marchent la plu- part du tems 
fur la terre ou fur la nége , ôc qu ils ne fe tiennent pref- 
quc jamais fur les branches des arbres , cela fait qu'ils 
courrent continuellement ça là , & fe prennent faci- 
lement à ces lacqs. Pour ce qui eft des autres oifeaux ^ 
il n y a rien qui loic digne de rembarque. 



110 



Histoire 




CHAPITRE XX. 

T>es Jmes ^ des autres femhUbUs chops . 
dont les Lapons fe fervent 
pour la Qhajfe. 

A première arme & la plus en ufage font les arcs, 
H qui font longs d'environ trois aunes, larges de deux 
fets, épais de la groffeur du pouce ou d'un peu plus, 
fait? de deux bâtons , qu ils attachent 1 un fur 1 autre Car 
ils mettent fur un bâton de Bouleau un autre bâton 
de Pin , qui par l'abondance de la refîne eft doux & fa- 
cile à plier , afin que fes qualitez donnent a 1 arc la for- 
ce de pouifer bien loin les dards & les flèches-, & ils les 
couvrent tous deux d ecorce de Bouleau , pour les con- 
ferver contre les injures de lair , des néges , & de la 

pluie. , , 

Ce que le Comte de Brienne dit , que les arcs 
des Lapons font faits dos de Rennes eft taux ; il n y a 
perfonne qui ne comprenne bien que tous les- os lent 
irop durs , & qu'il eft impoifible de les pher Je me 
perluade qu'il a pris d'Olaus Magnus ce qu.l avance. 
uv.,7...!». Olaus comptant les avantages que l'on retire des Ren- 
nés dit , que Ion donne les os & les cornes de ces ani- 
maux aux Artifans qui font cUs arcs & d'autres machines 
pour tirer des flèches: que ces A rtifans recherchent partout 
ces os & ces cornes , offrant d'autres marchandiles en 
cchanse. Monfieur de Brienne aiarit !û que les tai- 



DE LA L AP O N I m 
fciirs d'arcs recherchoient les os de Rennes , il a inféré 
que lonfaifoic de ces os -là des arcs, ou qu'on les cour- 
boic pour en faire des arcs. Mais Olaus ne vouloir pas 
dire cela, & il ne parloic pas en cet endroit de cette for- 
te d'arcs ; ce qu*ilfait voir, ajoutant ces paroles, 
très machines pour tirer des flèches , mais il parloit d'une 
autre, lorte d'arme qui elt attachée à une efpece de 
manche , où l'on met le dard quel'on veut tirer -, ôc 
c'elt la machine que les François nomment Jrhalefie. 
Cette efpece de machine ne fe peut faire d'os, àc 
on a coûtume d'en enrichir la poignée avec de l'ivoi- 
re , de la nacre de perles , ou d'autre chofe (embla- 
ble , & au lieu de cela les Ouvriers des Païs Septen., 
trionnaux mettoient des placqucs d'os de Rennes, 
Voila la penfée d'Olaus , que Monfieur de Brienne n a 
pas comprife. 

Quoi qu'il en foit , il efl: confiant que les arcs des 
Lapons ne font point d'os, ni enrichis d'os, mais qu'ils 
font de bois, n'aiant aucune poignée 5 la corde de ces 
arcs ne fe bande pas avec quelque inftrumenr , mais 
avec la main droite qui la tient. J'ai dit que ces arcs 
étoient faits de deux pièces de bois jointes l'une avec 
l'autre 5 j'ajoute qw elles font collées enfemble avec une 
efpece de glu. Les Lapons préparent & font ainfi cet- 
te glu. Ils prennent des poifTons que l'on nomme per- 
ches , dont ils oflent la paau , étant encore fraîche- 
ment pelchées 5 ils les tiennent dans de l'eau chaude , 
jufqu'à ce qu'on les puiffe netteier de toutes leurs écail- 
les, puis ils les font cuire dans un peu d'eau ^ & ont foin 
de les écumer , de les remuer fouvent , de les battre 
avec un petit bâton , ôc de les confumer , jufqu'à ce 
qu elles ne femblent plus cftre que du bouillon ils re=. 

Be iij 



tii ^ Histoire 

pendent cette liqueur épaiffe en un lieu où elle fe dur: 
cit , 6c la confervent pour le befoin , ôc quand il faut 
coller quelque chofe , ils la font diffoudrc dans un peu 
d eau , comme on fait ordinairement toutes les autres 
efpeces de colles fortes. 

Outre ces Arcs , ils en ont encore d autres qu ils 
nomment des Jrbalefles, dont l'ufage eft déjà affez an- 
cien parmi les Lapons. Ils les bandent avec un crochet 
de fer, qu'ils portent pendu à leur ceinture, afin qu'ils 
puiffent avec plus d'effort tirer la corde, en même rems 
qu'ds mettent le pied dans un cercle de fer attaché à 
la tefte de l'Arc , ôc- qu'ils tirent à eux de toutes leurs 
forces ce crochet, jufqu'à ce qu'ils aient enclavé la cor- 
de dans l'anfe faite d os, ôc qu'ils l'aient attachée pour cet 
effet au milieu de la poignée , ôc bandé 1 Arc de cet- 
te manière. 

Ils ont de deux fortes de flèches , quelques-unes ar- 
mées de pointes de fer , les autres fans fer ni pointes , 
plates ôc emouffées par le bout pour tirer contre les 
K Hermines, les Martres Zibellines,les Ecureuils ôc contre 
d'autres femblables animaux -, pour ce qui eft des flèches 
pointues , ils les décochent contre les grandes bêtes 
quand ils les rencontrent. Les pointes de ces flèches ne 
font pas toujours de fer, mais quelquefois d'os, il y en 
a aufli de corne, comme celles que nous avons entre 
les mains le prouvent clairq^nent. Us font avec un fer 
chaud un trou dans le bout de la flèche -, dans lequel 
ils entent avec de la colle forte la pointe faite de corne 
ou d'os , qu'ils aiguifent après avec un coûteau ou avec 
une pierre. 

Ils ont coûtume outre ces armes, d'avoir encore des 
moufquets ou d'autres armes à feu jôc vous ne trouverez pas 



DE LA L A P ON I E. zii 
aujourd'hui un feul Lapon qui n'en foie fourni pour la 
xhafletles bêtes (auvages , fur touc des plus grandes ôc 
des plus dangcreufès. Ils les préparent à ce deffein par 
le moien de quelques enchantemens fuperfticieux, pour 
ne pas manquer les oifeaux ou les bêtes fauvages s'ils 
les rencontrent , à la prifè defquels elles font deftinées. 
Ce qui leur eft commun avec plufieurs Nations , qui 
font d'ailleurs une particulière profellion de la chaflè. 
Ils recouvrent ces armes d'une certaine petite ville de 
la Bothnie voifine ou de THelfingie que Ton nomme 
Soederhanbn , où il y a une célèbre manufacture de 
toutes fortes d'armes , ôc particulièrement d'armes à feu 
& de moufquets. Les Bourgeois les vendent aux Ha- 
bitans de la Bothnie , ôc ceux-ci aux Lapons qui en 
veulent acheter. Les mêmes Lapons tirent de ce lieu 
la poudre ôc les balles de plomb , ôc le plomb en maf- 
(e dont ils font des balles : Ils achètent parfois toutes 
ces chofes en Norvège. 

Ils Ce fervent suffi dans leurs chafTes de halebardes, lcm. s. 
ôc prmcipalement contre les Ours 5 mais parce qu elles 
font toutes femblables aux communes , ôc deïquelles 
l'ufage eft receu par tout, il n'y a pas lieu d'en faire une 
defcription particulière. 

Les autres chofes principales dont ils fe fervent pour 
chaffer font cette efpece de fouliers de bois avec quoi 
ils vont fort^vîte fur les montagnes de nége ôc au .mi- 
lieu des vallées courant après les bêtes fauvages. Ces chapitre u. 
fouliers confiftent en deux pièces de bois larges ou deux 
planches gliffantes, qui fervent merveilleufememt bien 
pour la chaffe quand il faut marcher fur les plus hau- 
tes néges. Les Peuples du Septentrion les nomment 
ordinairement 5 W^r, &par abréviation 5feier, ce <jui 



Histoire 



f bien du raport avec le moc Aletnan Schemer par 
ouusMag- a '^icn "t^ , . . u j fendues* ils les 
ousiflandois lequel ils fignitient des pièces qc uui:. , 

apellenr aufli quelque^fois Jndrcro^ Ondrur. 
ci,é par S.- iflandois tâche d'expliquer la forme & la hgure 

decesfouliers,d.rancquecefont des ais longs , élevez 
ir:: en hauc par le' devanc^, de la longueur de cinq avme 
ou de fix au plus , & dont la largeur n excède pas le 
travers de la plante du pied -, mais j ai bien de la peine 
à croire ceci, en aiant yû ailleurs & même en aiant une 
paire chez moi, donc la largeur eft un peu plus grande 
&la longueur beaucoup plus courte. Ce^que V\ or- 
mius a bî^n remarqué dans la paire qud a de ces lou- 
hers , parmi les choies rares qui conlerve & qui mer - 
tent /être veuës , fçavoir qu'elle n a que tro. aunes 
" de longueur ; & celle que Ion voit a l eyden elt de 
" mêmelortfimple. longue de fept pieds, la.ge de qua- 
7c pouces & un peu plus. Il faut F"^ neceffite que 
cela Voit ainfi. fila proportion qu'Olaus Magnu aflure 
qu'on a coutume d'y obferver eft véritable de laquel- 
le tout le monde tombe d'acord , qui eft quun des 
bois doit être d-un pied plus long que 1 autre , & félon 
la grandeur des hommes ou des femmes qui s en ier- 
vent • que fi l'homme ou la femme a huit pieds de hau- 
leur un de ces bois qui ferc à «n pied doit avoir jufte 
men huit pieds de long, & l'autre bois neuf pieds ; la 
^ riongu'e femelle dSt furpaffer ^un pied k gran 
5eur de Thomme qui s'en fert . 1 autre don être d un 
pied plus courte que celle-là. Celles que , ai ont ainfi 
fune étant un pied plus courte que 1 autre. H eft vrai 
que Frifms fait celles de Leyden égales en longueur 
& que Wormius n'a remarqué dans les fiennes aucune 
différence i mais je ni'imagine que ces fenaellcs ne iont 



tiv.l. ch. 4 



DE LA LAPONIE. tlf 
pas pour être jointes enfemble , mais que ce font les 
plus grandes de deux différentes paires. Car la plus 
grande des miennes elt tout de même que Fnfius les 
décrit, fçavoir couverte par deffiis de poix ou de refine, 
ôc la plus petite toute fimple ôc toute nue. Mais à cau- 
fe que la plus grande femelle fcrt plus que lautre à fai- 
re voiage , il ne faut pas s étonner de ce que ces Au- 
teurs font propofée aux Etrangers toute feule , comme 
le vrai modelle de ces grandes mifes enfemble. Et par- 
ce que celles de Leyden lont (eulement deux des plus 
grandes , il paroît quelles n'apartenoient pas à un hom- 
me dune fi extraordinaire grandeur, comme Frifius fë 
Timaginoit , mais à un homme qui avoit juftement fix 
pieds , dont il y en a un affez gran nombre en la La- 
ponie. Voila la largeur & la longueur de ces femelles , 
ôc ladiverfité de longueur qu il y a dans une même paire. 
L'autre figure eft fort bien exprimée chez Oflan- 
dois , car elles y font fimples , plates ôc égales , fi ce 
n'eft qu elles font un peu élevées par le devant , ôc non 
pas par le derrière , comme celles de Wormius , plû- 
tofl: par la faute du Peintre que de 1* Auteur , étant au^ 
trement dans la première planche de fon cabinet , la- 
quelle reprefente le tout à la fois. 

J'ai remarqué ceci en la plus grande des femelles qui 
font chez moi , qu elle n'eft pas par tout parfaitement 
droite , mais un peu courbée en haut par le milieu , à 
l'endroit où ils ont coûtume de mettre le pied. Quoi 
que Frifius en ait donné une figure qui n'eft point 
mal-*faite ; parce que néanmoins elle ne reprefente 
qu'une feule femelle , ôc qu elle n'exprime pas cette 
courbeure: Je donne ici la peinture d'une des miennes ^ 
ôc d'un Lapon qui s'en fert pour courir. 

Ff 



tZé 




Au refte les Lapons accommodent d'ordinaire ces 
femelles à leurs pieds par le moien d'un petit cercle de 
bois pliant, qui paffe à travers des deux cotez non pomt. 
par leur largeur ou leur partie unie , mais aux cotez & 
par leur epaiffeur , de peur que s'il paiïoit par deflous , 
il n'empelchât quelles ne fuffem gliffantes , ou qu a for- 
ce de courir il ne s'usât & fe rompit, ce qui neft point 
obfervé dans la figure de Frifius Ce petit cercle eft 
prefque au milieu , en forte que a moitié d^ la femel- 
Fe avance au devant du pied, & Vautre moitié fe trouve 
derrière , 5c la plante du pied eft ferme ur ce milieu. 
Le pied engagé & fourré dans ce cercle d ozier , eft at- 
Taché à la L^elle avec une certaine bande qui eft hee 
au pied par derrière. La peinture que 1 on en voit en 
pluLurs^ndroits chez Olaus Magnus , &qma ete 
auffi donnée par Frifius, eft une pure invention^ un 
Peintre, qui demeurant en Italie n'a pas pu compren- 
dre comment étoient faites ces femelles de bois cks La- 
pons , & n'a pas pû s'exempter de les faire comme d.s 



D E L A L A P O N î E. tij 
Ibuliers de bois extrêmement longs par le devant , ôc 
aianc au bout une pointe relevée par en haut , lefquels 
étant creufez fur le bout de derrière, les pieds s y met- 
tent dedans par cet endroit, comiïie on fait dans les fà- 
bots ordinaires & les autres chauffures de bois. Ce 
qui eft tres-mal & n a aucun raport avec la defcription 
qu'Olaus donne de ces femelles plates , comme on re~ 
marque qu elle a été exécutée dans toutes les autres fi- 
gures de fon ouvrage. Le pied ne fe pofè jamais fur 
l'extrémité de la femelle ^ mais fur le milieu , & cela ne 
fe fait pas fans uile très- bonne raifon ; car fi on le met- 
toit feulement liir le bout , il ne pourroit mouvoir cet- 
te efFroiable longueur qui (e trouveroit au devant de lui^ 
de elle ne pourroit tenir ferme dans le pied , qui n'au- 
roir pas la force de porter ni de lever un fi gran poids 
qu'il auroit par devant. On ne pourroit enfin exécuter 
ce pour quoi les femelles ont été inventées , qui eft de 
tenir ferme ôc de faire ainfi feurement marcher fîir la 
nége , ce qui ne (è pourroit pas faire fi l'homme étoit 
fur l'extrémité de la femelle, la chargeant ainfi de tou- 
te la pefanteur de fon corps. Mais parce qu'il eft à 
prefent placé fur le milieu de la femelle, il y a dcquot 
le foûtenir tant par le devant que par le derrière , ôc 
s'empefcher ainfi d enfoncer dans la nége. 

Les Lapons courrent donc fiir la nége de cette ma- 
nière. Aiant ces femelles fous leurs pieds , ils fe fer- 
vent aulïj dun bâton qu'ils tiennent à la main, à lautre 
bout duquel il y a une planche ronde , de peur qu'il ne 
perce ôc n'entre dans la nége : Ils fe fervent de ce bâ- 
ton pour fe conduire ô< pour fe lancer. 

Eftant en cet état ils vont comme ils veulcnted mon- 
tant ^endefcendant, tout droit en tournant fur des mon- 



«g Histoire 

tagnes de n^ges, ils vont dis- je d'une viteflè admirable 
& ils fe lancent fur le glacis de la nege avec une cton- 

nante facilité. 

Les Latins n'ont point de nom bien propre pour ex- 
primer cette forte de courfe , parce qu'ils n'en ont point 
lu de connoiffance. Les Suédois qui font des Peuples 
voifins des Lapons apellent Skriida, quand ils vont ain- 
fi fur la glace ou fur les néges durcies par la gelée , aiant 
à leurs pieds desfouliers de bois. Paul Warncfndi affurc 
que les Skritobins tirent 1 etimologie de leur nom de 
ce qu'ils fautent , parce qu ufant de certains fau.ts & 
dan bois courbé comme un arc ils joignent & attra- 
pent par cette adreffe les bêtes fauvages. Il ajoute en 
fuite beaucoup de chofes des Rennes, & parce quils 
ont toûjours "été les troupeau, propres & F"^^"';^" 
des Lapons, il neft prefque pas poHible de douter que 
ce ne Lent les mêmes Peuples , qui avant qu on leur 
donnât le nom de Lapons , portoient celm de Skritobms 
De-là vient qu'Adam de Bremcn , qui ne dit pas un 
mot des Lapons , parle toute-fois des Skritobms ou 
comme il les nomme lui-même Skritofinns qu il dit 
habiter vers le Nord , & paffer à la courfe les betes (au- 
vases. Il ne parle pas ici de la courfe ordinaire , maii 
de celle qui leur a donné le nom de Skritobms com- 
me Paul Warnefridi l'enfeigne , qui fe fait avec des pie- 
ces de bois courbé , ceft à dire, avec une efpece de le 
melles , dont nous venons de faire la peinture. Bt par- 
ce que ces Peuples étoient à la faveur de ces feme les 
portez avec une viteffe merveilleufe fur les neges (-ce 
Le les Nations du Nord apellent Skrnda ] & que d au- 
tre part ils étoient fortis des Einnons , ils en ont etc 
nommez Skridfinns. 



DELA LA PÔ NI E. z%9: 
Cette courfe ne fe fait pas feulement fiir des endroits 
unis , mais encore au travers des lieux élevez àc fore 
inégaux , en telle forte que les Lapons montent ainfi 
fur la cime des montagnes , comme l'expérience qui 
s'en fait tous les jours nous l'enfeigne. Saxo dit le mê- 
me des Scricfinns ou Skridfinns , dont il décrit toute ^^^^ 
ladreffe. Cette Nation acoûtumee à une efpece de voi- f.ce de fon 
ture qui n eft nullement ailleurs en ufage , & animée 
par l'ardente paflîon de la chafTe , monte ainfi fur les 
hauteurs des montagnes , & il n y a point de rocher, 
pour élevé qu'il puiffe être , fur le fomm.et duquel elle 
n'arrive par les ingénieurs contours de cette courfe. Elle 
quitte premièrement le bas des vallées & s élevant peu 
a peu, elle fe coule au pied des collines tournant tou- 
jours en rond , & ainfi elle fe fait chemin biaifant par 
de frequens détours , jufqu à ce qu elle foit arrivée par 
dfiverfcs courfes circulaires fur le plus haut du lieu , où 
elle avoit refblu d'arriver. Il apelle ces femelles de bois 
nommées Skriider , une toiture fu neft point en ufage , J^^J^'>^ 
comme le refte de la defcription le fait bien voir , ôc ^.^^ ^ 
Olaus Magnus a inféré ces paroles de Saxo au lieu où 
il décrit ces femelles ôc ce genre de courfe. Ils s'en 
fervent donc pour monter fur le fommet des monta- 
gnes , non pas parle plus droit ôc le plus court chemin, 
mais par des décours-, ce que le Pape Paul IIL ne put 
jamais croire, ainfi qu'Olaus le confejfe. Mais ce qui 
eft encore plus difficile que de monter avec ces femel- 
les fur le plus haut des montagnes , c eft qu'ils defcen- 
dent des plus hautes , comme font celles des frontières 
de la Norvège, d'une viteffe très- grande, fans fe laiffer 
tomber ni fe précipiter : ce qui furpaffe l'imagination. 
Quoi que les Lapons , outre cette induftrie, aient en- 

Ff iij 



icuîainH' 



Szmwel 
Rhcea. 



^30 Histoire 

core celle de garnir ces femelles de peaux de jeu^^^^^^^^^^ 
nés , ce qu'ils font pour courir plus vite lur les p us 
hautes néges , coulant plus facilement & évitant plus 
commodément les fondrières & les précipices des ro- 
chers , fe tournant de l autre côté, ôc pour ne pas re- 
tomber en bas, lors qu'ils fe lancent en haut & quils 
s efforcent de monter, parce que les poils fe rebroullant 
fe dreffent en pointes comme le poil dun henflon, ôc 
par une vertu admirable de la nature , ils refiftent ôc 
empefchent qu'ils ne retombent. Wormius n'oublie pas 
cette garniture quand il décrit les femelles qui étoienc 
dans Ion cabinet , mais il affure que c'eft de la peau de 
veau marin-, je m'imagine que ces femelles avoient autre- 
fois fervi à quelque Siœfin ou Lapon maritime, parce- 
que cette Nation fe fert très -rarement de peaux de 
Kenncs. » 

Voila donc la première chofc dont ils fe fervent en 
leurs chalTes, & pour toutes autres fortes d'affaires qu'il 
faut expédier en Hiver -, car on ne peut autrement che- 
miner en cette faifon, quand les néges font hautes. Tou- 
^a^Jrr tes les fois que les Lapons s'en fervent, s'ils veuUent fc 
lancer de toutes leurs forces, ils vont fi vite quils pal- 
fent à la courfe les Loups , les Rennes & les autres bê. 
tes fauvages , 6c les tuent après les avoir attrapé 3 ce qu A-^ 
dam de Bremen raporte aufli des Skritofinns. 

L autre chofe dont les Lapons fe fervent font des traî- 
neaux, qui quoi qu'ils foient utiles pour tous les volages 
ounsMa- qui fe font en Hiver , les Lapons fe mettent néanmoins 
îZln.l Z' quelques- fois delfus quand ils vont à la chalfe des Ren- 
nes fauvages , qu ils tuent avec des flèches qu'ils tirent 
de deffus leurs traîneaux. On devroit ici expliquer la 
manière de faire ôc de fe fervir de ces traîneaux j ce qui 



DE LA L AP O N I È. 251 
n!a pas encore été exécuté avec tout le foin qu^on y de- 
voit aportcr. Mais parce qu'ils ne fervent pas tantpout 
la challe qu'aux voiages, ôc à tranfportcr d'un lieu à un 
autre les choies necenaires , cela nous oblige de remet- 
tre a en parler ailleurs. 



CHAPITRE XXI. 
Des j4rt$ Alechamque$ des Lapons. 

LE premier métier des Lapons eft celui de faire la 
cuifine ^ il ne s exerce que par les hommes , qui 
cuire & préparent tout ce qu'ils peuvent recouvrer 
dalimcns, foit par la chalfe, (oit par la pefche , au cas 
qu'il les faille cuire. Quoi que cet art confifte en fort 
peu d'adrelTe , & qu'il ne foit prefque pas confiderable 
chez les Lapons , les femmes néanmoins ne le fçavenc 
pas, & elles ne cuifent jamais rien que dans la dernière 
necefficé, ou quand elles font voiage , ou quand il n'y 
a point d'hommes pour le faire. 

Le fécond de ces arts qui apartiennent aux hommes 
eft celui de faire des barques. Les Lapons font celles 
dont ils fe fervent principalement pour la pefche. Ils les 
conftruifent de bois de Pin ou de Sapin, qu'ils mettent 
dans les forêts en planches fort dehcates, qu'ils ne joi- 
gnent pas enfemble avec des clous de fer , comme on 
fait ordinairement par tout , mais avec du bois pliant , 
ainfi que les Anciens faifoient leurs barques d'Indrie 
nommées Liburniques , ou avec des liens , apellées pour 



Zieglem*> 



OlausMa- 



23Î Histoire 

cette raifon barques fmks , ceft à dire coufucs. Ils 
prenrvent donc à cet effet des plus tendres racines des 
"T-- arbres fraîchement tirez de la terre , quils entortillent 
' dune manière admirable , & en font des cordes fem- 

blables à celles de chanvre. Les autres prennent des 
nerfs d'animaux & particulièrement de Rennes , quiIs 
amolliffent & tournent enfemble en forme de cordes , 
uun To. puis les font fecher au vent & au Soleil. Ils coufent donc 
véritablement les ais de leurs battcaux cniemble , avec 
ces cordes ou de nerfs, ou ce qui eft plus ordinaire, de 
ces racines d'arbres j tout de la même manière quon 
a coutume de coudre du drap ou du linge avec du 
filet • & ils rempliflent les jointures de moufle , ahn que 
l'eau' ne puiflè pas entrer par ces endroits. Ils mettent 
des rames à ces barques, tantoft deux, tantoft quatre, 
qu'ils attachent fur les côtez à de grofles chevilles & 
Tes rangent de celle façon que chaque Lapon peut tacu 
z«gi«u.. lement en manier deux. Ils vont dans ces barques lut 
les plus rapides rivières, qui coulent entre les montagnes 
de la Laponie , ils y font en Efté tous nuds, pour pou- 
voir mieux nager , pour tirer du danger leurs marchan- 
difes & les fauver plus facilement du naufrage. 

Le troifiéme art des hommes efl celm de Charpcn- 
tier ou plûtoft celui de faire des machines propres a 
porter & à traîner; car ils fe font eux-mêmes toutes les 
' îbrtes de traîneaux , dont ils fe fervent en Hiver.^ Ceux 
fur lefquels ils font voiage , ne font pas de la même h- 
gure que ceux dont ils portent leurs meubles & leur ba- 
gage • c'eft pourquoi ils n'ont pas le même nom. 

Les traîneaux fur lefquels ils fe mettent en voiageant 
font apellez Pulca, & faits comme une demi barque ou 
une petite barque coupée , avec une proue aiguë , dont 



DE LA L AP ONIE. S33 
dont la pointe fe levé en haut , la pouppe étant tou- 
te plate , & faite d'un feul ais. Tout le corps ett com- 
pofé de plufieurs pièces de bois de la longueur du traî- 
neau , aiant quatre côtes ou davantage attachées par 
dedans avec des clous de bois , de{quels cotez la partie 
fuperieure , ôc qui couvre l'autre eft plus épaifle ôc plus 
forte, & le bas eft attaché par deffous comme le fond 
d'un vaifTeau. Ce fond eft de la largeur *de la paume 
de la main , courbée vers la proue ôc élevée en haut, où 
il y a un trou par lequel on pafTe la corde que Ton at- 
tache au Renne qui doit tirer 5 les autres pièces de bois 
font un peu plus étroites. Il n'y a point dais par deffous^ 
comme aux autres traîneaux ordinaires , fur lefquels 
tout le rcfte du corps du traîneau étant apuié comme 
fur des roiies , il puiffe avancer : mais il eft tout leul ôc 
tout nud , il n'eft point plat par le bas ^ mais convexe 
& en demi rond , afin qu il puiffe aller tantoft fur un 
côté tantoft fur lautrc , ôc être plus facilement mené 
au travers des plus hautes néges. 

Voila la plus vraie defcription du traîneau des Lapons^ 
tel que j'en conferve un dans mon cabinet. Herbefte- 
nius l a autrefois ainfi décrit , mais en peu de mots. 
Olaus Magnus dit qu'ils font differens des autres en ce Liv.iî.ckjç 
. qu ils ont le devant en pointe comme le bout d'un fou- 
lier, montant en haut , ôc on leur donne cette figure, 
afin qu'ils puiffent plus facilement ouvrir la nége. Au jchanT^s- 
refte de peur qu'en allant, les néges ne couvrent le traî- 
neau , & ne brûlent ou gâtent les pieds du Lapon qui 
eft de{fiis ; ils ont coutume de couvrir la partie qui eft 
vers la proue de la longueur d une aune ou de plus, a- 
vec une peau de veau marin , attachée à de petites pie- 
ces de bois courbées en forme de cercle par deffus le 



t3 4 Histoire 

traîneau. Ils remplirent auffi tout cet cfpace de foin 
ou de mouffe, pour fe tenir les pieds plus chaudement 
6c les defFendre contre le froid. Voila une des fortes de 
véhicules dont les Lapons fe fervent. 

Outre ce genre de traîneau, ils en bâciffent encore 
un autre qu ils nomment Jchkio , qui n a en fa ftrudu- 
rerien de différent du premier, finon qu'il eft plus gran, 
âiant cinq aifhcs de longueur ôc quelquefois davantage, 
celui-là n'en aiant que trois ou environ. D'ailleurs il 
n eil pas couvert du côté de la proue , mais découvert 
par tout , 6c deftiné particulièrement pour porter les 
iiv4 chap.8. meubles VTcxionius le décrit de la forte-, je^ne tombe 
kïucdc'^' toutefois pas d'accord de ce qu il dit , que l'on couvre 
le dernier d'un linge contre les néges , car il ne croie 
point de chanvre en la Laponie , 6c le linge n'y eft nul- 
lement en ufage , non plus que les habits de toille. Et 
les Lapons ne fe mettent pas tant en peine de couvrir 
leurs traîneaux, comme les meubles qu'ils mettent de~ 
dans , qu'ils couvrent avec des cuirs, des peaux ou des 
écorces de Bouleau. 
Pour ce qui eft du chariot avec des roiies, qui fe voie 
Ur.i7.ch.x;. dépeint dans Olaus Magnus , les Lapons ne s'en font 
jamais fervi 6c n'en ont ont point entendu parler : Il 
TUuflr. dit bien que Ion attache les Rennes domeftiques à des 
curuu.. chariots, & qu'ils tirent avec beaucoup de facilite par 
la campagne , mais il ne déclare poinc quelle forte de 
chariots ce font, ni de quelle manière ils iont faits.^ Le 
Peintre aiant en plufieurs autres endroits ufé dune 
grande licence , & delTmé les chofes félon fon caprice; 
je ne fçais pas , fi dans cette occafion ^il n'a point plû- 
toft fuivi fon imagination égarée , que les propres ter- 
mes de la defcription d'Olaus. Ceft une chofe très- 



DELALAPONIE. 235 
certaine , & que le Peuple n'ignore pss , qu^il n y a par^ 
mi les Lapons aucun chariot avec des roiies , ôc que 
quand ils font voiage en hllé , ils mettent les paquets jcu« 
de leur bagage ôc leurs enfans fur le bas des Rennes. '^^^ 

Outre ces deux fortes de traîneaux, les Lapons font 
au^^l ces femelles de bois , avec lefquelles ils courent 
fur la nége. 

Le quatrième art des hommes eft d'être Bahutiers ôc ^^^.^^ 
Laïettiers ,car ils font des bahuts ôc des laïertes de tou- Rhcc». 
tes les manières, mais plus communément en ovale. Ils 
font aulTi des armoires & des cabinets , qu ils enrichif- 
fenc avec des os, qu'ils enchaffent deflus, & par des li- 
gnes & des traits qu'ils y gravent. J en confeive une 
de cette façon dans mon cabinet, dont Monfieur Loiiis 
Otton de Bothnie ma fait prefent. Elle eft toute d'une 
planche de Bouleau extrêmement déliée , pliée en rond, 
&c en ficTure d'ovale , tellement jointe par les deux bouts, 
que l'on y voit à la vérité la jointure , mais il n'y paroït 
ni clou , ni aucun lien de bois qui les tienne. Le cou- 
vercle eft tout entier d un feul morceau de bois 5 car ce 
quieftautour , & qui doit fcrvir de bord, eft de là même 
planche qui eft ainfi creufée. Les orncmens qui y font 
appliquez font faits d os de Rennes , taillez en petites la. 
mes fort minces , defquellcs quelques-unes fontlongues 
& les autres rondes , avec divers contours de traits gra- samusi 
vez deffus : Et afin que 1 on comprenne mieux ia hgu- 
re , nous donnons à la fin de ce chapitre un craion de 
la quaiffe toute entière fous la figure C. 

La cinquième preuve de leur adreffe parok dans h 
fabrique des corbeilles &c des panniers , les Lapons ex- 
cellent particulièrement en cela. La matière de leurs 
corbeilles Ôc de leurs panniers , eft de racines d arbres 

G g ij 



Î36 Histoire 

battues ôc rendues maniables , qu'ils fendent en forme 
de bandes fore longues pour les pouvoir plier ea 
ichanTor j-^^^. ç^^^^ manière de les lier enfemble n eft pas 
celle qui eft commune parmi toutes les autres Nations, 
mais ce (ont des cercles dclamêmegrandeur qu'ils veul- 
lenc donner au pannier , lefquels font fortement atta- 
chez les uns fur les autres avec ces liens de racines de 
bois , jufqu a ce qu'ils foient parvenus àla jufte hauteur 
d'un pannier. Ils ont coutume, quand ils en veullenc 
prendre la peine , d'entrelaffer avec tant d adreffe 6c de 
joindre fi fortement ces liens les uns aux autres , qu'é- 
tant ainfi entaffez, ils retiennent l'eau tout de même qu'un 
vaiffeau de matière folide, ôc l'empefchent de pénétrer. 
Ces panniers ne font pas tous fcmblables j il y en a de 
grans & de petits , ils (ont pour la plu-part tous ronds 
avec leur couvercle , quelques-uns font couverts ôc ont 
par deflus une anfe en demi rond , avec laquelle on les 
peut commodément porter au bras -, les autres ont une 
figure longue ôc quarrée. Non feulement les Lapons 
fe fervent de ces panniers , mais encore les Suédois, par- 
mi lefquels ils font fort fréquemment en ufage ; il s'en 
porte même aux Nations étrangères , à caufe que fou- 
vrage eft fort, de durée, ôc bien fait. J'en ai reprefen- 
té à la fin de ce chapitre, fous la lettre B. un des ronds, 
qui font ceux dont on fe ferc plus communément. 
Outre toutes ces chofes, les hommes font encore de 
zicgierus. bois OU d'os Ics mcublcs , dont ils ont befbin dans leur 
Rfa«"n! f^niille. Ils font avec de la corne de Rennes des cuil- 
liers , où ils gravent avec la pointe de leur couteau di- 
verfes figures , ôc rempliffent les traits avec de la cou- 
leur noire. J'en ai dans mon cabinet une de cette fa- 
çon avec fes cannelures difpofées dansuntres-bel ordre. 



lehan Tor- 
nxas. 



DELALAPONIE. 237 
& outre cette gentillefTe , il y a encore des anneaux 6c 
de petites lames pendantes au bouc du manche , le tout 
fait d une même pièce de corne ou d'os. ] en donne- 
rai ci.deflbus la figure, marquée à la lettre A. J ai auffi 
des outils de Tiflerans faits d os ôc travaillez de la mê- 
me façon -, une navette longue de deux doigts percée 
par le bout fous la lettre D. & le peigne de la longueur 
d'environ la paume de la main , marqué à la lettre E. 
qui font les outils avec lefquels ils font des rubans de 
laine de diverfes couleurs ; ils font d'un même travail, 
& méritent bien d'être confiderez. J'ai auffi une boête 
pour mettre du tabac en poudre , faite d'os & fort in- 
genieufement travaillée, avec fes petite^ boucles ou an- 
neaux cifelez , ôc fore embellie avec la pointe du cou- 
teau. 

Tous ces ouvrages font tellement faits , qu'il paroïc 
bien que cette Nation neft pas fi ftupide ni fi mal-po- 
lie que plufieurs l'ont voulu croire j ôc puifqu'ils font 
ces chofes du premier coup fans les avoir auparavant 
long-tems étudiées ni apprifes , il y a aflfez de fonde- 
ment d'efperer , que s'ils étoient une fois en apprentiC 
fàge fous quelque excellent Ouvrier , ils dcviendroient 
très habiles. 

Il refte encore une chofc qui mérite bien d'être rap- 
portée,quiell qu'ils ont coutume de graver ôc de creu- 
fer dans de l'os diverfes figures de fleurs , d'animaux ôc 
d'autres chofes femblables , ôc ces a^eux leurs fervent 
comme de moules , dans lefquels jettant del'étain fon- 
du , ils font de petits boucliers, des bouttons, ôc de pe- 
tites lames , dont les hommes ôc les femmes garniffent 
puis après leurs ceintures. Et ils ne fe fervent pas feu- 
lement de ces moules pour paroître plus braves, mais 

G g iij 



23g Histoire 

encore pour toutes les autres chofes , qu'ils garnifTcnit 
6c embelliffcnt avec de 1 ecain -, ils les emploient enfin 
pour faire les balles dont on charge les moufquets. 

Les inflrumens que les hommes fabriquent ne font 
pas d'une même forte , mais ils fervent à divers ufagc j 
car il y en apour lacuifine , d'autres pour ceux qui mè- 
nent les troupeaux, pour la chaffe, & pour les voiages. 
Jehan Tornxus dit qu'ils font leurs inftrumens de chaf- 
k fort ingenieufement avec des os, dont ils les embel- 
lilTent : Il ne dit pas que ces inflrumens de chalfefoient 
d os , mais qu'ils garniffcnt ôc enrichilTent ce bois avec 
de l'os, comme leurs autres meubles , ce que l'on peut 
voir dans la caffette dont j ai fait la peinture. Ziegle- 
rus parle des tonneaux fabriquez par les Lapons, qui 
font plûtoft à proprement parler , de grandes couppes, 
ou des vaiffeaux faits d'une feule groife pièce de bois 
creufée , comme font ceux dont nous nous fervons à 
vendange , ou d'autres femblables. Wexionius fait men- 
tion de petites talTes pour boire , faites avec de l'écor- 
ce d'arbre. Je me difpenferai de faire ici le dénombre- 
ment de leurs autres ouvrages étant tous très- communs. 

Les hommes font en quelque façon contrains défai- 
re ces ouvrages , chacun dans fa propre famille, (ans a« 
voir eu d'autre Maître qui leur ait appris que leurs pères, 
ôc félon la force ôc la portée de leur elprit 5 ôc parce 
que chacun d eux dans le particulier cft capable de tou- 
tes ces chofes , il ne faut pas s'étonner fi on dit que les 
Lapons font adroits dans toutes fortes de manufafturcs. 



DoH:Z.îeme Figure, 



DE LA L APONIE. 



39 



CHAPITRE XXII. 
Des Occupations des Femmes Laponnes. 

LE S femmes Laponnes s ociipent à tailler & a cou- 
dre des habits, & à faire des (ouliers& des gands-, oi-«^^ 
car les femmes font obligées de coudre tous leurs ha- jean Tot- 
bits auffi bien que ceux des hommes , & on ne voit 
point chez les Lapons de Tailleurs , de Pelletiers , ni rkcTb. 
de Gantiers. Elles font aulTi tout ce qui eft neceffairc 
pour attacher les Rennes aux traîneaux , comme font 
les trais qui couvrent le poitrail, ceux qui pafTenc 
fur le dos , le^ colliers & toutes les autres pièces du 
harnois. Mais pour bien faire ces chofes, elles ont be- 
foin de fçavoir d'autres arts. 

Le premier cft celui par le moien duquel elles filent 
toutes fortes de fil , qu'elles font communément avec 

André E a 

des nerfs de Rennes , battus & préparez menus corn- ^ 
HîC du hn , qu elles filent après -, car l'exceffive froidu- 
re du climat ne permet pas d y faire venir du lin. Je 
conferve dans mon cabinet de ce fil fait de n-erfs j par- liy.isch ,o 
ce quOlaus Magnus dit que ce filet eft dcftiné à l'u- 
fagc des habits. Ces paroles un peu cbfcures ont fait croi- 
re à Monfieur de Brienne , que les femmes des Lapons 
fâifoient de la toile de ce fil, & qu'elles^fè tailloient de 
cette toile des chemifes. j'ai obfervé qu'il s eft feryi en 
plufieurs endroits de l'ouvrage d'Oîaus Magnus , pour 
achever la defcription qu'il donne de la Laponie en fi 



140 Histoire 

peu de paroles , quelle ne fait pas une petite page en- 
tière de fon voiage, ôc il fe trouve qu'il na prefque ja- 
mais rencontré le vrai fens des paroles d'Olaus j mais 
j'ai fait déjà voir ailleurs que le raifonnement de celui- 
là n'étoit pas jufte. On peut reconnoîcre qu'Olaus n a 
point prétendu dire autre chofe que ce que j ai avancé, 
par cette reflexion qu'il a dit la même cnofe, comme il 
l'alTure au dixième chapitre de fon quatrième livre, fça- 
voir que l*on tire de ces nerfs , comme on fait de 1 e- 
toupe, les plus déliez , que l'on fepare des autres pour 
les emploier à faire du fil. Il ne dit pas que l'on fait 
des étoffes avec ces nerfs, mais que l'on choifit les plus 
fins d'entre les plus grofliers & les plus durs, pour en 
faire du fil, & que ce fil eft après emploie à coudre les 
habits. Ce qui eft fi vrai & fi afTuré , qu'on ne voit 
aujourd'hui chez les Lapons ni habits, ni robes, ni man- 
ches, ni bottes, ni fouliers qui ne foientcoufus de cet- 
te forte de fil. 

Ce fil n eft pas toujours femblable , car il y en a du 
gros , du délié & du fin , particulièrement celui que 
Ton couvre d etain. Ces fils ne fe tiennent pas les uns 
aux autres , & ils ne font pas longs comme le fil de 
chanvre, mais affez cours , & ils ne pafTent pas la lon- 
Uyiî.ch.48. gueur d'une ou deux aunes, à proportion de la longueur 
des nerfs. Il fe trouve à la vérité un endroit d'Olaus 
Magnus, qui femble favorifer la penfée de Monfieur 
de Brienne, où il dit que les femmes des Lapons font 
des toiles avec des nerfs d'animaux -, mais outre que 
tout ce pa^^age d'Oîaus eft fore obfcur , où il veut dire 
que les femmes des Lapons ne font abfolument aucu- 
ne toile, comme font les autres femmes du Nord , ce 
qui eft très, vrai, ou ce mot de toile ne fe doit pas pren- 



DE LA Lapon lE. «41 

cire là en toute {à rigueur , mais feulement pour du fi- 
let ; que fi Olaus a voulu dire efFeâivement qu'elles 
font de la toile, il n*y a point de doute qu'il s'eft trom- 
pé- 

Lors qu elles veulent faire ce fil , elles netteicnt bicfl 
ces nerfs , elles en oftent ce qu il y a de plus rude & 
de plus dur , elles les font fecher , après quoi elles les Batà**; ^ 
battent comme Ton fait autre-parc le lin 3 elles les trem- y VexioBiuif 
pent enfin dans de la grailTe de poilTon, ce qui les rend dliracLî} 
plus doux & plus maniables. dGU«««^«r 

Outre ce fil de nerfs de R ennes , les femmes font auffi 
du fil avec de la laine de brebis, pour en faire des ban- 
des & des rubans, quelque, fois auffi avec du poil de liè- 
vre , pour faire des bonnets & des manches. Car elles 
ont coutume de prendre du poil de lièvre blanc, &d*en 
faire des bonnets , de la même manière que Ton fait 
des bas de foie ou de laine dans les autres parties de 
l'Europe ; filant du fil de ce poil , & par le moien de 
trois ou quatre petits bâtons de fer fort menus elles tri- 
cotent. Les bonnets qu elles fabriquent font auffi doux 
que la plume du cou des Cignes5 ces bonnets font fort 
chauds & confervent merveilleufement la chaleur. Les 
femmes font de la même manière des gands ou des ef^ 
peces de mitaines , qui font excellentes contre le froid. 
La manufaûure de leurs rubans n'efl pas à méprifer , 
lors qu'à laide de ces outils de TifTerans , faits d'os ( com- 
me nous avons dit ) elles y reprefentent diverfes figures, 
ce qui fe peut remarquer dans le craion du ruban que 
je garde en mon cabinet , ôc qui eft à la fin du chapi- 
tre précèdent, fous la lettre L 

Le quatrième art des femmes Laponnes eft de cou- 
vrir d etain le fil de nerfs , dont nous avons parle. Elles 

Hh 



André Bu 
taeus. 



Samuel 
Rhecn. 



Samuel 
Rhccn. 



44t Histoire 

fonc deux chofes . U première de tirer en filets dctain, 
comme on fait l'or chez les autres Nations , la Iccon- 
de d en revêtir le fil de nerf de Renne. Pour la pre- 
mière chofe, elles ont un morceau de corne, ou il y a 
plufieurs trous , les uns plus petits & les autres plus grans, 
puis y fourrant un morceau detain de la longueur dune 
aune elles le tirent avec les dents, le faifant palTer luc- 
ceffivement par un plus petit trou , elles le font peu a 
peu plus deliê & de la groiTeur du fil Mais parce que 
les filets d-étain tirez ainfi font parfaitement ronds, & 
qu'ils ne fçauroient pour cette raifon en couvrir d autres, 
puifque pour les attacher fortement enfemble , ils doi- 
vent être plats & larges par un côté : Elles fourrent pour 
cela dans cette corne un petit os, qui bouche la moine 
de chacun des trous , & tirant de nouveau le hlet d e- 
tain par les mêmes trous , elles le renden|^^iouie plat. 
En voici la figu£c^_^, " 



DE LA LAPONIE: Î41 
La féconde chofe cft l'adrefle dont elles couvrent 
laucre fil de ce filet d'etainj elles fe fervent d'un fufeau 
avec lequel elles joignent tellcmenr ces deux fils enfem- 
blc, que celui de nerf eft couvert de l'autre ôc femble 
être entièrement d etain. Ce qu'elles font incontinent 
après qu'elles ont tiré ces filets d etain, de peur qu'ils 
ne fe brouillent, & que fe méfiant enfemble ils ne fc 
gâtent -, c'ell pourquoi à mefure quelles en ont tiré un 
elles le mettent auffi-tofi: ou autour de leur teftc , ou 
autour de leur pied 5 puis elles le joignent à un autre 
filet bien délié , par le moien dun petit fu(èau, de la 
même manière que Ton fait ailleurs du fil d'or ôc d'ar- 
gent. 

Au rcfte Tufagc de ce fil d etain cft fort fr^^uent ôc 
commun chez les Lapons , ôc fur tout pouf enrichir 
toutes fortes d'habits de cette broderie , ôc cet art eft le 
cinquième dans lequel les femmes des Lapons excellent. 
Zieglerus ne l'a pas autrefois oublié ^ mais quant à ce 
qu'il ajoute , qu elles font des vétemens tiffus d'or ôc 
d'argent, je ne fçais pas s'il eft vrai , il n'y a affurément 
rien de tour cela aujourd'hui chez les Lapons ^ ôc mê- 
me elles ne mettent aucun des métaux dans les étoffes 
de leurs habits, puifqu elles ne font en gênerai aucune 
étoffe ni de laine , ni de lin , mais celles qu'elles ont de 
laine , elles les achètent toutes faites des Marchands de 
Bothnie ou de Norvège , ou bien elles les ont en 
échange d'autres chofes. Elles ne naettent donc pas ces 
filets dans l'étofïe en la faifant, mais elles brodent a ïé- An 
guille leurs plus beaux habits j ôc quoi que Wexionius 
dife que les fouliers ôc les gands font voir la beauté de ichan 
cet ouvrage, cela fe doit entendre , qu ils font ainfi bro- 
dez à leguille de ces filets d e'tain. 

Hhij 



Î44 Histoire 

EU-s ont coutume d'enrichir de cette manière d ou- 
vraee prefque tous les habits , & la femme qui fçait 
mieux ce métier , & qui fait de plus belles broderies 
cft préférée à toutes les autres , & eftimec de tout le 
monde. Les chofes qu elles brodent d'ordinaire (ont les 
robes , que l'on apelle Muddar , les bottes , les gands, 
les foûliers , & tout le harnois qui fert à attacher le 
Renne au traîneau. 

Elles ne chargent jamais de ces orncmens les peaux 
qui ont encore le poil; mais elles y font des comparn- 
mens avec des pièces d'étoffe de laine de couleur bleue, 
de verd charge ou ob(cur , & plus particuUerement de 
rouge , & bordent aufli de la forte ces mêmes peaux. 
EWes aapliquent ces morceaux d'étoffe brodée fur leurs 
robes ou-muddcs, autour du collet & des manches, el- 
les font le même tirant en bas le long de leltomac 
& aux côtez ; elles en garniffent les gands , non pas lur 
le côté qui couvre la main, mais à 1 endroit du délions 
qui defcend vers le bras , fur les bottes vers les genoux , lur 
les fouliers prés du creux où l'on met le pied , ou vers 
le bout qui va en pointe. ^ 

Il y a bien de l'efprit dans ces ornemens ou elles re- 
prefententavec des filets d'étain diverfcs figures , non 
feulement d'étoiUes , de fleurs, & de rofes; mais en- 
core d'oifeaux , & de bêtes à quatre pieds , & lur 
tout leurs Rennes, ce qui eft tres-agreable a voir : Et 
afin que l'ouvrage ait plus d'éclat & brille davantage , 
elles mettent en quelques endroits des rangs de petits 
boutons d'étain applatis avec le marteau , comme des 
pailletés, &poHs, lefquels lorfque le Soleil donne dcl- 
fus , renvoient quelques rayons de lumière. 
Elles y ajoutent encore des rubans , des c'guilletes , 




1 



DE LA LAPONIE. i4.f 
6c d'autres fèmblables chofes pendantes & garnies de 
ces filets d'étain avec des houppes au bout faites de 
morceaux d étoffe de laine de diverfes couleurs, taillez 
en bandes fort étroites, pai fait reprefenter , le mieux 
qu'il a ctc poffible, toutes ces chofes a la fin du chapi- 
tre précèdent; les bottes fous la lettre F. les gans ou 
mitaines fous la lettre G. & fous la lettre H. les (ouliers. 
Elles n'enrichiffent pas feulement ainfi tous leurs véte- 
mens, mais encore les harnois de leurs Rennes, ôc tout 
ce qu'on a coutume de mettre defliis pour l'ornement 
& la braverie : On y voit par tout des compartimens 
de filets d'étain, & les bords font garnis de pièces d e- 
tofFe coupée en forme de frange. Enfin elles ne por- 
tent aucune parure fur elles , qui paroiffe aux yeux de 
tout le monde , qu'elles ne rendent par cet art recom- 
mandable ôc digne d'être bien confiderée. J'ai chez moi 
des bourfes tant d'hommes que de femmes , des étuis à 
cguilles, des gaines de couteau , ôc d'autres fèmblables 
chofes brodées de cette manière , que l'on ne peut pas 
regarder fans quelque forte d admiration. Et afin que 
je ne (emble pas avoir dit ceci par exaggeration, & pour 
contenter la curiofité de ceux qui n'ont jamais vu de 
ces fortes d'ouvrages des Lapons ; en voici quelques 
exemples tirez de mon cabinet, ôc deffinez avec toutk 
foin ôc toute l'exaélitude poflible» 



H h iij 



146 



Histoire 



CHAPITRE XXni. 

T>es Occupations communes a l un ^ ï autre 
fexcy parmi le^ Lapons^ 



T 



O U S les emplois les plus laborieux font com- 
_ muns à l'un & l'autre fexe , & particulièrement 
fur la route des voiages , qui font fi frequens & prefque 
ichanTor- continuels parmi les Lapons. Ceft pourquoi les fem- 
mes portent en Hiver des haut. de- chauffes aufli- bien 
que les hommes , à caufe des grandes néges -, & en Efte 
Samuel quand il faut changer de demeure , le pere de tamiUe 
j^h.cn. conduit quelques Rennes chargez d une partie des meu- 
bles , & fa femme l'autre partie , fi bien que le travail 
leur eft également partagé. 

Us marchent en t fté à pied , la femme auffi-bien que 
le mari 5 & en Hiver ils vont fur des traîneaux, chacun 
YVcxionius. dans le fien particulier. Celui qui eft dans le traîneau, y 
eft afiis , envclopé jufqu a la ceinture comme un en- 
fant dans le maillot , lié avec des bandes de cuir , atta- 
chées aux deux cotez du traîneau, fur tout quand il faut 
aller vite , en forte qu'il paffe au deffus du traîneau du 
refte du corps , aiant les bras & la tefte libres, & le dos 
appuié contre l'ais , qui fait comme la pouppe du trai- 



lehan Tor 
nxQS. 



neau. 

Wcxionias. Qn y attache un Renne , mais tout autrement qu on 
ne fait autre-part les chevaux : Car on lui met autour 



DE LA LAPONIE. ^47 
du cou une grande bande fort large en fornfie de collier, 
faite de la peau d'un autre Renne aiant encore fon poil , 
au bout de laquelle , au defTous du poitrail le trait de 
la même peau avec fon poil pafTe entre les jambes, tant 
celles de devant que celles de derrière, & fe met dans 
le trou qui eft au bout de la proiie du traîneau , qu'un 
enfant peut facilement lever d'une main. 

Le Peintre qui a fait les figures de l'ouvrage d'Olaus 
Magnus , s'eft donc extrêmement trompé , attachant 
ces Rennes aux traîneaux , tout de même que Ton fait 
les chevaux, avec deux traits aux deux cotez. Outre la 
grande bande qui couvre ôz entoure le poitrail du Ren- 
ne, il lui a mis fur le cou un bois en demi cercle j com- 
me Ion s'en fert pour les charrois ordinaires. On a ail- 
leurs coutume datteler les chevaux aux traîneaux par 
le moien de deux bâtons attachez des deux cotez , au 
lieu de cordes au traîneau, & afin que le cheval qui eft 
entre deux , puiffe plus librement courir , on lui met 
par deffus le cou un demi cercle de bois en forme de 
collier , qui tient ces deux bâtons un peu éloignez du 
corps du cheval , ils nomment ce demi cercle Lochran. 
cka. Le Peintre a donc mis fur le cou du Renne un fem- 
blable demi cercle, qui ne peut néanmoins ftrvir qu'en- 
tre ces deux bâtons , avec lefquels on n'attache point 
les Rennes au traîneau , mais avec une fimple bande , 
ou un feul trait, comme j'ai dit. 

Il n a pas mieux rencontré , quand il reprefente la 
manière dont les Lapons fe fervent de leurs Rennes en 
Efté. Car il en fait voir deux attelez à une efpece de 
chariot qui a des roiies (ce qu on n a jamais vu en laLa- 
ponie ) & même les Lapons ne fe fervent pas de cha- 
riots en Efté , chargeant tout leur bagage {ûr les bâts 
des Rennes. 



t4s Histoire 

Il a encore fait une faute moins excufablc que les au- 
très quand il a reprefentc un Lapon monté fur un Ren- 

L.r.i7.c.i^. yn^^^^ cheval, avec une felle & une houffe; 

& avec une bride ôc un mors à la main. Il eft bien^vrai 

Liv^tir qu'Olaus dit , que le Renne court fur les grandes mges , 
forum un homme fur fon dos ; mais les Lapons ne Iça- 
vent ce que ceft, & Zieglerusamieux remarqué avant 
lui, que le Renne ne porte pas, & neft pas pour la fel- 
le , lervant feulement à tirer avec le poitrail. Les La- 
pons ne fe fervent jamais , quand ils font voiage en 
Efté, de bêtes de monture , & ils ne montent point fur 
des chariots à roue, comme Olausl'expofe dans fes pein- 
tures , mais ils vont à pied : Ils fe font traîner en Hi- 
ver , chacun attaché (ur fon traîneau avec des bandes 
& (iir fon traîneau particulier. 

Le Lapon qui eft fur fon traîneau , conduit lui-mc- 

VYcxionius. ^.^^ ^^^^ f^^ig b^jje ^ q^i eft une courroie 

large, faite de peau de chien marin 5 elle n eft pas atta- 
chée à la bouche, mais aux cornes & autour de la tefte. 
Celui qui eft traîné la tient hée à un bâton de la main 
droite, afin de la pouvoir faire tomber, tanroft à droite 
tantoft à gauche fur le dos du Renne, qui par la diverfité 
de ce mouvement connoît de quel côté il doit tirer 5 le 
maître gouvernant ainfi dune main le Renne, conduit 
en même tems le traîneau de l'autre ; parce qu'étant , 
comme une petite barque, à demi rond par delfous, & 
qu'il panche tantoft fur un côté , tantoft fur l'autre , il 
eft necelfaire de le foulager continuellement , ou par le 
poids du corps de celui qui eft dedans , qui fe jette de 
1 autre côté , ou par la main même , de peur qu'il ne fc 
rcnverfe tout à fait. Herberftenius a ainfi décrit cette 
manière défaire voiage 5 mais par le mot de cerf, il faut 

entendre 



Torrçûs. 



D E L A L A P O N I I. S4t 
entendre le Renne , ôc le bâton qu il tient à la maia 
droite , n'eft pas pour (oûtenir le traîneau , mais pour 
conduire la bête , la bride étant attachée au bout , ôc 
l'homme étant plus bas, la fait aller fur le dos du Ren- 
ne , à droite ou à gauche , & il ne foûcient pas tant le 
traîneau avec ce bâton , que de la pefanteur de fon corps^ 
ôc de fon autre main. L'idée de cette aâ;ion cft telle 
que vous la voiez ici deflinée. 

TreÎT^ieme Figire,- 

Ils font auffi chemin en Hiver , lorfque la terre eft 
toute couverte de nége. Us ne manquent pas d*orne- 
mens , dont ils ajuftent leurs Rennes , comme la houfle 
qu'ils lui mettent fur le dos , la grande bande qu'ils lui 
pendent au cou avec la fonnette , donc le fon réjouie 
les Rennes , & tous ces ornemens font piquez à l'éguil- 
le , Ôc enrichis de filets d etain , bordez de petites pie- 
ces d'étoffe pendantes ôc de diverfes couleurs. Us îom 
leurs voiages quelque- fois plus lentement , & quelque- 
fois plus vîte, félon les affaires. Si c'efl feulement pour 
changer de denmire , ils vont alors fort pofément , 
parce qu'ils traînent après eux tous leurs meubles êc' 
leur bagage fur une autre efpece de traîneau plus graa 
ôc plus long nommé j^chkio , dont chacun eft traîné 
par un feul Renne. L'homme ou la femme eft à la tê- 
te fur fon traîneau, ces Rennes avec leurs charges fui- 
vent l'un après l'autre , ou attachez comme une longue 
fuite au traîneau qui eft devant, ou bien libremeni fans yy^x 
être attachez ^ car la coutume qu'ils ont de vivre cn- 
femble , fait qu'ils fe fuivent d'eux-mêmes les uns le^ 
autres. ' - - 



Histoire 

Lors qu'ils fe font traîner pour quelque preffantc af- 
faire , ne menant aucune cliarge après eux , ils vont pro- 
dis-ieufementvîte & (cmblcnt voler. Zieglerus dit qu'un 
Lapon fiit cinquante mille pas , c eft à dire trente lieiies 
en vincTc-quatre heures ^ ce qu'ils apellent en leur lan- 
gue cLanger trois fois d'horizon , c'eft à dire arriver 
frois fois au point le plus éloigné qu'ils avoient décou- 
vert de loin. Herberlienius dit qu ils font en un jour 
vingt & une lieue, il parle du jour naturel , & celui-là 
du )ouï: civil de vingt- quatre heures. Quoi qu'il ne foie 
preique pas poffible de faire tant de chemin tout d une 
traite avec le même Renne, le plus fort aiant bien de 
la peine à en faire vingt par les meilleurs chemins , ôc 
lorfnue les néges font^plus propres & plus gliffantes. Ils 
peuvent pour^ l'ordinaire faire dans l'efpace d'environ 
dix heures douze ou quatorze ou au plus feize liclies, de 
c'eft la plus prompte courfe qu'un Renne fafle d'une 
feule traite ; que fi on double l'efpace du tems , il fe 
trouvera que félon la fupputation de Zieglerus, un Ren- 
ne aura fait trente lieues en vingt quatre heures. Mais 
il eft prefque impolîible qu'un Prenne continue de cou- 
. rir fi long-tems, & il eft faux qu'il puiffeainfi faire dou- 

faut que le lendemain il fe repofe. 

Cette courfe eft commune aux deux fexes , ôc les 
hommes ne fçavent pas mieux que les femmes fe fervir 
de cette commodité , pour avancer chemin fur les né- 
ges-, comme nous le reconnoifTons, ôc par le temoigna- 
tiy.; ch u. 2e d'Olaus Magnus , & beaucoup mieux par l'expé- 
rience de nôtre temps. Car cet Auteur veut que les 
femmes fe fervent à la chafle de ces femelles de bois, 
§c la chaffe leur eft défendue ^ quoi qu elles ne s'en fer- 



DE LA L A P ON I E. «51 
vent pas pour chafTcr, ncanmoins lorfque k neceffitc 
le demande , elles font avec ces femelles , aufli bien 
qu'avec le traîneau , beaucoup d'autres afFaircsJ 

Comme les hommes ôc les femmes travaillent e'ga- 
lement pour foûtenir les fatigues des voiages , ôc pour 
faire ce qui cil neceffaire dans ces changcmcns conti- 
nuels , aufquels ils font acoûtumez , de même lorsqu'ils 
s'arrêtent , ôc qu'ils demeurent quelque tems dans un 
lieu, ils s aident mutuellement l'un ôc l'autre, tant à fai- 
re paître les troupeaux, qu'à la pcfche. Pour ce qui eft 
des Rennes , c'eft une vérité connue de tous , que les 
Lapons tant les hommes que les femmes , en prennent 
indifféremment le foin, qu'ils les mènent paître, qu'ils s^madi 
les gardent , Ôc enfin qu'ils en tirent le laid , ce qui k ^^'"'"'^ 
fait par les jeunes auffi bien que par les vieux de i un ôc 
l'autre fexe. 

Pour ce qui concerne la pefche , il eft certain que 
les hommes n'y travaillent pas plus que les femmes ^ 
qui en l'abftnce de leurs maris vont bien loin pefcher , 
ôc fouvent durant quelques femaines , elles prenncni 
des poiifons , les vuident, les font fecher, ôc les confer- 
vent pour THiver. La manière dont elles travaillent en 
cette occafion , eft fort peu différente de ce qui fe fait 
ordinairement ailleurs , car elles difpofent les naffes , 
tendent les rets , pouffent ôc font donner les poifTons 
dans le filet, & les reçoivent après dans le verveuiL Ce- Enft déf- 
ia fait que j'ignofe ce que Paul Jove veut dire , que les Mofchevtel* 
Lapons font la pefche par un artifice fort heureux, quoi 
qu'il ne foit nullement propre à ce deffein ; car je ne 
vois rien que de juftc dans leur pefche, ôc je ne fçache 
pas qu'ils ih fervent d'autres inftrumens à cet effet, que oiaus Fctî|| 
de ceux dont on fe fert par tout. Si ce neft peut> être 

li îj 



îjs HISTOIRE 
quccrivant ceci, il jettoic les yeux fur leurs hameçons; 
qui pour la plu- part ne font pas de fer mais de bois. Us 
prennent une branche de Genièvre , dont ils font une 
petite broche.quiadeux pointes en forme de fourchet- 
te, ils en aiguifenc un des bouts en forme d'hameçon , 
l'attachent à une ficelle, qu'ils lient à un bâton , & fi- 
chent ce bâton dans certains endroits de la rivière. Ils 
ont en même tems un gran nombre de ces bâtons a- 
juftez ainfi , fichez au fond de l'eau -, de forte que les 
grans poiffons venant à avaler lapas qui cft attache a 
cette fourchette, ils s'y prennent facilement. Ils n'ont 
à la vérité jamais vû de ces cannes ou longues baguer- 
tes , aufqûelles on attache un hameçon au bout d'un 
long crin de cheval , & qu'on laiffe ainfi tomber dans 
l'eau , & fi le poiffon s'y attache , il eft au même inftant 
enlevé par celui qui pefche à la ligne. 

Leur pefche eft différente félon la diverfité des Sai- 
fonsde l'année ; car ils ne pefchent guère en Efté qu'au 
verveiiil , qu'ils tiennent étendu entre deux barques , 
afin que cesbarques venant à fe joindre, ils entourrent& 
enferment le poilfon. Usfe fervent encore d'un granin- 
ûmment de fer qui leur eft particuUer, attaché au bout 
d'un gran bâton comme unchalebarde , qui a la forme 
d'un trident de Neptune, que nous apellons une four- 
che ; fi ce n'eft qu'au lieu de trois pointes il y en a plu- 
fieurs. Ils percent particulièrement les brochets avec 
ce fer , lors qu'ils s'élèvent du fond dl l'eau au deflus, 
& qu'ils fe font voir aux raions du Soleil. Us font la 
nuit la même chofe , brûlant du bois fec à la proue 
du batteau , pour faire lever & venir le poiflon a la 
clarté du feu. ... 
En Hiver ib tendent des filets fous la glace , qu ils 



DE LA L AP OKIE^ 251 
percent à certains efpaces , afin qu'à laide d'un petit 
bâton aufli long que l'intervale qui eft entre les deux 
trous , ils puiflènt avancer les filets par deffaus , jud 
ques à ce qu'ils ibient parvenus à l'autre bord de h 
rivière, ôc faifant enfîiite beaucoup de bruit par def 
fus j ils font aller le poiflbn dans les filets. 

Les feules femmes font la plû-part du tems toutes 
ces choies , dont il fè faut d'autant moins étonner , 
que toute la Laponie a par tout des eaux extrême- 
ment poifTonneufes. 

: Outre ces chofès il y en a encore quantité d'au- 
tres , à quoi les hommes ôc les femmes travaillent 
tous les jours enfemble , s'aident réciproquement l'un 
l!autre, comme à porter le bois, à faire les haïes pour 
«enfermer les Rennes, ôc plufieurs autres de cette forte. 



254 



Histoire 



Samuel 



CHAPITRE XXIV. 
Dh Loîjir ^ des Divertipmens des Lapons. 

LES Lapons f parlant en gênerai ) aiment à ne rien 
faire, & ils ne s'appliquent jamais au travail, qu*ils 
n y Ibient contrains ou par la neceffité, ou par faute de 
vivres. Ils femblent avoir retenu ce naturel fainéant de 
leurs Ancêtres les Finnons-, leur complexion froide fur- 
venant là-defTus, caufée par les mauvaifès qualitez du païs 
& par le froid rigoureux de l'air , qui eft feul capable 
de rendre les hommes tres-parefTcux. Les nuits fort lon- 
gues, & lefommeil de plufieurs heures, qui les rendenc 
encore plus lâches. Pour ne rien dire ici de leur foi- 
blefTc, & de leurs maladies , qui ne leur permettent pas 
de travailler long-tems > quand le travail eft fort. 

Les divertiffemens dont les Lapons charment leur 
oifiveté, ce font les vifites. Ils prennent plaifir à fe vi- 
ficer , à converfer & a difcourir enfemble. Car com- 
me ils mènent une vie en quelque façon folitaire , & 
que chaque famille demeure dans fes propres cabanes , 
leparée & fouvent fort éloignée de toutes les autres, ce- 
la fait qu'ils prennent un plaifir fingulier à vifiter leurs 
parens àc leurs amis , ôc à s'entretenir de diverfes 
chofes. 

Ces vifites fe pafTent principalement en coîiverla- 
îions , dont les chofes les plus ordinaires & journaliè- 
res , l'ctat de la fantc , des affaires ôc d'autres fem- 



DE LA L A P O N I E. '25^ 
blabics font le fùjet. Il leur arrive auffi aflfez fouvcnc 
de s entretenir des autres Nations , defquelles le nom , 
les moeurs ôc la conduite (ont venues à leur connoiflTan- 
ce par le commerce , ôc de s en moquer , ôc de leur 
donner des furnoms par raillerie. Les plus riches d cn- 
tr'euxen viennent jufqu a régaler ôc faire grande clicre 
à tous ceux qui leur rendent vifite , leur témoignant la 
joie qu'ils reçoivent de cet honneur. 

Ils ont encore, outre ces vifites , des jeux, dont ils 
fe divertiflent, ôc fur tout en Hiver, durant lequel ils 
ne font pas fi difperfez quen Efté , mais ils font plus 
ramaffez, lors qu'ils s'affemblent aux lieux deftinez pour 
rendre la juftice , ôc pour y mettre en vente leurs mar- 
chandifes. Quelques-uns de ces jeux n apartiennent 
qu'aux hommes & aux jeunes gens, les autres font com- 
muns aux hommes ôc aux femmes. Le jeu des hom- 
mes ôc des jeunes garçons fe jolie ainfi. Ils tracent une 
ligne furlanége,quifertcommede borne, & ils mettent 
un butau delà de cette ligne dans la diftance de quel- 
ques pas -puis chacun deux court depuis ce but jufqu à 
la ligne , où étant arrivez ils fe lancent en fautant le 
plus loin qu'il leur eft poffible , ôc celui qui a du pre- 
mier coup fauté plus avant, a gagné lavantage fur tous 
les autres. 

Ils ont un autre jeu , où la difpute n eft pas à qui 
fautera le plus loin , mais à qui fautera le plus haut. 
Deux hommes ou deux jeunes garçons fe portent de 
bout , fort peu éloignez l'un de l'autre , ôc tiennent à 
leur main ou un bâton ou une corde , tantoft plus bas 
tantoft plus haut, félon que ceux qui jouent font con- 
venus j & de la hauteur pour l'ordinaire d'un homme. 
Puis ils s'efforcent lun après l'autre de fauter par deffus 



5^8 Histoire 

ce bâton , prenant leur efcouffe d'un certain lieu mar: 
que , & celui qui faute le mieux remporte tout 1 hon- 
neur & toute la louange au deflus des autres. ^ 

Leur troifiéme jeu fe fait avec l'arc & les flèches ; 
ils mettent en un certain lieu un but aflèz petit , où ils 
tirent d'une certaine diftance , celui qui donne dedans 
ou qui le touche le plus fouvent , eft plus eftimé que 
fes autres camarades. Voila les jeux aufquels ils paffenc 
leur tems, parle feul motif delaloiiange & de la gloire. 

Us difputent quelquefois pour les prix, dont ils con^: 
viennent entreux, & ils les mettent au milieu de la pla- 
ce où ils jouent & combattent à deflein de les rempor- 
ter. Ces prix confiftent fort rarement en pièces de 
monnoie , le plus fouvent en peaux , & fur tout d'Ecu-, 
reuils , tantoft une tantoft plufieurs , félon qu'ils ca 
font tombez d'acord. 

Les hommes & les femmes jouent enfemble avec 
une balle de cuir remplie de foin, & de la groifeur du 
poing. Toute la multitude tant des hommes que des 
femmes fe partage en deux bandes , l'une tient cet ef- 
pace & l'autre celui-là , avec quelque diftance entre 
deux. Eftant ainfi difpofez , tous ceux d'un parti fra-' 
pent par ordre l'un après l'autre cette balle avec un 
bâton, & la font voler en l'air de toute leur force, 
ceux de l'autre parti étant obligez de la recevoir. Que 
fi l'un ou l'autre de la troupe la peut attraper de la main 
avant qu'elle tombe à terre, le jeu alors fe change, & 
ce parti frape & envoie la balle en l'air, & 1 autre parti 
eft obligé de la recevoir. Les hommes & les femmes , 
les garçons & les filles jouent tous enfemble à ce jeu , 
& les hommes n'y font pas paroître plus de vigueur & 
- plus d'adrclfe que les femmes. 



DE LA LAPOMIE. tsj: 
Ils joiienc encore à un autre jeu avec une pareille bal^ 
le. Ils tracent deux lignes fur la nége gelée , éloignées 
lune de l'autre d'un certain efpace v puis toute la mul- 
titude de l'un de 1 autre fexe indifféremment fe par- 
tage en deux partis , dont lun entreprend de deiFendre 
cette ligne, ôc l autre celle-là. Ils safTemblent tous en- 
fuite au milieu de cet efpace , qui eft entre les lignes 
où ils jettent la balle , laquelle ils s efForcertt aufli-toft 
de pouffer avec des bâtons, ce parti-ci vers le parti con- 
traire , ôc lautre vers la ligne de lautre parti. Que fi 
un parti peut efFedlivement avec ces bâtons ( car il n'efl: 
pas permis de jetter la balle avec la main ) la pouffer 
(ur la ligne de l'autre, & fe rendre par ce moieiî maître 
de tout lefpace qu'il defîendoit, il eft cenfé avoir gagné 
fort du jeu victorieux. 

Les jeux dont je viens de parler, tant ceux qui nefonr 
propres qu aux hommes , que ceux qui leur lônt com- 
muns avec les femmes , appartiennent indifféremment 
aux plus jeunes auffi bien qu aux perfonnes âgées -, Mais 
celui - ci n eft que pour les hommes, qui font plus avan- 
cez en âge. Car ils ont coutume de fe divifer en deux 
claffçs & de lutter l une contre l'autre. Une claffe fe met 
fur une longue ligne de front, comme un rang de foldats 
en bataille , l'autre claffe fe range fur k; ligne oppofie. 
Ils prennent chacun leur adverfaire avec leur ceinture. 
Car tous les Lapons en portent , comme je l'ai fait voir. 
Chaque ceinture fait deux ou trois tours autour du corps 
d'un chacun ce qui lui donne plus de fermeté &le rend 
plus propre à ce deffein. Cela étant ainfi, chacun em- 
ploie toutes fes forces pour faire tomber par terre celui 
qu'il tient entouré de fa ceinture. Ce que l'on ne doit 
cependant point faire par rufe,, ni y apporter de fraude 



t 



t^i Histoire 

mettant le pied contre , ou par quelque autre manière 
femblable , que s 'û arrive à quelqu'un d'en ufcr ainfi, il 
paffe pour un homme fans roi , & on le chalTe com- 
me indigne ôc qui ne mérite pas de jolier. 

Ces jeux font particuliers aux Lapons , qui en ont 
encore d'autres qu'ils ont apris d'ailleurs. Le premier 
de ces jeux eft celui de cartes. Les Lapons y prennent 
gran plaifir , &c ils ont coutume d'acheter des cartes 
des Marchands des païs voifins , qui vont tous les ans 
trafiquer en Laponie. Les jeux aufquels les Lapons 
ioiient avec les cartes ne font point difFcrcns des jeux 
ordinaires qui font receus parmi les autres Nations. Le 
jeu de dez eft encore l'un des jeux des Lapons. Us les 
font de bois , mais de la même figure que les autres , 
avec cette différence toutefois que les dez communs 
ont des nombres marquez fur toutes leurs faces , ôc 
ceux des Lapons n'ont qu'une feule face marquée à la 
lettre X. Celui-là des joueurs paffe pour avoir gagné , 
qui aiant jetté deux de ces dez peut avoir cette lettre X 
fur la plus haute face de l'un des deux. 

Ils propofcnt d'ordinaire dans tous ces jeux des prix 
pour celui qui gagne, tanroft des peaux d'Ecureuils tan- 
toll d'autres chofes de moindre valeur , ôc au defFaut 
d'autres chofes, il joiient les balles de moufquet dont 
ils fe fervent à la chaffe. Ils le font quelquefois dans 
lefperance de reparer les pertes qu ils ont faites , ôc le 
dommage qu'ils ont foufferr ^ car celui qui a ainfi per- 
du toutes fes balles, n'en reffent pas feulement alors de 
Tincommodité , mais ne pouvant plus aller à la chafle , 
qui lui eft par cette perte comme interdite ; il perd 
beaucoup de l'abondance des alimens , dont il ne peut 
pas faire provifion pour l'avenir. 



DE LA LAPONIE. ^59 



C H API T RE XXV. 
Des Fiançailles de$ Noces des Lapom. 

LE Lapon qui a refblu de fe marier , cherclie une 
fille riche qui efpere une grande fucceffion , & 
qui ait plus de Rennes que toutes les autres. Car les 
Lapons ont cette coûtume de donner à leurs enfans^ 
dés qu'ils font nais , quelques Rennes. Ces Rennes 
ne font point cenfez apartenir au pcre ni à la mere^ 
mais aux enfans à qui ils font donnez. De forte que fi Rhcen* 
un Lapon a plufieurs filles ^ celui qui en veut époufèr 
une , jette les yeux fiir celle des fœurs , qui a les meit' 
leurs Rennes & en plus gran nombre , qui profitent 
& multiplient mieux -, ainfi la fille qui a un très -gran 
nombre de ces Rennes , trouve facilement un (erviteur. 
Il n'a égard à aucune autre chofè , fans faire reflexion 
fur fa vertu , (i elle eft fage honnefte, ni fur fa beau- 
té , ni fur tout ce qui peut porter un jeune homme à 
rechercher une fille en mariage. 

Apres donc que le jeune homme a bien confideré ^ 
qu'il s'eft déterminé touchant la fille qu'il defire , ce 
qui fe pafle d'ordinaire dans leurs aifemblées publiques^, 
qui font établies, tant pour paier les tributs que pour 
tenir les foires Jes marchez ; il va voir les parens, le 
pere & la mere ou les tuteurs de la fille, prenant avec 
foi fon pere , s'il eft encore en vie , & un ou deux de 
fcs amis y fur tout uii d'eux comme le médiateur de lafî 



t6o Histoire 

faire , qu'il fçait être confideré des parens de la fille: 
Cet encremereur fe charge d expofer le deflein du gar- 
çon , de gagner l'efpric des parens , & de faire la pro- 
pofition du mariage. Il porte encore avec foi quelques 
bouteilles du meilleur efprit de vin qu'il peut rencon- 
trer. Lors qu ils font arrivez à la cabane , on les invite 
tous d'y entrer, à la referve du jeune garçon , qui doit 
demeurer dehors , comme le portier ou comme un 

ichan Tor- chien , ôc qui cependant s'occupe ou à fendre du bois , 
ou à faire quelqu autre choie de peu de conlequence , 
jufqua ce qu'on l'apelle & qu'on le convie d entrer. Car 
s'il eft fi téméraire que d'entrer avant qu on lui com- 
mande , il pafTe pour un homme incivil & impudent , on 
ne reçoit nullement fes excufes , ôc il ruine fon afltaire. 
Le médiateur entre donc chez ceux qui doivent être le 
beau - pere ôc la belle - mere du jeune homme , dont le 
pere fe met fur la porte avec la bouteille d'eau de vie à 
la main , que le jeune homme a apportée pour faire 
honneur aux parens de celle qu'il recherche. Ce pere 
leur prefente à boire de cet elprit de vin , qu'ils apel- 
lent Pouriflvotin , c'efl: à dire le vin de la bien venue , 
ou le vin dont il veut faluer ceux qui doivent eftre fon 

Samuel beau pere & fa belle- mere 5 ou bien Sonhouvïm , c'efl: à 
dire le vin des amoureux^ qu'ils font obligez de donner 
au pere & à la mere pour obtenir la permiffion de parler 
à leur fille, & pour gagner fcs bonnes grâces & fon affec- 
tion. Apres qu'ils ont beu quelque peu de ce vin, le mé- 
diateur commence à s aquitcr de fa commilîîon 5 il ex- 
pofe les inclinations & le defir du jeune homme, & fup- 
plie le pere de la fille de la luy vouloir donner en mariage. 
Et pour mieux reuffir dans fon defrein,ildonneàcepcre 
les plus éclatantes aclesplus glorieufes qualitez, c[uil a 



DE LA L APONIE. %6î 
pu inventer , ôc il lui fait autant de foumilTions que 
«il avoit à négocier avec un gran Prince. II lapelle 
Pere gran , comme fî c'étoit quelque Patriarche , Pere 
vénérable , Pere bon ôc fuprcme , Pere fouverain , fai- 
fant à chacun de fes éloges une génuflexion ; & fi le 
titre roial de Majefté leur étoit autant connu , ils l'apeL 
Jeroient Pere Majeftueux. Jehan Torna^us quiraporte 
ces cérémonies ôc ces paroles , les a lui-même veiies ôc 
entendues. 

On ne traite pas d'abord avec la fille , mais on pro- 
pofe auparavant l'affaire à fes parens , ôc le jeune hom- 
me ne lui parle point qu il n'en ait obtenu la permiflion, 
après qu'il les a faliiez , ils le convient d'entrer en leur 
cabane ^ oû ils lui donnent a manger. On envoie fou- 
vent la fille bien loin de là faire paître les Rennes dans 
les bois , ou dans quelquautre cabane , ôc on fait en 
forte que fon fcrviteur ôc tous ceux de fa compagnie ne 
la voient point alors. Que fi elle ou quelquautre 
femme mariée obtient des parens ou des alliez la per- 
miffion de lui parler , il fort incontinent après le dîner 
de la cabane, ôc il s'en va prendre dans fon traîneau fes 
habits de laine, ôc tout ce qu'il a coutume de porter fur 
foi aux jours des plus grandes Fêtes , ôc toutes les au-^ 
très chofes dont il a befoin dans cette rencontre , puis 
il va en cet état falûer fa maîtreffe. • 

L entreveiie fe fait premièrement par le baifer , mais 
ils ne fe contentent pas de fe baifer à la bouche , ils 
s appliquent encore le nez fortement l'un contre l'au- 
tre, ôc fans cela ils ne croiroient pas s'être bien faliiez. 
L'amant porte en fon fein les plus cxquifes viandes qui 
foienc chez les Lapons , une langue de Renne , de la 
<phair de Caftor , ôc d'autre femblabk viande , §c après 

Kk iij 



262 Histoire 

avoir faliic fa maîcreffe , il les lui prefente ; mais elle 
les refufe publiquement en la prefcnce de fes foeurs ôc 
de toute Ja compagnie. Elle lui fait en même tems fi. 
gne de fortir de la cabane , de étant tous deux dehors 
ôc en particulier , il lui demande la permiffion de lui 
oiFfir les mêmes chofes, qu elle lui acorde &c les reçoit; 
le jeune homme la prie en même tems de lui permet- 
tre de dormir auprès d'elle dans la cabane , fi elle ne le 
veut pas ^ elle jette tous (es prefens par terre , pour 
marque de fon refus ; fi elle lui acorde , laffaire paflfe 
pour conclue ôc arrêtée entr'eux. 

L'approbation toutefois des parens , auffi bien que 
la célébration des noces font d'ordinaire retardées pour 
long -tems , &c difFerces jufquà un ou deux 3c quelque 
fois trois ans après. La caufe d une fi longue recher- 
che vient de ce que celui qui dcfirc avoir en mariage la 
fille d un homme plus riche que lui , eft obligé de fai- 
re de grans prefens au pere , à la mere ôc à tous les 
parens pour les gagner , fans le confentement defquels 
il lui eft impoffible d'époufer fa maîtrelfe. Le prefent 
qu'il faut faire par honneur doit être autant beau , que 
les facultez lui peuvent permettre. Ils ont coûtumc de 
le nommer Pecfe^ c'eft à dire , les parties. La moindre 
de ces parties doit à tout le moins être de- deux marcs 
d'argent, c*eft à dire , de fix onces -, il s'en trouve qui 
doivent être de vingt onces , d autres de quarante àc 
quelques-unes vont même jufqu a foixante. Ils ne pre- 
fentent pas de l'argent en maffe , mais de l'argent mis 
en œuvre, & d'autres chofes j & jufqu'à ce que le jeu- 
ne homme ait recouvré toutes ces parties , il s'écoule 
d'ordinaire bien du tems. Il vifite cependant fa mai- 
iielfc , ac lorfquil la va voir ^ il fe divertit par q^^elque 



DELA LAPONîE. 
chanfbn d amour , qui le réjouit fur le chemin. Ils ont 
coutume de chanter la plû-part du tems ces chanfons, 
non pas fur un certain chant règle , mais fur le ton que 
chacun d eux s'imagine être le plus beau , ôc non pas 
toujours de la même manière , mais tantoll fiir un tel 
chant tantoft fur l'autre , félon que leur caprice leur 
fiit en chantant trouver plus agréable. Olaus Matthiar 
Lapon de Torna ma donne la copie d'une de ces chan- 
Tons , qu'ils chantent en Hiver , ôc dont voici le fcBs. 
Kulnafat'^ ^ mon petit Kennc , il fmt nous hâter y cdr mtis 
a'vons du chemin à faire ^ les terres humides fint vajhs. Tu 
ne me Jeras pas toutefois ennuyeux marais Kaige , marais 
Kaihva je te dis à dieu, Plujîeurs pensées roulent dans mon 
€l^rit , lorfque je fuis porte par le marais Kaige» Mon lien- 
ne nous fommes agiles légers , ainfi mus verrons plutofl U 
fin de notre travail, & nous arri'verons où nous avons refo- 
lu d'aller ; je verrai là ma maîtrejfe aller à la promenade^ 
Kulnafat'^ , mon Renne regarde & confidere , fi tu n aperce- 
veras point qu'elle fe lave. C eft une chanibn d'amour 
par laquelle les Lapons exhortent leurs B ennes de fè 
hâter j car le moindre retardement fcmble toujours 
trop long aux amoureux. 

Ils ont coutume de fc rejouir avec d'autres fembla- 
bles chanfbns , lorfqu'ils font fort éloignez de leurs jeu- 
nes maîcrefles, de s'en rafraîchir la mémoire , de d'en 
relever la beauté & la bonne grâce. Comme eft celle- 
ci , que le même Olaus m'a fournie , de laquelle je ra- 
porterai le fens , puifque nous traitons le même fujec. 

Soleil tres^ brilUnt, jette^ vos raions fur le marais Drra ^ 
fijecrdiois qu étant monté furies plus hautes branches des Sa- 
pins , je pour rois découvrir le marais On^a^jj monttrois pmr 
wir parmi quelles fleurs ma maîtrejfe fe promené. Je coupe^ 



m 



26 4 Histoire 

rois tous les aïbrijfeaux qui ne font que naître , je taillerois 
tous ces rameaux , ces branches verdoiantes, Vaurois fuivi le 
cours des nuées, qui prennent leur chemin vers le marais Or- 
ra , f je pouvois voler avec des ailes juf qu'à vous , avec des 
ailes de Corneille , mais les ailes me manquent , les ailes de la 
Sarcelle, & les pieds, les pieds desOjes, & de bonnes plan- 
tes àe pieds ^ qui me puijfent porter jufquà vous, V ous ave'^ 
attendu un aj]e7^ long-tems , durant tant de jours^ , tant de 
vos très-bons jours , avec vos yeux ft doux, & votre cœur fî 
percé d'amour, ^e f vous voulic'^ vous enfuir bien loin, je 
qjous retrouverois cependant bien-toft. ^'y a - il de plus fer^ 
me & de plus fort que des nerf tourne'^ enfemble , ^ des^ 
chaincs de fer, lefquelles lient très-fortement f ainfi l'amour 
tourne notre tête, change nos pensées & nos refolutions, La 
volonté des enfans , la volonté du vent, les pensées des jeunes^ 
de longues pensées, ^c ft ic les écoutois toutes , toutes, ie^ 
me retirerais du chemin, du vrai chemin, J'ai un confeH À 
prendre , & le fcais que par-là te trouverai le plus court 

chemin, ^ 
Les Lapons apellent ces chanfons , Morfe faurog , 
Lcmêo^c c eft à dire des chanfons nuptiales, quils commencent 
oi^r^ cejte façon ou d'une autre manière prefque fembla- 
blej chantant tantoft plus tantoft moins , félon que 
chacun d'eux les croit pouvoir mieux dire & compoier, 
& ils répètent fouvent la même. Mais ils n'ont pomc 
de ton ni de mefures alTurées , ni aucun chant déter- 
miné , fe contentant de les chanter comme il leur 
vient en la fantaifie , fuivant feulement une certaine 
coutume ou routine , félon qu'elle leur femblc être- 
plus agréable à l'oreille. 

Ils font obligez, toutes les fois qu'ils vont voir leur 
maïcrefre , de porter avec eux de leau de vie, qui paffe 
- " ~ " pouç 



DE LALAPONIE. lés 
pour le plus beau prefent & qui eft le mieux receu , avec 
du tabac. 

Que fi il arrive , pendant ce délai , que les parens de la 
fille viennent pour quelques raifons à la lui refufer ^ on 
a pour lors recours au Juge les parens font obligez de 
paier au jeune homme tous fes frais, excepté la dépence ^'^^^^ 
qu'il a faite en efprit de vin , qu'ils nomment le Pourijlîi- 
wn, à la première entrevëue. Car iUrrive affez fouvenc, 
que le pere n'ayant nullement la penfée de donner fa fille 
en mariage à ce garçon, afin néanmoins d'avoir le moien 
de s'eny vrer d'efprit de vin , toutes les fois qu'il vient 
vifiter fa fille, il l'entretient toujours en efperance, re- 
mettant d'année en année le mariage , jufqu a ce que le 
jeune homme s'apperçoive qu'on le trompe & qu'il ne 
peut rien efperer que la compenfation de fes frais. Que j.haaT®!^ 
fi au contraire les parens lui ont fimplemcnt & fincere- ««««^ 
ment refufé leur fille, que,nonobfl:antlerefus,ilperfifte 
toujours Se continue fes vifites,& que pour montrer qu'il 
eft généreux & libéral , il fafle bien de la dépence , on n'eft . 
point alors obligé de lui en rembourfer aucune chofe. 
Mais les Lapons ne refufcnt pas d'ordinaire leurs fijles, 
fe contentant feulement de différer d'année en année de • 
rendre réponfe. 

Que fi l'afFaire à fbut le bon fuccez qu'il a pu efperer -, 
on convient enfemble & on arrefte le jour de la célébra- 
tion des noces. Tous les parents &les alliez tant de l'é- 
poux , que du cofté de 1 epoufe s'affemblent la veille dans 
la cabane des parents de la filîe, ou l'époux fait à tous les 
prefcnts des noces , dont on eftoit tombé d'acord. Il samud 
eft obligé de donner par honneur au pere un gobelet 
d'argent, ôc c'eft le premier prefent de ceux quils nom- 
ment Stjch • le fécond eft un grand chauderon de cui^ 



166 Histoire 

vre , le troifiéme un lid, ou toutes les couvertures ôc au- 
tres étoffes neceffaires pour garnir un 1161. Les prefens 
qu'il doit fau*e à la mere font, premièrement une cein- 
ture d'argent ; en fécond lieu une robe de parade , de cel- 
les qu'ils ont coutume d apeller Folpi ; en dernier lieu 
un collier tel que les femmes le portent, & qui leur def- 
cend fur le cou garni par tout de boutons d'argent , le- 
quel ils nomment Kj^ake. Outre ces dons, qu'il faut faire 
au pere & à la mere , il donne encore aux frères , aux fœurs 
ôc aux autres plus proches parcns des cuUiers d argent , 
des joiaux d'argent pour pendre au cou, ou d'autres fem- 
blables chofes,&le jeune garçon les doit tous gratifier 
par honneur de quelque prefent, s'il veut avoir fa maî- 
treffe j ce qu il fait dans la cabane du beau-pere en la 
prefence & à la veiie de toute raffemblée. 

On fait le lendemain les noces, ôc on en commen- 
ce la cérémonie par le mariage , que le Prêtre fait en 
l'Eglife , on les termine par un gran 3c celcbre fef- 
• tin. 

La nouvelle mariée avec fon époux paroifTent ôc 
marchent avec les plus riches ôc les plus beaux habits 
qu'ils ont pu acheter de leur propre bien ; car ce feroit 
Samuel parmi les Lapons une chofe extrêmement honteufe 
d'emprunter des habits de noces, aufli ne le font -ils 
jamais. Et cela ne fe doit pas feulement entendre des ha- 
bits , mais encore de toutes les parures, dont on a coû- 
tume de fe fervir en cette occafion -, comme quand on 
met une couronne de pierrerie fur la tefle de l'époufe , 
un collier de perle , 6c des anneaux à fes doigts , qui 
font des joiaux que l'on garde en un certain lieu , ôc 
qu'on loiie pour une certaine fomme d'argent. Cela 
n eft nullement en pratique chez les Lapons , qui ne 



^ DE LA L A P O N I E. z6r 

portent qoe leurs propres habits , ne fe parent que 
de leurs propres joiaux , fans emprunter rien de per- 
fonnc. 

Le marie paroît donc couvert de fes plus riches ha- Lif,4^ ck:7« 
bits , qu Olaus Magnus femble avoir ainfi voulu mar~ 
quer dans le détail ^ il porte des peaux de Loups- cer- <« 
viers ôc de Martres , & marche avec autant de pompe « 
qu'un noble Vénitien , & autant à eftimer , fi Ton fe 
mefure fur la richeffe de fes habits , dont le prix des ce 
peaux furpaffe celui de l'argent doré , & de toutes les 
pierreries des autres. Mais cela fe pratiquoit peut-être 
anciennement , ou à tout le moins de fon tems. Quoi 
que je doute fort , fî les Lapons ont été jamais vêtus 
de peaux de Loups- cerviers ou de Martres. Certes tous 
les Auteurs qui ont donné le portrait de ces Peuples , 
ne font mention que des peaux de Rennes ^ & les plus 
beaux habits que les Lapons portent à prefent^aux plus 
grans jours de Fêtes , & aux plus grandes aflemblées> 
ne font point de peaux , mais de la plus riche étoffe de 
laine qui fe puiffe trouver. L'époux porte fur tous fes Rheen. 
habits une ceinture d'argent. 

L'époufe délie premièrement fes cheveux , & donne 
la bande dont elle les avoir jufqu'à cette heure tenus 
notiez , à fa plus proche parente d'entre les filles. Elle 
peigne fes cheveux , qu'elle laiffe tomber , elle mec 
fur'fa telle nue une ou deux ceintures d'argent doré ^ 
de celles dont les femmes ont coutume de fe fervir au 
lieu de guirlande -, en telle forte que fi ta ceinture efl 
trop large pour la tefle, on la referre & on fait pendre 
le bout par derrière j étant ainfi elle fe ceint encore 
par le milieu du corps d^une ceinture d*argent. Voila 
tous les ornemens de la mariée ^ fi ce n'eft quon lui 



nxus. 



Samuel 



t68 Histoire 

mette quelquefois quelque linge fur la tefte 'en forme 
d echarpe ou de coiffe ^ ce que les femmes font d'ordi^ 
naire en d'autres occafions, quand elles fè veulent bien 
parer. C ar pour ce qui eft des habits, nous avons déjà 
dit que l'époux & lepoufe portoient les leurs propres, 
les plus beaux ôc des plus grandes Fêtes , & que ceux 
des femmes apellez Folpi, étoient de la plus riche étoffe 
de laine. Ce qui fait eonnoître qu Olaus Magnus , af. 
fiirant que lepoufe eft vétuc de peaux d'Hermine ôc 
de Martre Zibelline , dit des chofes fort éloignées de 
ce qui fe pratique a prefent. 
Samuel On les mené aujourd'hui tous deux ainfi parez à TE- 
glifè ou au Prêtre, pour en recevoir la benedidion nup- 
tiale. On en ufoit anciennement d'une autre manière , 
dèlnoc^des fi "ous en croïons Olaus Magnus j car Je mariage fc 
Lapons. faifoit à la maifon , à ce qu'il dit , ôc non point par le 
Prêtre, mais par les parens , en la prefence de tous les 
alliez ôc de tous les amis, par le feu qu'ils faifoient avec 
le fer fortir d'un caillou. Ce qu'il a fans doute pris , 
auffi bien que d'autres chofes, de Zieglefus, qui ne die 
à la vérité rien des parens, mais qui raporte ainfi l'an- 
cienne manière de les marier. Ils font le contraét du 
mariage par le feu , qu'ils tirent d'un caillou , comme 
étant la plus naïve figure du miftere conjugal, que com- 
me le caillou poffede en foi du feu caché, & qui ne pa- 
roît que quand on frapc la pierre , la vie eft aufli ca- 
chée dans les deux fexes , ôc qu elle ne paroît que dans 
les enfans , qui la reçoivent par les embraffemens de 
leurs parens. Olaus difant la même chofe , fait bien 
voir qu'il ne fait que fuivre Zieglerus , ajoutant toute- 
" fois que l'on met la mariée fur un Renne privé, ôc qu'é- 
\ tant acompagnée de toute l'élite de fà parenté-, on U 



DELA L APONIE. 269 
îtiêne dans fon apartcment ou dans les tentes , lui fou- „ 
haitant la fécondité & la fanté , treffaillant pour mar- „ 
que de leur joie. Je crains qu'il n'ait écrit ceci fur un 
faux bruit ; car les Lapons ne montent jamais fur les 
Rennes , comme on fait ailleurs fur les chevaux : Outre 
qu'il ne marque pas de quel lieu on mené l'époufe; par- 
ce qu'il n'eft pas vrai qu'on la conduife de la cabane de 
fcs parens , dans laquelle on commence & on achevé 
toute la folemnité des noces ; & que la chambre ou 
l'aparteraentde l'époufée eftdansle même lieu. Et on ne 
la peut pas amener d'ailleurs , car chacune des autres 
familles a fa cabane particulière ; & on ne peut pas vrai- 
Icmblablement conduire l'époufée en fon apartcment , 
qu'en la tirant de la cabane paternelle , & parce que 
cet apartement eft dans le même endroit , cette con- 
duite eft fuperfluë & chimérique. 

On mené cependant aujourd'hui ceux qui doivent 
affifter aux noces de l'époux & de l'époufe , mais à l'E- 
glife ou chez le Prêtre, & fi le chemin eft long , & que 
ee foit en Hiver , on fe fert de Renne , non pas pour 
monter deffus , mais pour les attacher aux traîneaux fur 
lefquels on fait le voiage. 

Lorfqu'on eft arrivé prés de l'Eglifc , on garde en la 
marche un certain ordre ; les hommes vont les premiers 
& les femmes après. Un Lapon marche le premier ^ 
comme le Condudeur de toute la troupe , & au fujec 
de cet emploi , ils le nomment Jutomolma , c'cft a dire 
meneur , ou bien Jutomvvatxe , c eft à dire l'Huiflier, 
ou le Bedeau qui va devant. L'époux marche immédia- 
tement après, puis tous les hommes fuivent. Quelques 
filles mènent l'autre troupe ; lepoufée les fuit , arant a 
fes côtez un homme & une femme ; & enfin toutes 

L 1 iij 



Samuel 



tio Histoire 

les autres femmes vonc enfuite. Ce qui mérite le plus 
d être remarqué, ceft que lepoufée témoigne beaucoup 
de trirtefle, afin que Ton fçache que c'eft par contrain- 
te qu'on l'oblige de quitter fon pere & fa mere , qu'elle 
eft contre fa volonté traînée par cet homme ôc cette 
femme qui lui tiennent compagnie , & que c eft mal- 
gré elle qu on l'engage dans le mariage, fon vifage ab- 
batu donnant affez de preuves de ^à douleur. Eftant 
ainfi entrez en l'Egiife ils y reçoivent la benedidiion 
nuptiale après les prières, comme il s obfcrve chez les 
Chrétiens. Jean Tornxus raporte la même chofe , ex- 
cepté qu'il dit que 1 epoufée eft menée par deux hom- 
mes , ion pere & fon frère s'ils font en vie , ou par les 
deux autres plus proches de fes parens. Elle marche 
donc la tefte baiffée , comme fi on la conduifoit aufup- 
plice , ôc lors qu'on lui demande fi elle veut bien pren- 
dre ce jeuqp homme qui eft la prefent pour fon mari, 
elle demeure comme muette , jufqu a ce que fes parens 
l'aient exhorté bc preffé de parler j elle confent enfin 
par parole , mais elle parle fi bas , que le Prêtre a bien 
de la peine à l'entendre. 

Cette retenue palTe chez les Lapons pour une mar- 
que de pudeur & de chafteté, quoi qu après qu*elle eft 
mariée , elle faffe paroître beaucoup d'affecaion & beau- 
coup d'amour pour fon mari. Je mets ici le tableau de 
répoufée avec tous fes ornemens , & des deux hommes 
qui la mènent. 



DE LA L AP ONIE. 




Apres les époufaillesi on fâît le feftin des noces dans 
la cabane des parens de l'époulce , où tous ceux qui 
ont été conviez au feftin , aportent dés le loir précè- 
dent chacun fa portion des viandes qu on y doit man- 
ger 5 en même tems que l'époux diftribu'é fes prefens en- 
tre les parens 6c les alliez de la fille, La plus grande 
partie de cec-te viande eft fournie par les parens du ma- 
rié ôc de la mariée, qui la donnent toute crue à un cer- 
tain Lapon 5 qui eft établi pour la recevoir de la main 
de chacun pour la faire cuire , & la diftribuer aux con- 
viez. 

On garde cet ordre quand on fe met à table : Le 
marié & la mariée font premièrement aflîs Tun auprès 
de l'autre, puis tous les parens & tous les alliez. Chacun 
ne prend pas la viande lui-même, mais il reçoit ce que 



Z1Z Histoire 

sarruci le Lapott , qui fait l'office de traiteur lui prefentc. Il 
RiKcn commence par l'époux &l*époufe , à qui il donne leur 
portion , & puis à tous les autres enfuite. Quant à ceux 
qui ne peuvent pas tenir dans la cabane , trop petite 
pour pouvoir y faire afTeoir tout le monde, comme font 
les garçons &: les filles , ils montent fur le toit , & ils 
font defcendre par le haut de la cabane des ficelles , au 
boutdefquelles il y a des hameçons ou de petits crochets, 
aufquels on leur attache des pièces de chair & d'autres 
chofes femblables , afin qu'ils aient aufli leur part du 
feflin. 

Le feftin e'tant fini , ils rendent grâce à Dieu félon 
la coûtume , ôc fe donnent l'un à l'autre la main droite. 
Samuel dcmierc chofe & la conclufion de la joie du feftin , 
Rhecn. c'eft lelprit de vin qu'ils y boivent , au cas quils en 
puiflent trouver à acheter ^ les mariez en achètent les 
premiers , puis leurs parens , &: enfin tous les autres,' 
chacun pour foi en particulier, ainfî ils fe rejouiffent. 
Les plus riches au moins le font, 6c tous ceux qui ren- 
contrent Toccafion d'en acheter , par la prefence de ceux 
qui vendent de ces fortes de marchandifes j les autres 
ont coûtume de fe recréer dans la converfation len- 
tretien de quelque chofe de plaifanc. 
Liv.4. ch. 8. Car ce qu'Olaus Magnus dit des violons &: des dan- 
u ces , eft très- faux : Qu^ils font venir à leurs plus cele- 
« bres fcftins des joiieurs d'inftrumens pour rejoiiir les 
ce conviez & les faire dancer ^ ce qu'ils font jouant plus 
<( Fortement, &: chantant en même tems les belles adions 
u des anciens Héros & des Geans , compofées en vers , 
« en rimes, & en la langue du païs , c'eft à dire, les ver- 
<{ tus qui leur ont acquis tant de louange & de gloire , 
a qu'ils font par ce moien foûpirer fondre en larmes les 

conviez^ 



DE LA L APONIE. 273 
cîonviez, lefquels après plufieurs grans cris ton:ibenc par 
terre en confufion les uns fur les autres. Si Olaus eue 
dit ceci des anciens Suédois , il ne fc fût pas tout à fait 
éloigné de la vérité ^ car chez les Lapons , dont il parle 
en cet endroit , on n'y en a jamais entendu ni vent ni 
nouvelle. Toute la mufique en gênerai, les violons, & 
tous les joiicurs d'inftrumens ne lont jamais venus à leur 
connoiiTance , ôc ils fe moquent de la coutume de fau- 
ter ôc des dances , comme de chofes fans jugement de 
ridicules. Ils fe reflbuviennent fi peu des adions des 
Héros & des Gcans, qu ils ne fçavent pas même ce qui 
cft arrivé chez eux il y a cent ans -, ce que Olaus Mat- 
ihïx étudiant de Laponie ma plufieurs fois affuré. Je 
ne puis pas deviner d'où Olaus Magnus a pu prendre 
ceci , vu qu'aucun autre Auteur que je fçache , ex- 
cepté lui /ne dit un feul mot de toutes ces chofes. 

Les noces étant achevées de cette manière , il n'eft 
pas encore permis au nouveau marié d'emmener fa fem- 
me avec toutes les richefles qui lui apartiennent 5 mais 
avant que de pouvoir obtenir des parens cette permif- 
fion , il eft obligé de demeurer avec fon beau-pere, ôc 
de le (èrvir durant un an entier. L année finie , fi on le 
juge à propos , il établit fèparément {à propre famille. 
Le beau-pere met alors fa fille en la puiffance de fon 
gendre avec tous les Rennes qui lui apartiennent 

De forte que fouvent une fille a en propre jufqii à 
cent Rennes & davantage. Ses parens lui donnent en» 
fuite pour fa dote cent Rennes ou plus, de Fargpnr, du 
cuivre, du laiton, une tente , toutes les couvertures , &c 
les autres chofes neceffaires pour drefler un li6t , tous 
les autres meubles , en un mot tout ce qu'il faut pour 
faire ta maifon. Les autres parens , comme les frères 

M' m- 



174- Histoire 

Ôc les focurs Se tous ceux qui ont receu de l'e'poux quel- 
que prefent confidcrable, font après obligez de le gra- 
tifier à leur tour de quelque autre prefenc , en telle for- 
te que celui qui a rcceu de lui un ou deux marcs d'ar- 
gent , lui donne réciproquement un ou deux bons Ren- 
nes. Ainfi il arrive que les Lapons qui ont le moien de 
faire de beaux prefens à tous les parens & à tous les al- 
liez d'un homme riche , dont ils époufent la fille , a- 
maflent par ce mariage de grans biens en Prennes. 

Voila ce qui fe pratique aux fiançailles ôc aux noces 
des Lapons : Et avant que nous quittions cette matiè- 
re , il eft bon d'obferver premièrement , qu'il ne leur 
jornçus. point permis d'époufer une de leur proche parente -, 
c eft pourquoi ils n'en demandent jamais aucune qui 
foit dans les degrez defFendus d'affinité. Il leur eft en 
fécond lieu deffendu d'époufer une féconde femme pen- 
dant la vie de la première , ôc d'avoir en même tems 
plufieurs femmes, auffi bien que de répudier celle qu'ils 
ont une fois époufée; ce qui fte s'eft jamais vu chez eux, 
ni au téms du Paganifine , ni depuis qu'ils font Chré- 
tiens , aiant toujours très -honnêtement vécu dans le 
mariage. 

Peut-être qu'ils n'étoient pas aux premiers fiecles en^ 
tierement éloignez de la communauté des femmes , ôc 
qu ils permettoient aux étrangers , ôc particulièrement 
aux hôtes d aprochcr des leurs. Tornseus en raporte un 
exemple fort récent en ces termes. Quj)n lui avoir dit 
que du tems de fon predece/Teur , un Lapon de la Lap- 
marke de Luhla fort vicieux , avoir été receu avec tou- 
te fa famille en laLaponie de Torna , par un fort hom- 
me de bien , qui fçavoit lire ôc qui vivoit fort exem- 
plairement , que fes ennemis apelloient pour cette rai- 



DE L A L A P O NIE. 

fbn par raillerie Zuan "Bishj^^ c eft à dire l'EvêqueZuan. 
Ce Laponife Luhla s etanc enyvrc d eau de vie , vou- 
lut la nuit forcer la femme de fon hôte , qui s'en alla 
aulTi-toAdrefTer fa plainte aux deux Préfets qui étoient 
alors fur les lieux , &cc^ui failoient vendre le brende vin, 
CtZfian Bishp leurexpoft que cet étranger vouloir ra- 
vir fa femme, ôc contrader un inceftueux mariage avec 
elle , ôc qu'à cet effet il avoit voulu la corrompre j que 
puis qu*ils étoient établis Officiers de la Couronne , il 
les fiîpplioit de le faire prendre ôc arrêter. Ce qu'ils fi- 
rent à fa requête, ôc le Lapon fut par leur ordre atta- 
ché pendant toute la nuit à un arbre, gelant de froid à* 
caufe de l'exccflive rigueur de l'Hiver, l! fut enfin con- 
traint de racheter par argent fa hberté , ôc difoit pour 
fes excufes, que c'étoit une coutume receiie par toute 
la Lapmarke de Luhla j, que quand quelqu'un va en vi* 
fiter un autre , celui-ci lui perrfiet volontiers de cou- 
cher avec fa femme. Torn^us doute avec raifon de 
la vérité de ceci, ôc ce Lapon très- méchant d'ailleurs 
forgeoit vrai-femblablement cette impofture pour cou- 
vrir fon crime ; car jamais perfbnne que lui n'a remar- 
qué ce defordre chez les Lapons de Luhla. Pour ce qui 
eft de tous les autres ^ cette communauté des femmes 
eft chez eux tellement ignorée , qu*ils ne peuvent pas 
fouffi'ir que leurs femmes regardent entre deux yeux les 
autres hommes, ôc ils font fi jaloux ( ceux entre autres 
qui font vers la Norvège fiir le bord du fleuve Torna } 
que fi une femme rencontre un homme en fon che- 
min, ôc qu'elle s'arrête un moment à lui parier , fon 
mari forme aufli^^toft un mauvais jugement de fa fide^ 
lité. 



HiSTO IRE 



CHAPITRE XXVI. 
L>t U Naiffance de r Education des Enfam. 

QUOI que les Lapons défirent fi paflionnément 
d'avoir beaucoup d'enfans , ils Tonc rarement fé- 
conds, n'en aianc ordinairement qu'un, ou deux, ou trois, 
• & jamais le nombre ne pafle celui de huit , qui eftle 
plus gran de leur pofterité. N eft-ce point là l'occafion 
de ce qui fe pratiquoit aux premiers fiecles parmi eux , 
de permettre aux étrangers d'approcher de leurs fem- 
mes? comme Herberftenius le raporte : Qu^allant à la 
chaffe , ils laifîbient chez eux avec leur femme les mar- 
chands & les hôtes étrangers -, que s'ils trouvoient à leur 
retour qu'elle fut bien aife d'avoir été laiflee en la com- 
pagnie de cet hôte , ils faifoient un prefent à cet hom- 
me 5 que fi elle en témpignoit du chagrin , ils le chaf- 
foient honteufement. 
Samuel Olaus Magnus afTure au contraire , que les femmes y 
Ebecn. Çq^^ fécondes-, Tornacus qu'elles font femblables aux 
autres femmes du Septentrion en leur fécondité , par 
laquelle elles n'ont pas peu augmenté leur Nation. Mais 
celui-là nous fait bien paroître par ce fenriment , qu'il 
avoit bien peu de connoifTance des affaires des Lapons, 
^ nous croïons que Torna^us a jetté les yeux (iir leur 
origine , qu'il fuppofe avoir été pour lors en fort petit 
nombre, & qu'il l'a comparée avec leur grande multi- 
tude de ce tems. Car il eft d'ailleurs tres-çertain que de- 



DE LA LAPONîE. 277 
jpuis le tems du Roi Charles IX. qui eut foin de faire 
drefTer un regître du nombre Ôc de l'état des familles , 
qui étoicnt alors dans la Laponie , que bien loin de 
s'être fi fort augmentées , quelqu'unes ont manqué en- 
tièrement & ne font plus. Cela paroît encore dans les 
Lapons qui rôdent ça ôc là par la Suéde , dont on n'en 
voit aucun , qui ait un nombre confiderable d'enfans. 

Les mauvaifes qualitez des alimens , ôc les froidures 
exceffives du climat, font les caufes de leur fterilité. Ils 
ne font pas maintenant moins curieux en la naiffance 
de leurs enfans , qu'en toutes les autres chofes. Ils tâ- 
chent à découvrir l'avenir , ôc ih en recherchent la con.^ 
noilTance par la fuperftition de leurs cérémonies. 

Le premier foin de leurs obfervations efl: à l'égard du 
fexe, lî-tofl: qu'ils s'aperçoivent que leur femme eft en- 
ceinte 5 ils s'imaginent pouvoir apprendre fi ce fera un 
garçon ou une fille , par ce moien. Ils confiderent au 
même inftant la lune ( car ils croient que la femme en- 
ceinte lui eft femblable, ôc qu'elles ont enîr'elles un ra~ 
port fimpatique) s'ils aperçoivent une étoille au deffus 
de la lune , ils conclu'ént de là que ce fera un enfant 
mâle , ôc ils colligent le contraire , fi Tctoille fe rencon- 
tre deffous. Je m'étonne de ce qu'ils comparent la fem- 
me à la lune^ car quel fondement de relfcmblance? eft- 
ce parce qu'elle croît peu à peu avec fon fruit en queU 
que façon comme la lune , ôc qu'elle décroît ou dimi- 
nue au moment quelle en eft délivrée? Je croisplûtoft 
que ce font des reftes de l'impiété païenne, qui fuppo- 
foit la lune prefider ôc être comme la Deefle tucelaire 
des femmes enceintes 5 car c étoit la commune opinion 
de la plupart des Païens laquelle aiant été détruite ou 
entièrement effacée par l'oubli, ils fe font figurez cette 

M m iij 



Histoire 

rcffemblance imaginaire entre la lune ôc la femme en^ 
ceinte. 

Le fécond foin, de leur curiofité regarde la (anté ou la 
maladie future de Tenfant -, ce qu'ils fe figurent encore 
pouvoir connoïtre par l'obfervation de la lune. Car fi 
quelque étoille paroît proche de cet aftre & qu'elle aille 
devant, ils prennent cela pour un figne infaillible que 
l'enfant fe portera bien , qu'il croîtra n aura aucun 
mal ^ que fi l'ctoille fe trouve derrière la lune , elle paf- 
fe dans leur efprit pour un mauvais augure , que l'en- 
fant fera maladif, ou qu'il ne vivra pas long-tems. 
La femme enceinte fait à la vérité fes couches dans 

jornxus. 1^ cabane 5 mais on n*a pas de difficulté de croire que le 
lieu eft fort froid en Hiver, parce que le feu qui elî tou- 
jours allumé au milieu de la cabane, ne peut pas caufer 
par tout beaucoup de chaleur. La première alTiftance ^ 
& comme le premier foulagement qu*0^n donne à lac- 
couchée eft un bouillon fait avec de la graiffe de Ba- 
leine, qu'ils achètent le plus fouvent en Norvège, dont 
le goût n'eft pas moins fort que celui du lard de veau- 
marin , quand il eft cuit. 

Lcsmemoi- l^vc fcnfant nouvellement né, dans de l'eau froi- 
Burzus"^'^'^'' de ou de la nége , jufqu à ce qu'ils voient qu'il a de la 
peine à refpirer , & qu'il ne peut prefque plus prendre 
haleine , ôc pour lors ils le mettent dans de Teau chau- 
de. Ils obfervenc encore ccci,quaiant fait chaufer cet- 
te eau dans un chauderon , ils y font entrer l'enfant de 
bout jufqu au cou , & font en forte qu'il ne lui en tom- 
be aucune goutte fur la tefte , jufqu a ce que le Prêtre 
l'ait baptifé. Ils envelopent aufTi-toft lenfant ainfi lave 

Baî^uT ^^"^ ""^ P^^^ lièvre 3 au lieu de linge d'autre? 
bandeletes. 



DE LA L A PO NI E. zi^ 
L'accouchée a fonlieu particulier dans la cabane, prés 
de la porte fur la gauche, ou elle demeure au H£t juf- 
<ju a ce qu elle fè porte bien. Ce lieu lui efl: deftiné 
parce qu'il eft le moins fréquenté j on lui porte là tout 
ce qui lui eft neceflaire. Quoi que la raifon pour la- 
quelle on va ranement en ce lieu- là 5 c*cft à caufe de la 
même accoull^e , qu'on ne veut pas ni incommoder ni 
fâcher 5 ou peut-être parce qu'ils ne la croient poini: 
pendant ce tems- là alfez nette. 

Les femmes des Lapons demeurent d'ordinaire fort 
peu de tems au lid après leurs couches , & cependant 
elles fongent au batetme de leur enfant ; parce que de- 
puis qu'elles ont commencé à être plus foigneufcment 
inftruîtes en la Rehgion Chrétienne , elles emploient 
leursfoins pour faire baptiferau plûtoft leurs enfans. On 
faifoit autrement avant ce tems-là , quelques-uns dif- 
feroient de fe faire bapiifer jufqu'à lextremité , ou ne 
le faifoient jamais,commc le Roi GuftaveLle témoigne 
dans fes patentes, dont nous avous raporté les paroles. 
Les autres attendoient beaucoup, on avoit pris cet- 
te coûtume de ne les point baptifer qu'ils ne fuffent 
agez; ce que Guftave Adolphe remarque dans ces let- 
tres & dans leur préface , qui fut publiée l'an 1634. où 
il expofe amplement l'état de la Religion en Laponie. 
On leur adminiftroit le Sacrement de Baptefme , mais 
feulement deux fois en un an, & en Hiver -, la premiè- 
re environ la Fête de la Circoncifion , au commence- 
ment de Tannée; la féconde environ l'Annonciation de 
la V^ierge Marie -, lors qu'on les prefchoit & qu'on leur 
adminiftroit les autres Sacremens. Si leurs enfans pou- 
voicnt vivre jufquà ce tems -là & être ainfi baptifèz , 
cela aîloic fort bien , Cnon ils mouroient fins recevoir 



2S0 HiStOIRE 
le baptefme. Quelques-uns de leurs cnfans paflbicnr 
Tannée entière , & alors on n avoir pas peu de peine 
quand il les Eilloit baptifer. Cela ne fe pratiquoir pas 
même avant ces tems-là ; car les Lapons étoient obli- 
gez de venir une fois ou deux Tannée aux plus proches 

oiAusMa- £glifes des Suédois , fîtuées dans TAngermanie ou dans 
1^4. ch 7. la Bothnie, & d'y apporter baptifer leurs enfans encore 
à la mamelle dans des panniers attachez derrière leur dos. 

Mais en ce tems-ci les femmes qui ont les forces 
ou la fànté , ôc qui ne font pas fort malades , (e mettent 
en chemin pour le plus tard le quatorzième jour après 
quelles font accouchées, elles grimpent fur la cime des 

samud plus hautes montagnes , pafTent le long des lacs d une 
vafte étendue, traverfent les plus épaifles forêts , pour 
porter leurs enfans au Prêtre afin qu'il les baptife. Les 
Eglifes bâties en Laponie même , & les prédications 
qu'on y fait en la langue du païs , ont produit de fi bons 
effets. Remarquez ici que tout ce foin de faire bap- 
tifer les enfans apartient aux femmes, ôc qu elles ont af- 
fez de forces pour s'en aquiter , parce quelles font en- 
durcies au travail , fort patientes , fouffrent toutes for- 
tes d'incommoditez fans faire paroîrre aucun chagrin, 
ôz quoi qu elles ne prennent que de tres-mauvaife nour- 
riture, ôc ne boivent que de Teau durant le travail 3c 
la maladie de leurs couches, elles guerifTent bien-toft ôc 
font en peu de tems fur pied. 

Elles portent au Prêtre leurs enfans d une autre ma- 
nière en Hiver qu'en Efté. Elles attachent en Hiver 
l'enfant au traîneau fur lequel elles font portées , ôc en 
Efté fur le bât dont elles chargent le Renne , non pas 
fur le dos delà bête, mais fur le bât auquel elles attachent 

TornœiTs. [g bcrccau dc Tenfanc , comme vous le voicz ici deffmé. 

^atorTiieme- 



DELA L AP O N I E. zsi 



^ator:^iem€ Figure. 

Olaus Magnus reprefcnte ces enfans dans des efpc- 
ces de corbeilles attachées aux dos de leurs parens j fa 
figure fait voir non feulement une femme , mais aufG 
un homme ainfi chargez, chacun de deux enfans, com- 
me s'ils voiageoient de compagnie avec quatre enfans , 
& des femelles de bois à leurs pieds. Mais je crains fort 
que le Peintre n ait en cet endroit trop fuivi fa penféej 
car les corbeilles qu il a dépeint ne font nullement fem- 
blables à celles qui fe font en Laponie , de les Lapons 
ne connoifTcnt point ce genre de hottes , ni leurs cor- 
beilles ne fe font pas avec des bâtons fichez dans une 
planche de bois, qui iert de fonds, & montant en haut 
comme la planche le reprefente , mais avec des cercles 
qu'ils mettent Tun fur l'autre. 

Au refle elles font tout leur pofTible pour faire don- 
ner à leurs enfans au Baptême le nom de quelqu'un de 
leurs parens ou alliez : Elles défirent même qu'on leur 
impoîe des noms Païens , comme font Thor, Çuttarm^ 
Finne^ P^gge; mais les Prêtres emploient tous leurs foins 
pour leur taire perdre cette refolution. Il leur arrive cn^ 
core ceci de particulier, de changer fouvent le nom de 
leurs enfans, ôc de leur en donner d'autres, flir tout ceux 
de leurs parens ou alliez ^ qu'elles ont»bcaucoup aimé^.. 
s'ils viennent à mourir, afin d'en conferver le reffouve- 
nir par ce moien. Cela fe fait fpecialement , fi Tenfant 
encore fort jeune vient a tomber en quelque maladie ^ 
car en même teras qu'elles lui donnent un autre nom^ 
elles lui confervent celui du Baptême , mais qui ne lui 
tient plus lieu que de furnom. 



Histoire 

Quoi que les femmes des Lapons foient fi robuftes ; 
qu'elles font en état de faire voiage huit ou quinze jours 
après leurs couches 3 qu'elles fe Ibient prefentées à TE- 
glife , & que le Prêtre , après avoir fait fur elles les priè- 
res acoûîumées, les ait renvoiéesen leur logis; leurs ma- 
ris toutefois les tiennent pour impures pendant lefpace 
de fix femaines , durant lequel tems ils n aprochent 
point d'elles. 

Vo^ila ce qui regarde la nai^^ance des Lapons ; je paf- 
fe aux chofes qui contribuent à leur éducation. Les 
Laponnes ne fçavent ce que c'eft que d'avoir des nour- 
rices, donnant elles mêmes à tetter à leurs enfans, du-- 
rant deux, trois , & quelquefois quatre années. Que fi 
elles tombent malades, ou que pour queiqu autre caufe 
elles ne puifTent alaiter leur enfant , elles lui font pren- 
dre alors du laid de Renne dans une cuillier; car étant 
trop épais , on ne le peut pas faire prendre aux enfans 
par une corne , ni fuccer par une languette comme on 
fait ailleurs. 

Outre le laid de leurs mamelles, elles acoûtumentle 
plûtoft qu elles peuvent les enfans à la viande , leur 
mettant un petit morceau de chair de Renne dans la 
bouche , afin qu en le fucçant ils en puiflent tirer quel- 
que peu de nourriture. 

Il faut enfuite parler le leur manière de bercer l'enfant 
pour le faire dormir. Les berceaux font faits d'une grof-. 
fe pièce de bois creufce, femblables aux vaiiTcaux dont 
on fe fert en Alemagne pour la vendange. Elles le gar- 
niffent par dedans de cuir , & font à l'endroit de la tê- 
te comme un petit lo'iù. en rond de cuir auffi : Elles y 
mettent leur enfant tout nud,Ôc au lieu de langes, elles 
mettent par dcffous d'une efjpece de moufTe rouge, fore 



D E L A L A P O N I E. tg5 
douce, qu elles font bien lécher en Ëfte, &c elles la chan- 
genc toutes les fois qu'il faut remuer l'enfant. Elles lui 
fourrent le long des cotez des peaux délicates de jeu- 
nes Rennes^ dont elles le couvrent bien pardeffiis. 

Ces berceaux font apellez corbeilles , ce qui me fait 
croire que le Peintre d'OlausMagnus , ou peut-être lui- 
même, ont pris occafion de nous faire des hottes; par- 
ce qu'ils avoient entendu dire que les Lapons portoient 
leurs enfans dans des corbeilles, ils nonc pas pu s'ima- 
giner qu'elles fuflfenc autrement faites , que comme ils 
nous les reprefentent en ce chapitre. Et lur tout à cau- 
fe qu'Olaus dit que les femmes portent leurs enfans 
dans des corbeilles attachées à leur dos: car encore à 
prefent les femmes portent ainfi leur enfant, mais dans 
le berceau que nous avons décrit , lié derrière elles en 
forme de poche ou de biffiic^ en telle forte que le côté 
oùeft lateftc de l'enfant , efl tenu un peu plus haut que 
lautre, comme il paroît dans la figure des vécemensdes 
Lapons. 

Du refte, quand il faut non pas porter Icnfant, mais 
feulement le bercer, elles fufpendent le berceau au toid: 
de la cabane, & étant ainfi en l'air elles le font aller d'un 
côcé& d autre, & endorment l'enfant. 

Elles ont auiîî coutume d'araufer ôc rqoûir leurs en- 
fans avec certains bijoux • car elles attaciient au ber-^ 
ccau des anneaux de laiton pour faire du bruit , Se leur 
fcTvir comme de hochets, de fonnetes , ou de grilîers^. 
elles y ajftûtent encore quelques fceaux ou marques ^ 
qui avertiffent de bonne heur^ les enfans de leur con- 
dition & de leurs futurs emploil Si c'eft un garçon ^ 
elles attachent à fon bercea^un petit arc, de petites flè- 
ches 5 ôc une petite haîebarde ^ fort bien travaillées , ^ 

N n i| 



Histoire 

faites d etain ou de corne de Renne , pour infinuer que 
les garçons doivent tâcher de (e rendre capables de fe 
fervir de 1 arc & de llialebarde. Si c eft une fille , elles 
pendent à fon berceau les ailes , les pieds , ôc la teftc 
d'un oifeau tres-blanc , qui eft une efpece de ceux qui 
ont du poil aux pieds , pour leur aprendre qu elles doi- 
vent être très -pures , très- agiles comme cet oifeau, ôc 
très- promptes à faire tout ce qui eft de leur devoir. 

Si-toft que leurs enfans font grans , elles leur apren- 
nent les arts qui leur font necelfairesj les pères aprennent 
les garçons , de les mères les filles ^ car ils n ont point d'au- 
tres maîtres que leurs parens , pour aprendre à faire tou- 

%icghms. les chofes qui font en ufage parmi eux. Ils inftruu 
fent principalement les garçons à tirer des flèches avec 
l'arc à un certain but-, parce qu ilsétoient anciennement 
samaci contraius, comme les Peuples des Ifles Baléares ( Ma- 
jorques & Minorques ) de chercher & de gagner leur 
vie par le moien de leurs fléhces ^ &c à prefent même 
la plus grande partie des Lapons ne fe nourrilfent que 
de leur chaffe. C eft pourquoi des que les enfans ont 
tant foit peu apris à tirer , on les oblige tous les jours 
de vifer contre un morceau d'écorce de Bouleau pen- 
du au bout d'une fort grande perche , qui leur eft pro- 
pofé pour but , & on ne leur donne point à manger , 
qu'ils n'aient auparavant donné dedans , cette rigueur 
les rendant ainfi tres-habiles àtirer de l'arc. 

li..4.ch.ii. oiaus Magnus , qui raporte'le foin que les pères pren- 
nent d'aprendre leurs enfans mafles à manier ferc, pour 
les obliger de donner dd^s le blanc, dit qu'ils .leur pro- 
pofent pour prix une ceinture blanche, dont ces enfans 
font gran état, 6c des arcs i^us neufs. Il affure en avoir 
vu en l'an m. d. xvhl 4c fi adoits , qu'ils tiroient fans 



DE L A L A P ON I E. tî$ 
manquer dans une obole & dans une éguille, de fi loin 
qu a peine les pouvoient-ils voir. 

Le même Auteur écrit que l'on enfeigne auffi aux 
filles à tirer de l'arc ; ceft pourquoi il rcprcfente dans 
fes peintures des femmes armées darcs ôc de flèches; 
mais cela ne fe pratique pas prefcntement. On aprend 
aux filles des Lapons à coudre des bottes , des fbuliers , 
des gands , des habits , ôc tout le harnois qu'on met fur 
les Rennes pour tirer les traîneaux. ^ 

Comme les Lapons ont cette prevoiance d'aprendre' 
à leurs enfans, dans le tems qu'il faut, les arts neceflai- 
res pŒir vivre , ils ont encore foin de leur fournir tou- jchan Tôt- 
tes les autres ehofes. Ils donnent à chacune de leurs 
filles , incontinent après qu'elle a été baptifée , un Ren- 
ne femelle , Ôc gravent au même tems fur les cornes de ^^l^] 
cet animal la marque de la fille , afin qu'à l'avenir on 
n ait aucune difficulté fur ce point. Ils donnent encore 
à chacune de leurs filles un autre Renne, quand les dents 
commencent à leur percer. Si-toft que le pere, la mere, 
ou quelqu'un des parens a aperceu des dents en la bou- 
che de Tenfant , celui-là même eft tenu de lui donner 
un Renne femelle , qu'on apelîe Pmnikeis , c'eft à dire 
le Renne de la dent. Jean Tornaeus dit que ce font les 
femmes qui font obligées de donner ce Renne. 

Cette coutume femble avoir pris naiffance , de ce 
que les enfans , après que les dents leur font venues , 
ont befoin d'une nourriture plus folide , tel qu'eft chez 
les Lapons la chair de R^nne. On garde donc foigneu- 
fement ce Renne , ôc tous ceux qui en proviennent font samud 
confervez pour l'enfant. On fait le même de l'autre 
Renne femelle, que les parens donnent incontinent 
après ôc (eparément , ou à leur garçon on à leur fille , 
r Nn iij 



zg6 Histoire 

qu'ils nomment FTaddom^ ccll à dire le Renne donne. 
Tout ce qui vienc à naître de ces Rennes aparcient à 
l'enfanc -, que fi on en échange pour de Targenc , du 
cuivre , du laiton , ou des habits , tout ce qui eft ac- 
quis par le troc ell confervé pour le fervice ôc Tutilité 
de l'enfanc. Cela fait croire que ce Renne femelle 
n'eft pas le fécond -, mais le troifiéme , fi ce n eft peut- 
être qu'on pratique- ceci divcrfement en des lieux dif- 
ferens , que les Lapons de Torna donnent le premier 
Renne immédiatement après le Baptême , & que tous 
les autres Lapons donnent après que la première dent a 
percé à lenfant. ^ 

Lorfqueles parens viennent à mourir on eh ufe com- ' 
me chez toutes les autres Nations. On donne aux pu- 
pilles un Tuteur , qui prend tout le foin de leur éduca- 
tion, &c on le choific d'ordinaire parmi les plus proches 
parens.. 



DE L A L A P O NIE. 2S7 



CHAPITRE XXVII. 

T^cs Adaladies des Lapons , de leur mort ? 
de leurs juner aille S' - 

QU O I que les Lapons mènent une vie for peni- Niurenfas? 
ble,iils joiiiflcnc toutefois dune bonne (anté; 
ils n ont point de Médecins , & ne croient pas en avoir ^^^^^^ 
befoin , n étant prefque jamais âccablcz de maladies , 
comme toutes les autres Nations, lis n*ont pas même la 
connoifTance , & ne font point attaquez de la plûpart 
des maladies communes par tout ailleurs. Ils ne fçavenc 
ce que c'eft que fièvre chaude , pefte & autres fembla- 
blcs maladies. Que fi par hazard on aporte en Lapo- 
nie quelque mauvais air, le venin perd auffi-tofl: (a for- 
ce. La pefte y fut portée il y a quelque tems par lemoien oiausPem 
du chanvre , qui venoit d un lieu contagieux j mais per- chapitre 9. 
fonnc n'en fut frapc , & il ne mourut de cette maladie, 
que les femmes qui avoient manié & filé ce chanvre^ 
car le froid du Nord diflipe fort facilement le mauvais 
air. 

Le mal des yeux , qui leur viennent enflâmez , pleu- 
rans & chafTieux , eft leur plus ordinaire maladie , qui 
cft afTez fouvent fiiivic de la perte de la veiie. La fu- 
mée dont leur cabane eft toûjours pleine l'Efté comme 
l'Hiver, & la lueur du feu , devant lequel ils (ont pref- ^^.^ ^^^^.^^ 
que toujours dés leur naiflànce , leur çaufe cette incoip-. ' 
îïiodité. 



zn Histoire 

icpiamin. devicnncnt quelqucfois pulmoniqu€S. Ils font quel- 
quefois affligez de pleiârefie, de douleurs aux épaules, à 
Pepine du dos , à 1 eftomac , ôc de vertiges , mais cela 
leur arrive rarement, 
ic piantin. Contre tous les maux internes ils fe fervent d un breu- 
vage de la racine d'une certaine mouffe , qu'ils nom- 
ment /mfc,&àfon défaut , ils prennent de l'Angélique, 
Ils ont coûtume de faire cuire la tige de cette herbe 
RhTcn. dans du laid clair de Renne 3 ôc cette deco^fion leur 
{ertde médecine. Si les Lapons fentent des douleurs en 
quelque partie de leur corps, le remède lq|f)lus ordinai- 
re , eft de prendre une efpece de mèche ou champi- 
gnons , qui viennent aux arbres de Bouleau en forme 
de gâteau , lequel après y avoir mis le feu , ils appli- 
quent tout ardent fur la partie afFedée & douloureufe , 
afin que lulcere qui s'y fait , attire toutes les mauvai- 
fcs humeurs, ôc que la douleur diminue 9 que fi lappli^ 
cation s>n fait comme il faut , le champignon s enlevé 
de foi- même , la douleur celfe par la playe qui en de- 
meure, ^ 

Ils n'ont point d'autre apareil, nid autre onguent pour 
les playes , que la refme qui diftile des Sapins , qu ils 
appliquent deffus. Lors quils ont quelques membres 
gelez ôc faifis de froid , ils ne trouvent point de plus 
prompt ôc de plus puiffant remède , que de prendre du 
fromage de Renne , le fourrer dans un morceau de fer 
tout chaud, prendre ce qui en découle en forme d'hui- 
le, & en frotter la partie affligée , qui s'en trouve auffi- 
toft foûlagée par une vertu & un fuccez incroïables. 
Quelques-uns fe fervent autrement de ce fromage , en 
prenant une tranche fort mince qu'ils appliquent fur le 
€)Uus mal. La décoction de ce fromage, faite dans dulaid: eft 
" — - ~ merveillcufe 



DELA LAPONIE. 2gf 
tncrvcilleufe contre la toux , contre les maladies du pou- 
mon ôc les autres incommoditez de leftomac , caufees 
par le trop gran froid -, l'avalant la plus chaude qu on 
peut. Ce fromage eft encore excellent pour corriger la 
crudité de leau , ôc empefcher que lellomac ne s'afoi- 
bli/Te ôc ne fe gâte , par Tufage continuel de ce breu- 

Le peu de maladies aufquelles ils font (ujets , fait que 
la plupart dentr eux parviennent jufqu a une très grande 
vieilleffe; ôc même il s'en trouve quelques-uns, qui ont 
pafle cent ans , ôc prefque tous meurent à foixante ôc di}f, 
quatre- vingt ou quatre-vingt ôc dix ans. Et nonobftanE 
un âge fi caduc, ces vieillardsfont prefque tous alegres,dif 
pos ôc vigoureux , font commodément ôc fans peine leurs 
affaires ordinaires,entreprennentdcs voiages, & courent 
au travers des forêts ôc lur les montagnes. Et avec cela 
les cheveux ne leur blanchiffent point ou fort rarement: 
Ainfi la plus grande partie des Lapons meurt plûtoft de 
vieilleffe que de maladie. 

Si quelqu'un vient à être grièvement Ôc dangereufe- 
ment malade , foie de vieillefle , ou de quelqu'autre ac- 
cident ou maladie 3 ils tâchent premièrement d apren- 5,^^^-^;^^^ 
dre ( par le moien de leur Tambour ) fi le malade gue- fcsiatrcs. 
rira , ou s'il en doit mourir j ôc ils croient pouvoir par ^ 
ce fecret de Magie deviner infailliblement le genre ôc ^ 
rheure de la mort du malade, 

Eftant affurcz qu'il en mourra ôc qu'il n*a pas long- 
tems à vivre ^ fi ceux qui font prefèns ont quclqu afFî.^-^ 
tion pour la Religion Chrétienne , ils exhortent 1 agoni- 
fant à bien mourir ôc à avoir toujours Dieu ôc la PaC^ 
fion de Jésus- Christ dans la mémoire ôc dans le cœur. 
Que $*ils ne font point beaucoup d'état de la Religioç 



H T S TO î H E 

des Chrétiens, ils abandonnent là !e moribond ôc ne fe 
mecccnccn peine que du fcUin des funérailles, qu'ils font 
quelquefois avant que le malade (bit mort. Steuchius 
en ragorte un exemple fort récent , arrivé depuis peu en 
la perlbnne d'un certain Lapon très- riche -, cet homme 
écant fort malade, & fe voiant hors d'efperance de pou- 
voir guérir , fit venir tous fes parens & amis. Ceux-ci 
ne fe furent pas plûtoft aperceus qu'il étoit fur le point 
détendre famé, qu'ils vont trouver le maître de l'hôtel- 
lerie, qui a coatumede loger ceux qui vont en Norvège 
ôc en la Jamptlande j ils achètent de lui de la bierre 
& de l'eau de vie , à defïein de faire un fcftin , pendant 
que l'autre vivoit encore -, aiant ainfi paffé tout un jour 
à boire ôc à faire bonne chère, ils retournent à la caba- 
ne du malade, qu ils trouvent déjà mort. 

Si tort que le malade a rendu Tcfprit, tous les afTiftans 
quittent dés le même jour la cabane , où le corps eft 
étendu-, car ils croient qu'il refte quelque chofe des dé- 
funts , femblable à ce que les anciens Latins apellenc 
Mannes, ôc que cela n'ell pas toujours bien faifant , & 
cette imagination leur fait avoir peur des cadavres. Us 
ont coutume, fi c'eft une perfonne riche , d'enveloper 
le corps du défunt dans un drap de toile , que fi c eft 
un pauvre , ils lenfevelifTent dans de l'étoffe de laine ^ 
ils en couvrent non feulement le corps-, mais encore tou- 
te la tefte. Ceux qui obfervent plus religieufement les 
cérémonies des Chrétiens en ufent ainfi ; les autres don- 
nent au corps mort les meilleurs habits qu il a porté du- 
rant fa vie. 

Le corps ainfi enfeveli fe met dans le cercueil par un 
Lapon , qui a été prié par le mari, ou la femme, ou les 
parens , de rendre au mort ce bon ofBce , lefquels 



DE LA L A PONIE, 291 
font obligez de lui donner un anneau de laiton > & de . 
lui lier au bras droir, où il lui demeure attaché jufqu a ce 
qu'il fe foie aquité de ce devoir. Ils croient que cec 
anneau efl un véritable pre{ervatif contre le mal , que 
les Mânes du défunt lui pourroient faire , de qu'ils en 
demeurent plus paifibles ; ce qui eft l'ancienne luperfti. 
tjondes Grecs, aufli bien que des Romains j c'eftpour- / 
quoi il ne le quitte point que toutes les cérémonies de 
la fepulture ne fbient achevées. 

Le cercueil fe fait d'ordinaire d'un tronc d'arbre creu- 
le j mais ceux qui demeurent fur les montagnes des fron- 
tières de la Norvège , au défaut de bois pour faire un 
cercueil , mettent le corps du défunt dans fon propre Enc PiamMî 
traîneau, qu*ils nomment jichja. 

^ Aux premiers fiecles , avant qu'ils fuflènt Chrétiens, xom^ut^ 
& encore quelque tems après, ils enterroient leurs morts 
au premier endroit qui leur venoit en la penfée, & par- 
ticulièrement dans les bois ; ce qu'ils n'oublient pas de 
faire encore aujourd'hui , lors quils font fort éloignez 
de l'Eglife. Quelques-uns mettent fimplement le corps 
avec (on traî.neau dans la terre , de laquelle ils le cou- 
vrent, & fur tout dans les païs, ou il n y a que des ro- 
chers fans arbres. Les autres entourent de tous cotez EricPiamin; 
de pièces de bois le traîneau avec le cadavre , particu- 
lièrement dans les forêts , par defTous de peur que le 
cerciieil ne fe moififTe & ne fe gâte , aux cotez par 
deffus, pourempefcher les bêtes fauvages de manger le 
corps. Il s'en trouve quelques-uns qui les mettent dans steuchius.; 
des cavernes, dont ils bouchent l'entrée avec de groffes 
pierres. 

Pour ce qui eft de ce que Peucerus écrit, que les La- 
pons font ordinairement effraiez ac mal-traitez par les 

Oo ii 



tgz HISTOTRE 
efprits de leurs parens après leur mort , &c que pour les 
empcfcher de leur nuire , ils enterrent leurs corps fous 
le foïcr. Que ceft là le feul remède quils aient, ôc dont 
ils fe muniflent contre les vexations du Diable , & con- 
tre les terreurs panniques; aiant fait une fois cela , les 
efprits ne reviennent ôc ne paroiflent plus 5 s'ils mepri- 
fent ou négligent de le faire , les ames de leurs parens 
^ les perfècutcnt & les troublent toujours. On n a jamais 
vu ni entendu parler de cela chez les Lapons , & tant 
s'en faut qu'ils enterrent leurs morts fous le foier, qu'ils 
les mettent en terre , le plus loin d'eux qu'il leur eft 
poffible. 

Ceux qui n'obfervent pas les cérémonies du Chriftia» 
nifmc, enterrent avec le corps du défunt fa hache, un 
caillou ôc un morceau d acier pour faire du feu. Ils don- 
nent pour raifon de cette fuperftitieufe coutume , que 
le mort fe trouvant au dernier jour dans les ténèbres , 
il aura befoin de quelques lumières, qu il pourra recou- 
vrer allumant du feu avec l'acier ôc le caillou ; ôc qu'au 
Sseuehiu»; cas qu'il trouve en fon chemin des broflailles ôc des 
branches d'arbres capables de l'arrêter dans ces forêts 
fi epaiffes , il les pourra couper avec fa hache -, parce 
que la loi a été impofée aux morts d'arriver aux Cieux 
par le feu& par le fer. Ils raifonnent maintenant ainfî 
depuis qu'ils ont entendu parler du dernier jour du ju- 
gement ôc de la refurreâiion des morts. Je crois pour 
moi que c eft une fuperftirion invétérée de toutes ces 
Provmces, ôc quelle n'eft pas particulière aux feuls La- 
pons. J'ai vu chez Monfcigneur Stenon Bielke,gran 
Threforicr de Suéde , un caillou ôc un morceau d'acier 
tirez d'un tombeau, à peu de lieues de la ville d'UpfàJ, 
^l'endroit ôck monceau de pierres jettczdefTusfaifoienç 



DELA LAPONTE. ^93 
àïïez connoître avoir cté de quelque Païen. Et certes 
les anciens Païens ont toûjours crû, que les morts n*ar- 
rivoienc point aux demeure^ agréables , qu'après avoir 
pafle au travers des ténèbres , par des chemins fort ob- 
fcurs^ ce que les Idolâtres de ce païs^ci femblent avoir 
d autant plus aprehendé , que la région eft fous un cli- 
jDiat', où les nuits font plus longues & les ténèbres plus 
cpaiflcs. Pour ce qui eft de la hache , il ne faut point 
s'en étonner 3 car ça été une coûtume receiie par touc 
ailleurs, de mettre fur les corps des défunts leurs armes, 
êc la hache eft l'arme la plus ordinaire des Lapons. Quant 
aux Lapons daprefent, parce qu'ils croient que les morts 
mèneront après la rcfurredion le même genre de vie , oi^us Va 
qu'ils ont mené fur la terre , les enfans mettent dans le 
cercueil de leur perc de quoi allumer du feu , fonarc ôc 
fès flèches. 

Voilà à la vérité comme en ufent ceux qui ne fe met- 
tent pas en peine d obferver les cérémonies des Chré- 
tiens, ôc ceux qui font fort éloignez des EgUfes^ les au- 
tres ont foin de faire porter le corps mort dans le ci- ^rkvhm 
metiere, qui eft proche de l'Eglife , comme les Prêtres 
les y obligent ôc y tiennent la main. Et depuis qu ils font 
acoûtumez à enterrer en ces lieux- là les corps des dé- 
funts, il s'en trouve parmi eux , qui ont affez de vanité 
ôc d'ambition , pour offrir de l'argent ôc d'autres chofes, 
afin d'avoir le droit de fepulture plûtoft dans l'Eglife 
que dans le ccmetiere. ^ 

Durefte iln'y a point de Lapon, à moins que ce nefoit 
quelque miferable , qui veuille volontiers faire la foffe; 
c'eft pourquoi les plus riches donnent de l'argent à quel- ^^^^l 
que Suédois ou à quelque pauvre Lapon pour la creufer. 
On enterre enfuite le corps comme il fe pratique parmi les 

O G iij 



294 Histoire 

chrétiens , après que les parens du défunt l'ont pleuré 
S^L donne des marques de leur dciiil , ne paroiffant au 
convoi couverts que de leurs plus mauvais habits. 

Ils ont encore ceci de particulier, qu'ils laiflTent dans 
le cemetiere le traîneau, ^ùr lequel on a aporté le corps 
mort, & tous les vétemens qu'il avoit pendant fa mala- 
die, fçavoirfon lid:,fes couvertures, 6c tout ce qui étoic 
fur lui. Je crois qu'ils portent Ôc lailfent ces chofes fur 
le tombeau, à caufe qu'ils craignent qu'il n'y refte queU 
que chofe de mortel , ôc qui nuiroit fans doute à ceux 
qui s'en voudroient fervir. 

Le mort aiant été mis ainfi en terre , on fait le feftin 
des funérailles, trois jours après celui de l'enterrement 5 
les parens ceux qui étoienten quelque façon alliez du 
défunt y font conviez. On y mange la chair du Renne 
qui a traîné le corps mort , jufqu'au cimetière ôc au lieu 
de la fepulture , après l'avoir immolé en l'honneur du 
mort -, ils donnent ordre que les os de la bête ne fc per- 
dent point , c'eft pourquoi ils les amaffent foigneufe- 
ment dans un pannier, fur lequel ils mettent la figure 
d'un homme de bien, autant bien qu'ils la peuvent for- 
mer, grande on petite à proportion de la taille du dé- 
funt , ôc enterrent ainfi toutes ces chofes. Ils ont aufli 
coutume, quand ils peuvent recouvrer de l'eau de vie, 
d'en boire à la ronde l'un après lautre en mémoire du 
trepafTé; ils nomment cette eau de vie Saliga^vïm yCcQi 
à dire le vin du bien - heureux , le vin qu'on donne ôc 
qu'on boit pour fè rcffouvenir de celui, qui a le bon- 
heur d'être délivré des miferes de ce monde. Il paroît 
par ces paroles que les parens de ce Lapon nomme Tho- 
mas , dont j'ai parlé fur la relation de Sreuchius , avoient 
prévenu ôc devancé k tcms ordonné pour boire cet ef^ 
prit de vin. 



DE L A L A P O NIE. tgs 

Les cérémonies des funérailles fè terminent ainfi; que 
fi le défunt eft fort riche , fes parens font tous les ans sm^^d 
un femblable fellin , immolant en fa mémoire quelques 
Rennes durant deux ou trois ans après fa mort. Le dcùil p^^""»* 
des Lapons dure long-tems , fur tout quand c*c(l: pour 
la perte de la femme ou des enfins. Ce dciiil n'eft tou- 
tefois que dans le cœur, ôc ilsn*en portent aucune mar- 
que extérieure , fe ièrvans toûjours de leurs habits or- 
dinaires. 

Je viens à la (iicceffion & au partage des biens , qui 
fe fait d'ordinaire après la mort. Où il faut première- 
ment remarquer qu£ les Lapons ont leurs richcffes ôc 
leurs biens , qui confilîent principalement en meubles, 
comme font les troupeaux de Rennes , l'argent , ôc fur ^^^^^^^ 
tout le monnoié, les vaiffeaux d arain , de cuivre ôc de 
laiton , & les autres chofes femblables. Mais ce qu'on 
eflime le plus chez eux , c'eft le gran nombre de Ren- 
nes , & il y a tel Lapon , qui en a cent , d'autres mille 
& parfois davantage. Olaus diminue le nombre de moi- J^v.»7.cii.i7. 
lié, que quelquas Lapons ont dix Rennes , ou quinze , 
trente, ou foixante ôc dix , d'autres quatre cens ôc mê- 
me cinq cens , que des Pafteurs mènent paître. Mais 

« 11.* in- • 1/ I 1 r* resdejehaa 

le vol d Htrent joiung, qui déroba une centaine de ken- Barseus. 
nés fans que le propriétaire pût s'apercevoir que le nom- 
bre de fon troupeau fut diminué , prouve ôc confirme 
le premier ôc plus gran nombre. 

Les autres biens meubles , dont il faut tous les jours 
nece(rairement fe (èrvir, font renfermez ou expofezà la 
veiie de tout le monde. Mais pour ce qui eft de l'argent «^^^^ 
ôc particulièrement du monnoié , ils le cachent dans un 
trou qu*ils font en terre , ôc ils apellent ce lieu Rognai, 
Ils prennent à ce deiOfein un gran chauderon de cuivre 



Samuel 



296 Histoire 

ou de laiton, qu ils mettent au fond de cette foflc , puis ils 
y renferment un pannier fermé avec une ferrure, dans 
lequel eft leur argent 5 ils arangent par deffus des plan- 
ches, ôc couvrent tellement le tout de terre , de bran- 
ches & de mouifc, que perfonne ne peut découvrir que 
c*eft-là le Ueu de la folfe. Ils le font avec tant dadrefTe 
ôc fi fècretement , que ni leur femme ni leurs cnfans 
n'en ont aucune connoiffance , ôc s'il leur arrive d'être 
promptement furpris de maladie ôc de mourir fubite- 
ment, le tout demeure fous terre , ôc les héritiers n'en 
profitent point. 

Les biens qui tombent entre les mains des héritiers 
font tellement partagez entr'eux , que le frère prend ^. 
félon les Ordonnances ôc les coûtumes de la Suéde, les 
deux tiers , ôc la fœur l'autre tiers. Ils mettent toute- 
fois à part, avant le partage , le Renne qui a été donné 
à l'enfant à caufe de la première dent qu'on luia vû per- 
cer en la bouche , ôc l'autre Renne dont fes parens lui 
ont fait prefent , avec tous les autres qui en font prove- 
nus , lefquels vont fouvent à un très gran nombre. 

Pour ce qui eft des immeubles, comme font les ter- 
res , les lacs , les montagnes, ôc les eaux où on fait h 
pefche , ils ne fe partagent point j mais les enfans de 
l'un ôc de lautre fexe les poffedent par indivis , ôc s'en 
fervent également comme de leur propre héritage , ôc 
qui leur eil acquis par droit de fucceffion. Quoi que 
cet ufâge ne (bit pas apuié fur leur fimple fantaifie , 
mais fur la divifion que le Roi Charles IX. fit faire de 
toute la Laponie , donnant à chaque famille fon terri- 
toire particulier , fes lacs , fes rivières , fes forêts ôc fes 
montagnes. De là eft venu , à ce que je crois , que 
cette nature de bien ne fe partage nullement entre les 
^ héritiers. 



DELA L AP OKrîE'. 297 
héritiers, comme les autres biens meubles, ôc demeu- 
re indivifiblemenc afFedée à chique famille-, car à le bien 
prendre , ils n'en font pas les véritables propriétaires 
comme des autres, mais ifs tiennent ces biens de la Cou. 
ronne de Suéde, qui ne leur enacorde que rufufruitjpour 
lequel ils Ibnt obligez de lui paier tous les ans un cer» 
tain tribut. 



CHAPITRE XXVIIL . 
Des Rennes. 

L^UNE des chofes les plus remarquables de lal^j- 
ponie font les animaux qui ont quatre pieds, donc 
il y en a quelques-uns , qui ne fe trouvent point en Aie- 
magne , quoi qu'ils foient communs dans toutes les au- 
tres régions voifines 5 d autres ne fe rencontrent qu'en 
Laponie , ôc les autres fe trouvent par tout. Il n'y a en 
la Laponie ni de chevaux , ni d'ânes ^ ni de vaches ^. 
ni de taureaux 5 ni de moutons , ni de chèvres. Les La- 
pons ne font point de cas des chevaux , n'en pouvant 
retirer aucun îervice. Ils achètent quelquefois de leurs 
voifins des vaches , des bœufs , des brebis & des chè- 
vres , mais feulement pour en avoir la laine & la chair 3- 
ne lès gardant que durant un Eftë ^ car ils les tuen& 
quand i Hiver aproche. 

Les animaux à quatre pieds qui naifTent en Laponie 
font les Rennes. 
Je ne (§ais pas pourquoi Peucerus leur donne fe mu% 

^2. 



jc)s Histoire 

Aaiivredcs faratides , affuranr que les Lapons s'en fervent au 
Eion. lieu de chevaux en Hiver , quand toutes les eaux font 
glacées, ôc que le gran froid a durci toutes chofes. Car 
Il l'on raporte la defcripiion du Tarande de Pline avec 
celle du Renne, on n'y trouvra prefque rien de fcmbla- 
ble i le Tarande efl: de la grandeur d'un bœuf, il a la 
tefte plus grande que le cerf, & du poil long comme 
celui des Ours , qu'il peut changer en toutes fortes de 
couleurs, ôc le Prenne n'a rien de tout cela. 

Ceft probablement Olaus Magnus qui a donné le 
nom au Renne. Il dit qu'on l'apelle de la forte , parce 
Livîi.ch.38. qy'ii porte fur la tefte un bois fort haut & qui reffem- 
ble à des rameaux de Chêne , Ôc que le harnois qu on 
lui attache aux cornes pour tirer les traîneaux en Hi- 
ver , fe nomme Rancha ôc Locha en la langue du pais. 
Le premier qui a fait mention du Renne , c'eft Paul 
Livrci.dcs X)iacre , qui floriffoit environl'an m. ce lxx. Les La- 
Lo^baS. pons dit'il ont un animal qui ne reffemble pas tout à 
chapitre ^^.^ ^ ^^^f^ ^ ^^^^ duqucl , qui avoit encore fon 

poil , j ai vu un habit en forme de tunique, 
jonftonus a- Lc Rcnue ôc Ic ccrf différent en quelque chofe , le 
^rH^okc Renne eft plus gran & plus haut que le cerf , ôc dail^ 
leurs tous les cerfs ne font pas d'une même efpece, ceux 
^'Hcrbcrftc- ^j^^- \q ^ois fort plat font bien plus petits que les 
autres, & on ne voit prefque que de ceux-là par tout le 
Septentrion. Mais il y a bien de la différence entre par- 
ler de la hauteur ôc de la grandeur -, car quoi que tous 
les autres cerfs foient plus hauts montez à caufe de la 
longueur de leurs jambes fort menues , leur corps ce- 
pendant eft bien plus petit que celui des Rennes. 

Le Renne n a pas feulement deux grandes cornes au 
même endroit où les cerfs portent leur bois, mais en- 



DE LA Lapon lE. 299 

core ( félon Olaus ) une troifiérae fortanc du milieu de 
la tefte, avec des branches tout au tour, bien plus pe- 
tites que les autres, qui fui tiennent la tcfte en defence 
contre toutes les bêtes qui lui font la guerre , ^ fur 
tout contre les Loups. Ceux qui nient cela n'onc point 
d autre fujet finon qu'ils ne comprennent pas la penfée 
d'Glaûs, qui ne. prétend point afTurer que ce foit une 
troifiéme corne touc à fait feparée des deux autres , ôc fi- 
tuée au milieu d'elles , n'aiant que cette feule dîfFeren- 
ce d'être plus petite , comme fon Peintre l'a peu judi- 
cieufement reprefentée. Cet Auteur a feulement voulu 
dire que c'eft une branche entre les deux grandes cor- 
nes , naiffant en quelque façon de toutes deux, qui s'a- 
vance en devant, & parce qu elle eft partagée en quel- 
ques pointes ou andouillers, elle tient lieu d'une troifiéme 
corne. On voit aujourd'hui beaucoup de Rennes ainfi 
armez i ils ont deux cornes qui vont en arrière , comme 
les ont ordinairement les cerfs, il fort de ces deux cor- 
nes une branche au milieu plus petite , mais partagée 
auffi bien que le bois dun cerf en diverfes andoiiillers ^ 
èc qui eft tournée fur le devant , qui à caufe de cette 
fituation & de cette figure peut palfer pour une troifié- 
me corne. Quoi qu'il arrive encore plus frequemmeni 
que chacune des grandes cornes pouffe de foi une telle 
branche, qu'ainfi elle a une aut£c petite corne avancée 
furie front, & que de cette manière ilparoît,non plus 
trois cornes mais quatre , deux en arrière comme aux 
cerfs , & deux en devant , ce qui eft particulier aux Ren- 
nes. Monfieur de Brienne a auffi remarqué dans foB 
volage, que les Rennes font en cela difFerens des cerfs^ 
qu'ils ont deux rangs de cornes, il veut dire un rang vers 
le front , ôc l'autre en arrière vers le dos , comme fa fi- 



300 H 15 TOT RE 

gure le faic voir, où toutefois Ton Peintre n a pas bicft 

rencontré ; comme nôtre Peinture le prouvera , quia 

cté dcffinée iur le naturel, 
jonftonaprcs Albert Ic gran donne à cet animal trois rangs de cor- 
î^iaj^apcdes fies ( ce qu il faut entendre de la même façon ) en telle 
page y;. ç^^^^ cliaquc rang a deux cornes , & que toute la 
a tefte iemble n^être compofée que de baguettes. Les 
ce deux plus grandes de ces cornes, au lieu ou les cerfs les 
« portent , croiffent jufquiune confiderable grandeur , & 
ce même à la hauteur de cinq coudées , chacune aianc 
<t vingt-cinq branches. Les deux cornes du fécond rang 
« font au m'ilieu de la telle , comme celles des Dains , 
« aiant de petites pointes fort courtes, les deux autres en- 
« fin du dernier rang font tournées en devant , & reffem- 
ce blent mieux à deux os , dont l'animal fe défend dans le 
4c combat. 

Albert n'a rien dit ici que de véritable , car on a quel- 
quefois trouvé, que les cornes des Rennes étoient ainfi ^ 
difpofées , deux courbées en arrière , deux plus petites 
montant en haut , & deux encore moindres tournées 
en devant, aiant toutes leurs andoiiiUers, le tout n aiant 
cependant qu^une feule racine -, celles qui avancent fur 
le front aufli bien que celles qui s élèvent en haut ne- 
tant, à proprement parler , que les rejetons des gran- 
des cornes , que le Renne porte courbées en arrière com- 
me les cerfs. On doit raporter ici le trente fixiéme ta- 
bleau que Jonfton a donné avec le titre de Cer/ admi- 
rable, fi ce neit que le caprice du Peintrey a mis quel- 
que chofe de flmx & qui mérite d'être corrigé 

Au refte cela n cft pas fort ordinaire ; on voit plus 
fréquemment des Rennes qui ont trois cornes, & le 
nombre de ceux qui en ont quatre, comme nous la^ 
vons e.xpliqué , ell encore plus gran. 



DE LA LAPON! E. 30l 
Ce que nous avons die jufqu a prefenc des cornes des 
Rennes (e doit entendre des mafles, qui les ont grandes, Tcn-xus. 
larges & avec beaucoup de branches , car les femelles 
les ont plus petites , ôc elles n y ont pas tant de ra- 
nieaux. .. 

Les Rennes ont ceci de particulier, que leurs cornes r^"\fp.'! 
font ordinairement couvertes dune efpece de duvet -, g^c muftr. 
quoi que cela n'arrive particulièrement que quand elles 
renailTent, après que les premières font tombées. Car ouus Petri. 
quand elles pouiTent au Printems , elles font tendres, 
velues & pleines de fang au dedans j Ôc lors qu elles ont 
acquis leur naturelle grandeur , le poil leur tombe en 
Automne. 

Cet animal eft encore différent du cerf, en ce qu il a 
les pieds plus courts & beaucoup plus gros , & fembla- 
bles aux pieds des Buffles. C eft pourquoi il a naturel- 
lement l'ongle ou la corne du pied fendue en deux ôc oimt 
prefque ronde, comme celle des vaches & des taureaux. 
De quelque manière qu'il marche, foit qu'il aille lente- 
ment, ou qu'il courre , les jointures de (es jambes font 
un afTez gran bruit, tout de même que des cailloux qui Damicn. 
tomberoient l'un fur l'autre , ou des noix que Ton caf- 
feroit, & ce bruit s'entend auffi- toft que l'on peut aper- 
xrevoir la bête, ce^qui eft encore une chofe tres-particu- oiausMa- 

- 'A * gnus. 

liere au Renne. 

Sa couleur n'eft pas la même que celle des cerfs, car 
elle tire plus fur le gris cendré , ôc outre cela il a non 
feulement le poil de deffous le ventre blanc, mais encore 
celui des cotez & des épaules. Je ne fçais pourquoi 
Olaus Magnus leur donne du crin , il eft bien vrai qu'ils 
ont des poils affez longs ôc pendans fous le cou , mais 
tout à fait femblables à ceux des chèvres Ôc des boucs , 

Pp iij 



302 Histoire 

ôc comme prefque tous les autres animaux en ont, mais 
que Ton ne peut nullement comparer au crin des che-: 
vaux. 

Cccieft encore à remarquer dans le Renne, qu il ne 
rumine point, quoi qu'il ait la corne du pied fendue , 
& qu au lieu de la veflîe du fiel , il ait feulement un petit 
conduit ou filet noir dans le foie, dont l'amertume na- 
proche point de celle du fiel. Vous avez ici la peinture 
de cet animal , comme je lai moi-même defTmée fur 
le naturel 

£luinzjeme Figure, 

Au refte cette bête eft fauvagede fa nature, & il s'en 
trouve une tres-grande quantité de fauvages par toute 
la Laponie^ mais ou la nation des Lapons, ou ceux qui 
ont avant eux tenu le païs l'ont aprivoifé , pour en reti- 
rer en la maifon quelque fervice. Le Renne qui pro- 
vient d'un autre privé eft pareillement domeftique & 
doux , dont on voit par toute la Laponie plufieurs grans 
troupeaux. 

Il y en a une troifiéme efpece qui tient le milieu en: 
tre le fauvage & le domeftique, & qui provient de tous 
les deux. Car les Lapons ont coutume , quand ils veu- 
lent prendre des Rennes fauvagcs^de leur prefenter dans 
les bois des femelles privées, en la faifon qu'ils font en 
ruth ; & il arrive parfois que ces femelles retiennent ôc 
mettent bas cette troifiéme efpece de Rennes , que les 
Lapons nomment IÇjttaigtar ou Pmrach, qui font plus 
grans & plus forts que les autres , ôc pour cette raifon 
beaucoup plus propres à mener le traîneau. Ces fortes 
de Rennes ont ceci de particulier; qu'ils retiennenttoû. 




i 



DE LA L APONÎE. 303 
jours quelque chofe de leur fer(x:ité -, c eft pourquoi ils 

Torn.Tus, - 

font parfois fantafqucs , récifs & vicieux , fe ruent fur 
celui qui eft dans le traîneau &c lui donnent des coups 
de pied. Il n y a point d autre remède en cette ren- 
contre, finon que celui qui eft dans le traîneau le ren.. 
ve.rfc fur lui ôc le tient à couvert deffous, jufqua ce que 
la colère de cet animal foit paflee. Car ces animaux font 
extrêmement forts , fi bicn qu on ne les peut pas dom- 
tcr à force de coups , ôc celui qui eft attaché au traî- 
neau , n a pas le tems ni le moien de recourir à d'au- 
tres remèdes. 

Tous ces animaux font en ruth & courent pour ce ^^^""^l] 
fujct parleschamps environ laFêtc de faint Matthieu, 
s'acouplent de la même manière que les boucs ôc les cerfs , 
en forte que fi on tue un mafle en ce tems-là, fa chair 
a une odeur aufli mauvaife que celle des boucs ; c'eft 
pourquoi les Lapons fe gardent bien de les tuer alors , 
mais ils prennent d'autres tems , aufquels ils ont un tres- 
bon goût , ôc que la viande en eft excellente , comme 
je l'ai fait voir. 

Les Rennes femelles, aufquelles les Lapons donnent 
en leur langue le nom de FFaiiar, portent quarante fe- 
maincs durant , ôc mettent bas au mois de May vers la 
iàint Jacques ôc faint Philippes, ou au troifiéme jour, 
qu'ils nomment la Mefle de la Croix , ou environ la 
Fête de faint Eric , ou bien celle de faint Urbain , qui ^^^^^^^ 
eft le tems auquel la chaleur du Soleil ôc les herbes peu- 
vent reparer leurs forces. Elles ne portent chacune qu un ohusPetâ 
Fan à la fois , ôc font généralement toutes fécondes , de 
manière que de cent femelles , il ne s'en trouve pas 
dix qui ne portent , ôc qui à caufe de leur fterilité , ^'^l'^l 
(ont apellez du nom particulier de Raones, Celles-ci ont 



^c4- Histoire 

la chair fort fucculcqte vers l'Automne , comme fi ellei 
avoient été engraiffées exprès; ceft pourquoi on a cou- 
tume de les tuer incontinent après cette lai(on. 

Celles qui ont retenu & mis bas nournflc:nt leur petit 
de leur propre laid: , au milieu des champs fans le retirer 
fous aucun toit , &c (ans que le gran nombre aportc aucun 
cmpefchement, ou caule de defordrc en cette rencon- 
tre. Car chaque mere reconnoît fort bien Ion petit , 
auffi bien à la voix comme à la veue,& chaque petit^iuit 
toûjours fa propre mere fans fe tromper ,^quoi qu il y 
en ait une centaine d'autres, jufques-là même qu'ils fe 
reconnoiffent encore réciproquement la mere &c le pe- 
tit au bout de deux ou de trois ans. Apres que les pe- 
tits font devenus un peu grands, ils fe nourrirent d'her- 
bes , ils mangent pareillement des feuilles Ôc les autres 
herbages qui fe trouvent lur les montagnes. 

La couleur du poil des petits eft premièrement d'un 
Jean Ter- roux ôc jauue mcflcz , & en quelque façon rougeâtre5 
ce poil leur tombe environ la faine Jacques , ôc il leur 
en vient d'autre tirant (ur le noir. Jean ïornaeus ne dit 
pas que ce poil foit noir , mais qu'il eft de la couleur 
des cheveux , il entend des cheveux qui font d'un blond 
fortobfcur ôc prefque noirs, c'eft. à dire châtaignez. 

Le Renne âgé de quatre ans a acquis la jufte gran- 
deur qu'il doit avoir toute fa vie. On diftingue cepen- 
dant la diverfité de fon âge par des noms differens. Car 
les Lapons apellent le Renne d'un an Mecs, celui de 
deux Omch, celui de trois ans FForfii, de celui de qua- 
tre Kofhn, & dans lage au deffus ôc plus avancé ils le 



Samuel 
Riiccn 



Oîaus Pétri. 



Jean Tor- nommctic c'eft à dire qui n a point de nom j 

que fi c'eft un malle on lui donne le nom de Iitrnas , 
ou bien de Hfrfe 



nxus 



DE LA LAPCJNIE. 305 
Dés que le Renne efl: en fi. force , 6c qu*il peut tra- 
vailler ôc rendre fèrvice on le domtej on dreflè celui-ci 
ôc on lui aprend.à traîner les traîneaux à la courfe ôc 
en pofte, ôc ils apellent le Renne ainfi dreffé l^ajomherh-y 
ils aprennent à cet autre-là à tirer des charges, ôcpour 
cette raifon ils le nomment Lykamtierki ^ ceux-ci les ^^^^ ^ 
Rennes de bagage ôc ceux-là les Prennes pour le trait, Rhcd 
pour tirer le traîneau. Les Lapons ont coûtume de châ- 
trer tous les Rennes qu'ils deftinent au travail, afin 
qu ils foient plus doux ôc plus traitablcs • car ceux qui 
font entiers font féroces ôc difficiles à manier. On les oiaus Pe«i' 
taille fi- toft qu'ils ont un an, ce que les Lapons font avec 
les dents , affoiolifTant ôc brifant par la morfure tous les 
nerfs, qui font autour des genitoires , afin qu'ils foient 
énervez ôc qu'ils demeurent (ans aucune force. Les au- k^cL 
très que Ion conferve entiers pour en multiplier la race, 
font apellez Servi le nombre n'eft pas fi gran que des 
femelles : car pour une centaine de femelles on ne gar- 
de ordinairement que vingt mafles. 

Les femelles fourniiTenc aux Lapons du lait, du fro- 
mage ôc des petits ; les hommes ôc les femmes les traient 
indifféremment , fe mettant à genoux ^ tenant d'une 
main le vaiffeau de bois où le lait doit être receu, ôc 
de lautre traiant la bête, quelquefois attachée à un po- 
teau ôc quelquefois nullement liée. Cela fe fait fur les 
deux ou trois heures après midi , ôc une fois feulement: 
par jour. Car tout ce qui leur peut venir de lait juf. 
qu au lendemain matin efl: deftiné pour la nourriture de 
leur petit, & celles-ci ont d'ordinaire beaucoup plus de 
lait que celles dont le petit efl: mort ou a été tué. La plus 
grande quantité de lait que l'on peut chaque jour tirer 
dune femelle va à une bonne chopine mefure de Suedc^ 



306 Histoire 

quieftun peu plus que le quartdupot.donton a coûtu- 
nie de mefurer le vin le long du Rtiin. 

Le laie des Rennes eft naturellement gros & épais , 
comme fi on l'avoit méfié avec des œufs -, c'eft pourquoi 
il eft tres-nourriflànt , & les Lapons en vivent Ils font 
du fromage de celui que l'on ne fait pas cuire. Les fein- 
mes Laponnes laiflent premièrement caillerle lait , puis 
elles le tirent du chauderon, en aiant rempli une forme, 
elles en mettent auffi-toft une autre deflus, qu'elles rem- 
pliffent du même lait , elles en ajoutent encore une troi- 
fiéme de la même façon , jufqua ce qu'elles aient rem- 
pli de ce lait fix ou huit formes pofées les unes (ur les 
autres ; puis elles les renverfent toutes , en forte que celle 
qui étôit la plus baffe vient à être la plus haute j amfi 
elles ne prelfenc pas les fromages avec les mains , mais 
ils les preffent mutuellement l'un l'autre. 11 faut pour 
faire un de ces fromages autant de lait que l'on en peut 
traire de dix Rennes ; la figure en eft ronde & de la gran- 
deur de ces rondeaux de bois dont nous nous fervons 
ordinairement fur la table , de l'épaiffeur d'un pouce ou 
de deux doigts. Ce fromage eft de foi fort gras & 
ondueux , étant fait avec du lait extrêmement gras que 
les Rennes femelles rendent en Efté , en même tems 
qu'elles mangent les herbes d'un excellent fuc, qmcroïC 
Pctri. {ent dans les vallées des montagnes de la Norvège. Quoi 
que l'on faffe du fromage avec le lait, on n'en a jamais 
pû faire du beurre , comme quelques-uns ont voulu et- 
faier , mais inutilement ; Ils ont néanmoins au heu de 
beurre, quelque chofequi approche fort du fuif, ainfi 
que je l'ai fait, voir au chapitre de leurs alimens. 

Parce quê tes Lapons retirent des Rennes toutes ces 
utilitez&plufieurs autres, cela les oblige d'en avoir graa 



DE LA LAPONIE. 307 
foin, de les garder nuit ôc jour , l'Hiver & TEllé de les me- 
ner paiftpe en des lieux fore fèurs , de peur qu'ils ne s'é- 
cartent, ou que les bêtes (àuvages ne les infultent. Afin 
d'en avoir plus grand foin , ils ont coûtume , lors que les 
Rennes paiflent , deftre la prefens avec leurs femmes , 
leurs enfans, leurs ferviteurs & leurs fervantes, de (e tenir 
tout au tour, de crier après ceux qui s'éloignent trop^ôc 
de les contraindre de retourner au gros du troupeau , lors 
que le tems approche de les traire, ou qu'illesfaut faire 
rentrer dans le lieu entouré de palifTades à cet effet ou pour 
les attacher à des pieux. Ils fe fervent de parc aux endroits 
proches des forêts , où ils renferment un efpace de la gran- 
deur qu'ils jugent neceffaire, avec de gros bâtons & fort 
longs, qu*ils mettent tout autour fur de petites fourches j 
avec deux portes , dont l'une fert pour faire rentrer les 
Rennes dans le parc, l'autre pour les en faire fortir &les 
mener paître. Quand ilsfe trouvent fur le haut des mon- 
tagnes toutes nues, où il n'y a point de bois, ils attachent 
les femelles des Rennes à de petits piquets, jufques à ce 
qu'on ait tiré leur lait. 

La pâture des Rennes cnlafàifon de PEfté font les her- 
bes excellentes , qu'ils cherchent & trouvent dans les 
vallées; ils mangent auffi des feuilles tendres , qui font 
épaiffes & graffes , des petits arbriffeaux lefquels naiffent 
fur les coteaux des montagnes de Norvège 5 ils ont en 
averfion&ne brouttent jamais de joncs, ni aucune her, 
be tant foit peu dure & rude. Ils font debout en pai£ 
fant, ôc ils le font mieux en marchant qu*en fe baiffant 
pour prendre les fleurs & les herbes, parce que leurs cor» 
nés, qui leur avancent trop for le froiit> les en empef- 
chent. 

Ils fe nourrirent en tout autre tems d'une efpece très- 

Q3 y 



Olaus Ma- 
gnus. liv. 17 



,08 Histoire 

particulière de mouffe blanche , qui croît en grande 
quantité fur les montagnes & dans les bois pir toute la 
Laponie. Lorique la terre eft couverte de neges tort 
hautes, cet animal par un inftina naturel, de même que 
le cheval fauvage, fait avec les ongles du pied un trou, 
gnus.„v..7. cherchant fa nourriture ; aiant ainfi découvert quelque 
""f' peu de terrain , il mange cette moufTe qu'il y rencontre. 
Samuel Ceci eft fingulierement remarquable que , quoi que le 
Renne ne mange en Hiver que de cette moufle & en 
très- grande quantité , il s'en engraiflé toutefois mieux 
, . . & il â plus net , couvert d'un plus beau poil que quand 
U mange enEftéles meilleures herbes, auquel temsilfau 
Lrreuf à voir. La raifon pour laqueUe ils fe portent 
mieux font plus gras en Automne & en Hiver c eft qu i s 
ne peuvent nullement fouffrirlechaud.ce qui fait quils 
n'ont que les nerfs la peau&les os enEfte 

Cet efpece d'animal eft fujet a fes maladies, entre lef- 
quelles il y en a une qui n eft pas moins dangereufc que 
il pefte. car quand elle s eft mife une fois dans un trou- 
peL , il ny a point de Renne qui n en meure , & le pauvre 
Lapon eft contraint d'en acheter d'autres-,mais cette ma a- 
die eft aflez rare. llyenaunautre,quilesattaque tous les 
ou^ P«H. ; après lemois deMars.c'eft qu'il commence a s en- 
gendrer des vers dans leur dos,&ilsen ^"^"^ ^"^ff'^^"^^ 
L'ils ont pris vie, de manière que f. on tue 1" Renne 
en ce tems là, leur peau fe trouve toute pleine de petits 
rrov's, p-cée comnïe un crible, ôc qui ne peut prefque 

^Yèslorpskur font la guerre 5c tâchent de les mordre 
& de les tuer-, dont ils fedelfendent avec les cornes quiIs 
o'"' ont plus avancez (ur le front. Mais pour ne me pas arre- 
ter aux autres particularités , les Rennes nont pas tou. 



Jean BurîBUS 
en fcs me- 
tnoircs. 



Olaus Pétri. 
Niurenius. 



DE LA LAPONIE: ' 309 
jours la tefle armée de cornes ; car elles leur tombent 

Olaus Pétri 

tous les ans en Hiver les meilleurs les perdent les pre- samud 
xniers, & elles ne leur reviennent que peu à peu & fort ^^^""* 
lentement en Efte , auquel tems elles font tendres ôc 
couvertes de duvet. Les femelles ne perdent point leur 
bois qu'après avoir retenu ôc être pleines. Si bien que 
les Rennes ne combattent pas tant contre les Loups leurs 
ennemis mortels avec leurs cornes comme avec les pieds 
de devant, dont ils leur donnent de grans coups quand 
ilssaprochent deux. Ils aiment toutefois mieux dans les 
autres rencontres prendre le parti de la fuite 5 car fi les 
néges ne font point trop hautes , leur falut de leur feu- 
reté confifte en la vitelTe de leurs pieds , dont ils peu- 
vent facilement fuir les Loups ôc fe fauver. 

Le troifiéme inconvénient eft que fi on ne les garde 
foigneufement étant difpercez ôc diffipez çà ôc là ils fe 
perdent, ce qui oblige les Lapons de les diftinguer avec ^17]^^^ 
quelque marque particulière, afin qu'étant égarez &re. 
trouvez bien loin meflez parmi les autres, on les puifTe 
reconnoïtre. Ces marques fe gravent fur les cornes , 
mais parce qu'elles leur tombent, on les marque aux Tom^s, 
oreilles , & il eft fort fouvent arrivé à des Lapons de 
prendre des Prennes fauvages qu'ils trouvoient avoir leur 
propre marque. 

Les Rennes qui évitent tous les maux ôc qui furmon- 
tent toutes les maladies & les incommoditez, vivent ra- 

olaus Petii 

rement plus de treize ans. Voila ce que nous avions à 
dire de ces Prennes , qui font les feuls animaux dont les La- 
pons retirent tous les avantages & les fervices , que les 
autres Nations reçoivent des chevaux , des brebis ôc des 
autres animaux-, ceft ce qui oblige ce Peupleàs apliquer 
uniquement à les élever ôc à négliger les autres. Si ce neft 

Q^q iij 



3,o HISTOIRE 
qu'ils nourriflent des chiens pour garder la cabane &leS 
te même troupeaux , & pour le fervice de la chafTe ; fi bien qu'on 
"' peut dire qu'ils n'ont que ces deux animaux de domef- 



chapi 

tiques 



CHAPITRE XXIX. 

^es animaux fa uvages a quatre pieds , 
qui Je trouvent dans la Laponie. 

Samuel X 'OURS tient le premier rang parmi les bêtes (au- 
.Rhcco. JLjvages de la Laponie, & les Lapons l'apellent le 
fouverain des forêts. Il y a beaucoup de ces animaux en 
Laponie, & même ils y font plus fiers & plus dangereux 
que les Ours des autres païs , principalement ceux qui 
ont du poil blanc en forme de collier autour du cou , 
qui font en grande quantité par tous les païs Scpten- 
trionnaux. Uscaufentde grans dommages aux troupeaux 
des Lapons j ils renverfent leurs refervoirs , bâtis fur le 
haut des arbres coupez > où ils confervent les chairs, le 
poifTon àc toutes les autres provifions neceffaires pour la 
vie 5 ainfi les Ours enlèvent au maître en une nuit tous 
les vivres qu'il avoir refervez pour fa famille. 

Apres les Ours les Elans fe prefentent, quOlaus Ma-' 
gnus apelle des ânes fauvagcs , quoi que ceux-ci foienc 
Excu. ccvi. des bêtes bien différentes. Scaliger les a confondus avec 
les Rennes^ il dit que a le poil comme lane^^queles 
" Suédois apellent 'Franger , quelques Goths Kangifer , les 
Alemans£tfe«i^ les Mcfchovites io:^:<;i; & qu'il a trou-. 



DE LA LAPONIE^ 311 
vé dans quelques commentaires qu on le nomme Rehen 
en Norvège. Je ne fçais pas quels commentaires font 
tombez dans les mains de Scaliger , mais je fçais bien 
que l'Elan que les Alemans apellent EUen , n'a jamais étc 
nommé par les Norvégiens Refcew, mais bien Jîlg^ôcque 
cell aujourd'hui le nom le plus commun qu on lui don- 
ne par tout le Septentrion. Olaus Magnus le confirme, 
en difant que l'Elan vient du païs du Nord , ôc qu il cft 
communément apellé Elg ou Elgar, On doit avoir le mê- 
me fentiment de l'animal Lo':<;^ des Mofchovites , qui 
le même que le Lojf des Lithuaniens , que les Alemans 
nomment Ellen , &c quelques-uns en Latin LoJf 
donc, J^o':^^ ^(g' Ellend, n'eft que la même bête fort 
différente du Renne ou :^ehen des Norvégiens* Car il fur- 
paffc premièrement le Renne de beaucoup en grandeur, 
étant égal aux plus grans che%ux. L'Elan outre cela a 
les cornes bien plus courtes , 6c larges de deux paumes 
de main & plus, qui ont aux cotez & par devant des an- 
doûillers en a(fez petit nombre. Il n'a pas les pieds ronds, 
fiir tout ceux de devant mais longs, dont il fe bat rude- 
ment, & aiant les ongles en pointe, il en blcife ôc per- 
ce les hommes & les chiens qu'il trouve en fon chemin. 
Il ne lui relfemble pas mieux de la tefte, qu il a plus lon- 
gue avec de grandes & de grolTes lèvres, qui lui pendent; 
fa couleur n'eft pas fi blanche que celle du Renne, mais 
elle tire également partout fon corps fur un jaune trcs- 
obfcur , meflé avec un griscendré. Et puis quand ilmar- 
che on n'entend pas de bruit des jointures de fes jam- 
bes, comme il arrive à tous les Rennes. Enfin quicon- 
que a bien confideré l'un & l'autre animal ( ce quim'eft 
plufieurs fois arrivé ) y a remarqué tant de différence , 
iCjuil y a fujet de s étonner de ce qa1l fe rencontre des 



31 j Histoire 

perfonnes qui les prennent pour le même. Au refte la 
Laponie nourrit fort peu d'Elans , ôc elle les prend le plus 
fou vent d'ailleurs, particulièrement de laLithuanie ^ c eft 
pourquoi le Roi Charles IX. s'eft adjugé par un Edic 
toutes les peaux des Elans , qui fe tuent en la Lapome: 
o'aus Pétri. H S en trouvc dans la Laplande Méridionale , où on les 
prend, fur tout après y avoir été pouffez par les Lapons 
qui leur font la guerre, ou par la chaffe qu'en font les Paï- 
(ans, on n'en voit jamais ou rres. rarement dans les au-^ 
très Laplandes. Il eft pourtant certain que ces Elans pafJ 
fent en fort gran nombre deux fois Tannée de la Carelie 
par la rivière de Nivx , fçavoir en troupe au Printems lors 
qu'ils fe jettent dans la Carelie, & en Automne, quand 
ils s'ea retournent en RulTie. 

Il fe trouve auffi des Cerfs en la Laponie , mais outre 
qu'ils y font affez rares , ils jjjfont encore fort petits & pref- 
que comme les Dains ou Chevreils , qui ont les cornes 
plates Si qui tiennent de la Chèvre & du Cerf 5 & parce 
que ces Cerfs n'ont rien qui ne foit femblableaux Cerfs,, 
que Ion voit par tout ailleurs , c eft affez pour le pre- 
fent de les avoir nommez. 

Il y a un très gran nombre de Rennes fauvages dans 
toute la Laponie , mais ils n'ont rien de différent des. 
Olaus Pctri. Rcnncs domeftiques , fmon qu'ils font plus grans, & 
que leur poil eft plus noir. 

Les Loups font par tout ce pais- là en très -grande 
quantité , qui ne relfemblent pas aux Loups ordinaires 
des autres régions en cela feulement , que leur couleur 
tire plus fur le blanc ^ ce qui a porté quelques Auteurs à 
leur donner le nom de Loups blancs , & qu'ils ont le 
Olaus Ma. pi^g gros , plus long & plus épaîs. Ils font bien la 
S^pure mierrc aux Rennes privez , qui fe deftendent avec leurs 
^ ~ ~ ' cornes» 



Samuel 
Rhecn. 



DELA LAPONIE. 315 
cornes. Mais ceci eft fore particulier & mérite d'être lc$ mcmoi- 
rcmarqué, que le Loup n'attaque jamais le Renne tant b^^^^j^^''*" 
qu il le voit attaché à un pieu , mais fi-tofi: qu'il le trou- 
ve délié, il fe jette deflus ôc le dévore. La caufe de ce- 
ci peut venir de ce que le Loup voiant le Renne^atta-* 
chéavec une corde, craint le piège 5 car c'eft un animal 
cxtre'mement foupçonneux ôc défiant , qui prend tout 
ce qu'il voit pour quelque piège , & qui Te doute qu'il 
y a pre's du Renne des hommes qui le pourroient tuer ; 
les Lapons aiant coutume d'attacher les Rennes à des 
pieux quand ils les veulent traire. Quoi que les Loups 
ne fe jettent pas feulement lur les Rennes , mais quel- 
quefois fur les hommes , particulièrement fur les fem- 
mes lors quelles font enceintes. Olaus Magnus fait à ^'^•^''^^•^^î 
ce fujet la remarque , qu'une partie des Lapons bâtit fes 
maifons (iir des arbres qui font crûs de rang & en quar- 
xé y tant pour n'être pas dans la rafe campagne , couverts^ 
ëc étouffez fous les néges, que pour n'être point dévo- 
rez par les Loups & les autres bêtes fàuvages affamées, 
qui fe trouvent affemblées en fi gran nombre , qu*il cfï 
impoflible d'en être les maîtres , ni de leur donner la 
chaffe. On garde fort foigneufement en cette fâcheufè 
rencontre les femmes enceintes &c les petits enfans , que 
les Loups recherchent comme leur plus friand morceau. 
Celt ce qui oblige les voiageurs detre toujours armez y 
& particulièrement à caufe des femmes preftes d'aeou- 
.cher, que les Loups reconnoiffent à l'odeur Se tâchenc 
de les lurprendre^ c'eft pourquoi on ne permet jamais à 
une femme feule de faire voiage,fens que quelque hom- 
me armé Fefcorte pour la deffendre ; ce qui fait voir que 
le plus gran danger des femmes grolTes vient de la pars 

Rr 



314. Histoire 

des Loups, & qu'on les craint plus que toutes les autres 
bêtes en la Laponie. 
s.raoei Les Goulus font affez nombreux en ces pais. Cet am- 
mal a la telle ronde , les dents fortes & aiguës, fembla- 
bles l celles des Loups , le corps large , & les pieds courts 
ouusMa- comme ceux des Loutres. La peau en eft extrêmement 
noire , dont le poil renvoie une certaine blancheur luu 
fante comme les Satins de damas à fleurs. Quelques Au- 
I I teurs les comparent à la peau des Martres Zibellmes, li 

, I , ce n'eft que celles-ci ont le poil plus doux & délicat, 

I \ Cette bête ne demeure '^s feulement fur la terre, mais 

encore fous l'eau comme les Loutres ; d'où vient que 
quelques-uns croient que ç'en eft une efpcce; quoique 

le Goulu la furpaffe ordinairement en grandeur , qu il 
eft beaucoup plus gran & voracc, & on lui a donné ce 
nom à caufe qu'il mange beaucoup. On l'apelle en lan- 
S"iig" page Sclavon Rofomacha, les Suédois le nomment lerff, 
|. il) '^oituT'"' & les Alemans FtlefrajJ on FFtldefraJ? ; ce mot nean- 

' f moins ne fignifie.pas une bête qui dévore beaucoup, 

comme veut Scaliger , mais plûtoft une bête des forêts 
f|iM|||||ia & fauvage ; car le mot VFtld chez les Alemans fignifie 

' ■ fauvage & Her , il faut donc que Scaliger n'ait pas enten- 

,1 du ce mot Aleman , ou bien ( ce qui eft plus vrai-fem- 

' • blable) que le Copifte ou l'Imprimeur n'ait pas hdelle- 

ment fuivi fon. Original. Ce qui paroît manifeftement 
,en ce que le Goulu ne pourfuit pas feulement les betes 
fauvages, mais encore les domeftiques, comme on a fou- 
vent fait l'expérience en la Suéde, & même les poiflons 
étant d'ordinaire fous l'eau avec eux. 
Sâm«i 11 y a beaucoup de Caftors en la Laponie , tant à cau- 
fe que la prodigieufe quantité de poilfon leur fournit 



D E L A L A P ON I E. 3H 
tres-abondamenc de quoi vivre que pour ce qu'ils y 
font plus en paix, & que les courfes continuelles desba- oiaasMa- 
teliers fur leau ne les inquicttent pas^ comme l'on fait s^^^si-^s-c^. 
fur le Danube ôc fur le Rhin , où le bruit ne cclTe ja- 
mais. Ils n'ont rien de fuigulier qui les diftingue des 
Caftors des autres pais ; les Loutres y font comme par 
tout ailleurs, ainfi on n'en peut rien dire davantage dans 
le détail. ^^^^^^ 
Il y a en la Laponie une prodigieufe variété àc Re- Khcm 
nards, ôc outre les communs on y en voit de noirs , de 
tannez , de marquez à une croix , de cendrcz & de blancs. 
Les noirs font les plus précieux ôc les plus eftim'ez, par- 
ce qu'ils font les plus rares, de les perlbnnes de la plus 
haute condition en Mofchovie s'en font faire des cha- oiausMa- 
peaux, ce qui rait que les peaux en lont li chères qu el- 
les fe vendent dix elcus d'or la pièce ôc quelquefois quin- „ , „ , 
ze. Les peaux de Renards de couleur de tanne lont les mus. 
moicnnes entre les noires & les communes rouffes. Ceux Jomton; 
qui ont une marque en croix , nommez pour cette rai- 
fonCr^^ci/rr^croifcz , ont une ligne noire , qui leur prend 
depuis le mufeau le long de la tefte ôc du dos droit juf- 
. qu*à la queue, ôc une autre qui la coupe depuis les épau- 
les jufqu'aux pieds de devant , ôc ces deux lignes font 
entr elles une forme de croix. On en fait plus d'état que 
des communs roux 5 ils font d'ordinaire plus gransdc ont 
le poil plus épais. Les Renards cendrez font ceux que 
Jonfton apelle Ifatifdes^ à caufè que leur couleur méfiée de 
cendré ôc de blcii raporte fort à celle du Paftel Ifntieherba, 
Quoi qu'ils ne foient pas tous ni par tout le poil de leur 
corps de cette couleur j car leurs plus longs poils noir- 
ciffent aux extremitez , ôc les plus courts poils fembla- 
bles au duvet font prefque blancs, ôc le mélange de ces 

Rr ij 



Au lieumcf- 
tîie. 



Samuel 



Samuel 
Rhcen. 

Olaus Pétri 



3,<5 Histoire 

deux couleurs fait naître cette autre troifiéme. Olaus 
Magnus les apelle de couleur cclefte ou d'azur il re- 
marque en même temsque l'on en fait moms d état que 
des autres, & que les blancs , qu'il nomme Luifans pan 
ce que leur blancheur femblableàcelle des Lapins neft 
menée dune autre couleur , font les moins eftimez de 
tous parce que ce font les plus communs , & que le 
poil de ces deux dernières efpeces tombe en peu de tems. 
La raifon pourquoi les peaux de ces Renards blancs lont 
en plussran nombre que les autres, c'eft parce que la 
chaffe eneft bien plus facile à caufe qu'ils ne fe cachent 
pas dans les bois, & qu'ils ne s'arrêtent que fur les mon- 
tagnes toutes nuës , qui font entre la Norvège & la 

Suéde. , r r 

Les Martres font aulfi fort nombreules en Laponxe, 
& il eft confiant que l'on ne recouvre point d'ailleurs m 
de plus belles peaux de Martres ni en fi gran nombre-, 
elles font toutefois de différent prix , & les meilleures 
font celles dont le poil de la gorge eft plus jaune que 
blanc. Mais remarquez ceci , que laMartre ne fe trou- 
ve que dans les forêts en la Laponie , & qu elle le nour- 
rit particulièrement d'Ecureuils & d'oifeaux , parce qu el- 
le a des ondes extrêmement aigus , elle monte la nuit 
furies arbres . où les Ecureuils qui font la en gran nom- 
bre, lui fervent de proie. L'Ecureuil qu lui eft inférieur 
en force, ne lui cédant point pour 1 agihte fe fauve le 
long de l'arbre, courant & grimpant autour du tronc, ce 

que fon ennemi ne peut pas faire ^ que s il le poufle jul- 
qu'auhaut, & qu'il ne puiffe pas autrement echaper il 
s^élance des plus hautes branches fur un autre arbre. La 
Martre ne pourfuit pas feulement rEcureûil , mais encore 
les plus grans oifeaux auffi-bien que les petits ; elle les 



DE LA Lapon lE. 317 

arrête avec Ces ongles , lors qu'ils paflcnt la nuit fur les 
arbres, & elle les dévore. Les plus grans oifeaux fe Ten- 
tant faifis de la forte s*envollent aufli-toft, la Martre fe 
tenant toujours attachée à leur dos, ôc les mordant fans 
ceffe jufqu a ce qu ils tombent morts fur la terre. 

Le nombre des Ecureiiils de la Laponie eft incroiablej 
ils ont cela de particulier , qu'ils changent tous les ans 
de couleur , 6c au lieu du roux, lorfque l'Hiver s appro- 
che, ils deviennent gris , qui eft la couleur de leur peau 
dont on fait plus d e'tat. Plus les Ecureiiils fe tiennent 
vers le Septentrion, ôc plus la faifon de Tannée eft éloi- 
gnée , plus cette couleur grife eft moins corrompue , c'eft 
à dire moins méfiée de roux -, c eft pourquoi la chalTe s en 
fait au milieu ôc au plus fort de l'Hiver, &non point en 
Ellé. Quoi que la quantité enfoit étonnante , ils ont tou- 
tefois coutume en de certaines années de s'en aller par 
trouppes , en telle forte qu'il n en refte prefque plus ^ ain- 
fî ils font rantoft très- rares ôctantoft fort communs. On 
n a pas encore pu fçavoir certainement la caufe de ce dé- 
part; quelques Auteurs croient que c'eft par la crainte de 
la faim , connoilTant par avance que ce qui leur fert de 
nourriture, va manquer dans peu de temsj d'autres croienc 
que c'eft pour éviter les autres injures de Tair. Lorsqu'ils 
fe difpofent à partir, ils viennent en trouppe fur le bord 
des lacs, ils fe mettent là fur de petits morceaux d'écorce 
d'arbres de Pin ou de Sapin-, ils tiennent leur queue droi- 
te, pour leur fervir comme de voile ; ils quittent ainfile 
bord à la faveur du vent , qui les porte ôc mené toujours, 
jufqu'à ce que les vagues ôc l'orage aient fait couler à fonds 
la petite barque ôc noié le pilote. Le corps de TEcureuil 
eft de telle nature qu il ne va point à fonds, mais étant 
prifé de vie, il eft auffi-toft porté fur les bords des eaux, 
• Rr iij 



3,3 Histoire 

où on les amaffe quelquefois en trcs-gran nombre, &au 
cas qu'ils n'aient pas demeuré là trop long-tetns , pour 
.n°!r;; ny avoir point été apperceus , leurs peaux lont fort bon- 
nes à toutes fortes d'uiages. Us ont aulli coutume de tra- 
verfer de cette manière en d'autres rencontres les rivie- 



res. 



Quoi qu'en cette occafion il en refte fort peu, ceux qm 
demeurent ont bientoft reparé & multiplié leur efpece, 
car chaque femelle porte d'une feule ventrée quatre ou 
cinq petits , & quelquefois davantage. Voila les beces 
fiuvages, defquelles Samuel Rheen fait mention; mais 
ilyen a encore d'autres dont il ne parle pas. 

Les premières font les Sebellines , qu'Olaus Magnus 
i.J.fttcT. nomme ZabîElles, dont les peaux fonttres-precieuks,& 
animaux pa- ^jj^^ j^q^j (-qjjj envoiécs par les Lapons & par les 1 arta- 
'rjct. 7. res; le mêmeOlaus dit, que les femmes des Lapons s en 
parent, fpecialement au jour de leurs noces. Il n'y en a 
pas néanmoins quantité en ce pais , & elles y ^nt tort 
lires. Quelques Auteurs écrivent que cet animal efttait 
comme une belette, d'autres, & fur tout Scaliger,qu el- 
le reffemble aux Martres, & elle leur a fans doute bien 
plus de raport , foit que l'on confidere la grandeur du 
corps, foit que l'onobferve le refte de fa figure. Plus la 
couleur approche de celle de la poix , plus elle eft efti- 
mée ; il s'en trouve néanmoins de blanches & luilantes, 
telles'que "ous en avons vû plus d'une fois quelques-unes, 
prefenlées à nos Rois de Suéde, par les Ambaffadeurs de 
Mofchovie , comme un prefent d'un prix & d une rareté 
fmauliere. Ce font fans doute de celles-là , dont Adam 
de Bremenfemble avoir anciennement voulu parler dans 
fon traité de la Scandinavie , fous le nom de Martres 
blanches. 



OlausMâ- 
enus I)vreiS. 
itre xo. 

us Pend 



DE LA L APONIE; 319 
On tient encore des Lapons cet efpece d'animaux apel- 

11 r 1 1 1 o ^^^^ joy:. 

lez Hermelines , dont les peaux iont tres-blanches , ôc 

Qu'ils echaneentavec toutes fortes de marchandifes. Cet- Graaa & a- 

J . f , . , prés lui Jon- 

te Hermelme , que 1 on nomme plus communément Her- p.i; . 5. 
mine ou Armelme , ne ft autre chofè , non feulement pout 
fa figure, mais encore pour fa nature , quune belette 
blanche , qui a au bout de la queiie une petite pointe 
extrêmement noire. La couleur différente n y fait rien -, 
car cette petite bête n'eft blanche qu en Hiver, lors quel- 
le eftaffiegée de tous cotez du froid & des néges, & fà Sap 
peau, de même que celle des autres bellettes, reprendfa 
première couleur de roux , éclairant , & de ver de mer , fur 
la fin du mois de May , au tems qu elle s'acouple. L'Her- 
mine prend les fouris de la même manière que la belette 
les attrape, & les Suédois font pour cette raifon apellc 
Lekat. OlausP^tri^quila metaurangde^belettes, n'en 
a pas parlé comme d une chofe dont il pût douter , en 
aiantvû plufieurs en d autres païs , ôc par tout le Septen- 
trion 5 ceft pourquoi jene voudrois pas lui donner avec 
Scaliger , le nom de fouris Suedoife. 

On doit avec bien plus de fondement mettre au nom- 
bre des fouris, ces petites bêtes apellées Lemmus Lcm- oiausMa^ 
mer ^ dont les Hermines s'engraifferit defqùelles il y a 
quantité dans la Laponie , où on les apelle des fouris de 
montagnes ^ t^mhUr, Olaus Wormius en a donné dans 
fon cabinet la defcription , 3c une peinture fort exade- 
ment deffmée, ou néanmoins on remarque que ces bê- 
tes ont des queues fort courtes & couvertes de poils fer- 
rez, &: qu'ainfi elles ne font pas en toutes chofes fem- 
blables aux fouris -, fans parler de la couleur, qui eft dif- 
férente, fçavoir roulTe marquetée de noir. On a remar- 
que qu'elles ne paroilfent pas régulièrement tous les ans, Rn^cn, 



Enfcs notes 
fur Pompo- 



Histoire 

mais en certains tèms , à l'improvifte & en fi grande quan- 
tité , qu elles fe répandent par tout & couvrent toute la 
terre , de même que les oifeaux ont coûtumede faire au 
Printems. Olaus obferve que cela arrive quand il pleut, 
qu'il fait orage, & quand quelques grandes pluies tom- 
bent tout à coup-, il croit que ces bêtes tombent avec la 
pluie , foit que le vent les enlevé, ôcles apporte des Illes 
les plus éloignées, foit qu elles fe forment dans les nuées 
même , dont toutefois il doute. Wormius panche vers 
lar .on.p.- lopinion qu^elles nailTent dans les nuées j ce qu Ifaac Vof- 
«la. Mêla. rejette , & dit qua caufe que cet animal ne fort de 
fon trou qu après les pluies , n aiant point paru aupara- 
vant,ou parce qu'il fe remplit deau, comme Strabon le 
croit'; ou parce qu'il croît ôc groiFit fort à la pluie , on 
s'eft facilement perfuadé qu'il le formoit en l'air d'un tems 
pluvieux. Cette opinion me femble auffi extrêmement; 

probable. , 

Ces petites bêtes , bien loin d'avoir peur & de s en- 
fuir , quand elles entendent marcher les paffans , font 
au contraire hardies & couragcufes , vont au devant de 
ceux qui les attaquent , crient de japent prefque tout de 
^^'^^'^ même que de petites chiennes ^ fi on les veut battre , 
elles ne fe fbucient point ni des bâtons , ni des halebar- 
olaus Pétri. ^^^^ fautant & s'éknçant contrc ccux qui Ics frapent ,s*ât-; 
tachant & mordant en colère , comme des chiens enra- 
crez les bâtons de ceux qui les veulent tuer. Ces ani- 
maux ont ceci de particulier, qu ils n'entrent jamais dans 
les maifons , ni dans les cabanes, pour y faire du dom- 
magej mais ilsfe tiennent toûjours cachez dans les bro^ 
failles, & le long des coteaux. 

Us ont quelquefois coutume de fe faire la guerre 1 un 
l'autre , fe partageant comme en deux armées rangées en 
^ — - " bataille 



Samuel 
Rhecni 



DELALAPONIE. 311 
bataille le long des lacs & des prez. Les Lapons pren- 
nent toujours ces fortes d'affemblées pour des prefages 
infaillibles des guerres qui doivent arriver en Suéde, lis 
en viennent même jufcjues à obfèrver de quel côté ces 
bêtes viennent (è faire la guerre j s ils voient qu'elles fons 
venues du côté de l'Orient, ils concluent qu'ils auront 
la guerre avec les Ruffiensj s'ils aperçoivent qu elles foiens 
venues de l'Occident , ils tiennent pour alturé , que les 
Danois viendront à main armée les attaquer. 

Ces petits animaux ne manquent pas d'autres ennemis oiaus Ma 
étrangers 5 ks premiers font les Hermines, qui s'en en- fh^pltrcx^' 
graiflènt -, les Renards enfuite , qui les attrapent & les craL 
nenten gran nombre dans kurs tanières où ils en gar- 
dent quelquefois des milliers, & s'en nourriffent j ce qui 
caufe un très confiderable dommage aux Lapons, parce 
que pendant que cette proviCon dure , les Renards ï\q 
s'arrêtent point aux viandes qu'on leur a mifes pour apâc 
dans les pièges, dont on les prend en d'autres tems. En 
iroifiéme lieu les Rennes mangent de cette efpece ds 
fouris de montagnes , ôc particulièrement en fefté. Les 
chiens enfin leur font la chaffe ôc s'en repaiffent auffi, 
mais ce qui mérite d'être remarqué , ils n'en mangent 
que le devant , ôc laiffentle derrière -, parce qu'il y a peut- 
être en ce"tte partie de la bête quelque chofe qui leur pour-^ 
roit nuire. 

Comme ce mal diminue par les remèdes que n©usvc> 
nous deraporter, il trouve encore en foi même fa perte ^, 
^premièrement quand cette bête mange l'herbe qui a re- 
pouffé depuis qu elle l'a mangée pour la première fois , car 
à cette féconde fois l'herbe renaiffante la fait mourir 5 en 
fécond lieu quand elle fe fait elle mêmemoy^ir, ou bien 
lors qu'elle monte fur les arbres ^ où elle fe pend à quek 



RhecQv 



Olaus Mi* 
gnus. 



Histoire 

;\ , que branche fendue & meurt ainfi ; ou bien quand après 
l'h«nî Jêtrc affemblées par troupe comme les irondclles qm 
veulent partir , elles fe jettent dans l'eau , & dcfquelles 
on en trouve foiavent plufieurs milliers en un feul endroit 
mortes & entaflees les unes fur les autres. 

Le dernier genre d'animaux , defquels on voit un nom- 
bre confiderable en la Laponic , font les lièvres , dont les 
peaux font fort eflimcesenHiveràcaufe de leur parfaite 
blancheur , auffi bien que celle des Renards. Car il elt 
o'^"^ certain que tous les lièvres des pais Septentrionnaux chan- 
fhTpUtc'.Ô.' gent tous les ans de couleur, commençant après lEqui- 
noxe d'Automne, lorfque les premières néges tQmbent, 
à pofer leur couleur grife& blanchirjon en prend même 
alTez fouvent , environ ce tems là quelques-uns a moitié 
gris , & à moitié blancs , ce que nous avons vu plulieurs 
fois ; mais au milieu de l'Hiver ils font entièrement blancs. 
Outre les autres chofes que l'on peut raporterde cechan- 
gemcnt , il femble que c'eft par un trait finguher de la 
Providence de la nature , de peur que fi ces foib les ani- 
maux étoient par la diverfité de leur couleur facilement 
aperceus au milieu des néges très blanches la race n en 
fût avec la même facilité exterminée par les hommes 
& par les autres bêtes fauvages. Et nous eftimons que c elt 
cette même caufe , qui produit un femblab c efFei non 
feulement fur les autres animaux à quatre pieds , mais en- 
core fur les oifeaux, comme nous le verrons dans la luittc. 



mm 



DE LA LAPONIE. ' 3îî 



CHAPITRE XXX. 

T>es Oifeaux , des Foijjbns, des 
autres animaux. 

ON trouve en Laponie des Cignes, des Oyes , des 
Canards, des Hupes, desPicmars, & tous les au- 
tres oifeaux de rivière, auffibien que les oifeaux de bois, 
comme des Faifans, des Coqs fauvages, des Gelinotes de 
bois, & des Perdrix. Quelques-uns de ces oifeaux font 
communs & connus par tout ailleurs, quelques autres (ont 
particuliers , 6c ne fe voient que dans les autres régions 
Septentrionnales ^ & ce gran nombre provient de 1 éton- 
nante quantité de lacs , de marais , & d'autres eaux ; de 
forêts & de montagnes, dont la Laponie eft compofcé. 
Les Cignes font du nombre des oifeaux de rivière Com- 
muns , déjà aflez connus auffi bien que les Oyes & les 
Canards, qu'on met au nombre des oifeaux fauvages ; car 
les Lapons n en ont aucuns de privez, non feulement de 
ceux-là , mais non pas même des Pigeons, ni des Coqs, 
ni des Poules. 

Les oifeaux fauvages ont ceci de particulier, qu'ils vien- 
nent des terres Meridionnales en ces païs du Septentrion, 
qu'ils y font leurs nids , couvent leurs oeufs, & y élèvent 
leurs petits, en plus gran nombre, & plus fouvent quils 
ne font ailleurs -, parce qu ils ne peuvent f à ce que je 
crois) vivre plus paifiblement , bc en plus grande fureté 
autre-part, ni même y tfouver leur nourriture en fi grau- 

Siï] 



HîSTOîRH 
de quantité comme dans ces pais du Nord,Cek eft univer- 
fellement vrai touchant les oifeaux de rivière ^ les Cignes 
y viennent e'hgran nombre du côté delaMer ou del'O- 
cean Germanique, au commencement du Printems. Les 
Hupes y viennent faire leurs petits en la même Saifon , 
ôc en fi grande quantité, qu'elles femblcnt couvrir le ciel; 
& aux lieux où elles pafTent la nuit, ou dansks endroits 
où elles cherchent à vivre, on lesentendcrier demi 
lieue. 

Le Kniper qui eft un efpece de Pic, qui naît particu- 
lièrement en Laponie, a la tefte Ôc le dos noir, comme 
auffi la plus grande partie des ailes, reftomac & le ven- 
tre blanc, bec rouge, fort long ôc armé de dents , les 
pieds courts & rouges , avec une petite peau entre les 
doigts, comme tous les autres oifeaux de rivière j lafigu- 
re eft telle que vous la voiez ici, 

SeiT^ème Figure, 

L'oifeau que l'on nomme communément Loom , eft de 
ces oifeaux qui vivent (ur leau , que Samuel Rheen a 
compris fous ce genre , fi nous ne voulons dire qu'il l*a 
oublié. Il y en a un fi gran nombre, & tant de fortes dif- 
férentes , qu'il neft pas polfible de les expliquer en peu 
de paroles. Olaus Wormius a décrit le Loom dans fou 
cabinet, doù on en peut tirer la peinture j (on bec quil 
a fort pointu & nullement long , ne nous permet poine 
de lui donner rang parmi les Canards. Il a ceci de particu- 
lier, qu'il ne marche jamais for terre ; c eft pourquoi, 
ou il vole ou il nage fur l'eau : parce qu'il aies pieds fort 
courts , à proportion de tout le reftc du corps , & telle- 
ïnent fur le derrière, quil en petit à la vérité nager fort 




{ 



DE LA L APONîEJ ns 
içommodenient , mais il ne s'en peut point foûtenir fur 
la terre , & encore moins courir. Ceft pour cela qu'on 
lui a donné le nom de Loom , qni fignifie boiteux , & qui 
ne peut marcher. 

Le Kia^der, dont il eftici fait mention, eft du nom- 
bre des oifeauxde forêts que jai ixdiàmiVrogdllusunFai- 
ftn^ marquant la plus générale efpece, qu'on apelle aux 
environs de trente Cedron , qui eft un mot affez apro- 
chant du premier , fi nous en voulons croire Gefnerus ^ 
iquiaaffcz bien parlé de toutes les autres proprietez de 
cet oifeau. Ce qu il croit néanmoins ( que la femelle n'eft 
point dilTemblable au mafle en couleur, qu'en ce quel- 
le n'eft pas fi noire ) eft faux-, car la couleur en eft tout 
à fait jaune, avec de petites marques noires. 

On doit obferver la même cho{è dans le Faifàn ou pe- 
tit Coq fauvage, comme Tapellc cet Auteur -, car la fe- 
melle eft d'une couleur bien diverfe , le mafle étant pref^ 
que tout noir, ôc la femelle jaune, comme la femelle de 
lautre Faifan ou gran Coq fauvage , dont elle n eft pref- 
que en rien différente qu en grandeur. Olaus Magnus 
aflùre qu elle eft de couleur cendrée , parce qu elle n eft 
pas tout à fait jaune, mais d'une couleur mcflée ôc com- 
pofée du cendré ôc du jaune, qui toutefois tire plus fur 
le cendré. Ceft de cette efpece d'oifeaux qu'il décrit ain- hv.i^.c 
C Ily aauxpaïsSeptentrionnauxdesCoqsfàuvageSjfem- « 
blables aux Faifans en groffeur , quoi qu'ils aient la queiie « 
beaucoup plus courte , ôc qu'ils foient noirs par tout le « . 
corps , avec quelques plumes blanches ôc luifantes au ce 
bout des ailes & de la queiie. Les mafles ont la crefte u 
rouge ôc haute , les femelles l'ont baffe ôc pendante, ôc u ^ 
elles font toutes grifes. 

Ces Coqs fauvagcs font les mêmes , que les Suédois 

Sfiij 



3t5 Histoire 

nomment Orrar, les Latins Tetraones ouFrogalliminores, 
Faifans ou petits Coqs fauvages. Pour ce qui eft de leur 
crelle , on doit entendre qu'ils ne les portent point au- 
trement que les Coqs fauvages , non pas fur le haut de la 
tefte, mais aux deux côtcz fur les yeux , que le Peintre 
d Olaus n'a pas bien compris ; & il a , au lieu de ces oi- 
feaux defliné des Coqs domeftiques. 

Ces petits Coqs fauvages ou Orrar, auffi bien que les 
grans Kidrar , ont leurs femelles fort diffemblables en 
couleur; celles des grans aiant la couleur plus jaune , & 
les autres une couleur, comme j'ai dit , qui tire plus fur 
le cendré. Il y a des Auteurs , qui donnent fimplement 
le nom de Faifans à cette efpece , mais elle eft bien difFe.; 
rente des Faifans communs ; ce qui fe reconnoîtra faci- 
lement , fi on veut prendre la peine de conférer l'une 
avec l'autre. Quoi que ces deux efpeces de Kidrar & 
de Orrar fe trouvent dans la Laponie, les derniers y fotit 
toutefois plus rares & en fort petit nombre. La quanti- 
té de tous les autres oifeaux fauvages, aufli bien que de 
ceux-ci, n'y eft pas toujours égale & la même ; car ils fe 
retirent quelquefois fi promptement , & pour quelques 
années, que leur fuite en eft étonnante. Puis ils retour- 
nent, & tout ce pais defert s'en trouve fi plein , que les 
Lapes en ont beaucoup plus qu'ils n'en peuvent manger. 

Je viens aux Francolins, qui font en figran nombre en 
Laponie, que les Lapons s'en nourrifTent. 

Ilyaauffien Laponieune tres-grande quantité de per- 
drix, qui ont les pieds velus comme des lièvres ; elles vi- 
vent dans les bois, & fur les plus hautes montagnes, ou 
il n'y a point d'arbres , & qui font couvertes de negcs, 
principalement vers laNorvege, où on trouve de ces oi- 
feaux, duraqt de certaines années une prodigieufe quan- 



DE LA LAPONIE. m 
tité. Samuel Rhccn les nomm^Fialrii^or^onSniœripor ^ 
les Alemans & les Suifles SchnMiner, c eft à dire des poules 
denêges^ ou Schnœvœgel^ c clUdire, oifeaux quifefUl 
fent dans lesnêges ^& fur le fommetdes montagnes de la Suif 
fe&des Àlpes, oh tout efl couvert deneges. Ces oifeaux ont 
les pieds femblables à ceux des lièvres , chargez de poils 
au lieu de plumes. Ils font tout blancs comme la nége 
en Hiver; & il n'y a que les femelles, qui ont une feule 
plume noire fous chacune des aîles. Lorfque le Printems 
aproche , ils reprennent leur couleur grife , comme les 
femelles des petits Coqs fauvages. Ils confervent cette 
plume jufqua THiver, qu'ils redeviennent tout blancs. 
Les autres Auteurs n ont pas remarqué ce changement 
de couleur -, Olaus Magnus dit bien , que les oifeaux qui 
vivent dans les néges, palfent par une variété dont la natu- 
re fe divertit , de la couleur blanche à la cendrée -, mais il 
ne prétend point parler de ces fortes de perdrix aux pieds 
velus, puis qu'il leur en donne des rouges, comme aux 
cigognes noires. Ces perdrix courent ordinairement fur 
la terre ou fur la nége , & elles s'arrêtent fort rarement 
fiir les arbres; ce qui eft contraire aux figures que Ton en 
voit dans Olaus. Au refte ces oifeaux font toujours ex- 
rrémementnets, & dans une agitation continuelle, cou- 
rant çà & là , fans demeurer long-tems en place. Voici 
leur figure. 



323 



H I S T O I R E 





Je viens au^oiflbns qui fe trouvent en la Laponie : Il 
Zîeglcrus. y eu a une quantité fi grande , que les Lapons mettent 
ce quil leurenreftedans des caques, & les tranfportent 
aux Provinces voifines. Paul Jove dit que la pefche qui 
s'en fait en Mer, y eft tres-grandej mais il parle des La- 
ponsdeMofchovie, dont il fait la defcription. Les au- 
tres Lapons prennent le poiffon dans les lacs & dans les 

rivières. ^ 

Les meilleurs poiffbns , qui fe pefchent en la La- 
ponie font les Saumons , il n y a pas de pais en Euro- 
pe, où Ion en prenne tant, que danslaMer de Bothnie, 
où fe déchargent des fleuves d^eau douce , qui viennent 
des montagnes , contre le courant de ces fleuves. On 
aperçoit au plus fort du jour un tres-gran nombre de 
Saumons monter à la file. Us montent en Laponie le plus 
avant qu'ils peuvent par les rivières , jufqu a ce qu il& 
foient cmpefchez daller plus loin par les grandes cheu- 
tes d'eau, & alors ils retournent en Automne , environ 
la faint Matthieu. Mais ils font beaucoup plus maigres 
quand ils defcendent , que quand ils montent 5 ceqiu 
^ " geut 



Olaus Ma- 
gnusl.io.c.3 



D E L A L A P O N I E. 
peut venir en partie, de ce qu'ils ont épuifë leurs forces 
à fe roidir montant contre le cours de l'eau , en partie 
aufli de ce qu'ils les ont perdues en fraiant , comme ils 
font aux plus hauts endroits des rivières , & plus éloignez 
de la Mer. C'eft pour cette raifon que les Habitans de 
Scraftourg apellent le Saumon qui monte Salm , & ce- 
lui qui deTcend Lax , parce qu'il eft alors Lajf, c'eft à di-' 
ïQLajJus i fatigué du travail du chemin , èc pour avoir 
fraie. On peut conclure quelque cliofe de l'abondance 
& de la prodigieufe quantité de cc poiflbn, de ce qu'un oiaus^pam 
Officier du Bureau de Torna, en a vu enlever de ce heu- 
là en une (èule année , jufqu'à treize cens barques. 

La féconde forte de poiflbns de la Laponie font les ^^ctm 
Brochets , que l'on prend de toute forte de grandeur dans 
les lacs. Olaus Magnus dit, que dans les païs démon- i^v* ^ti-^. 
cagnes de la Laponie , on trouve des lacs de quatre cens 
milles d'Italie de longueur, ^ décent milles de largeur 
plus 3 où, quoi qu'il y ait toute forte de poilTons, on pef- 
che une fi étonnante quantité de Loups d'eau\, que qua- 
tre vaftes Roiaumes du Septentrion en nourriffent leurs 
Peuples y de que l^on en porte encore vendre par toute 
TAlemagne , de falez ou de fechez au Soleil. Olaus apeî- 
le Loups, les poilTonsque les Suédois nomment Gii^ddoTi 
ôc que nous apellons ^rucfce/-^^ qui font des poiffons d'eau 
douce, fort connus par tout, qui ont la tefte longue,ôc 
la mâchoire de deffousavancéeôc armée de grandes dents 
proches les unes des autres , & fort aiguës. On y en trou- 
ve affez fou vent d'une grandeur fi extraordinaire , qu'ils 
font aufli grans , & quelquefois plus grans qu'un homrae^ 
ôc il eft conftant que fi ce poiiTon y avoit Teau affcz creufe , 
ô: toute la nourriture qu'il lui faut, il auroit par fuccefTion ^^^"^^ 
de tems plus de huit pieds. 



'Samuel 
Rhcen. 



350 Histoire 

La troifieme efpcce de poilTon eft apellée Syck par 
les .Suédois, & il n cft pas beaucoup différent de laBref- 
me, fi non en ce quilalatefte plus longue & plus poin- 
tue, & qu'il n'eft pas fi large, il n aproche pas d'ordi- 
naire de la grandeur des Carpes , quoi qu'il s'en trouve 
parfois en la Laponie , qui pele jufqu à dix Ôc douze livres. 
On le prend dans les petits lacs , de la longueur quelque- 
icbanTor- fois dune aune^ ilellfigras, de fi bon goût, & fi délicat, 
qu'il n yapasfcefemble) de meilleur poiffon. 

La Perche eft le quatrième genre de poiffon fort com- 
mun, & quelquefois d'une grandeur incroïable. On gar- 
de aujourd'hui dans TEglife de Luhla, latefte d'un de ces 
poiffons deffcchée, qui a plus de deux paumes demain de 
laraeur, depuis le hautjulqu'au bas des mâchoires.^ 

On y trouve auffi dans les lacs , qui font aux plus bas 
cantons du païs vers la Mer, des Moullelles d'eau, des 
Rougets &C des Ables. 

Pour ce qui eft des lacs, qui font en gran nombre dans 
le païs haut , entre les montagnes de la Norvège , on y 
trouve fort fréquemment deux fortes de poiflons, que les 
Suédois apellent Rœding^ Oerlax y je ne fçais pas enco- 
re s'il s'en trouve ailleurs. Le Kœdmgùxckn nom , de ce 
qu'il a le bas du ventre de couleur rouge , tirant fur la pour- 
pre , & il eft fort beau à voir. LOerlax eft une efpece 
raportante au Saumon, à la referve de la grandeur ; car 
il eft beaucoup plus petit. Quelques Auteurs croient 
que ce font des Saumons encore fort jeunes -, mais ce 
qui détruit cette opinion, ceft que Ton en prend dans 
des lacs fort éloi2;nez de la Mer , entourez de terre de 
tout cotez, & où il n y a jamais eu de Saumons. J'aime- 
rois mieux les mettre fous l'efpece des Truites, puis qu'il 
y a fort peu de différence à l'extérieur entre ces deux for- 



Samuel 
Rhccn. 



DE LA LAPON lE. 
tes de poiflbns, fi cen eft que les chairs des Truites font 
plus rouges, plus molles Ôc plus délicates. 

Outre ces poiflbns-ci , il y en a dails la Laponie plu- 
fleurs autres, dont on ne fait point detac , ôc dont mê- 
me on ne fçait rien , parce qu'on n'en mange jamais. 
Olaus Pétri raportc le nom de quelques- uns , qui font le 
Salario de Cobitis, la Barbatule, le Rougeoc, laBorbo- 
che , rOxiate , le Gardon , la Carpe , ôc le Cobitispi-^ 
quant. 

Il n y a pas beaucoup de reptiles dans la Laponie 5 el- zi^gi*'"»- 
le n a point de Serpens , fur tout en la partie haute , qui 
eft vers lesmontagnes de la Norvège-, car dans la région s^md 
baffe & couverte de bois , on en voit quelques-uns. . 

/ * . • Ouus Petr». 

Les inledcs n'y lont point communs , on n y a jamais chapitre 17. 
été incommodé de puces, qui y font inconnues ^ mais il zicgiau». 
y a une efpece de grans moucherons , extrêmement fâ- okusMa- 
cheux, dont les piqueures incommodent fort , particu- s"""' 
lieremenc aux endroits qui font près des eaux. Ces mou- samud 
cherons ne font pas feulement de la peine aux hommes, ^^^^^^ 
mais encore aux animaux , ôc principalement aux Ren- 
nes , quHs piquent ôc bleflent vivement ^ ce qui oblige 
les Lapons de les mener fur la cime des plus hautes mon- 
tagnes , où ils puiffent monter, afin de s'exemter d'une 
fi importune incommodité. Les hommes fe dcfFendcnt 
de ces moucherons ôc des tahons avec la himee qu ils font 
continuellement, Ôc même en Efté dans leurs cabanes ^ 
ôc pour s'en guarantir la nuit durant le fommeil , ils fe szm^i 
couvrent tout le corps ôc la tefte aufli d une groffe cou- ^^''""^ 
verture de laine. Quand ils doivent en Eftéiortir ôc fai- 
re voiage , ils fe couvrent le corps de peaux j ou pour 
mieux dire les femmes auffi bien que les hommes por- 
tent des habits de cuir, que ces infèdes ne puiffent pas. 

Tt i| 



Histoire 

percer; ilsniettent à cet effet des bonnets fiir leurs teftes; 
qui leur couvrent prefque tout !e vifage. Quelques-uns 
comme les Lapoils mêmes me l'ont affuré , n'ont point 
oiaas Pctti. d'autre remède pour éviter cette infuportable perfecution, 
chapitre quC de fe peindre tout ce qui paroît de la face, hormis 
les yeux , d une couche de refine ou de poix , fans la- 
quelle ils feroient tous perdus. 

Outre ces moucherons , il s'y rencontre encore de gran- 
des guêpes , qui pourfuivent ôc travaillent les Rennes -, 
Les memoi- & ellcs Icur pcrcent tellement la peau , qu'il y paroît de 
xus?'^''" petits troux dans le cuir de ces bêtes , après qu'on les a 
écorchées, lefquels troux le Peuple apelle^^orw. La fu- 
mée ell: encore le plusprefent remède contre les attaques 
de cesinfedes ; il faut donc par neceffité que les Lapons 
allument de grans feux en Efté, & qu'ils en faflent aller 
la fumée fur le Renne , afin qu il puiffe repofer en paix 
à fon aife. Etlorfquela commodité du feu leur man- 
que , ils font entrer le Renne dans l'eau , pour faire mou- 
rir les guêpes qui s y font attachées, ou pour afFoiblir h 
douleur de leurs piqueures. 



res 
Buizus. 



Olaus Pétri 
Niurenius. 



bELALAPONIE. 333 

^ ■ : ■ ^ 

CHAPITRE XXXI. 



2)^5 Arbres £5* des Fiantes^ 



LA Laponie n'a ni pommiers , ni poiriers , ni ceri- 
Cers, ni aucun arbre fruitier , Tair n'étant pas aflèz ^^^^ ^^^^ 
doux , & la terre étant trop fterile pour produire aucun ^^^^^ . 
fruit. Olaus Pétri remarque que Ton n y trouve pas mê- chapiucH.' 
me les arbres des forêts, qui ne peuvent refifter aux grans 
froids, comme font le chêne , le noifetier , le hcftre, le 
plane , Se le cillcu ; & qu il y a feulement des pins , des 
fapins , du genévre , du bouleau , du cormier , des (aulx, 
des trembles , des aunes , des cornouillers , des groffe- 
liers , & des peupliers. 

Mais les arbres qui naiffent en la Laponie, n'y vien- 
nent pas indifféremment partout-, car les montagnes auf 
quelles ils donnent le nom de FelliceSj fituées entre la Nor- 
vège & la Laponie ,& qui font une partie du Mont Sevo, P""- 
ou des Alpes du Nord , n ont point d'arbres , & on y fe- 
ra en des endroits plufieurs lieues, fans en pouvoir trou- 
ver un feul. Cela peut provenir , comme je l'ai dit , de 
la violence continuelle des vents ; mais peut-être que le p^^^^ciaudr 
froid perpétuel & exceiTif, qui règne principalement fur 
le plus haut de ces montagnes , en eft la véritable caufe. 

Les païs qui font auprès des montagnes , ont des fo- 
i*ets ^ mais avec cette différence , qu'il ne croît aux en- 
droits les plus proches que des bouleaux , dont la gran- 
deur & la hauteur font très- confiderables , & for t agréa- ^IT^ 

Tt iij 



lehan Tor- 
naeus. 



Samuel 

Rheen. 



3^4- Histoire 

bles à voir^ car ils font rangez en un fi bel ordre, qu ils 
font de loin paroîtreàlaveûe touteslesbeautexdun tres- 
beau jardin. Pour ce qui eft des régions, qui font éloi- 
gnées des montagnes, elles ont des forêts où l'ontrou- 
l^cn] ves des fapins , des pins , & des bouleaux cntremeflez, 
comme fi cetoit quelque forêt nouvellement plantée ^ 
les arbres n'y font pas néanmoins fort épais , mais éloi- 
gnez les uns des autres. 

On voit rarem^ent en Laponie d'autres arbres que ceux 
dont nous venons de parler. Les arbnffeaux y croifTent 
en gran nombre -, les grofelliers y viennent principale- 
ment en quantité , tres-grans & tres-beaux dans le pais 
haut vers les montagnes : Mais les Lapons n'en font point 
detat 5 peut-être à caufe que leur truit eft noir, aigre, 
ôc de mauvais goût. Car ils ont non feulement de ces 
arbriifeaux , qui portent comme ailleurs des grofeilles 
rouges , mais encore d autres dont le fruit eft noir, & ceux- 
ci yîont beaucoup plus communs, ôc en plus gran nom- 
bre. 

Le gcnévrc n'y eft pas moins commun, il y croit fa- 
cilement, ôc monte fort haut. 

Il croît en la Laponie toutes fortes de graines & de pe- 
tits fruits. Les plus excellensfont ceux qu'on apelle w^m 
bajjes ou mûres de Norvège. Elles font femblables à celles 
. qui viennent dans les buiffons-, car toutes ces grapes ou 
Cq^j partagez en plufieurs petits grains , dont la 
Samuel coulcur cft premièrement uu jaune pâle , qui lors quel- 
les mûrilTent , devient rouge ; elles croifTent en grande 
quantité dans les lieux marécageux & humides. Elles 
rampent à terre , ôcfont foûtenuespar un fort petit pied, 
ce qui empefche de les mettre au rang des arbriffeaux. 
Le fruit en eft ires.fain , ôc il n y a point de mcilleu. 



DE LA LAPONIE. 33? 
r€ Se plus prctapte médecine contre le fcorbut. Les La- 
pons ne les mangent pas feulement fraîchement cuèïU 
lies , le goût en étant affez agréable , mais ils les falenc 
encore pour le befôin , comme je i ai dit ailleurs. 

Il croît pareillement chez eux des framboifes , auffi oiaus Pem. 
bien que des bruicres , qui ont les feuilles fort petites ôc 
qui portent du fruit, que quelques Auteurs apellent Cha- 
m^etaxos , Ôc les Suédois Kraokebar, à caufe , comme je 
crois , que les corneilles les aiment fort. Il y vient auffi 
des Aurelles rouges petites, aufquelles les Suédois don- sawud 
nent le nom de Lingon , & des Aurelles noires petites , 
que les mêmes nomment Blaobar , & chez les Alemans ^'^^^ Petri. 
Mjrtilli, On y en trouve nne auffi grande quantité que 
des précédentes. Il y vient d'autres fruits, dont les Peu- 
ples ne font point tant d état 3 on y trouve enfin toutes 
fortes d' Aurelles. 

La Laponie porte auffi plufieurs fîmples fort utiles, 
comme font premièrement rAngelique de rocher , que 
les Lapons apellent fpecialcment leur herbe , l'herbe des 
Lapons ou Sa^migraes ^ parce qu'ils s'en nourriffent vo- 
lontiers, & qu'ils la trouvent d'excellent goût 5 ils la nom- 
ment auffi jPoifeo. La tieeeneft courte, mais elle eftgrof s^mua 
fe & bien lerree , ^ on y en trouve quantité. Il y a enco- 
re une tres-grande abondance de grande ozeille , dont 
les Lapons mangent auffi, comme nous l'avons dit. 

On y trouve des herbes très- particulières , que l'on ne 
voit pomt ailleurs , ou qui y font fort rares , entre lef- 
quelles eft celle qu'ils apellent laBraffique des Rennes, 
ou bien le petit foulier des Lapons ; parce que la fleur 
eft toute (emblable à un foulier de Laponie , dont la san.^^^^ 
couleur eftbleiie, avec trois rangs de graine dans lataf. 
fej les feuilles font plus larges que celles delà Braffique 



336 Histoire 
commune , fa tige eft de la groffeur du doigt, & fa ra- 
cine eft extrêmement amere. Cette herbe aquiert lagran- 
deur naturelle en très- peu de tems-, elle setend au large 
de tous côtez , & monte fort haut , jufqu'a la hauteur de 
trois coudées, & quelque fois plus: on la croit mutile & 
nuifible,àcauie que pas un animal n'en mange, ôcquUs 
la fuient tous comme du venin. 

Il y a en ces pais une autre herbe, mais fort utile & 
medecinale , que les Lapons eftiment beaucoup , qui a 
quelque raport avec la pâtinade jaune -, ils la nomment 
Mofkrooth, elle a le goût & la fleur comme la pimprenel- 
le - elle croît dans les marais , & dans les endroits ma- 
récaeeux. Ce nom de Mofarooth n'cH pas un mot de la 
langue desUpons , mais de celle des Suédois , lequel veuc 
dire quelle vient dans les marécages , où il croit beau- 
coup de mouffe; le nom que les Lapons lui donnent en 
leur langue n'eft pas encore venu à ma connoiflance. 

Voila les herbes que nous fçavons être particulières 
en la Laponie ; les autres n'ont jufqu a prefent. trouve 
perfonne, qui ait pris la peine d'en feire uneexade del- 
Gription,& qui nous en raportàt la figure bien deflinee. 

Quoi que la Laponie ait quelques fimples Imguliers, 
& quelques-uns connus autre-part, elle n'en a pas tou- 
tefois un gran nombre de différentes efpeces , comme 
il s'en voit par toute la Suéde. Olaus Pétri n'aiant point 
demeuré durant l'Efté en la Laponie, tire cette conc u- 
fion de ce qu'il a obfervé en la Bothnie Occidentale , 
fur la fromiere de laquelle la plus confiderable partie de- 
là Laponie eft fituée 5 ou il n'a pû remarquer plus de qua- 
tre-vingt différentes efpeces de fimples ; car on n'y voit 
jamais d'Aigremoine , d'Efclayre , de pied d'Alouet,te , de 
iHypcricon ou mille pertuys, de la Pimprenelle,de 1 Elula, 



DE LALAPONIE. 357 
ni plufieuts autres herbes communes en Suéde. 

Je paffe à la mouffe ^ que la Laponie produit de piu- 
fieurs ôc de diverfes couleurs. La première eft celle des ar- 
brcs,qui pend principalemêt aux branches des Sapins, qui 
ren4ent la Refine , & aflfez fouvcnt des autres arbres , corn- 
me des poils fort longs, les Suédois l'apellent Laaf, La 
féconde qui vient en tres-grande quantité par toute la La- 
ponie, ôc qui nourrit elle feule prefque tous les Rennes 
en Hiver, eft terrcflre ôc de couleur blanche -, elle a les 
feuilles longues , petites & mincesj& elle croît jufqu'à un 
pied de hauteur. La troificme eft auffi terreftre , mais 
plus courte ^ les feuilles en font plus minois , ôc la cou- 
leur beaucoup plus belle, fçavoir d'un jaune verdâtre. Cet- 
te mouffe eft mortelle aux Renards 5 c eft pourquoi les 
Lapons la broient ôc la méfient dans lapât qu'ils fonc 
pour prendre ces bêtes. La quatrième eft pareillement 
terreftre & fort commune en la Laponie, de couleur rou- 
ge , courte , & extrêmement molle ôc délicate : cette gran- 
de tendreffc ôc douceur fait que les femmes s'en fervent 
au lieu de plumes pour mettre ( comme nous l avons re- 
marqué ) fous les enfans nouveaux nés au fonds de leur 
Berceau. On m'en a aporté une cinquième efpece, qui 
aies feuilles plus larges ôc plus longues, qu'on croit être 
apellée Fathna par les Lapons-, elle eft merveilleufemenc 
bonne contre le délire , ii onla broie ôc qu'on favalle 
dans un bouillon. Je doute néanmoins fort, fionladoic 
mettre au rang des moufles ; de je crois plûtoft que ce 
fonc de petits brins d'Angélique, coupée par petits mor- 
ceaux ,*ainfi préparée ôc cuite fous la terre ^ comme nous> 
l'avons dit ailleurs. 

La dernière dont nous devons faire ici mention , eft; 
forte djherbage, qui croît on la Laponie de diverfes^ 



Histoire 

elpeces- la meilleure de toutes fe trouve dans les vallées 
des montagnes fellicos, molle, courte & qui a bien du 
fuc Celle qui vient aux autres endroits eft plus longue, 
plus rude & plus feche. Il y en a une troifiéme efpece fore 
longue & très douce , dont les feuilles font fort me.nues 
& extrêmement minces. Les Lapons en fourrent ( com- 
me nous avons dit ; dans leurs bottes , dans leurs fou- 
liers & dans leurs mitâmes , pour fe deffendre contre la 
rigueur du froid. 



c'hAPITRE XXXII. 
'Des Aietaux de la Laponie. 

LES Anciens ont affure légèrement, qu'ilyavoit des 
métaux dans la Laponie , & aux extremitez de la 
Scandinavie & du du Septentrion ; ceft pourquoi pas un 
Uv4chio. d'eux n'en a écrit, &01aus Magnus nie hautement, que 
iufquesàlonfiecleonait trouvé aucunes minesnide fef, 
ni de cuivre , ni d'argent dans les pais les plus éloignez 
du Nord; Quoi fie le msS. lob dife que lor vient du cote 
d'Jmiloru. Et que c'eft pour cette railon, que les Lapons 
font contraints de joindre les aïs de leurs vaiiTeaux avec 
des liens de bois plié , manque de clous de fer , parce 
qu'il n'y en a point dans tout le païs. 

Mais en l'année trente-cinq de ce prefent fieck, fous 
samuai k rcgnc dc la Reine Chriftine , on a trouvé une veine 
d'argent en la Laponie de Pitha, auprès àcNajajiM, tore 
peu éloignée de la fource du fleuve SUlefftheo, vers ks 



DE LA LAPONIE. 33^ 
hauteurs des Mons fellicos , qui feparenc la Suéde de la 
Norvège, Cette très- abondante raine d argent prouve J^^^^'^''''- 
aflcz , qu'il faut neceffairement que toutes ces vaftes ré- 
gions aient une très - grande quantité de métaux , & qu'on 
ne doit pas entièrement rejetter ni meprifer cette predic- ^.^^^ 
tien de Paracelfe, que l'on trouvera dans les païs du Nord, 
entre le foixantiéme & le (bixante ôc dixième degré de la- 
titude, un fi gran trefor de métaux, qu'on n'en a jamais 
découvert un femblable dans l'Orient -, ôc il tire de l'A- 
pocalipfe , la fupputation qu'il fait du tems de cette dé- 
couverte. C'a été la première de toutes les mines qui aient 
été trouvées en la Laponie : Un certain Lapon nommé ^^^^^^ 
LoensPcrfon Habitant de Pitha lapidaire, qui tailloitdes Rhcen. 
diamans , Se qui cherchoit des perles , la trouva. Eric Lcpempro- 
Flemming franc Baron de Lais, Sénateur alors du Roiau- 
me , fut établi Prefident de la Compagnie commife pour 
l'avancement de l'affaire des métaux , & il fut envoié avec 
fon AfTefTeur Hans Philip , par les Gouverneurs du Roiau- 
me de ce tems-là , à cette mine de Nafi. Il la fit ouvrir 
par authorité P.oiale , y fit établir un magazindetou- 
tes les chofes neceffaires pour travailler ôc cultiver cette 
mine. 

La veine du plomb y eft bien meilleure Se plus riche 
que celle de l'argent ; parce que n'étant pas fi dure , mais RhceL 
feulement d'une pierre qui fe réduit facilement en fable, 
on y peut fans beaucoup de peine travailler, foit quand 
il la faut tirer, ce qui fe fait avec le terriereôelapoudreà 
canon qui la brifè , foit quand étant tirée, il la fiut net- 
teier, & la mettre dans fa véritable forme. On n'a pas 
coutume d'ouvrir cette montagne en la fendant avec des 
ferremens, le marteau & les coins, mais avec le terricre , 
dont on fait un trou, lequel on remplit de poudre àca- 

Yu ij 



Samuel 



340 Histoire 

non , puis en aîant bien fermé l'entrée , on met par un 
autre plus petit trou le feu à cette poudre , qui fait fau- 
Rhcen & brifer les pierres les plus dures. 

On n'a pas long-tems travaillé à cette mine , car du- 
rant la guerre encre les Suédois & les Danois, lous le re- 
sne du Roi Charles Guftave, environ l'en m. dc. lviii. 
un certain Von Anen Gouverneur de Norvège pour le 
Roi de Dannemark la gâta , après en avoir ruiné tous les 
ouvrages. Et il ne s'eft depuis ce tems-là jufquesa pre- 
fent trouvé perfonne , qui voulût faire les frais , pour 
nettéier cette mine & continuera la cultiver ; car ilfaut 
faire de tres-grandes dépences, avant que l'on pu'fle en 
cfperer ni retirer aucun profit, ce qui eft fort diftcilea 

des particuliers. , , r 1 

1 a troifiéme mine d'argent eft en la Lapmarke de Lulv 
la , à trente- deux lieûes de Suéde del Eglilede laParoif- 
fe de Luhla; on la nomme Kiedtkiewri , c'eft a dire U 
montame de roche; elle fut trouvée en l'année M.DC LX. 
par un certain Jonan Pétri, qui demeuroitàTorpen)aur. 
Elle eft fituée prefque au milieu de ce pais ou quartier 
qui porte le nom de Torpenjaur, fur une montagne fort 
haute, à deux lieues du fommet qui fepare la Suéde de 
la Norvège, & à fix lieues de Rœdftad, petit païs de Nor- 
vege entre lequel & Kiedtkievarri , il.y aune cime très- 
haute, & fort célèbre parmi les Lapons, nommée D^or- 
M , qui fe trouve fur le chemin , qui conduit de cette 
mine dargent en Norvège, par deffus laquelle il eftim- 
poflible à qui que ce foit de paiTer en Hiver, acauiede 
fa hauteur prodigieuie; fujete pour cette ra.fon a detres- 
erans & fâcheux orages, qui empefchent de la traverier. 

La veine de cette mineaaffcz d'argent, & elle eft fort 
étendue de tous côtez 5 elle fe trouve renfermée dans de 



Samuel 
Rhecn. 



DE LA L AP ONIÈC 341 
la Marcafîteou pierre à feu de couleur blanché. On a fait 
plufieurs ouvertures pour y entrer, & on trouve par tout 
lexîietail dune égale bonté & de même aloi. Elle a cette 
incommodité, qu'il n'y a aucune forêt dans le voifinage, 
& qu'on ne peut avoir du bois que d'une lieue& demie 
de là ; c'eft ce qui oblige au défaut de bois , de fe fervir 
(de poudre à canon , de la même manière que je viens 
d'expolèr. 

L'attelieroù on lave, ôc où on recuit le terre de la vei- 
ne , eft à cinq lieues de la mine d'argent , fitué dans un 
lieu fort agréable à laffemblée de plufieurs rivières, dont 
la principale apellée ^ickiockj lui a donné fon nom, la 
rivière de Darrijock s'y a^^emble auffi ; la forêt y eft d'une 
grande étendue , il y a un gran nombre d'arbriffeaux , 
particulièrement de grofelicrs , ôc quantité d'herbes ôc 
de foins. Ce mêmelieuaauffi grande abondance de tou- 
tes fortes de très bon poiffon , comme de Saumons, de 
petits Saumons, de Brochets,de Perches & d'autres fem- 
blables. On peut aller là en Eftépar batteau, depuisTE- 
glile deLuhla , excepté quelques peu de lieues , par lef- 
quelles on peut à peu de frais porter à Tattelier tout ce 
qui eft neceflàire, & enlever delà tout le métal affiné, ôc 
le porter dans le golphe de Bothnie. On travaille enco- 
re tous les jours à cette mine d'argent , ôc ceux qui ont 
fait les avances des frais , en retirent bien des comrao- 
ditez ôc de grans profits. 

Outre ces deux mines d'argent, il s en trouve encore 
plufieurs autres, mais que perfonnen'a jufques à prefenc 
entrepris de travailler ôc cultiver , foit parce qu'elles 
font fi éloignées, que les maîtres ny pourroient pas être 
prefcns qu'avec de très -grandes difficultez , ôc qu'ainfi 
p.erfonne n'y veut emploier fes finances, foit aufli parce 

Vu iij 



Histoire 

qu'il faudroic avancer de très - grandes fommes , avant 
que d'en recirer le profit que l'on peut efperer -, ce qui 
n'eft pofTible qu'à des perfonnestrcs-riches, dontlenom- 
bre n eft pas d'ordinaire fort gran. 

Laurent d'Andreae Lapon de naiffance en a montré une 
à Torpenjaur dans la montagne de Fixrrovari. Le mê- 
me en a indiqué une autre diftante feulement d une 
lieue de la mine apellée Kieâtkyvaru II y en a une troi- 
fiéme à deux lieiies de là, tirant un peu vers l'Orient ^ fa 
veine eft renfermée dans une pierre affez tendre , mais 
qui femble devoir être prés de la plus dure & plus diffi- 
cileàcaffer. La première de ces trois mines fut trouvée 
l'année m.dclxx. en Efté , par une fort grande pierre 
pleine de plufieurs veines d argent, tombée d'un rocher 
haut de vingt aunes ( c eft à dire de dix fois ladiftance de 
l'extrémité d'une .main à l'autre) fituée fur le fommetde 
la très haute montagne de Fiœrrovaari , fur laquelle on 
ne peut pas monter qu'avec beaucoup de peine ôc fans 
danger de fa vie. 

Les autres mines ont été découvertes auparavant:, & 
il y de grandes efperances que l'on en trouvera encore 
plufieurs autres , 6c même quelques Lapons ont promis 
d'en montrer quelques-unes. Ils fçavent fort bien où il 
y en a , mais la crainte qu'ils ont qu'on ne les contrai- 
gne d y travailler , & qu'ils ne foient ainfi privez de la 
hbené & de la douceur de la vie , dont ils ont toujours 
joiii , fait qu'ils ne veulent point découvrir ces mines , 
pour ne fe point voir réduits à un tres-fâcheux efclavage. 

La Laponie a aufli des mines de cuivre. Il y en a une 
en la Lapmarke de Torna çi^àléc Suap^avvahra^Wingt 
lieues ou environ de la ville de Taorna , alTez prés du fleu- 
ve Taorna. Elle fut trouvée en Tannée m. p c. l v. par 



DE LA L APONIE.^ 343 
ùh Lapon , qui en montra une pierre ou motte de cui- 
vre à un certain EricEricfonius, lequel l'a le premier fait 
connoïtre. La veine en efl: pure ôc afTez riche, mais oh 
a de la peine d'y tranfporter quelques-unes des cliofes 
necefTaires pour la faire valoir. Il y en a une autre en la 
même Lapmarke, diftante vers le Septentrion d'environ 
trois lieues de la précédente 5 elle a été trouvée environ 
Tan M. DC. Lxviii. par un certain Lapon ^ fa veine n'eft 
pas fi bonne à caufè du fer, qui efl: meflé parmi, ce qui 
eft caufe que l'on ny travaille pas avec tant de foin qu'à 
la première j elle s apelleWittangi. On porte de ces mi- 
nes par batteau lairain ou le cuivre encore tout cru à 
lattelier deKœngis, pour le cuire & le purifier dans les 
fournaifes, puis de-ià on le porte à Torna. 

On y rencontre aufli des mines de fer. Il y en a une 
en la Lapmarke de Torna , jointe à k mine de cuivre 
nommée Su'vappevahra^ ainfi d*une montagne Tune s'é- 
tend d'un côté, ôc l'autre vers le côté qui lui eft oppofë. 
Le fer que l'on y t rouve y efl: excellent. L'autre mine de 
fer , dans la même Marke , apellée Junefuando , fut trou- 
vée environ Tan quarante de ce fiecle , par un certain Lau- 
rent demeurant au même lieu, diflantde la ville de Tor- 
na d environ vingt-deux lieues 5 on le porte de là à la for- 
ge ou attelier deRœngis ,.oùoncuitle cuivre cru, &con 
bat en ce lieu le fer en feiiilles ou en barres avec le mar- 
teau. 

Ce métal efl le meilleur qui fe puifle trouver de fon 
efpece, & il y en a une fiprodigieufe quantité, que Ton 
ne croit pas que la mine s'épuiiè jamais , de laquelle la 
veine efl excellente. Il y a encore dans les montagnes 
fellicos une excellente veine de mctsîil Pet'^vv ara en la 
Lapmarke de Luhla, éloignée de cinq quart de lieiies de 



Histoire 

l-attelier ou forge de ^ikiok, où ily auntres-grannom: 
bre de pierres métalliques tombées de ces montagnes. 
On ne travaille néanmoins qu'aux deux premières de ces 
veines ; perfonne ( que je fçache ) naiant pomt encore 
voulu faire la dépence neceffaire, pour mettre en état la 

troifiéme. ,,, 

On a outre ces mines de differens métaux , trouve Un- 
née paffée, qui étoit 1671 une veine que l'on a cru être 
d'or mais parce qu'on n'en a encore rien découvert d al- 
furé- Je n'en dirai pas davantage -, je me contenterai leu- 
kment de faire à cette occafion la remarque çiu il y a eu 
des Auteurs, qui ont écrit que cette mine acte trouvée; 
mais en Suéde du tems de Guftave I. cela fe voit dans ces 




divulgué par un Auteur incertain , & qui n'a eu aucune 
fuittci «ar perfonne na encore eu aucune connoiflançe 



de cette mine 



Chapitre 



DELA Lapon lE. 



34^ 



CHAPITRE XXXIIL 
T)e$ T terres , des Pierreries des Perles* 

ON voit un tres-grand nombre de pierres prodigieu-^ 
fement grandes en Laponie, mais elles font bru- 
tes, dures, nullement taillables, & on ne peut point les 
façonner avec le marteau , ôc les emploier à aucun ou- 
vrage confiderable. Elles font prefque toutes de cou- 
leur cendrée, comme les rochers ont coutume d'être. Ou- 
tre celles-là, il s'en trouve quelquefois fur les bords des 
rivières &: des lacs, qui reprefentent en quelque maniè- 
re la figure de certains animaux. Les Lapons enfont bien 
de 1 état , ils les dreffent , les pofent comme des Divi- 
niteZjôe les révèrent fous le nom de Stoorjunkare. 

On rencontre en la Lapmarke de Torna , auprès de 
la mine de Junefuando fur le bord du fleuve Torna , des 
pierres plates &: rondes , comme des pièces demonnoies , 
de la grandenr d une demie Ricliedale, de couleur jaune, 
& elles femblent avoir été formées de la boiie j mais el- 
les ne cèdent point aux cailloux pour la dureté. J'en don- 
nerai ci deffous la figure marquée à la lettre B. jointe à cel- 
le du criftal. On trouve dans la même mine des pierres gi 
de métal à huit faces parfaitement égales , polies , éclatan- 
tes, & ainfi travaillées par la nature ^ elles font toutefois 
petites , n'étant pas plus groffes que des noifettes & quel- 
quefois moins. Elles ne tiennent rien du cuivre ou fort 
peu ^ elles participent néanmoins beaucoup du fouffre yom 

Xx 



346 Histoire 

en voit la figure à la fin de ce chapitre fous lalettre C. 

On na point encore pû fçavoir certainement s il y a 
de l-aimanenlaLaponie; car quand Olaus Magnusdit, 
Qu'il fe trouve aux cxtumul^ du Septentrion des montagnes 
7aman,Par lefauelleson règle l'art de la navigation; il leni- 
ble avoir voulu pailerdejenefçais quelles montagnes Ii- 
tuées fous le Pôle , que quelques Auteurs ont feint être 
toutes pleines daiman ; mais parce qu'il luppole cet ai- 
man de la groffeur des montagnes, il ne veut point par- 
ler de celles de laLaponie^ carilnyenapomtqm loient 
daiman : il y a toutefois des Auteurs qui affurent , qu il y a 
de l'aimanenlaLaponie. ^, ,, 

On y voit néanmoins une aflcz confiderable quantité 
d'autres pierres precieufes dans les montagnes , & entre 
autres des diamans, des Amethyftesôc des Topazes. 

Ces diamans font ainfi vulgairement apellez. qui en vé- 
rité ne font que des criftaux , comme leur figure le tait 
paroître. On les rencontre ça & là dans la Laponie, atta- 
chez à des rochers & à des pierres , de grandeur difterente, 
les uns plus grans & les autres plus petits. Quelques - uns 
aprochent de la grolTeur de la ^efte d'un enfant com- 
me ieme fouviens d'en avoir vû chezMlluftnirimeCom- 
te Magnus Gabriel de la Gardie , grand Chancelier du 
Roiaume de Suéde. La figure de la plus grande partie ell 
de fixpans, laquelle finit en pointe, avec le même nom- 
bre de côtez; Quoi que cette figure foit en quelques-uns 
brute, inégale & mal-faite , la couleur ell aifez belle & 
agréable en certains , claire , blanche & lu.fame , & qui ne 
c?de en rien à celle des crifiaux d'Orient-, elle a en quel- 
ques. uns des nuages & des taches jaunes & noirâtres , qui 
en ternilfent le luftre. On trouve de ces criftaux purs & 
fort nets ; les autres ont des veines ça & la , & ils femblent 



DELA LAPONIE. * 347 

avoir des fentes qui les coupent ^ les uns font légers & na- 
turellement fort polis i les autres font rudes , pleins de 
bofles& inégaux 5 ils font toutefois plus durs que tous les 
autrescriftaux, ôc même que ceux lefquels on apelle dia- 
mans de Bohême. Les Lapons s'en fervent au défaut de 
cailloux, quand ils veulent allumer du feu, lequel ils ren- 
dent bien plus gran que les cailloux mêmes, lorfque l'on 
frape deffus avec de lacier. J'en ai des preuves dans mon 
cabinet, fçavoir quelques criftaux avec un morceau d'à- 
cier dans une bourfe de Laponie , qui faifoient le même 
office que les cailloux à un certain Lapon , qui s'en étoic 
fèrvi. 

Les Lapidaires poliffent quelquefois ces criftaux ou dia- 
mans de Laponie , ôc les rendent par leur adreffefifem- 
blables aux vrais diamans fins , que les plus habiles , ôc 
qui s'y connoiffent le mieux y font trompez ; dont le Peu* 
pie raporte plufieurs exemples publics. J*ai mis à la fin de 
ce chapitre , fous la lettre A. la figure d'un de ces dia- 
mans & criftaux dans fa grandeur de forme naturelle , com- 
me je le conferve dans mon cabinet. 

On a pareillement aporté de la Laponie des Amathif- 
tes, mais elles étoient prefque pafles&obfcurcies de plu- 
fieurs petits nuages, de forte que l'on n'oferoitles com- 
parer à celles qui viennent de Bohême j quoi que j'ap- 
prenne que Ton y en trouve de beaucoup plus belles , 
qui y font néanmoins plus rares, & les unes & les autres 
n'y font pas fi communes que ces premiers diamans. 

On doit dire le même des Topazes j j'en garde dans mon 
cabinet un , quia été aporté de la Laponie, femblal)le en 
tout au criftal , excepté en la feule couleur , qui tire plus 
fur le jaune pafle. Et l'on m'affure que prefque tous les 
autres font de même , 5c qu'ils n'ont pas tant de feu ôc 

Xx ij 



3+s * H I S To 

de brillant , qu'en ont d'ordinaire les autres que l'oiî 
aporte d'ailleurs. Ce que l'on a reconnu arriver à la plus 
grande partie des pierres precieufes de ces regions,qu elles 
ne peuvent pas rendre des couleurs fi vives & fi gayes que 

les Orientales. 

Te renferme dans ce chapitre les perles , quoi que ce 
ne foient pas des pierres. La Laponie en polfede dans 
quelques-uns de fes fleuves ; c eft pourquoi i y a quel- 
ques Lapons choifis& nommez pour les pefclier ; le La- 
pon Jehan Peterfon ou fils de Pierre, qui a trouve le pre- 
mier !a mine d'argent de Nalafiaell , étoit de j:eux-la -, car 
il eft dit exprefTement de lui , que fon métier etoit de 

■ rompre les diamans &de chercher les perles. Il y a dans 

■ ces récrions Septentrionnales des rivières, qui portent des 
perles^ parce qu'il s'y forme des coquilles, defquelles ori 
lire des perles blanches , qui ne l'ont point a mepnier , 
quoi qu'elles foient pafles & mattes , à caule de la troi- 
deur de l'air, & quel'on ne puifTe point mer. que la plu- 
part n'ont pas cette force & vivacité , que l'on remar- 
que & eftime tant dans les perles Orientales. 1 s'y en 
trouve néanmoins parfoisquelqucs-unes qui ne leur cè- 
dent ni en bonté ni en beauté; car elles les furpafTent la 
plupart du tems & en grolfeur , & en ce qu elles lont par- 
faitement rondes : de forte qu'il y en a fort peu , par- 
mi celles qui font meures & achevées , qui ne foient d une 
fiaure toutàfaitfpherique. On en trouve un grand nom- 
bre qui ne font pas meures & encore imparfaites, donc 
une partie eft ronde , & l'autre moitié eft plate -, cette der- 
nière partie eft pafle ou jaune , d'une couleur rouffe , mor- 
te & obfcure. de l'autre côté rond elles font belles, vi- 
ves & luilantes; j'en ai des unes & des autres dans mon 
cabinet. Enfin on me fit voir il y a quelques années une 



I 




i 



D E L A L A P b N I E. 349 
perle aportée de Bothnie à Stockholm, figrahde, fi par- 
faitement ronde, dont le coloris étoic fi vif &fi brillant, 
qu'une Dame de la plus haute condition voulût bien Ta- 
cheter fix^ vingt Richedales; le Lapidaire proteftantque 
s'il eut eu (a pareille, il n eut pas voulu donner cette pai- 
re de perles à moins de cinq cens Richedales. 

La Laponie a donc en ceci de quoi fe faire eftimer ôc 
rendre confiderable. Les perles n'y naiffent pas dans des 
coquilles femblables à celles d'Orient, larges, plates, ôc 
prelque rondes , comme lese'cailles des huiftres font d or- 
dinaire-, mais ces coquilles font longues &creufes, com- 
me les écailles de ce que le peuple apelle des moufcles ou 
moules,& on ne les pefche pas dans la mer,mais dans les ri- 
vières. Les perles imparfaites , qui ne font pas encore en- 
tièrement formées, y font attachées ôc adhérentes , cel- 
les qui font parfaites & toutes formées, font dégagées, 
ne tiennent à rien, & tombent d'elles mêmes à louvertu- 
re de Técaille.' 



Xx iij 



Histoire 



CHAPITRE XXXIV. 

Des Eaux des Fleuves- 

LA Laponie eft une des plus confidcrables régions 
pour le grand nombre des eaux, des fontaines, des 
fleuves, &des lacs qui larrofent. Les plus célèbres fleu- 
ves, &qui ont donné leurs nomsàcesLapmarkes ou ré- 
gions, lonc 

Umeao, 
Pitheao , 
Luhleao, 
Torneao, ôc 
Kimiao. 

Ces fleuves naiffant des montagnes de la Norvège , re- 
çoivent dans leur lia plufieurs ruifleaux & plufieurs pe- 
tites rivières , dont étant fort groflis , ils fe déchargent 
dans le golphe de Bothnie. 

La rivière V'mdeU grolTit le fleuve Vmedo. 

Et la rivière SkelUfte fait groflir le fleuve Pifk^o. 

La rivière augmente le fleuve /riwi<^o,& ces 

trois rivières ne font pas petites. 

Le fleuve Luhleao a deux fources^ la première qui e il 
un autre plus petit fleuve, lequel porte toutefois le mê- 
samuci me nom , reçoit en la Lapmarke de Luhla des rivières plus 
petites , qui viennent des montagnes Eellicosj fçavoir, 
les rivières de 

Pyrrijaur, 



DELALAPONIE^ 551 
Kardijoch, 
Darrijoch, 
Quickioch , 
Kittagioch, 
Laitijochôc 
Siitijoch. 

lefquelles entrent toutes dans le petit Luhleao, auffibien 
qu'une centaine d'autres. 

L autre fource ou grand fleuve de Luhleao, qui eftla 
plus grande, & que l'on nomme 5foorL«We^o, reçoit pa- 
reillement plufieurs belles rivières. 

Ainfile fleuve deTorneaoadmeten fon lid les riviè- 
res de 

Keungema ôc de 
Tasngeleao , 

êc quelques autres moindres ruiflèaux. Cela fait que ces 
grands fleuves cèdent à peu d'autres, tant pour la rapidi- 
té de leur cours, q^ue pour la quantité de leurs eaux. 

Et parce que ces fleuves courent par des pais pleins de 
montagnes ôc fort inégaux, il leur arrive ceci de particu- 
lier, que leur cours eft empefché par plufieurs catarades 
ou cheutes , & que tombant avec grand bruit dans des 
précipices , on ne peut pas aller deffus par tout en batteau. 

Il y a une de ces catarades dans le territoire de Luhla, 
qu'ils apellent Muskaumokke, une autre nommée Sao; 
& une troifiéme, qui porte le nom de Niomclfaskiy ceft 
à dire faltus leporinm le [mit du lièvre , parce que le lid 
du fleuve Luhlao eft fort étroit en ce lieu-là, & tellement 
prefle entre deux montagnes , fi proches l'une de l'autre, 
qu'un lièvre peut en fautant pafTer facilement de l'autre 
côté. 

^11 y a de femblables cheutes d'eau dans le territoire de 



35Z HISTOIRE 

Torna 5 voici les noms des plus confiderables. 

Tarrafors, qui n'eft pas beaucoup éloignée des mon- 
tagnes de Norvège , & qui paffe pour une des plus for- 
tes ôc des plus impetueuîes catarades. 

Celle de [oengerbruks fors q9l enfuite , puis celle deL^p- 
mafors , & trois autres , qui reçoivent mutuellement les 
eaux de la fuperieure , celle qui eft apelleeP^Ho/or/er, cel- 
le dcKemlle fors, & enfin celle àcKuhlafors, qui eftaflèz 
prés de la ville de Torna. 

Quoi que ces cheutes d eau caufent de grands empeC- 
chemens à la navigation, elles rendent toutefois de grands 
fervices aux atteliersou forges des métaux, lefquelles en 
retirent bien de l'utilité , fans parler de la quantité incroia- 
ble de poiffons qu elles fourniffent. 

Outre les fleuves, il y a un tres-grand nombre de lacs 
par toute la Laponie ^ on ne peut néanmoins en nom- 
mer que fort peu, entre lefquels eft le lac de LuUtmsk, 
au territoire de Luhla, parle milieu duquel coule la par- 
tie du fleuve Luhlao, que l'on nomme le grand, àc le lac 

L un & 1 autre a quantité de Saunions aufli bien que 

le lac Subbaig. 
Il y a le long du fleuve apeUé le petit Luhlao pludeurs 
kcs,. entre autres, 

Saggati, 
• Ritfack> 

Pirrijaur, 

Skalka , 

Sytijock & 

Waykijaur,& 
le lac de Karragien plus grand que tous les autres. 
Us. ont tous quantité de poiffons de toutes fortes defpcces. 



DE LA LAPONIE. 353 
La même chofe fe rencontre au territoire de Pitlia 3^ 
cû les lacs les plus remarquables font 

Hornafraudijaur ^ 
Arfuisjerf,& 
Pieskejaur, 
Ôc principalement le lac nommé , 

Stoor Jfuan^ fi ample & fi étendu , que l'on y compte au- ^^^^"^ T©ri 
tant d'ifles , qu'il y a de jours en l'an. 

Le hc Enaretresk fitué dans le territoire de Kimi,{urpafïè vvcxioniusr 
en grandeur tous lesautres lacs de ces régions j il aprocne dcfcnpt. de 
fort du Pôle , il y a des Ifles innombrables, dans lefquelles il s«c'ic,ch 3?; 
y a de petites montagnes , qui s élèvent en forme de pyra- 
mides j elles ne font pas toutefois habitées. Gela ne dok 
point pafïèr pour une exaggeration , mais pour une véri- 
té confiante ; car ces Ifles, quoi que petites^, font en fi 
grand nombre , & les bords de ce lac font fi étendus, qu'il jcatt i^^o^- 
n y apoint encore eu de Lapon , quelques longues années 
qu il ait vécu , qui ait pu aller par tout en découvrir ëc' 
reconnoîtrc tous les détours. 

Il y a en la Laponie quelques lacs, qui ontpeu de cir- 
cuit, mais où il y a une très- grande quantité de poiffon. 
Les Lapons les nomment en leur langue Sahày c'eft ^ J^^^^ '^^^ 
dire faints ôcfacre^-^ ils les ont en telle vénération, qu^il 
n'y a point d'homme fi hardi, qui ofe les prophancr, de 
y jetter la moindre ordure. 

Quelques-uns de ces lacs ont ceci de particulier , qu'ils 
ont deux fonds, un plus haut, au milieu duquel com- 
me entre deux fonds (uperieurs j il y en a un autre plus^ 
bas & beaucoup plus profond, qui fait comme un lac di- 
ferent ; de forte qull arrive fort fouvent, que les poif- 
fons quittent le lac fuperieur, fe jettent & fe cachent dans^ . 
l^autre lac plus profond ou inférieur^ Les plus fuperffe 



35 4 Histoire 

tieux d^entre les Lapons, qui croient encore, que quel- 
^e^^aaTor- démon prefideôc gouverne ce lac, qu*il eft irrité, 

qu'il a fait dilparoître toutf: le poiffon , pour marque de (on 
indignation, lui offrent en cette rencontre des facrifîces 
pour apaifer fa colère , & obtenir de lui que le poiflbn 
retourne. 



CHAPITRE DERNIER. 

De> Terres des Montâmes de la Laponie. 



L 



A terre dont je parle à la fin de cet ouvrage , n'a 
^ J es mêmes qualitez par toute la Laponie. Elle eft 
meilleure vers la Bothnie, & plus propre pour être culti- 
vée , & pour produire des herbes potagères & des légu- 
mes. Ceux qui ont drefle des jardins en plus d'un endroit 
de ce païs-là , & qui y ont fait venir des choux , des navets , 
des panais, desraifors, & des autres femblables herbes, 
font témoins de cette vérité. La Laponie eft dans les au- 
tres endroits ou fort humide, à caufe de fon grand nombre 
de lacs , ou pierreufe à caufe de fes pierres & de fes rochers. 
Il y a prefque par tout des fables fteriles, qui étant por- 
tez ça & là par la violence des vents , rempliffent Ôc cou- 
vrentde tres-grandsefpaces de terre enEfté, comme les 
oiaus Pétri, négcs font cn Hiver, àc principalement aux lieux voifins 
Nmrenius. Norvcgc ; cc qui caufc une fterilité prefque univer- 

felle , & rompt en Efté tous les chemins. Ces fables ainfi 
ïchanTot- cnlevez par le vent, incommodent extrêmement les voia- 
geursj parce quily â de tous côte? de grands monceaux 



oxus. 



DELA L APONÎE. 355 
denéo-es^que les vents chauds n'ont pû faire fondre-, c*eft 
pourquoi lafoible chaleur du Soleil pendant le jour, & 
les fraicheurs de la nuit , y forment par deflùs une croû- 
te, qui femble être véritablement de la glace. Quand les 
fables portez par les vents viennent à couvrir entière- 
ment ces néges , les voiageurs ne pouvant prévoir ce dan- 
ger , ne marchent pas deffus avec toute la précaution qu il 
lèroit neceffaire d*y aporter pour l*éviter. Il arrive de là , ichanTc^^ 
que s'ils montent inconfiderément fur ces collines de né- 
ges couvertes de fable, la croûte venant à fe brifer , ils 
tombent au fond , fans que perfonne les puiffe fauver , 
& trouvent au même lieu leur fepulture. Le danger neft 
pas moins à craindre pour ceux qui font voiage (ùr 
monts Fellices; car s*il seleve alors quelque orage, c'eft 
un grand hazard ôc un bonheur fingulier pour les voia- 
geurs , s'ils en peuvent fortir fans y perdre la vie ; en Hiver 
à caufe des néges qui font tres-hautes, & en Efléà caufe 
des fables , qui tombent de ces montagnes , & dont les 
hommes font par la violepce delà tempefte accablez. 

La Laponie eft vers la Norvège compofée de monta- 
gnes très hautes -, les Suédois les nomment du nom ancien Tomçuî; 
de leur langue ou de la langue d^iflandeFi^?/:, enLatinFe/- 
licij Feilices, & les Finnons en leur langage Tundur-, les La- samuei 
pons leur donnent en leur propre langue le nom dcTudden 
ou Tuddur. Cluverius apelle toute la (uite & la traînée de 
ces montagnes , après les Latins mons S^'vOy dont il dit 
que le côté Oriental de la Norvège eft fermé v il a tiré ce- 
la de Pline , qui parle en ces termes. La réputation en h^- 4.€h. 
commence de la à paroître avec plus d'éclat , par la na- <c 
lion des Injevons , qui de ce côté eft la première de la « 
Germanie. Le mont Sevo d'une très- vafte étendue, èc <^ 
qui ne cède en rien aux hauteurs des monts Riphasens ^ e& 

Yy i| 



^56 Histoire 

eft en ces païs ; il fait un très -grand golplie nommé CaJ 
danuSy jufques au promontoire des Cimbres feméd'Ifles , 
dont la plus faraeufe eft la Scandinavie. Adam de Bremen 

dina"vic* donme à ces montagnes de la Lsponie le nom de montes Ki~ 
fhai ; mais fa faute vient de ce qu'il n'a pas affez attenti- 
vement lu Pline, ni les autres Auteurs, Solin&Orofius. 

Quoy que l'on veuille dire du nom ,ileft conftant que 
ce que dit Pline de cette montagne eft très vrai ; quelle 
eft d'une tres-vafte étendue ,& qu'elle n*eft pas moindre 

oiaiis Pétri, j^g monts Riph^ecns de fancienne Scythie. On les 
met au nombre des Alpes^ des plus conliderables • leur 
hauteur & leur étendue font au de là de la croyance , car 
elles (emblent porter leur cime jufques au Ciel , êc lors 
que Ion s'en approche de quelques lieues , elles com- 

«lus!" mencent prés de l'Horizon à s élever, comme fi c eftoip 
de très- grandes nuées 5 ce qui effraie les voiageurs, fai- 
fàns refledion qu'il leur faut ncceflàirement paffer par 
deffus pour aller en Norvège. 
|!Sen hauteurs de ces montagnes nont aucun arbre, & 

font toujours couvertes de néges auffi bien f£fté que 
l'Hiver , ou de fables & de rochers. 

oîaus Pctri. Cc rang de montagnes commence a s'élever notable^- 

Niurenius. j^-j^nt ptés dc la Zemptkndc, & par une hauteur contir- 
nuelle conduite de là vers le Septentrion il s'étend par l'ef- 
pacedecent lieues, jufques à ce qu'il finilTe prés de Ti- 
tuffiord , ou peut eftre plus loing aux coftes du Golphe 
de rOcean glacial. Ainfi la Norvège eft par cet ordre de 
montagnes, comme par des bornes, ou par un mur que 

Jehan Tor- la natutc a élevé, feparée des Provinces de la Suéde, qui 
font la Bothnie Occidentale, rAngermannie,la MedeU 
padie,la Zemptie, l'Herrendalie, l'Helfingie^la Geftr^;- 
jcie, ôcla Dalie* 



DE LA L AP ONÏE. 357 
Qu'oy qu au relie ces montagnes foient jointes les unes 
aux autres par une fuite continuelle^ elles ont néanmoins 
<les cimes & des pointes diftina:es& différentes, les unes 
plus hautes & les autres plus baffes ^ ces pointes, qui font 
en très- grand nombre, ont divers noms, parmi même 
les Lapons. Les plus confiderables de la Lapmarke de 
Luhla font les cimes de 



Waifàvvaari , 
Skippive, 
Naîavvari , 
Cerujoive , 
Kioldavvaari , 
Niottulvvagg , 
Keidtkivvaari, 
Zeknavvaari , 
Fierrovvaari , 
Card^vvaari, 
Steikavvaari, 



Darraxcraari , 

Woggoufaari, 

Niynnas, 

Kaskaoiue , 

Walla\îraari , 

Skieldawaari , 

Harrawaari, 

PortaTaari^ 

Kafla, 

Seggock, 

Ultivis. 



Skalopaclxt^ 

Ces montagnes s'apellcnt d'une autre forte dans plu- 
fieurs Provinces de laLaponie; mais il feroit tres-difficik 
d'en fçavoir le nom , & cela ne ferviroit de rien à mon det 
fein : Ceft pourquoi je finirai ici l'Hifloirede la Laponie 
Suedoife;. 



FIN. 



Yy iij 



35S Histoire 



ADDITIONS. 

lèpres l'édition de ce Livre , V Auteur a. recouvre plujteurs mé- 
moires du même fais , c^utl nous a envoie dune manière très- 
obligeante 3 & nous avons cru eflre oblige"^ d en faire part au 
public , qui riy trouvera pas moins de gouH / c^uà la leêlure 
du rejle de l'ouvrage, 

Herbeftcaiiîs Pageuligncz. Lcupes , ajoûteX^ 

Ou Loppes & Dikiloppes. Ce dernier nom fignifie^ 
en la langue des Mofcovites, les Lapons fauvages, qui ne 
demeurent que dans les bois-, c'eft peut-cftre parabbrc- 
viation de ce mot , qu'ils ont efté aufli apellez Kiloppes. 
Aaiivrc î. ^ agc ôdignciQ^ lumiere , ajoute'^, 
fédcs^chofrs Cardan a fans doute tiré de luy ce qu'il en dit,chan- 
pa^e ^7. géant feulement quelques mots , fans avouer d'où il l'a 
pris , ce qui luy eft fort ordinaire. 
^age 7. ligne xy, montagnes , a\outex^. 
Et principalement fur celles , qui feparent cette La- 
Luncî.tts. ponie Suedoift de la Norvège , lefquelles on apelle Felli. 
cîS'^ les vents y jettent les hommes & les Rennes dans les 
précipices , ou ils fe brifent en mille pièces. 
I^age s, ligne p. couverte , ajoutez- 
Non pas toutefois également -, car en quelques an- 
nées la nége a deux coudées de hauteur quelques- fois 
plus , for tout en la Lap-Marcked'Uma, & quelques- fois 
moins. 

Ligne 15. Campagne , ajoute':^ 

Les Lapons tirent encore cet avantage de la hauteur 



Lunc'ias. 



D E L A L A P O N I 359 
des néges, quils chaflent avec beaucoup plus de facili- 
té & que la venaifon & le gibier, entre autres les Ren- 
nés fauvages , ôc les autres beftes y font en plus grand 
nombre ; c'eft pourquoy ils fe rcjouiffent extrêmement , 
quand ils voient tomber bien de la nége. 
Page p. ligne modérer, ajoute'^. 

Elle devient même fiexceffive, quun homme ne peut Niciundiu 
fe tenir de bout fur une pierre , apuyé fur un fcul pied, 
fans fe brûler 5 c eft ce qui oblige les Laporis de n aller ja- 
mais nuds pieds , dans le plus fort de TEfté. 

X/^we^. montagnes, <t;o«fe:^. 

Les tonnerres ôc les foudres y font ordinaires en cette 
fâifon, & fi furieux qu'ils fendent les troncs des plus gros 
arbres en deux , depuis le fommet jufqu à la racine ; Je 
crois que les montagnes Fellices, le voifmage de la mer, 
le grand nombre de lacs , la vafte étendue des marais 
& le foufFre ( que les mines de métaux prouvent remplir 
les entrailles de cette terre ) contribuent de concert à la 
fréquente produâion de ces météores. 

Page 10 ligne iz. du monde , djoitel^ 

Les Lapons de la Marck d'Uma fement des raves le long Lundias. 
deshayesduparc, dans lequel ils renferment leurs Ren- 
nes ^ car ils cultivent un alfez étroit efpacc de terre, qu'ils 
befchent autour de ces parcs ; mais cette racine n'y pro- 
fite pas beaucoup , & ne vient jamais plus groffe qu une 
pomme d une moyenne groffeur. 
Page i/^Aignez.mmiAXtSyO^ioûteTl. 

Cette étendue de terre eft ordinairement très-grande; Lundius. 
& il fe trouve plufieurs 'R^ekdrs , qui ont de tous cotez plus 
de dix lieues de tour. Ceux des Lapons de la Marck d'Uma 
font plus fpacieux , que les Kekars de la Marck de Lu- 
la. 



56o Histoire 

C hap. ligne j.p, courbez, ajoutez» 
Nous n'avons toutefois pû remarquer en ces Peuples 
route la laideur, que quelques Auteurs leur attribuent : Ec 
Nicolas Lundius, né dans la Lap Marcke de Pitha, aflu- 
re que les Lapons de la Marck d'Uma font grands , d'une 
riche taille fort beaux, & quils furpaflenten beauté ôc 
grandeur les Peuples de la Marke de Lula : auffi bien que 
dans le foin qu'ils prennent de fe tenir propres ôc bien 
vêtus , de de la netteté de leurs corps. Ceux de Lula au 
contraire font peur à voir, & jettent la frayeur dans le coeur 
des Lapons d'Uma, quand ils les regardent 5 ôc cette crain- 
te leur en caufe une fi grande averfion , que dans les aflem- 
blées des foires les plus célèbres, ils fuient leur converfà- 
, tion& leur rencontre. 

Page If, ligne pr. le menton long, ajoute'^ 
Les oreilles grandes, fort étendues hors delatefle, &c 
toutes noires y la fumée du feu, prés duquel ils font con- 
tinuellement, leur ayant fait contrader cette couleur. 
Lundius. même page ligne 10, Septentrion , ajoute'^ 

Jean Tornasus dit qu'ilm'a jamais vu qu'un feul Lapon l 
qui eût les cheveux blonds: on en trouve toutefois plu- 
fieursdansla Lap-Marck d'Uma, dont le poil eft blond, 
ou roux , ou châtaigné , quoy quau contraire, dans la 
Marck de Lula, à peine fen trouverez- vous entre cent, un 
feul, qui n'ait pas les cheveux noirs. 
Ligne hommes , ajoute'^ 

Ayant tous CaufFi bien les femmes que les hommes) le 
corps robufte, fort ramaffé , & prodigieufement agik^ 
quoy qu'ils foient tous naturellement & ordinairement 
iaadias. petits. Cette agilité vient principalement de la grande 
légèreté de leur corps -, car il n'y a point de Lapon , qui ne 
loit plus léger qu'un autre homme de (à même grandeur 5 

on 



DELALAPONIE. 36î 
on en attribue la caufe à ce qu ils ne fe fervent point de 
fe!, ou fort peuj & ceft peut-eftrelaraifon pour laquel- 
le iîs nagent avec tant de facilité àc d adreffe dans leurs lacs 

leurs rivières , qu ils traverfent avec une promptitude 
admirable, dans lefquelles ils fe jettent parfois , fe plon- 
gent & demeurent (ous l'eau un affez conîiderablc efpace 
de temps. Ils s élancent parfois en haut avec tant de for- 
ce, qu ils paroifTent jufques au nombril hors de leau. 

J attribue à cet adreffe, ce que le même Auteur rapor- 
te eftre arrivéàun certain Lapon nommé Nicolas Johan- 
nis , qui demeure en la vallée de Sidt , & qui eft encore 
plein de vie, auffi bien que les deux femmes dont je vais 
parler. Ce Lapon changeant de demeure au commen- 
cement du Printemps , fe trouva fur le bord du fleuve 
Stoorluuaâ, dont les eaux eftoient gelées , mais la glace 
n eftoit pas alfez ferme pour foûtenir le pied des paffanss 
voulant donc palTer avec toute fa famille , la glace le rom- 
pit fous les pieds de fa femme Ôc de fa bru, qui s enfon- 
cèrent dans leau & furent, par la rapidité du courant, 
portées bien loij^ au delTous de cet endroit : Ce que le 
Lapon ayant apperceu , il fe plongea dans le trou de la gîa- 
ce, les alla chercher, les trouva, les ramena fur Teau, 
lesVauva de ce danger. Les autres Lapons ftfont ima- 
ginez que celuy-cy , en cette rencontre ^ s eftoit tranf- 
formé en poiffon. 

Ligne 21. étranger , ajoute':^ 

Olaus Magnus dit, que cela ne vient pas d'une timi- 
dité> qui leur eft naturelle -, mais parce qu'ils craignent, 
& avec raifon, que cet étranger ne foit un pirate ou un 
voleur, ou quelqu'un qui les veuille enlever, pour les faire 
cfclaves -, c'eft pourquoy ils ne s approchent pas volon- 
tiers des étrangers, ôcils fe trouWent ^ effrayent, au% 



Lundius. 



lundius. 



Lundius.' 



362 Histoire 

tiers des étrangers, & ils fe troublent &efFrayent^auffiJ 
toft qu'ils en rencontrent quelqu'un par hazard. 

Ils ne font toutefois en aucune façon propres à la guer- 
re, à caufe de leur peu de courage j & fi un Lapon en- 
tendoit le bruit d'un coup de canon , il tombcroit en mê- 
me temps par terre pafmé & demi mort. Auffi 

t^prés U ligne 24. de la 16, page ajoute'^ 
Nonobftant cette grande lâcheté, les Lapons Ce trou- 
vant feuls la nuit au milieu des plus épailfes forefts,n*ont 
jamais peur, quoy qu'ils entendent des bruits effroyables, 
ôc qu'ils voyent des fpedres affreux (ur leurs montagnes, 
ils s'en moquent, & s'en mettent fi peu en peine, qu'ils 
dorment auffi profondément & doucement, comme fi 
tout eftoit tranquille ^ dans une parfaite feureté. Lors 
qu'au contraire ils s'apperçoivent qu'on les craint , ils ban- 
nifTent tellement la crainte , qu'ils en deviennent extrê- 
mement fiers & fâcheux , à tel point, que fi un Suédois, 
ou quelque autre étranger fait de compagnie voyage avec 
un Lapon, & qu'il luyfafTeconnoiflre qu'il le craint, ce- 
luy-cy prend fur luy un empire abfolu^le traite tres mal 
ôc n'y garde aucune mefure. 

Page 17. ligne 7. l'on cache , ajoUte'^ 

On remarque le même dans les hommes lors qu'ils font 
yvres; car ils paroiifent alors ne craindre ny Dieu ny les 
hommes, ôc ne pofent point leur colère, ny la paiFion 
qu'ils ont de faire malicieufement du mal, que les fumées 
du vin ne foient abbatuës. 

Ligne /j. injurieux , ajoute^. 

Leur naturel les porte à agacer les autres Nations , & 
à les irriter par leurs railleries , ôc il n y a aucun Suédois 
de leur connoiffauce , auquel ils ne donnent fonfurnom 
particulier, par derifion. 



DE L A L A PON I E. I63 

Lime 10, de viVres , ajoute:^. 

Les Lapons qui font dans les bois, font beaucoup plus 
parcfleux que les Lapons des montagnes : Lorfque lane- 
ceflicé les contraint en Efté de pefcher , ils préparent le 
foir les chofes neceffaires , ellanc le matin retournez de 
la pefche, ils jettent les plus gros poiffons dans leur chau- 
diere, ils attachent les autres à des arbres, pour les faire 
fecherà l'air , & les gardent pour quelque feftin folem- 
nel3 ôc incontinent après leur repas, ils fe mettent à dor- 
mir , & ils ne fe lèvent que fur le foir , pour refaire leurs 
filets , au cas qu'ils foient rompus. 

la dernière ligne des femmes ajoute'^ 
Le mauvais commerce y eft ordinaire ôc particulière- 
ment entre les ferviteurs Ôc les fervantes , fans que pour 
cela on en voye venir des enfans , parce que cette Na- 
tion n'efl: pas féconde. 
Page i8. ligne 4. avec honneur , ajoute^ 
Ils ayment fort à boire , ôc ils s enyvrent fouvent,les 
femmes auffi bien que les hommes, lefquelles j ay p!u- 
fieurs foisvû courir en cet état par les rues. Le défaut de 
chaleur, qu ils veulent entretenir par ce moyen ^ eft fans 
doute la caufe de cette inclination, qui les rend friands 
de bierre,mais encore plus d'eau de vie, qu'ils aiment fi 
fort , que pour en avoir , ils feroient toutes chofes. 

Les vices, qui font les fuites ordinaires de ryvreïre,ny 
manquent pas , comme les querelles^ôc les batteries, ou 
on les void fe ruer les uns fur les autres , s'afTommer à 
grands coups de poing -, tirer le couteau ôc en coupper la 
bouche jufqu'aux oreilles à leur adverfaire ; ce qui elt plus 
«ordinaire en la Lap-marck de Lula. 

On remarque enfin , qu'ils font extrêmement portez 
à jurer , ÔC ils ne fe contentent pas de fimples ferments ^ 

Zz ij 



364 Histoire 

mais y ajoutent encore des imprécations effroyables, Ce- 
luy qui fait ferment, fe met tout nud jufquala ceinture, 
n ayant que fonhautdechauffe, fes chauffes & fes fouliers 
ôc en cet état il fè donne luy , fa femme , fes enfans ôc fes 
Rennes à toutes les furies infernales. Et l'on remarque, s'il 
eft innocent, qu'il ne luy en arrive point de mal, qu*au 
contraire , s'il eft coupable, il luy arrive infalliblemcnt 
quelque grand malheur : quefiiln*y a point de faute de 
part ni d'autre ils font tous deux exempts de mal. 

Jenedoispasobmcttre qu'ils font fujets , eftant d'une 
compledion fort melancholique,àavoirdesfonges tres- 
fâcheux, auquels ils ajoûtent foy ,& s'imaginent que les 
génies leur découvrent quantité de chofes fecretes pen- 
dant le fommeil. On les void fort fouvent couchez par 
terre 6c endormis , chanter à pleine tête , quelquefois 
pleurer & crier dune telle manière, que l'on croiroit, au 
fèul bruit, que ce font des loups, qui hurlent enfcmble, 
la fin de U page , ajoute:^. 

Outre cette belle difpofition qu'ils ont à apprendre les 
arts , ils ne font pas moins propres aux fciences , ôc à chan- 
ter des chanfons , ayant la voix fort flexible & fort belle : 
mais leur naturel fort mal poly fait, qu'ils n'aprennent 
que tres-difîcilement le latin. 

Toutes ces chofes dites en gênerai ne font que pour les 
Lapons en commun , plus pour quelques uns que pour 
les autres; y ayant entre eux une notable différence, tant 
pour lefprit que pour les moeurs. 

Page 47. devant la pénultième ligne Catholique ajoute'^ 

De laquelle ils ont encore conferve jufques à prefent 
quelques coutumes, comme de s'abflepir certains jours, 
de Tannée de manger de la chair 5 & d'invoquer la Vierge 
Marie dans leurs voeux & prières j de la reyerçr ôç luy poj:? 



DE L A L A P O NIE. 365 
ter grande dévotion ; en telle forte que, fi il leur arrive 
de tomber, ou d'admirer quelque chofe de furprenanc , 
ils font auffi toft fur foy le fignedelaCroix,&diferit en 
leur langue. TecWt Maria, c eMte .ayà^moy Mane. 

Paire 4./. à la marge 1619. ajoute^. 

Ce^^quelon a fait depuis plufieursfois Scnouvellement 
à Stockolm 1667. chez Gcotge iJautfch Impr. 

Pan 4.S. lime }. prières , ajoute^.. 

Ce livre fut imprimé in oBa^ à Stokolm par Henri 
Keifcr l'an 1648 & dedicàla Reine Chriftine. Olaus Ste- 
phani Graart Lapon de nation , maître des Echoles & 
Pafteur chez les Lapons dc Lyk^ala en donna au public 
un femblable & fous le même titre, imprime 1 an 1669- a 
Stokolm par Nicolas F'vankHf. Ce livre contient les 
Evangiles & les Epîtresdes Dimanches avec les Collettes 
a^la petite Ordonnance Ecclefiaftique, qui eft le Rituel j 
l'hiftoire de la Paffion & quelques prières. 

11 eft différent du premier, en ce qu'il approche plus 
de la dialeûe des Lapons des Lap-marck d Dma & de 
Pitha. Ce même Olaus avoit deux ans auparavant en 
ié67. fait imprimer à Stokolm par George Hautfçh le Ça- 
téchifme avec les demandes & les reponfes en Suédois , 
la langue des Lapons eftant vis avis ; & de la même ma- 
nière en l'an 1668. chez laveuve du même Imprimeur les 
demandes & les reponfes, tirées du trefor Caïcchiftique 
de Paulin. 

Ligne 10. école, ajoute^i. r n. - 

'Car ils croy oient auparavant que cette depenle eltoit 
fort inutile, & les parens avoient grande peine d'éloigner 
de foy leurs enfans ; cette difficulté dure encore, quoy 
au'ils n'en coûte rienauxperes& mères pour la nouriture 
& les habits de leurs enfans ; faifant les uns & les autrçs 
' Zz iij 



366 Histoire 

paroître leur répugnance par les larmes qu'ils répandent 
au dépare; & les enfans le dérobent par fois, & s'en re- 
tournent à la maifon de leurs parens. 
Ligne 16* Suédois , ajoute:^^* 

Tous ces foins n'eftoientpas encore fuffifàns. Car l'In- 
terprete eftant pour l'ordinaire un homme fimple, igno- 
rant, & prefque fans efprit ny jugement, ne pouvoit pas 
^^îr'p??icc bien comprendre ny exprimer exaélement tout ce que le 
Preftre avoit dit , ôc le Preftre de fon côté ne pouvoir pas 
fçavoir , fi fes paroles avoient efté fidèlement traduites. 

Page 4;. ligne jj. Sacremens, ajoute:^. 

Cette bonne coûcume efl: encore en vigueur; car ils 
ont à prefent des Preftres de leur Nation , qui font l'office 
Pagci89 des > ^ inftruifcnt publiquement en la langue du 
ss. Ecritures païs, & Mouficut Cliriftian Konholts'cû trompé, quand il 
vulgâir?. a dit quel on railoit le lervice & les prédications au pais 
des Lapons en la langue Suedoifè. 

Page//, ligne z^. d'écorce ajoute'^ 

Quoy qu'en cecy , comme en toute autre chofè , ils n en 
ufèntpas de la même manière par toutes les régions du 
païs; car (au raport de Lundius) les Lapons de la Marcke 
d'Uma portent plus de refped , ôc rendent plus d'obeifTan- 
ce à leurs Preftres , au moins quand à l'extérieur, & fré- 
quentent plus fouvent les Eglifes, que les Lapons de la 
Marcke de Lula , qui n'ont pas beaucoup d'eftime de 
leurs Preftres , & leurs parlent infolemment, particuliè- 
rement quand ils (ont yvres^ ils font nonobftant plus li- 
béraux en leur endroit, ôc plus charitables que les autres, 
leur donnant de grand coeur ôc fort fouvent des fromages, 
de la chair ôc du poiffon fec. 

Page 6zAigne 15. de la Magie, ajoute'^ 

Leurs opinions fuperftitieufes, & les mêmes qu ont eu 



bE LA Lapon iê\ s'ôr 

anciennementtouslesPayensdeschofes naturelles, font ^ 
de la première forte. Comme de croire , que le monde 
eft éternel, qu'il eft de toute éternité , Ôc quil fera tou- 
jours. Que les mauvais Démons dévorent la Lune , au 
temps de fes eclypies, ôc qu'il faut lafecourir^ ceft pour 
ce fujet, quand ilslavoyent difparoître, qu ils tirent tous 
leurs moufquets vers le Ciel. Ils approchent en cela de ^vorr^^^^^^^^ 
lopinion des idolâtres , quicroyoient que Ion pouvoit '^i^çi^^^l, 
par des fortileges tirer la Lune defonCiel, & quoneftoïc 
obligé de raffifter dans cette grande afflidion. Que (com- 
me les Payens difoient que Jupiter exterminoit par les ^^^^^^ 
foudres les fcelerats ) les mauvais Démons font trappez 
par les foudres, ôc quç pour en éviter les coups , ils (e ca- 
chentfousles corps des chiens; ce quifait qu'ils chaffenc 
tous les chiens hors de leurs cabanes ,fi.toft quils enten. 
dent tonner. Outre ces opinions ils 

' Page 63 .ligne luiournée^ ajoutez. 

Ce qui les fait retourner fur leurs pas, & rentrer dans 
leur cabane^ dont ils ne fortent point tout ce jour là. 

Lime 16, fur fes pas , ajoute^. 

On doit mettre au nombre de ces fuperftitions, la cou. Lundxus. 
tume qu'ils ont de jetter dans les eaux de rivières ou de 
marais les os des pieds des Rennes fauvages , qu'ils ont 
pris à la chalfe, après en avoir mangé la chair -, de ne jamais 
prendre leur repas qu ils n ayent mis un habit , ou quel- 
que autre pièce d étoffe fous le plat , où la viande eft mife, 
difant que s'ils avoient manqué à cette cérémonie , tous 
leurs Rennes fe lafferoient des le commencement des 
voyages, & qu ils feroient lâches ôc pcfans au travail 
Ligne 27. la prefente, ajoute':^. 

Que fi quelques-uns d'entre eux font perfuadez, qu il Lundius, 
refte quelque chofe del'ame après U mort, ils ignorent 



36S Histoire 

entièrement I état où eft l*ame pour lors Se ne fçavent 
pas où elle doit aller , ny ce qu elle devient. 
Page 6^. ligne zâ, que ceux , ajoùtel^ 
Des Marck d'LJma & d'Angermanland ne fçavent pas 
Lundius. niême le nom dcStarjunkare, ils fe moquent & tiennent 
pour infenfez ceux , qui leur en parlent : Les Lapons 
Page éf. au commencement de Seites, ajoutel^ 
Lundius Les Lapons d'Uma & d'Angermânland apellent Peddc 
ces Dieux domeftiques. 
Page 7p. après la 16. ligne ajoute;^. 
Pour la figure de ces pierres fi nous nous en rapportons 
à Olaus Pétri Niurenius , elles avoient une figure fem- 
blable en quelque façon à un certain oyfeau. Lundius 
appuyé cette opinion , & dit qu'ils donnent à cet oyfeau 
le nom dcSedde, 

A la fin de la page îo.ajOUteX^ 

J'avois ainfi delïiné cette pierre, dont ils font leur Di- 
vinité, fur les conjectures , que les devis & defcriptions 
des autres m avoient fuggerées. Monfieur Grape jeune 
homme fort capable , m ayant gratifié d une de ces pier- 
res, aportée de la Marck de Torna ; je vous en donne 
le vray crayon > que j ay moy-même deffine fiir le natu- 
rel. 

Première figure des additions. 

J'y ajoute la figure d une autre de ces pierres , qui a 
eflé envoyée ici de la même Marcke , & que l'on con- 
ferve avec pluficurs autres chofesfort rares & curieufes, 
dans le cabinet Royal des Antiquitez de la Suéde 5 aa 
Collège de cette ville d'Upfal: en voicy le crayon. 



Seconde figure des additions. 



II 



DE LA LAP ONÎE. 369 
Il n'y a rien dans l'une ny dans l'autre , qui ait aucun ra- 
porc ny avec là face d'un homme , ny avec la tefle de 
quelque autre animal, à moins qu on ne s'en figure quel- 
que idée dans fon caprice ^ car en vérité ce ne font que 
des cailloux raboteux , pleins de trous fans orbre ôc iné- 
gaux , que Ton trouve en grand nombre iur les grands 
chemins. Ils font de la hauteur d'un pied Romain j la 
couleur en eft noire , que je ne crois pas leur eftre na- 
turelle, mais cauféepar le (ang & la graiffe fondue, que 
Ton a plufieurs fois répandu dclTus, faifant desfacrifices 
pour les honorer. La nature de cette pierre nous donne 
aflez fujet de croire , qu elle eftoit de couleur meflée de 
blanc & de noir , ce que nous apellons gris ou de cendre, 
comme le font toutes les autres pierres de la LaponiejCe 
qui fait qu'on les nomme Çraofieen ^ c'eft à dire pierres 
grifes. 

Page po, ligne 10. l'expérience , ajourez- 
C'eft à la vérité tout ce qu'on en a pû découvrir avec 
biendelapeine&deradreffej maisilfaut en même temps 
avouer ingenuëment , que ce n'eft pas tout , ôc il faudroic Lundiu$: 
avoir efté prefent à ces facrifices , ôc les avoir confideré 
toutàloifir, pour les bien raconter, aufTi-bien que leurs 
fecrets magiques , qu'ils Vétudient de cacher -, ôc il n'eft 
pas pofTible d'en rien apprendre d'eux, fi-non quand ils 
font y vres , ôc que le vin les fait parler , ou bien par le 
moyen de leurs enfans , aufquels ils deffendent tres-ex- 
preffement de rien dire de toutes ceschofes aux Suédois. 
Tagep^. après la ligne ajoute^. 

Il le trouve d'autres Lapons, qui reçoivent le Démon tundius, 
au milieu de leur âge^ fequi arrive de cette manière. Le 
Lapon eftant allé pour fes affaires à la foreft , ôc s'y arrê- 
tant , l'Efpric fe prefenre à luy, ôc ils parlent long- temps 

A aa 



370 Histoire 

enremble de l'afTirtance, dont le Démon luy fait ofFre ; 
ôc il luy chante en même temps une chanfon, que le La, 
pon efl obligé de retenir. Il doit retourner le lendemain 
au même lieu , Ôc fi l'Efprit a refolu de s'attacher à fon 
fervice, il luy apparoît & luy chante encore la même chan- 
fon ; que fi le Lapon luy déplaît, il ne luy apparoît point 
du tour. 

Lu kUus. Quant à ce qui eft de ces apparitions , elles arrivent di- 
verfement, ôc fous des figures différentes -, les uns fe pre- 
fencent fous la figure d un poiffon , les autres d'un oyfeau, 
les autres d'un ferpent ou d'un dragon, ou fous la figure 
d'un Pygmée de la hauteur d'une aune. Cet Efpritfe fait 
accompagner de trois autres Pygmées de fa grandeur, 
ou de quatre, ou de cinq , quelquefois de plus, mais qui 
ne pâiTent jamais le nombre de neuf. 

Si-toft qu'ils ont receu le Génie, ils le font connoître 
par desgeftesétonnans, comme s'ils eftoient en fureur, 
ôc quils euifent perdu refprit; ce qui dure bien fixmois, 
pendant lequel temps , ils ne peuvent foufFrir auprès d'eux 
aucun de leurs plus proches, non pas même leur propre 
femme ny leurs enfans. Ils fe retirent alors dans les bois, 
ôc dans des lieux écartez, pour y vivre folitaires , melan- 

Lundius. coliques & pcnfifs , ne mangeant prefque point , extré- 
mement foibles ôc abbatus. Et quand on a demandé a 
leurs enfans, oùôc comment leurs pères fe nournffoienr, 
ils ont répondu , qu ils eftoient nourris ôc (uftantez par 
leurs Génies. 

Lundius. On en rapporte un exemple fort fingulier Ôc remar- 
quable , arrivé aux écoles de Likfala, en la perfonne d*un 
jeune Lapon nommé Olaus, âgé de dix-huit ans; ce jeu- 
ne homme devenoit furieux ôc faifoit des poftures effroya- 
bles ^ difant qu'il eftoit tre5-perfuadé d'eftre en Enfer, ôc 



DE LA L APONIE. 371 
que fon efpric fouffi'oic tellement , qu'il ne fçavoic plus 
où il eftoic. Quand il luy arrivoic de prendre un livre, 
fi-toft qu'ily rencontroit l'adorable nom de Jésus, il le 
jettoit par terre j fa fureur ôc fon agitation ayant duré 
quelque efpace de temps -, il commençoit à fe mieux 
porter : lors on luy demandoit , fi il avoit veu quelque 
chofe pendant cet extafe , il répondoit qu il avoit veu & 
qu'il voyoit quantité de chofes, & qu'un gros chien fort 
furieux , attaché par un de les pieds de devant , ne le 
quittoit jamais 

Il racontoit dans fes intervalles , que la première fois 
que cela luy eftoit arrivé, eftantforty du logis pour aller 
uriner, qu^une grande flamme parût , qui luy frappa les 
oreilles, il apperceut en même temps devant foy com- 
me un homme tout nud , de que le lendemain au foir il 
fentit un tres-grand mal de tefte, qu'il Te mita faire des 
cris effroyables , ôc à rompre tout ce qui luy tomboit fous 
la main. 

Ce mal- heureux avoit la face noire comme un char- 
bon, & difoit que le Diable fe prefentoit ordinairement 
devant luy fous la figure d'un Preftre , ayant un long man- 
teau , ôc quelquefois en la forme d un ombre , & dans fes 
tranfports , il difoit voir neuf ou dix petits hommes à fes 
cotez , qui le mal-traitoient , quoy que les afliftans ne 
viflent perfonne. 

11 montoit fouvent jufqu'à la cime des plus hauts Sa- 
pins,^ avec plus de viteffe qne les Ecureuils, & fautoit 
delà, tombant fans fe faire aucun malj ilfe plaifoit daus 
la folitude , ôc ne pouvoit fouffrir la converfation du refte 
des hommes j il courroit quelquefois aufli vifte qu'un che- 
val, & il eftoit impoffiblede lattraper àlacouifè -, il par- 
loir tout feul au milieu des bois , comme s'il eut efté m 

Aaa ij 



Histoire 

la compagnie de plufieurs pcrfbnnes. 

J'ay cette penfée,que cesEfprits nontpas eftéincon- 
, jpagéi. nus aux Anciens, & que ce font les mêmes que Tertul-f 
lien nomme Paredri y dont Monfieur de Valois parle dans 
fcs noces fur rhiftoire Ecclefiaftique d'Eufebe. 

Lorfque le Lapon veut fe fervir de fon Démon fami- 
lier , il lapelle ôc le fait venir, chantant feulement la chan- 
fon qu'il luyaapprife à la première veùe j ainfiilfaàfon 
fervice toutes les fois qu*il veut; & parce qu'ils les recon- 
noilfent fi ferviables,ils les nomment Sueiejqui veut dire en 
leur langue, les compagnôs de leurs travaux & leurs aydes. 

Il relte une chofe bien digne de remarque , que cette 
Lundius efpecede Démons napparoît jamais aux femmes, ôc ne 
s attache jamais à leur îèrvice, dont nous ne fçavons pas la 
caufe, fî nous ne voulons dire par conjedure, que ceft 
ou par un motif de fuperbe , ou par une averlîon qu'ils 
ontdu fexe,fujetàtant d'infîrmitez & de foiblelTes. Pour 
ce qui efl: des femmes, qui exercent la Magie parmyles 
Lapons, ôc quils apellent en leur langue KuepekajJ^ c'efi: 
à dire Magiciennes:, elles le font parla prononciation de 
certaines paroles magiques , par des cérémonies ôc des ca- 
raderes, dont elles fe fervent pour nuire aux autres. 

Ligne 2;. deux clafles, ajouteT^ 

En gênerai, dont l'une ne fe lert d'aucuns inftrumens 
ôc l'autre a comme deux parties fondées &c. 

^ageppjigne i^, de fa part, ajoute'^ 

Je ne puis pas me difpenfer de donner icy la figurpdun 
Tambour , qui furpafle tous les autres en grandeur ôc 
pour le nombre des caradlcres; il appartient à un Bour- 
geois de Stokolm nommé Laurent Althnack Le fieur Lau- 
rent Normann m'en a envoyé le crayon ôc l'explication 
des figures faite par ChrillophleUtterius ^ fur lerappprp 



DE L A L A PON I E. 373 
des Lapons mêmesàTorna, le i6 de Juin 1(573. 

I. Paul de Torna. 1 la rivière de Torna. 3 le torrent 
de Torna. 4 le Juge des vents , qui montre le Nort, par 
une liane marquée de deux croix. 5 Dieu é le Soleil. 7 la 
Lune.8leTonnere ou Ture.9rAngedeDieu. 10 l'Ange 
Gabriel, ufaintjean. ufaint Pierre. 15 faim Matthias. 14 
faint Martin. 15 laint Luc. 16 le Sergent de Dieu. 17 la pluye. 
18 la lumière du Soleil. 19 le vent, xola bonne fortune, zi 
la mauvaife fortune. 12. la terre. 23 leau. 14 le feu. le 
vieux de la montagne deftinée pour le facrifice. z6 la 
vieille de la montagne deftinée pour le facrifice. Z7 la mon- 
tagne ^f^^/e^erg deftinée pour le facrifice. z8 le mont Tir- 
ro deftiné pour le facrifice. 29 la Suéde. 30 la Ruffie. 31 la 
Hollande.52 l'Angleterre. 33 l'Efpagne, 34 la France. 35 Co. 
logne. 36 la Turquie. 37 la Laponie.38 la Finlande. 39 les 
villes de la Finlande. 40 les villes de Suéde. 41 les villes 
d'Allemagne. 41 les villages des Labou reurs. 43 la guerre. 
. 44 la paix. 45 les hommes qui vont à l'Eglife. 46 un grand 
navire. 47 une Chalouppe. 48 l'Idole des Lapons. 49 la 
barque du Diable, 50 l'arbre facré des Lapons. 51 l'hom- 
me bourgeois. 51 la femme bourgeoife.55 lePayfan.54 la 
femme du Pay fan. 55 le Lapon ou fa femme. 56 le Gou^ 
verneur des Lapons. 57. le Cavalier du Gouverneur, 
l'Archer. 59 TEglife des Lapons, éo l'Eglife de la ville 
de Torna. 61 TEglife des Payfans de la Marck de Tor- 
na. 6z la pierre facrée des Lapons. 63 le tronc d'arbre 
facré d£s Lapons. 64 un Ours. 65 une Vache. 66 un Tau- 
reau. 67 un Loup. 68 un Renne. 69 un Moutô.70 un Pour- 
ceau. 71 un Cheval avec le traîneau. 7^ une Grue. 73 un 
Cigne.74unOye. 751e grand Coq fauvage.yôun Lapon 
faifant voyage fur fon traîneau. 77 les montagnes de la 
Lappnie , deftinées pour le facrifice. 7S une cabane da 

Aaaiij 



37 4 Histoire 

Lapons. 79 les plus dangereux Magiciens , &c qui font plus 
de mal. 80 un Preibe. 81 un homme. 81 un Ecureuil. 85 un 
Sapin. 84 un Pin. S5 un Lièvre. 86 un Renard. 87 le pe- 
tit d'un Renne. 88 un arbre de Bouleau- 89 un Chat, 5)0 une 
Chèvre. 5)1 un marais , ôc dans ce marais des poifTons ôc 
une barque. 91 un Caftor. 93 un animal apelléjer/ou Gou- 
lu. 94 un Chevreuil. 95 un Chien. 96 un OrneskrcouOrnskrc 
mot corrompu , qui fignifie peut- eftre la peau ou dépouil- 
le d'un Serpent. 97 un Serpent. 98 une Grenouille. 99 le 
DieuNao. 100 la foffe des Diables, ici le Génie des mon- 
tagnes. ICI la colline d'Enfer. 103 la mort. 104 une Lou- 
tre. 105 Lucifer. 106 Afmodée. 107 une Tyre , ceft à dire 
une baie magique. 108 des flèches magiques. 109 il eft 
arrivé ce que le Démon a voulu. 110 il n'cll pas arrivé ce 
qu'a voulu le Démon, m le même Diable, m le Sergent, 
qui l'approche de plus prés. 113 la chaudière d'Enfer. 
114 les fpedres. 115 les Loups-garoux. 116 le Corbeau d'En- 
fer. 117 le premier Prefe61: de raffemblée des Magiciens. 
118 le fécond Prefeâ: de la même affemblée. 119 le troi- 
fiéme Prefcd du même corps. 110 le quatrième Prefeél 
de la même affemblée. m les forciercs, qui vont à leurs 
afTemblées, avec les enfans, pour leur apprendre la Ma- 
gie, m le lieu où salfemblent les forcieres-, leur fouve- 
rain maître. 11$ le canton de Tronthcm, 12.4 le gibet. 115 le 
Bourreau. 116 le Prevoft du jugement. 117 le Bareauoula 
Loy. ]i8 les douze Juges. 119 la Chambre où les Juges 
opinent. 130 le Prefed des Juges du quart. 131 ce qui eft 
jufte. 131 ce qui eft injufte. 133 la Fefte de la Nativité de 
JesusXhrist. 1341a Fefte de Pafques. 135 la Fefte 
de la Pentecofte. 156 la Fefte de l'Epiphanie. 137 le jour 
de la B. V. Marie. 138 le jour du Soleil. 139 le jour de 
faint Eric. 140 le jour de faint Jean. 141 le jour de faint 



D E L A L A P O N I E. 375 
Pierre. 141 le jour de faint Jacques. 145 le jour de faint 
Michel. 144 qu'il faut facrifier fans exception. 145 celuy 
qui dit vrav. 146 ceux qui portent du dommage à la ter- 
re & à la mer. 147 la fanté I48 la maladie. 149 le coup mor- 
tel du javelot magique, ijo qu'il ne faut facrifier à aucun 
Dieu des montagnes , ny àaucun tronc, ny à aucune pier- 
re parce que cette note donne à connoîtrc , que ce fera 
inutilement & fans fuccez. Voyla la longue explication 
de ce Tambour, dont voicy la figure. 

s 

Troif me figure des additions. 
Paçre loS. ligne z. du corps , ajoute^. 

Qui demeure pendant tout ce temps auffi dur qu'une lundias. 
pierre. 

la fin de la page lop. ajoute':^ 
Il y a toutefois des Lapons , qui , fans Ih fervir du Tanv 
bour, connoiffent les chofes les plus éloignées , par la 



Lundias. 



grande familiarité qu'ils ont avec leurs Génies ( comme 
nous lavons dit d'un Lapon de Torna) les envoyent de- 
vant foy aux lieux ou les foires fe doivent tenir, avec or- 
dre de leur rapporter , fi les Suédois ôc les autres Mar- 
chands y font arrivez 5 eftant éloignez de leurs cabanes , 
ils y envoyent leur Génie voir ce qui s'y paffe, comme 
fe portent leur femme , leurs enfans & leurs Rennes-, êc 
en revenir faire leur rapport. Celuy des Lapons qui eft 
le plus habile en cet art , eft le plus eftimé & honnoré 
des autres , qui luy donnent le titre de Seigneur ou de 
Roy des Fellices-^ & il a toute fauthorité fur eux, les ob- Montag 
ligeant de foûmettre leur Génie fous fes çommandemens. pX&i. 
âge j 12. ligne If i^3Lr\cY, ajoutez^ Norvège. 
Lors quun Lapon tombe malade dans la Lap-marck ^"^^^^ 



37<^ Histoire 

d'Qma, on fait venir celuy du voifinage , que Ton croie 
le plus expert en l'ufage du Tambour j qui d'abord fait 
égorger ôc immoler à fon Idole le plus grand Renne de 
tout le trouppeau du malade ou de fon meilleur amy ; 
il bat fon Tambour & tombe comme mort , fon corps 
devenant dur comme de la pierre. Il demeure en cet e'tat 
environ Tefpace d une heure ; les affiftans commencent 
alors à chanter la chanfon que celuy-cy leur avoit aupa- 
ravant aprife: ce qui le fait revenir; il feleve, prend îbn 
Tambour, il l'approche de Cori oreille &le bat fort dou- 
cement. Ayant fait cela pendant un fort petit efpace de 
temps, il s affeoit tout penfif, ôc commence à dire où il 
a efté pendant ce temps-là j quil eft defcendu fous la ter- 
re, où il y des Peuples, dont les pieds font oppofezaux 
nôtres; qu'ils font beaux ôc fort vénérables , que fon ef- 
prit a efté porté là par (on Génie; que ces Peuples eftoienc 
avertis, qu'ilydevoit venir ; qu'ils avoient fermé toutes 
les portes pour l'empefcher d'entrer chez eux -, mais qu'il 
avoit avec fon Génie trouvé un trou , par lequel il s'e- 
toit infinué , ôc que ces Peuples avoient quelque chofè 
appartenante au malade, ou fon chapeau, ou fes fouliers, 
ou fes manches , ou quelque chofe (èmblable , qu'il l'a 
pû recouvrer, ou qu'il ne Ta pas pù. Les affiftans eftant 
de leur côté perfuadez, que fi la chofe (e peut recouvrer 
il faut avoir bonne opinion de la future fànté du malade; 
que fi la chofe ne peut pas fe recouvrer, le malade mourra 
après avoir foufFert bien des douleurs. Et parce qu'ils 
croyent, quefefprit de ce Lapon fort efFeélivement de 
fon corps, ôc qu'il a efté où il dit ; ils difent auffi qu'au 
retour le Génie a ramené cet Efprit par les rochers & les 
montagnes, avec tant de viteffe , que le fable , les pier- 
res, ôc tout ce quil trouvoit en fon chemin s'élçvoit ôc 

voloit 



DELA LAPONIE. 377 
v.oloit tout autour. M. Paulus Venetus rapporte quel- u,, 
que cliofe toute femblable des Tartares de la Province 
d'jÉrdadam, 

Lime 16, pour nuire , ajoute^,. 

Lundius toutefois affure, que les Lapons, qui fe fer- 
vent du Tambour , n ont point le Génie maWaifant $ 
qu ^nfi ils ne peuvent ufer du Tambour , que pour la 
chaffe , & pour fçavoir ou il y a du gibier & de la venai- 
fon ou pour contenter leur curiofitc j que s'il leur arrive 
de nuire à quelqu'un , ceft par des paroles ou quelque 
fortilege , qu'ils ont appris des autres Lapons , qui font 
poffedez du mauvais efpriL 
Pa(re 113. ligne z^. prefente ajoute^* 
] entens parce mot d mftrument , toutes les cliofes que 
Ton peut employer à faire quelque maléfice j ceftlane- 
ge, dont ils fe fervent pour cauler 6^ augmenter le froid 5 
ce qui fe pratique principalement parles femmes, & feu- 
lem.ent par celles, qui font nées en Hiver ^ car les autres 
ne peuvent rien en cette occafion. Elles font doncuoe 
petite figure humaine avec de la nége.puis elles mâchent 
de lecorce du bois d'aune, & frottent lateftede la figu- 
re de cette filive rouge, luy crachant enfuitefur la face, 
fur les mains & fur les pieds. Elles en ufent encore au- 
trement mâchant cette écorce d'aune , puis crachant dans 
le chemin par où elles pafTent , ou bien far les bords à 
droit & à gauche de ce chemin. Quand les Lapons veu- 
lent moderef la grande rigueur du froid , ils prennent la 
peau d'un Ours , qu'ils expofent touce la nuit au froid , & 
le Lapon, fi-toft qu'il s'eft levé, prend des yerges, donc 
il fouette long-^-temps cette peau , & ils s'imaginent que 
le temps s'adoucit par ces coups : mais je crois quils y 
âioûtent quelques paroles magiques , lefquelles ils pro- 

B bb 



3 ' 8 H I S T 0 î R E 

ferent entre les dents. Us fe fervent encore d*un autre fe- 
cret pour le même effet : ils coupent par petites pièces de 
la grandeur de la main , la peau du plus grand fan qu'ils 
puifTenc trouver, &les jettent dans le feu pendant qu'ils 
recirent une certaine longue prière. 

Ils fe fervent encore de plufieurs autres chofes, dont 
la principale efl: un cordon &c. 

Page II/, ligne zj. envoyé , ajoute-:^. 

Us combattent affez fouvent de cette manière les uns 
contre les autres , même au grand malheur du plus 
foible i ce qui arrive ordinairement aux foires, quand ils 
font yvres , àc fi-toft qu'ils ont pris querelle. Ils s'affeienc 
en un même endroit, l'un ayant le dos contre le dos de 
l'autre; & ils apellent cecy en leur langue Killodt ^ c'eft 
à; dire éprouver l'arc de fon compagnon ; chacun fait du 
pis qu'il peut contre fonadverfaire, ôc celuy , dont le Gé- 
nie îe trouve le plus fort , ruine entièrement fon ennemy, 
il luy fait mourir tous fes Rennes, l'empcfche de rien 
prendre ny à la chaffe , ny à la pefche^ fait que rien ne 
luy reuffic , & attente même quelque fois à fa vie. On 
en fit une fois l'expérience : Deux Lapons eftoient aflis 
de cette manière dos à dos dans une cabane , chacun em- 
ployant fon art magique contre l'autre, & peu de temps 
après celuy, dont le Génie eiloit plus foible, tomba mort 
par terre, le fmg luy fortantpar la bouche, par les yeux 
par les oreilles & par le nez. 

Ligne 27. le fils , ajoute'^ * 

Je ne fçais pas fi cecy a lieu dans leurs autres efforts de 
Magie -, mais il eft confiant ( comme ils l'ont quelque- 
fois avoué eux-mêmesj Qu^un Lapon Magicienne peut 
nuire à un autre, fi avant que d'avoir fait fon maléfice, 
celuy-çy le bat tant qu'il en forte du fang, dont la perce 



DE LA L APONIE. 379 
eft la perce de la force magique -, ou bien fi après qu il 
a jette fonfort, & s^en retournant, on jette après luy un 
charbon. 

PaTe 11$. à U fin du chapitre ajoute':^ ^ 
Us Lapons exercent quelquefois leur Magie par des 
feules paroles, proférées en certain nombre de en certai- 
ne manière , comme nous lavons déjà remarque dans 
les querelles qu'ils ont. Lundius rapporte un exemple de 
cecy, arrivé au canton àQSumhgu prés de la ville deLu- 
la où deux Payfans , depuis un affez long- temps, fc vou- 
îoient grand mal. Une vieillelapone demandant un jour 
iaumône à un d'eux , il luy promit de la bien recompen- 
fer fi elle pouvoir par fon art faire entrer des ferpens 
dans le corps de fon ennemy -, & il Icnyvra en même 
temps d'eau de vie. Elle commença aufli-toft a y travail 
kr, marmotant & récitant entre fes dents icertams vers. 
L'autre Payfan commença dés ce moment à fe trouver 
mal, & rendit d'abord par la bouche fix ferpens: il fen- 
tit enfutie de tres-grandes douleurs, dont enfin il mou-, 
rut. Il fortit du corps du defFunt un nombre prodigieux 
de ferpens, les uns par la bouche , les autres par le nez 
dontilyenavoit de diverfes couleurs, de gris , de blancs, 
de noirs & de verds: Ce corps eftant devenu gros&en-^ 
fié comme un tambour. Le même Lundius en rappor^ 
te un autre exemple , qu'il dit eftre arrivé de fon temps 
en la ville de Lula: Une vieille Lapone fort hideufe, & 
qui faifoit peur à voir, entra dans la chambre d'un Ha- 
bitant, dont la femme eftoit^en couche & toute feule , 
elle luy demanda à manger & de l eau de vie 5 la malade 
ne pouvant fe lever , à caufe de fa grande foiblelfe , la 
pria d attendre le retour de fa fervante , qui luy donne- 
roit fatisfadion. Cette vieille indignée de cette réponfe, 
- ^ Bbbij^ 




r 



5S0 Histoire 

& toute en colère de ce qu*on ne luy donnoit pas fi prom- 
ptementce qu elledefiroit, s'élève en lair, emporte avec 
loy la moitié du toit de la chambre, qu'elle bntàôc mit 
tellement en pouflîere,que l'on ne pût jamais fçavoir ce 
que cette partie de toit eftoit devenue. 

Page i^iAigne j. nature , ajoute:^. 

Il n'y a aujourd'huy qu'un Prefed ou Fougdc dans les 
Lap-marckes d'Uma, de Pitha ^ de Lula , pour lequel 
les Lapons ont beaucoup d eftime , & ils luy témoi- 
gnent leurs refpedls d'une manière toute finguliere. Ils 
luy prefenrent, quand il arrive, un fromage, qu'ils apel- 
lent Neflofl^ avec une pièce de chair, & ils reçoivent ré- 
ciproquement de luy trois cueillerées d'eau de vie , ce 
qu'ils nomment Punjlnejld^ c'eftàdire le prefent del'en- 
treveiie. Un des Lapons , baiflant la tefte & pliant le corps, 
remercie Dieu de ce qu'il leur a donné un Prefeâ: qu'ils 
reconnoifTent très- brave & tres-excellent homme j ce qui 
fe fait par le moyen d'un Interprete,quand le Prefed n en- 
tend pas la langue des Lapons. 

Page i^y ligne zo, de Rennes, ajoute/^ 

Les Lapons de la Marcke d'Uma font trafic de livres 
ou feuilles d'écorcede Bouleau (qu'ils lèvent en Eil:é de 
deffus les arbres) avec les Norvégiens qui n'en ont pas j 
ils les accommodent en pacquets ,dont ils en mettent 
deux dans chaque quaiffeou panier de leurs Rennes, & 
donnent ces pacquets pour une Richedale la pièce. 
Page 1^6. ligne d'argent. ajoûtcT^. 
Un Renne de charge, propre à tirer leurs traîneaux char- 
gez, de meuble, & eftim^ trois Richedales, qui valent fix 
onces d'argent. 

Page 747. ligne /, Richedale, ajoute'^ 

Ainfi on eltime dans la Laponie couverte de bois, la 



DE LA LAPONIE. 38l 
peau blâche d'un lièvre autant que deux peaux d Ecureuil. 

Il le trouve encore bien de la difFerence entre la lan- 
gue d'une de ces Marckes & celle de Uutre. 
P^-T-ez/c/iewc/o. eftoient partis, <*jo«fe^ , 
Et depuis ce temps là, eftant fortis enfemble ils s em- 
plovent plus ordinairement à la chafTe , & avec leurs e(- u.a... 
peces de fouliers ou femelles de bois , ils coiirent après 
les Rennes fauvages ; ils mettent d'autre cote leurs Ren- 
nes domeftiques dans les bois pour y paître enfemble jui- 
qu'à la Eefte de l'Annonciation de la Vierge Marie ; au 
quel temps ils les feparent , chacun reprenant ceux^qui 
^ont fa marque, & retourne à fa première demeure dans 

les montagnes. 

LknezS. des oyCeâuy:, ajoute'^, 
' Ils ne font pas ces changemens par des chemins mar- L„„ii„; 
' quez, caril nyenaaucun par toute la Laponie,ny rr.ar- 
que d'aucune route enEfté, pour aller de la cabane d'un 
Lapon à celle de l'autre, n'y ayant rien de certain dans leur 
demeure , qui dépend de leur caprice ; cela n empefche 
pas qu'ils ne fe trouvent l'un l'autre fans difficulté, quel- 
que éloignement qu'il y ait entre eux -, & quoy qu ils loient 
fouvent fort éloignez de leur propre cabane , ils la retrou- 
vent fans s'égarer. Et de la même manière , ayant une 
fois découvert le gifte de l'Ours, ils fçavent fort bien lans 
fe tromper , le montfer fort long- temps après. 

PaTc i7iMzne 4. de kbefte, ^jc/îfe;^. 

La charge ordinaire d'un Renne eft de ijo ou de léo i-^-- 
livres pefant , & c'eft tout ce que les plus forts peuvent 
porter. 

Page ligne iS. jours, ajoutez- 
llsobfervent encore dans leurs converfations , certai- 

B bb ii] 



De la va- 
' ï\ zkté 
i I Tes iiv. 1 



382 Histoire 

nés chofes fupcrftitieufes j la première , que perfonne ne 
fe promené dans la cabane derrière celuy qui en forr j mais 
il le doit mettre , s'il le veut promener , entre le feu ôc 
les autres Lapons qui font aflis; La féconde, ceft qu'une 
femme ne doit jamais enjamber en paffant par deflusles 
cuifles d'aucun homme, d autant qu'ils croyent que ce- 
la caule de grands malheurs-, ceft pourquoy les femmes 
ôc particulièrement les mariées , fe gardent bien de le 
faire. 

H commencement dti Qhap, XFI I. page 18 1. ajoute':^, 
édcscho;: Cardan a écrit ( je ne fçais de quel Auteur il l'a puifè) 
que les Lapons vivoient àc alloient anciennement tous 
nuds & folitaires, & que c'eft ce qui leur a fait donner le 
ziegicms, nom de fauvages- ce qui eft une fable : Et fi quelques- 
uns les ont crû chargez de poil partout le corps, com- 
me des beftes , cela vient de ce qu'ils portent en Hiver 
desfourures le poil en dehors. Au refte les Lapons ôcc. 
Ligne 18. ordinaire , djoute:^. 
Lundius. j^^^ habits ne font pas femblables dans toutes les ré- 
gions de la Laponie; car les Lapons de laMarckd'Uma 
ont des habits, qui les ferrent davantage font ouverts 
par le devant : Les Lapons au contraire de la Marck de 
Lula les portent plus larges , & fe ceignent d une échar- 
pe par le milieu du corps, au deffus de laquelle ils tirenc 
leur robe, & la font pendre tout à Tentour. 
Page 18^. ligne antépénultième la nctiier , ajoute^ 
Lundius. Ils y mettent du cuir du fron* du Renne , parce que 
cette partie eft la plus épaiffe & la plus forte , ôc elle du- 
re deux ans entiers. 
Page i8p, ligne zj. corps , ajoute^. 
Les femmes de la Lap-marck de Lula laiffent pendre 
leurs cheveux j celles de la Marck d'Uma les entortillenî 



Lundius. 



Luiidiai 



DE LA LAPONIH. 385 
avec des rubans . ôc en font deux treffes, qu'elles rejet- 
tent par derrière, rejointes ôc lices enfemblepar le bout. 
Paçre ipe. ligne 4. chenciins , ajoûtex,^ 
Fait affez iouvent de peaux de mouton, dont elles ie 
font aufli des robes , mais la laine en dehors. 
qUore ips, ligne 14. Kamada , ajoute'^. 
Ils tetent (ouvent les Rennes & particulièrement les 
petits enfans , qui (e mettent deffous , les valets , qui 
d'ailleurs font mal nourris, ôc tirent le lait dans le creux 
de leur main , ôc le boivent. 

iLiewe 20. d'ailleurs, ^jo/îfe^ ^ ^.^ 

Et ce d'autant plus ardammant , que la moelle des Ren^ 
nés eft tres-nourrifTante ôc fortifie beaucoup Leurs os 
font pleins en Automne , mais ils n'ont prefque point 
de moelle au Printemps. 

P^^e i^^. lièvres , ^jo^/^e!^ 

Les Lapons ne fe nourrilTent pas kulement de la chau- 
des oyfeaux , mais encore de leurs oeufs , qu'ils trouvent 
en tres-grande quantité au Printemps le long des marais. 
Ils ufent d^adreffe en cette rencontre -, ils fçavent quun 
certain oyfeau nomrx\é Kiaodker , a coutume de cacher 
fes œufs dans le creux des arbres ^ ils cherchent donc un 
arbre creux, qu'ils fcientôc en attachent une bille à un au- 
tre arbre, bouchant les deux trousdedeffus ôcdedelTous 
avec de la mouife ^ ils font enfuite un trou dans le mi- 
heu , par lequel cet oyfeau puilTe entrer. Y eftant donc 
entré, ôc y ayant fait fes œufs, ils le prennent , le tuent 
ôc tirent les œufs parle bout du bas , qu^ls rebouchent. 
Un autre oyfeau dVau comme ce premier a pelle J^fer^fa^^ 
a coûtume de venir enfuite faire fes œufs dans le même 
endroit, qu'ils prennent aufli de la même &çon. 



Lundius. 




38 4- Histoire 

Ligne ZI, viànàcs ^ajoute ^ 

Qu'à peine peut - on s'appercevoir qu'elle foie fale'e , 
ce (ont les Lapons des montagnes qui en ufenc. 

Les Lapons de la Marck d'Uma mangent quelque for- 
te de pain ; ils achètent en Hiver de la farine, que les 
Norvégiens leur fourniffent, l'un une tonne l'autre deux, 
félon leurs facultez. Ils jettent trois ou quatre cueillerées 
de cette farine dans un vaifleau , ils la détrempent dans 
un peu dVau , ôc l'ayant pétrie, ils en font une efpece de 
gâteau, qu'ils mettent furies charbons d>c le fichent en- 
fuite dans un bâton , qu'ils tiennent fur le feu pour le fe- 
cher, puis ils le mangent ^ ils nomment cette forte de 
pain en leur langue Tcgga, 

Page jpd. ligne zo, corrompre, ajoute^. 

Cette couverture efl: compofëe d'écorces pofées les 
unes fur les autres, & retenues par de petits bâtons mis 
par-delTuSj ils nomment tout ce petit bâtiment Luejfte^ 
qu'ils tiennent derrière leur cabane. 

Ligne 2^. conferver, ajoute'^ 

Pour ce qui eft des petits poiflbns, comme les Perches & 
les Rougets , ils ne les vuident pas , afin que la graiffe 
des intefcins fè répande fur les autres parties $ mais fi- 
toil qu'ils les ont pris , ils les tiennent fur la flamme d'un 
feu clair, qu'ils font de petites branches de Pin ou de 
Tremble , & les ayant ainfi prefque à moitié cuits, ils les 
expofent encore au Soleil pour achever de les fecher. Le 
poifïbn préparé de cette manière eft d'un tres-bongouft. 

Page ipj. ligne S. rôtir, ajoute:^. 

Ils tbnt bien cuire les poifTons fraîchement pris, qu'ils 
ne peuvent pas garder 3 car ils tiennent que le poiffon 
qui n'eft p^s aflez cuit , elt mal fain ôc qu'il caufe la 
fièvre. 

Ligne 



Lundiusi 



DE LA LAPON lE, 385 
Ligne zi cueillies , ajouteT^ 

Ils en vendent aux Lapons des montagnes , pour da 
fromage, des fans de Rennes , ou pour de la chair de cet 

animal. * ^ 

Pa^e jpS. ligne 2j. Santopelzi, ajom':^ 

Et%n la Lap-marck d'Uma luepfeshrfmer , ôc les La- 
pons des montagnes en vendent aux Lapons qui demeu» 
rent dans les pais couverts de bois. 

Page zoo, ligne 3. feftins, ajoilte':^ 

Et parce que l'eau de vie, leur gafte par fon acrimonie 
la bouche & le gofier, ils mâchent incontinent après d un 
petit fruit apellé Jurelles rouges , dont ils font leur pro^ 
vifion en Efté pour tout l'Hiver , afin de tempérer Pardeur 
de ce breuvage. 

•Ligne iz, Lapons , ajoute'^ 

Ils mettent auffi le tabac en poudre , 6c ils en prennent 
par le nez ; ôc quand le tabac leur manque, ils fe fer- 
vent des rognons de Caftor pulverifez , qu'ils prennent 
de la même façon. 

Ligne 14. repas, ajoute'^, ^ luDdias- 

Ils ne mangent que deux fois le jour , le matin fort le- "° ""'^^ 
gerement , ne prenant que du fromage , ou du poiffon fec^ 
ou quelque petit morceau de chair, fe retirant toujours 
avec la faim : pour le' repas du foir , ils le font très - am- 
ple , & capable de raffafier les plus afFamez , mangeant 
de la chair & des autres viandes ordinaires. 
Page zoi, ligne S. cuifine , ajoute'^ 
Quelques-uns fe fervent de certains plateaux quarrez, 
qu'ils nomment Tello , de la grandeur environ de deux 
paumis de main, faits de bois ou corne de Rennes j dom 
j'en conferve un dans mon cabinet ^d'autres les font avec 
de récorce intérieure des arbres^ ils en mettent trois 1™ 

C ce 



Histoire 

fur l'autre , &c ils les coufenc & attachent avec de petites 
cordes faites de racines. 

Ligne antépénultième h faim y djoHte:^^' 
Les Lapons, qui demeurent cftns les bois , font plus 
grands mangeurs que ceux des montagnes , ceux, cy ayant 
des viandes plus nourriffantes , du fromage , du lait, ôc 
dç la chair de Rennes bien gras - ôc ceux-là au contraire 
qui ne mangent prefque jamais que du poiffon & fans fel, 
ont l'cftomac fort large ôc étendu. 
Page zo^. ligne 2^. Ours, ajoùte';^, 

luniius. Quelquefois fans fe fervir du Tambour, ils y employenc 
leur hache ( cecy fè pratique en la Lap marck d'Uma ôc 
peut-eftre ailleurs ) Ils fuipendent au toit de leur caba- 
ne avec un ruban une hache , attachée par le milieu du 
manche, à laquelle ils parlent en certains termes, ôc du- 
rant ce difcours, la hache remue, tourne, puis eHe fe re- 
pofe ôc demeure immobile ; alors ils obfervent exa£te- 
ment vers quelle région du Ciel le manche s'eft tour- 
né ôc arrêté : Et c'elt de ce côté - là qu'ils vont chaffer 
le lendemain , ôc ne manquent pas d'y trouver dans les 
bois des Rennes fauvages , desoyfeaux, ôc d'autre gibier 
ou vcnaifon. Ils empîoyent parfois une pierre tirée de 
quelque montagne confacrée au Dieu Stoorjunkare^ laquel- 
le fufpenduë ôc haranguée comme la hache , leur mar- 
que le chemin qu'ils doivent tenir, afin que leur chaffe 
(oit heureufe. 

Page 20 ligne jp. {brtir, ajouteTi, 
La quatrième chofe, 'c'eft quils craignent de rencon- 
trer , allant à la chaffe , quelque chofe de mauvais au- 
gure. • 

Lundius. Ils mangent fort peu avant que d'aller à la chaffe, par- 
ce qu'ils elperent toujours qu'elle fera heureufe ôc de peu 



DELA LAPO NIE. 387 
de durée; que fi elle dure long temps , ils foufFrent fort 
patiemment la faim tout le long du jour. Ils prennent 
toutefois (quand ils vontàla chaffe des Rennes fauvages) 
de la moelle de Rennes , parce que cet ahrncnt fortifie 
leurs cuiffes & leurs jambes, & leur fait endurer la tan- 
gue plus facilement. ^ 

Page zoS.ltgned. zpçmknt, ajourez- ^ ^^^^ 
Voicy la manière dont les Lapons de la Marck dUma 
fe fervent pour prendre les Callors. Ils font des corbeil- 
les quarrées, qu'ils lient fortement avec de pentes bran- 
ches de Sapin; ils font à un des côtezun petit trou, avec 
une porte , qu'un lien dofier ou de jonc tient ouverte ,. 
lequel ils font aller jufques au milieu de la corbeille , ôc 
luy attachent de petites branches de Peupliers noirs , 
dont les Caftors font fort friands. Le Cal^or entre & 
en mangeant ces branches il ronge le hen ce qui tait 
que la porte tombe, & fe tient fermée par une pierre qui 
ertoit deffus; fi le Caftor demeure pris pendant 1 eipa- 
ce d'une heure, il meurt fufFoqué par les eaux Que s i!s 
fontdeux, comme il arrive fouvent, le mafle& la femelle, 
ils s'afTirtent l'un l'autre , celuy qui eft dehors , ouvrant 
la porte à celuy qui eft pris. 
Lime zj. travers , ajoute'^ 

On le fait aulTi par le moyen de certains coftres, que 
l'on nomme en Suédois >r/Uy , c'eft à dire chanibres 
de Goulus : On met deffous une pièce de chair, attachée a 
un petit bâton ou effieu, qui en foûdent le couvercle. Le 
Goulu mangeant ce morceau avec avidité , fait remuer 
cet elTieu, & tomber fur foy le couvercle fort chargé, qui 

l'ccrafe. , 

Line iS. rarement , ajoute"^ ' a- - 1 

Ilsonc auffi des chiens de chaffe, qui font dreflezales 

G c c ij 



3S8 Histoire 

pourfuivre , ce qui fe fait d'ordinaire en Automne , lors 
qu'ils font en ruth ^ parce que cet animal a cela de par- 
ticulier , qu'il va de compagnie, au nombre de cinq ou 
fix, ôc qu'il retourne au lieu où on en a tué un, comme 
pour le rechercher • fi bien que le Lapon , qui de fon 
moufquet en a abbatuun , peut facilement prendre tous 
les autres , qui retournent auffi-tofl: , quoy que le bruit 
du coup leur ayt fait d'abord prendre la fuite. 

Page 2op, ligne /j. ces belles, ajoute'^, 

Lundius du avoir connu un Lapon , qui avoit de cette 
manière pris feize Rennes fauvages en un feul jour. 
. Dans les endroits des bois , où il y a des lacs & des ma- 
rais , ils fichent en terre des perches de la hauteur de deux 
aunes -, en telle forte que 1 une eft jointe à lautre , & ils 
laiflent entre elles certains cfpacesen forme déportes ou- 
vertes , où ils (iifpendent en 1 air des flèches tellement dif- 
pofees, que les Rennes ne pouvant ny pafTer autravers 
des perches, ny fauter par delTus , font obligez de fejec- 
ter dans ces portes , où fi-toit qu'ils ont touché au lien 
qui bandoit la flèche , ils en font percez & tuez. 

Ligne ij. filets , ajoute:^, 

Qu^ils tendent entre deux arbres, par où ilsfçavent que 
les Rennes ont coutume depaffer-, ils font auffidegran- 
des foffes, dans les endroits où ces Rennes paffent d or- 
dinaire, & fichent au fonds*des pieux fort aigus & cou- 
vrent le tronc demouffe, ainfi le Renne tombant dedans 
fe perce & fe prend. 

Ligne zl, Touvrage , ajoute^,' 

Les Lapons font cette forte de chaffe dans leur pro-* 
pre territoire, & ceux des forefts permettent aux Lapons 
des montagnes, qui ont fort peu de Rennes làuvages , 
de la faire dans leur pais , lors qu environ la Fefte des Roys 



D E L A L A P O N I E. Î89 
ils paffent par leurs terres, pour aller aux foires ; & il ar- 
tln par fois qu'un Lapon des forefts -cev-^^^^^^^^ 
jufquà dix hoftes , & les régalera jufqu a la Fefte de 1 An- 
nonciation de la Vierge. 
Lkne 19. animal , ajomex- . , . 

Il fait cette obfervation , fuivant premièrement de loin L.„a.u. 
fes piftes & puis remarquant les pierres & les buiffons, 
S fours' fc^outume deV^cr , dont il conjeaure que 
fon repaire neft pas loin . &auffi-toft il fait, aladiftan- 
« d'eSviron un quart de lieue, trois tours en telle forte 
qu-llretourne toujours au même lieu, d'où il a commen, _ 

cé le premier tour. 

Vazetif. ligne 2<!. hommes, ajoutez. , . 
' Et cela sobferve non feulement à 1 égard de 1 Ours , 
mais encore de tous les autres animaux & oy féaux , loit 
Ecureuil , Lièvre ou Renne fauvage. ^ 
. Pa<reii7.lknep^riHltiéme[aa\ages, ajoutez- _^ 
ierLaponf ne prennent pas feulement leur, augures 
de la peau de l'Ours , mais encore de fon foye qu ils 
pendent à un Pin . contre lequel ils tirent leurs flèches , 
& celuy qui d'entre eux , vife le premier dedans , eft cru 
k premier . par l'ind.uftde duquel ou tuera un autreOurs 
l'année fuivante. . ~ 

rpaze U9. ime u. d'Ours , ajouteT;^ 
Ils iettenttuflï certaines-marquesde cette bravoure 
for tous leurs meubles, & principalemét for leur moufquet 

le ne dois pas ommettre . que la première chofc que 
ce Lapon fait avant que de manger ny de retourner chez 
foy ^eft d-écorcher rOurs, & d'en étendre a peau en 
air'po- 1^ faire fecher, ôc fi-toft oui eftle lendemain 
Riatin éveillé , il va avant que de s'babillcr , 1 ofter du heu 
©ù il l'avoit mifç. 



Ccc iij 



390 Histoire 

la fin âc la remarque , ajoute^. 
Si ce nert que parfuperfticicfn, qui leur eft ordinaire, 
ayant tué avec une arme à feu quelque oyfeau, ils luy ti' 
rent de laile gauche les deux plus grandes plumes , qu'ils 
jettent au lieu ou il a efteabbaiu, comme par expiation, 
& pour appaifer la colère du Dieu des bois irrité par^ce 
meurtre. Ils font prefque la même chofe des Ecureiiils , 
quand ils les ont tués fur quelque arbre, foit d une balle, 
foit de leur arc ou de bois ou de fer; car ils lèvent de cec 
arbre un petit ais, qu'ils rougifTent du fang de la befte, 
ils y attachent les quatre pieds , & le pendent au même 
arbre. 

Page zzz. ligne f, colles fortes , ajoute'^. 

Les Lapons de la Marck de Lula fe fervent ordinai- 
rement de ces Arcs, & en tirent merveilleufement bien. 
Page zz^. ligne jS, Norvège, ajoure^. 
Et lur tout les Lapons qui demeurent aux païs des mon- 
tagnes, lefquels donnent volontiers pour un bon mouf- 
quet huit ou neuf Richedales, ôc quelquefoi^plus. 

Page 230. ligne 16, Rennes , ajoâte:^^. 

Touchant le bâton, dont ilsfe fervent pour s élancer, 
il faut remarquer que fouvent au lieu d'ais en rond, ils 
y attachent un petit cercle de bois , Je la grandeur en- 
viron de nos alTietes de table, bandé par deux cordes, 
qui paffent Punefur l'autre /par deux petits trous faits au 
bout du bâton , qui eft par ce moyen arrêté au milieu. 
Ce cercle a ce bon effet , que pouvant facilement aller 
dun côté ou d'autre, il s'applique plus à plomb fur la né-, 
ge, & ne gliffe jamais. 

Ligne zf, Skritofinns, ajoute':^ 
Ils ne font pas toutefois également adroits à courir fur 
la nége avec ces femelles 5 car les Lapons de la Marck 



DE LA Laponne. 391 

d'Uma , àcaufedugrand nombre de beftes fauvages, qui 
font en leur pais , elhnt accoûtumez à courir ainfi dés leur 
bas âge , le font bien plus adroitement que ceux de la Lap- 

marck de Lula. r i /r r 

Il faut aufTi obfervcr , que les Lapons ne le iaflent prei- 
que point p^r cette forte de courfe, pour longue qu^elle 
puilTe eftre. Et j'ay vû un Lapon, qui après avoir fait ain- 
fi douze lieues , eftant arrivé le foir en fon logis après 
avoir bû une chopine de vin, eftoit auffi fort ôc auflitrais ^ 
que s'il ne fût point forty de la maifon. 
PdTe z^i. ligne zz. naufrage , ajoute'^ 
La Heure de ces barques eft telle, que la longueur qui 

Lundius. 

eft de trois efpaces d'une main à l'autre, les bras étendus, 
furpaflè de beaucoup la largeur qui n eft que de trois cou- 
dées. Ils les font de Sapin, afin qu'elles loient plus légè- 
res, & pour cette même raifon , ils fe fervent fort rare- 
ment de clous de fer , n'en mettant qu'à la proiie , a la 
pouppe & un peu au fonds , outre que le défaut de fer 
les a de tout temps accoutumé à s'en paffer. Elles font ef 
fedivementfi légères, qu'un homme les peut facilement 
porter par tout, & qu'eftant renverfées îur le bord de l'eau, 
pour peu de vent qu'il falfe , il les emporte fort loin -, c'eft 
ce qui les oblige de les charger de groffes pierres pour 
éviter ce defordre. Ils les poifl'entaufli fort légèrement 
de peur qu'elles ne foient trop pefantes eftant trop poif- 

fees* 

Voicy la manière dont ils tir^t la poix en k Lap-marck 
d'Uma : Ils font un grand trou en terre , de la profon- 
deur de trois aunes, au fond duquel ils mettent un grand 
chaudron de cuivre , qu'ils couvrent par-defTus d'ecor- 
ces de Pin , & pofent fur le milieu un gros tronc perce en 
forme de canal ; puis ayant coupé des racines de Pin Se 



Lundius. 



392 Histoire 

de Sapin , qu'ils fçavent eftre pleines de refîne ^ ils les 
taillent par petirs bacons d'une afTez confiderable lon- 
gueur , ôc les dreffent fur ce trou bien ferrez enfemblc. 
Ils couvrent le tout d'une grande quantité de gazons, ôi 
font un très- grand feu , qui fait couler la renne de ces 
petits bâtons dans le fond du vaiffeau. ^ 

Les Lapons font fi adroits à conduire leurs barques, & 
quoy qu*en toute autre rencontre ils foient fort craintifs, 
ils font fi intrépides dans ces petits bâtimens, qu allant 
aux Feftes folemnelles& aux grandes affemblées, furtouî 
ceux d'Uma, par des rivières , qui ont des cheutesdeau 
de plus d'une demie lieiie de long & pleines de rochers 3 
ilsypaffeht hardiment (ans hazard , ôc difent qu'ils fonî 
alors aydez de leurs Génies. 

Page zj2r, ligne ZI, le poiffon, ajoute'^ 

Ils tirent un grand profit de cette pelche , car ils pren- 
nent de cette manière une grande quajitité de poiffon , fiir 
tout au Printemps, quand le poiffon fraye*, excepté aux 
années aufquelles les rivières Ce font débordées,à caufe que 
jes grandes eaux font que le poiffon s'écarte de tous cotez. 

Page zji .ligne 10. poilTonneufes , ajoute'^ 

On peut icy ajouter que les Lapons qui vont à la pelche, 
tâchent auparavant de deviner fi elle fera heurcufe, par 
le moyen de leur Tambour ; mais d'une manière diffé- 
rente de lordinaire: car au lieu de l'anneau d'airain, ils 
y appliquent une certaine pierre, qui s'y attachant forte- 
ment, efl: un indice infailjible du bon fiiccez, quoy que 
Ion rcnverfe le Tambour; laquelle , eilant mife fur l'eau, fi 
elle s'enfonce feulement à moitié^ elle marque que c'efl 
dans cette rivière que la pefche fera bonne; & quand 
elle defifle d'eflre heureufe , Ja pierre commmence à al- 
ler au fond. Lès Lapons portent grand honneur à cette 

pierre , 



I 





\ 



i 



LundiifJ.' 



DE LA LAPONîE. 393 
pierre, qu ils frottent de graifle de poiflbn. En voicy la 
figure. 

^atrieme figure des additions. 

A. marque le petit creux & comme un canal , qui le 
diftingue ôc règne tout autour. 

Ils tirent aufli des conjedures du bon ou mauvais fùc- 
ccz de leurpefche, par la première, en laquelle , s'il leur 
arrive de ne prendre qu'un poiflbn , ils croyent que tou- 
tes les autres ne feront pas plus heureufes; ôcils prennent 
alors ce poiflbn, qu'ils coupent en deux avec Jes dents , 
ôc en jettent une partie d'un côté , & l'autre de l'autre cô- 
té de la rivière , difànt quelques paroles , comme fi ils 
parloient à ce poiflbn. 

Ils tâchent aufli de rendre la pefche de leur ennemy Landk^ 
malheureufe par leurs fecrets magiques , attachant à fes 
filets trois ou quatre anneaux de laiton, ou bien un che- 
veu de quelque homme: Ce qui efl: caufe quele maître 
du filet ne peut jamais rien prendre 5 que s'il foupçonne 
qu'il y ait du fort , il cherche les anneaux , qu'il trouvç 
ôc ofle facilement ; ce qu'il ne peut pas faire du cheveu, 
qui pour cette raifbn fait plus de defordre , parce que le 
maître ne peut rien prendre , jufqu'à ce que le cheveu fe _ 
foit rompu & détaché de foy-même. 
Page 154. ligne 13. chofes , ajoute^. 
Eflant de leur naturel extrêmement addonnez aux jeux 
& aux divertiflèmens. 

Page i^^Jigne z^Aqs autres^ ajoâte:^. 

Car les Lapons font fort légers 6c difpos , ôc fautent Lun« 
fans difficulté par-defliis des ruiflèaux de huit ou neuf 
coudées de large. 

D dd 



394. Histoire 

Page 2^8. à la fin ajoute'^. 

Les Lapons ont coutume auffi d'éprouver entre eux 
leurs forces , à qui a le bras plus fort , s'entrelaflant les 
bras ou les doigts les uns entre les autres. Cecy arrive 
plus fréquemment aux foires: Les Lapons d'une Marck 
s'éprouvant contre ceux de l'autre j & quand un d eux 
a ellé reconnu le plus fort , on le publie là & par toute 
(a Marck avec éloge. 

^age zj^ ligne iS. mariage , ajoute'^. 

Les plus pauvres confiderent feulement , fi le pere de 
la fille eft maître d'un bon terroir, fi il y a bien des bef 
tes fauvagcs , fi les rivières font bien poilTonneufes ^ fi 
la chaffe ^ la pefche y font bonnes, ne ils font point 
d'état de (es autres richeffes. 

Page i6i, ligne zj. maîtreffe , ajoute'^ 

Il elt fort foigneux d'avoir de beaux (buliers, qu'il fer- 
re pardevant avec des liens couverts de lames d'étain, 
entrelacez de filets de laine de diverfes couleurs 5 il atta- 
che aufTi de la même manière fes manches ; d'autant que 
cet ajullement eft fort eftimé parmy les Lapons. 
^ Page 16 L, ligne 11, entre eux , ajoute^,* 
iaarcntius Hs cmploycnt patfois un fort ou philtre amoureux , pour 
^oumânus. ç^'^^^ aimcr de leur maîtrelTe, qui eft une petite pierre 
ronde 6c plate femblable à une lentille , ou à une febve 
d'Inde , de la couleur d un verd brun , dont la figure a 
quelque rapport à celle de la partie de l'homme 5 ôc ils 
' tiennent cette pierre en leur bouche durant ces premiè- 
res approches. 

Page z6^ lignez. tàhàCy ajoâteT^. 

Ou du rognonde Caftormisen poudre, qu'ilsaiment 
fort, 6c ils en prennent par le nez. 



DELA LAPONIE. ^ ^ ~39J 
' Pa^^e zzh penultimc les Alliez , ajoâtez: 

Le pere & la mere du marié & tousfcsparens , qm peu- 
vent y venir, fe mectenc d'un côté, & le pere & la me- 
re avec tous lesparens de la mariée, qui ont pu s'y trou- 
ver, fe mettent de l'autre. ^ 

Page i;'3. ligne j6. CCS choCcs ajoute^ ^ 

Les l^apons qui font encore Payens, ont coutume , a 
ces fortes de feftins , de garder quelque refte de troma- 
ge de chair , de poiflbn , de graiflé , de mo élle & des au- 
tres metz, qu'ils confervent dans un panier couvert, tau 
de'corce d'arbres; puis ils le portent à l'Idole de leur Dieu, 
auprès de laquelle ils font un trou en terre, ou ils met- 
tent ce panier , qu'ils couvrent de terre en même lemps. 

Page z;^;. ajoutez à la fin. 

Enfin les Lapons ne permettent jamais que les han- 
cez couchent enfemble , avant le jour de leurs noces ;& 
fi cela arrivoit, l'enfant feroit déclaré baftard, quoy que 
l'on prouvât qu'il fut conceu après les fiançailles & la 
promeffe donnée. Cet enfant foit malle ou femelle , eit 
toûjours-le dernier de fes frères &fœurs, comme le plus 
méprifable ; fi il devient grand , & que les Rennes pro- 
fitent beaucoup par fes foins , on le chaffe fouvent de a 
maifon. Que s'ils n'ont point d'autres enfans , celuy-la 
eft adopté le premier , car autrement il eft toujours me- 
prifé ; il n'eft pas fi bien nourry que fes autres frères , & 
on lùy donne les plus fâcheux & les plus pénibles era- 

ploits. • ^ 

. Page 2/d. ligne /. poaerné^ajoâtez. . _ j..^^.,,. 

Et ils (ont très fouvent fix ou ieptans eniemble , lans 
avoir d'enfans. 

Page z/S. ligne ZI edcuk y ajoâte^ ^^^^ 
Si l'enfant vient au inonde contretait avec quel que de- 

" Dddij 



39 6 Histoire 

faut corporel, les Lapons attribuent ce malheur aux mau- 
vaifes qualitez de la terre de la cabane, où ilaeftécon- 
ceu. 

Page 179. ligne u. couches , ajoute:^. 
Quatre ou cinq jours au plus, après lefquels, d'autant 
qu elles font naturellement de forte complexion & ro- 
buftes , elles fe lèvent Ôc vaquent comme auparavant à 
leurs affaires. 

P^ge 181. ligne 11. refolution , aJoûteTi. 
Les noms que Ion donne plus ordinairement aux gar- 
çons, font ceux d'André, de Matthieu , de Canut , de 
Lundins. Jonas ôc dc Nicolas • & l'on nomme fort fouvent les filles 
Marguerite, Elfa , Catherine ou Sigride. 
P^gc^ 281. lignes, d'elles, ajoute':^. 
Les Laponsaprés ce temps expiré, tranfporcent auffi- 
Lundius. î^oft leur cabane en un autre lieu , parce qu'ils croyent que 
celuy là a efté fouillé par les couches de leur femme. 
Page 184. ligne S. devoir, ajoute':^ 
Les enfans des Lapons ne croiflènt qu avec grand pei- 
ne ôc fort lentement 5 ce qui peut venir tant du- froid ex- 
cefTif & du mauvais aliment , que de ce que leurs pères 
& mères font eux-mêmes fort petits. 

Page 187. à la fin incommodité, ajoute':^ , 
lundius. Qui vient aux Lapons des montagnes de la trop gran- 
de lumière du Soleil, qui réfléchie de deffus la glace ôc 
les néges, leur frappe trop vivement la veiie. 
Page 188. ligne f, ils fe fervent, ajoute^ 
Lundius, Des rognons de Caftor cuits dans de feau de vie , dont 
ils font leur plus ordinaire remède. Ils fe fervent auflî d'un 
breuvage 6cc. 

Ligne 20. médecine , ajoute'^ 

Quand ils font malades du Scorbut , ils boivent du fâng 



DE LA L APONIE. 397. 
de Rennes 3 lors qu'ils font affligez du mal des den», ce 
qui eft toutefois fort rare, ils prennent du bois d'un ar- 
bre frappe de la foudre , dont ils fe font des curedents, 
& s'en percent les gencives , jufqu a en faire fortir le 
fang. 

Ligne 10. demeure , ajoute'^ 

Contre les douleurs de Tépinc du dos &c des épaules , . 
ils fêles frottent avec de la graiffe de Serpent, ou bien ils 
prennent des dents de Caftor, qu'ils portent par derriè- 
re* pendues à leurs ceintures-, ou bien par fuperfl:ition,au 
premier coup de tonnerre qu'ils entendent au Printemps, 
ils fe jettent par terre & fe tournent de tous cotez, & ils 
croyentque c'eft unpuiffant remède contre les douleurs 
du dos. 

Ligne zj, defllis, ajoute'^ 

Ou de la graiffe de Rennes , dont ils fe penfent. 

Page tg^. ligne i6. flèches, ajoute'^ 

Ils y ajoutent un petit (ac plein de toutes fortes de 
viandçs -, car ils croyent que le mort n'en doit pas eftre 
dépourveu, quand il entre aux Enfers. 

Page 194. lignez^, ces chofes , aioutez» 

En honneur de leur Idole ou faux Dieu , ôc mettent 
deffus des pièces de bois , qu'ils furchàrgent encore de 
grolfes pierres. ^ 

J la fin de la même page ajoute'^ 

Les Lapons obfervent encore cette cérémonie, de trem- 
per d'abord le doigt dans lefprit de vin , & de s en frot- 
ter le vifage par forme d'expiation-, ôc fi- toft qu'ils s'en 
font enyvrez , ils fe mettent à dire toutes les louanges pof- 
fibles du deffunt, & à faire le dénombrement de les bon^ 
nés qualitez-, que c'eftoit un homme adroit & judicieux, 
doué d'une force finp;uliere, qui fe plaifoit dans les bois, 

Dddiij 



598 Histoire 

ôc aimoic le travail ôc les affaires , qu'il traitoit bien fa 
femme, qu'il ëlevoic fes enfansdans une parfaite union, 
& qu'il maintenoit la charité parmy fes domeftiques ; 
Qu avec tout cela il fe fervoic merveilleufement bien de 
fon Tambour; qu'il avoit un Génie (qu'ils nomment en 
leur langue xS'/^e/V ) tres-puiflant , qui ne manquoit jamais 
fon coup , ôc ne labandonnoit point. 

Page zpf. ligne z6. nombre, ajoute"^, 

C'cll pour cette raifon que les Lapons , qui font dans 
les montagnes font plus riches que ceux des forerts; par- 
ce que outre qu'ils font plus laborieux, ils nourrilTent plus 
grand nombre de Rennes , les montagnes leur fournif- 
imt tous les fourrages neceffaires, & le commerce leur 
eft plus facile avec les Norvégiens , èc avec ces Lapons 
des bois, eflant fituez entre les uns & les autres. 

Page pi. ligne y rsimtmx ^ ajout eT^ 

Elles font toutefois tellement formées en l'un &*l'au- 
tre fexe , que les bouts ne font pas courbez en arrière com- 
me celles des Chèvres & des Boucs; belles ne le regar- 
dent pas l'un l'autre , comme celles des Cerfs & des Elans , 
mais elles s'étendent en devant, comme celles des Che- 
vreils ou des Dains; ce qu*il faut bien remarquer en ce 
genre d animal. 

Page p^Aigne i6* montagnes , ^jouteT^. 

Sans perdre la forte inclination de tetter encore leur 
mère ; & on a vû de petits Rennes fauvagcs tetter leur 
mère jufqu'à ce qu'eHeeneut mis bas un autre ; auquel 
temps la mere rebute le premier: C'eft ce qui oblige les 
Lapons, qui veulent avoir bien tofi: du lait des Rennes 
femelles, d'attacher fur le mufeau du petit un bois poin- 
tu, afin que venant la tetter de la piquant , elle ne le 
puiffe fouffrir , le rebute. 



DELALAPONIE. Î99 
Lime X}. chataignez , Ajoute^.- ^ 

Lundius. 

Cet petits ne font pas plus gros qu un chat quand ils 
naiffcnc , avec cette différence qu'ils ont les cuiffes plus 
lonaues & affez fortes, pour courir dés le troifieme jour, 
ce qu'ils font , & fuivent leur mere avec une pareille vi- 

teffe. , 

Pdze 306. Itme lé. l'un l'autre , aioùtex.. 

Us Lapons fe fervent des entrailles de Brochet deffe- 
chées, pour faire prendre le lait chaud , & ainfi faire e 
fromage, & les Lapons des bois vendent de ces entrail- 
les aux Lapons des montagnes , qui n'ont pas de poiflon. 

Pa<re lime II. des fïem, ajoutez- 

Cette occupation fatigue extrêmement les ferviteurs 
& les fervantes des plus riches Lapons : Quand il faut , au 
plus fort de l'Hiver , garder les Rennes fur les monta- 
gnes FeUices, les deffendre contre les Loups, & émpeî- 
cher qu'ils ne s'écartent les uns des autres , & ne s en- , 
fuyent dans les Provinces voifmes. Ce grand travail , joint 
au peu de gages que les Lapons donnent a leurs valets , 
fait que ceux-cy ne demeurent pas long-temps a leur ier- 
vice : & qu'ils changent tous les ans , même tous les lix 
mois de maître. Car on ne leur donne pour les gages 
d'une année qu'un Renne de deux ans , que les Lapons 
apellent un Jorack. 

Li^ncif.NQrveç'e, ajoutez.- 

Us Rennes de la Lap-marck d'Uma aiment fort une 
efpece d herbe apellée en la langue du pais Mifne , la- 
quelle croît dans les marais: Laracineeneft fort grofle 
& elle pouffe trois feuilles , qui s'étendent fo" & le le- 
parent les unes des autres. Us mangent auffi en Eite lAn- 
gelique,qui vient au bord des rivieres/ur tout aux endroits 
des cheutes d'eau au travers des montagnes & des rochers. 



400 Histoire 

Page ^08. ligne i6, en Efté , ajoâtel^ 

Les Rennes nagent à merveille ôc traverfenc volon- 
tiers à la nage les plus larges rivières, avec tant de vitefle 
ôc de facilite, qu'un batteau bien fervy de rameurs , ne 
les peut pas fuivrc j l'eau qui s eleve en bouillons fur leur 
eftomac, fait connoître la force dont ils s'élancent , & 
ils paroilTent tout le dos hors de l'eau , jufqu'à la moitié 
des côtes. On n'a pas de peine à les Élire entrer dans l'eau 
des rivières, des lacs & des étangs, fi froide quelle puiffe 
eftre. 

Ligne zS. fervir, ajoâte'i^ 

Les Ours enfont leur curée^ mais comme ils ne peu- 
vent pas fi bien courir, ils (è fervent de cette adreflè pour 
les attraper : Ils tournent tout à Tentour du Renne , ôc 
fe jeccent deffus en telle forte qu'ils ne le manquent ja- 
mais. • 

Ligne y, fur le front, ajoute'^ * 

Les Lapons ont encore cette malice , de faire , par leur 
art magique , venir des Loups , quoy qu'ils (oient fort 
éloignez du lieu ; lefquels s'y rendent la même nuit ôc 
au commandement du Lapon, qui les a fait venir -, ils fè 
jettent fur le troupeau de Prennes de fon ennemy^ ôcen 
tuent autant qu il leur eft commandé. 

Page ^op, ligne 74. fè fauver , ajoâtex,- 

Mais il arrive fouvent dans cette fuitte précipitée, que 
les Rennes tombent dans des précipices , ou ils fe rom- 
pent le col ôc les jambes. 

Ligne 2^. marque , ajoute'^ 

Ces marques fe font par uneincifion avecle couteau^ 
lors que le Renne efl encore petit. 

Le quatrième inconvénient efl fort ordinaire fur les 
montagnes Fcllices , ou il fe trouve en Hiver de la négc 

portée 



DE LA LAPONIE. 401 
portée au delà delà terre, d autant que le Renne venant 
à marcher deffus , comme elle n eft point foûtenuë , il 
tombe ôc fe brife dans les précipices , où il eft fouvcnc 
emporté par la force des vents. 
Li^ne 27. treize ans , ajoute':^ 

Enfin ce qui eft plus furprenant , c'eft qu auffi-toft 
qu'un Lapon eft mort, fes Prennes meurent tous, ou au 
moins la plus grande partie. 

Page jio, ligne ^. domeftiques, ajoute^. 

Ils ont chez eux de très bons chiens de chaffe , qu'ils 
fe vendent les uns aux autres une Richedale ou deux ôc 
jufquatrois : Ces chiens font diverfement dreflez, les 
uns pour le Renne fauvage , qu'ils fçaveri|t arrêter au mi- 
lieu d une rafe campagne , jufqu'à ce qu'ilToit abbatu d'un 
coup de moufquet j les autres pour la chalfe de l'Ours, 
ou pour les Loutres, ou les Martres, ou les Ecureuils. 

Page 31Z. ligne jo, Laplandes^ ajoute'^ 
Lundius affure qu'il fe trouve des Elans dans la Lap- 
marck d'Uma, Se que Ton n'en voit jamais dans la Marck 
de Lula. 

Page ^2z. ligne /. Laponie,/tjWre:^. 
Sur tout çn la Lap-marck d'Uma , vers les montagnes 
Fellices. 

Page 32J. ligne j. Vcvànx , ajoute:^. 

Spécialement au Printemps jufqu'à la Feftede la Peo- 
tecofte, qu'ils fe feparent^ les uns volant fur la cime des 
montagnes , les autres fe retirant dans les lieux les plus 
éloignez & cachez des marais. 

Ligne iS. poules , ajoâte:^. 

Les Cignes & les Canards y font paroitre une admi- 
rable prudence -, car s'appercevant au milieu de l'Efté, 
que les plumes leur tombent^ ils fc retirent dans des lieux 

E e e 



lundiuj? 



Lundius. 



402 Histoire 

inacccfiîbles Se dans de petites Ifles des marais les plus 
éloignez, jufqua ce que les plumes leur foient revenu'és, 
ôc qu'ils puiflent aller (iir l'eau ou voler. 

Pa^e jzi, m dejfous de la figure ajoute"^ 
Outre ces oyfeaux qui fervent ou à la nourriture ou pour 
les vétemens des Lapons, il s'en trouve encore de ceux, 
qui font ou inutils ou dangereux, ôc entre autresdes Ai- 
gles fur les montagnes Fellices ^ qui en Efté s abbatcnc 
lur les petits Rennes & les tuent» On n'y voit que tres- 
rarement des Corbeaux, qui n'y font jamais blancs j ain- 
fi que la Martinierc la voulu periuader. 

Ligne j^enÀtiême Ç^mi ^ djoute":^' 

En la Lap-marck de Lula , le Saumon monte au mi- 
lieu de l'Efté jufqu'à une Eglife des Lapons apelléeyocfe- 
moeh.oà une eheute d'eau Tempefcbe de paflèr outre. 

Page ^2p. ligne p. frayé, ajoute'^ 
Lundius ajoure que le Saumon eflant arrivé aux eaux, 
qui defcendent des montagnes Fellices ^ a coutume de 
devenir auiïi noir que du charbon 5 qu'il vomit auffi-toft 
tout ce qu'il a dans Te ftomac, & qu'il ne prend prefque 
point de nourriture pendant tout TEfté. 
la fin de la même page ^zp, ajoute'^ 

Les Suédois qui fe (ont habituez dans le païs ou can- 
ton dit Graanon^ à fix lieues de 1 école des Lapons appel- 
lée LykfaUy en la Laponie d'Uma, prennent beaucoup 
de ces Brochets ; ce que les Lapons ne peuvent foufFrir 
fans douleur. 

Ces Suédois font maîtres de ces lacs, où ils vont avec 
leurs barques èc des filets de chanvre, fi légers qu'on les 
peut très-facilement porter d'un lac en un autre. Un feul 
homme porte une de ces barques, qui pefe quelquefois 
fircens livres ; ils y mettent les Brochets qu'il ont peC 



DE LA L APONIE. 49Î 
ché , & les portent ainfi jufqu a leurs maifons -, chaque 
Pavfan eftant chargé de trois cens, quatre cens,6c me- 
ml dnq cens livras de poifTon : car cous ce, lacs font 
merveilleufement poiffonneux 

Us difent que le droit de pefche leur appartient com- 
rac un bien patrimoine , que leurs Ane très l ont ache- 
5 il y a fortlong-temps desPrefeds delà Lapome. Car 
s Lapons ne pouvant pas payer 1" uibuts . ces Pre- 
feds vendirent le droit de pekhe en ces lacs , aux Habr- 
tans ou Payfans Suédois de ce canton , qui en jomflent 
paifiblement , & font tous les ans cette pefche , fans que 
les Lapons en témoignent aucun deplaihr. 

Prf7f33/. />e«e 2. délicates, djwte:^ _ ■ 
On y trouve auffi le poiffon , que les Suédois apellent 
ii/^r, prefque de la même efpece que le poiffon Sjck. 

Ligne jj. inconnues, ajoute^. 

Ils ont toutefois bien des poux, parce qu'ils n'ont point 
de chemifes de linge pour changer , & qu ils {ont fort 
lon^- temps fans changer d'habit , quoy que le leur loit 
fort'fale & plein de lueur. Ils amaffent & jettent cette 
vermine en Efté, &en Hiver ilsexpofent leurs habits au 
froid , pour faire mourir ces poux -, ils n"en ont pas beau- 
coup à la tefte. 

Lime i6. eC^ece, ajoiitci;^ 

Démouchetons de trois fortes de grandeur , de petits, 
de moyens , & de grands ; les petits lont prefque imper- 
ceptibles -, ils piquent toutefois très vivement , & font au- 
. tant de douleur que la piqueure d'une éguille: Ils paro.i- 
fent ordinairement lorfque le temps eft charge & quil 
va pleuvoir. Les plus grands furpaffent en grandeur le? 
moucherons ordinaires des autres païs , & caufent m% 

E ce Jj 



Lunlius. 



Lundios, 



404- Histoire 

hommes diverfes fortes^ d'incommoditez. Ces grands 
moucherons font 
Page 3^1. ligne i/. à fon aife, ajoute"^ 
Lundius. Ils jettent a cet effet de la moufle iur les pièces de bois 
allumées , afin que la fumée Toit plus grande , & plus forte 
pour châflcr ces guêpes. 
Pdge 23^. ligne iS. nombre , ajohe'^ 
Lund:us. On trouve dans les montagnes Fc&cei une efpecc de 
cerifcs fauvages , dont les Lapons cueillent les fruits , que 
l'on apelle en langue Suedoife loncbœr, ôc Haggebœr, 
Page jjS, ligne 17, connoiffance , ajoute'^ 
Les Lapons la nomment à "çi^^tmVVdRgnigroes ^com- 
me Lundius Taflure , qui en fait cette defcripcion : Elle 
naît Iur les petites hauteurs ou eminences de terre , 
dans les lieux marécageux • fa racine defcend fort pro- 
fondément dans la terre -, elle eft grofle & reffemble en 
couleur & figure au tabac ; elle eft blanche au dedans , 
les feuilles qui en forcent font étroites, &fefeparent les 
.frBûtanT- ^"^^ autics cn pluficurs petits rameaux. JeanFran- 
• kenius la met au rang des paftenades fauvages-, la racine 
Lundius. de cette herbe n'eft pas feulement médicinale, mais elle 
fert encore pour appaifer la faim, comme les Lapons di- 
fent en avoir fait Texpexience ^ ils s'en fervent contre la 
colique, & contre les douleurs d'inteftins. 

Il croît ordinairement prés cette herbe, une autre pe- 
tite, dont la racine &: les feiiilles font prefque (embla- 
bles, ô«: de laquelle il fe faut bien garder de manger au lieu 
de l'autre , parce qu'elle caufe le délire. 

Ce fâcheux accident arriva à un jeune Lapon , étu- 
diant en fécole de la Lap-marck dXJma , qui ayant man- 
gé de cette herbe, perdit en même temps l'eiprit, & (e 
mita courir par les bois, pendant plus de deux mois fans 



i 



DE LA L A.P O N I E. 405 
mander : & iufqu à ce qu'il eut trouvé par hazard du 
poiflon fec fufpendu en l'air fous un toit exprès , & 
qu'en ayant mangé.lfut guery de cette maladie Eftant 
revenu en fon bon fens , il affuroit avoir traverfe neut 
grandes rivières, & qu'il ne fefouvenoit pas comme quoy 
il l'avoit pû faire. 
Pa<re })î. ligne du froid , ajoutez- 
Elit croît au bord des ruiffeaux . qui coulent dans les 
vaftes plaines des Lapons des bois , qui la cueillent en 
Automne , la préparent , & la tournent en torme de 
grands cercles, & la vendent ainfi préparée aux Lapons 
des montagnes, pour des jeunes Rennes, des fromages 
& d'autres femblables denrées 
Pa(re 545. ligne /.faire valoir, ajoute-;^ 
Vavois écrit cecy fur la bonne foy de quelques perlon- 
ncs , mais la vérité eft que cette mine fût trouvée 1 an 
M DC Liv. par M. Abraham llW»iîier»Afleflèur de 
l'aflèmblée des mines , que l'on apelle vulgairement le 
Noma , lequel apporta luy même aStockolm la première 
pierre de cette mine, que les ouvriers par l'épreuve qu ils 
en firent , trouvèrent pour cent livres de pierre de mine, 
rendre quarante livres de métal très- pur & excellent: 
Ceft ce qui luy fit prendre la refolution de cultiver cette 
mine à fes propres dépens. Il m'a écrit cecy ,& m'a en- 
voyé fort obligeament un morceau de cette première 
pierre de mine , qui fut éprouvée à Stockolm. 
iLi?«e 14. à Torna,rf;Wfe:<;. 

On a encore depuis peu découvert une mine de cui- 
vre dans une montagne de la Lap- raarck de Torna , apel- 
lée Kàm'ward , éloignée feulement d'une lieiie de l'O- 
céan Septentrional, & de Titisfiorden vers le Nord, qui 
furpaffe en bonté toutes les autres ; d'autant que cent 

' E e e iij 



4c6 Histoire 

livres de pierre de mine rendent cent cinquante livres 
de cuivre, comme le même M. Rheen[Hcrn m'a afluré , 
en m'en envoyant un fort bel échantillon. 

J ay auffi de luy réchantillon d une quatrième veine 
de cuivre , trouvée en Tan m. d c. l x x i v. elle efl; en 
lamêmeLap-marckdeTorna, dans une montagne nom- 
mée Mangnawarra \ Cette mine ell bonne , mais ce 
qui en a elté découvert jufqu à prefent n'efl: point lié , àc 
ce font feulement des pierres de cuivre , détachées les 
unes des autres. 

Ligne z6. le marteau , ajoute^. 

Il y a en la même Marck une troifiéme veine de fer, 
dans une montagne apcllée Gilleuvara^ diftante de Suap^ 
pe^vahra environ cinq lieues. Cette mine efl: excel- 
Rhccafticrn. Icntc : j'en ay receu l'échantillon par le même AffefTeur, 
qui m*a afluré par fes lettres, que la veine eft fort gran- 
de, & quelle tient toute la montagne. 
Page 3/0. ligne 17, Umeao , ajoute-^, 
iundias. Lapons croyent que le fleuve Vmeao fort comme 

une petite fontaine des montagnes jFe//ic-ej^ qui feparent 
la Norvège de la Suéde-, que cette fontaine fe cache prcf- 
que auflî-toft fous la terre , d'où elle fort prés d*un lac, 
dans lequelellefe jette, & elle en fort plus grofle, entrant 
ainfî & fortant de plufieurs lacs , qui augmentent fes 
eaux, aufli bien qu'un grand nombre de rivières, quelle 
reçoit en fon cours. 

^age jji. ligne 18, leurs eaux , ajoute'^ 
Il arrive ordinairement de quatre ans en quatre ans , 
ou tous les cinq ans, que les néges ôc les glaces des mon- 
tagnes Fellices venant à fe fondre , ces grands fleuves 
grofliflent tellement , qu'ils fc débordent 6c fortCQt de 
leur lid plus de trente ôc quarante coudées. 



DELA LAPONIE. - 407 
Tazeu}. lime S. en Y in, ajoutez- _ 
Lundius affure que le lac ^rfmjerfi dix-huit heues 

détendue. 

Lim i<. ordare , ajoutez.' n. ' i-"»^™ 

Il S'y trouve des lacs dont tout le poiffon eft extrê- 
mement gras , où au contraire le poilTon des autres eft 
fort maigre , quoy qu'ils foient proches les uns des au- 



tres. 



P<*?f 5/4. /i?«f^. retourne, 4;o»f£:<^ _ 
La Laponieaauffi plufieurs fontaines & fources d eau, 
qui au plus fort d'un Efté ferain eft très -fraîche & tres- 
claire ; elle fort d'un fond de fable du balTm comme le 
courant dune rivière . elle s'y tourne & fait un petit 
creux furfafuperficie, comme quand on remue en rond, 
avec un baron , leau de quelque vaiffeau 

11 y a à une lieiie & demie de Lykfala Ecole des La- 
ponsde laLap-marckd-Uma,une fontaine dontleseaux 
font fort falubres & médicinales : Elle le partage des la 
fource en trois ruiffeaux, dontlun va vers 1 Orient,! au- 
tre coule vers l'Occident, & le troif.éme vers leScpten- 
trion. Les Suédois s'en fervent pour appaifer les douleurs 
des dents, & jamais l'eau ne gele , quoy qu on la mette 
dans un vaiffeau & hors de fon baffin^ 
t^u commencement de la page }f/. ajoute/;^ 
Si les Lapons, qui demeurent au pied de ces monta- 
snes , foYit fur le loir quelque grand bruit , ou que les 
chiens fe mettent à japper -, on voit paroitre aufli-toft 
des fpeares afFrcuï, & on y entend des voix eftroyables, 
accompagnées de feux & dé flammes, que les Laporis 
affurent eftre excitées parleurs Dieux 5for;«»fe^re ou Sed- 
de , qui demeurent là. Ils ajoûtent que fi quelquun eft 
fi hardy que de montrer du doigt la demeure de ^edde. 



Lundius, 



40S ^ Histoire 

qu'il tombe auffi-toft des néges, & qu'il s'élève des ora^ 
ges, par le commandement de Seddc irrité. 
Ligne iz. deffein, ajoute'^ 
Lundius. 11 ne faut pas oublier qu en la Lap-marckd'Uma ,au 
lieu ou les montagnes Fellices commencent -, il y en a 
une plus haute que toutes les autres , qui a fur fa cime 
un eîpace de terre fort uny , de la grandeur d'une cham- 
bre ordinaire, renfermé de grandes planches & de gros 
madriers : Les Lapons difent que cet édifice a efté bâty 
du temps du déluge de Noé, par ceux qui croy oient que 
les eaiies ne monteroient pas jufques là-^ maison a fujet 
de douter fi ce païs eftoic déjà habité, & il eft vray-fem- 
blable que les Lapons n ont appris l'hiftoire du déluge 
univerfel qu'avec les principes du Chriftianiime-, &ilny 
a pas d'apparence, que ces planches ayentpû durant tant 
de fiecles refiftej aux injures de l'air. Ils ont peut-être 
confondu quelque déluge particulier, avec le gênerai au 
temps de Noé , attribuant à celuy-cy ce qui feroit arri- 
vé au temps de celuy-là. 

La Laponie des foreftsaun grand nombre de très- bel- 
les plaines, fi vaftes que la veiie d'un home pofé à lune des 
extremitez,a peine de s'étendre jufqu'à l'autre bout j elles 
font fraîches, humides, verdoyantes, &c fi couvertes d'her- 
bes, qu'il n*y apoint de troupeaux, pour nombreux qu'ils 
foient, qui ne s'y nourrirent facilement, auffi bien THi- 
ver que l'Efté ; je ne fçais pas toutefois fi elles font pro- 
pres pour le jeteil. Voyla tout ce que j'ay pu recouvrer 
de mémoires. C'eft pourquoy &c. 

FIN. 



V 




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